XVIII

«Socrate me paraît être le premier, et tout le monde en tombe d'accord,

qui rappela la philosophie des nuages et des mystères pour l'appliquer à

la conduite morale des hommes et lui donner pour objet les vertus ou les

vices; il pensait qu'il n'appartient pas à l'homme d'expliquer les

choses occultes et qu'alors même que nous pourrions nous élever jusqu'à

cette connaissance, elle ne nous servirait de rien pour bien vivre.»

Il définit ensuite la philosophie pratique de Socrate et la philosophie

spéculative de Platon, et il parsème son analyse de ses propres axiomes

philosophiques à lui-même. Dieu, l'âme du monde, la providence ou la

fortune (appelée ainsi parce qu'elle fait naître mille événements

imprévus dont les causes existent, mais dont nous ne pouvons apercevoir

de si bas ni prévoir ces causes) gouverne l'univers. L'esprit débute par

la sensation, mais on ne reconnaît pas aux sens la faculté de juger. La

vérité, la raison ou l'intelligence est l'unique juge des choses;... il

adopte ces seules maximes éminemment spiritualistes. Qu'adoptons-nous de

plus et de mieux aujourd'hui? La _raison_, la _providence_ ou la

_divinité active_ dans les choses universelles sont-elles autrement

définies par nos philosophes?

Après avoir raconté toute l'histoire des écoles, des sectes, des

philosophies grecque et romaine, il combat énergiquement le scepticisme

ou la philosophie du doute, et il le combat par le plus beau des

arguments: la conscience et la vertu.

«L'idée seule de la vertu, dit-il, nous prouve que l'on peut comprendre

et certifier certaines choses. Je demande pourquoi l'homme de bien, qui

s'est résolu à souffrir tous les tourments plutôt que de trahir son

devoir ou sa conscience, s'est imposé de si dures lois à lui-même

lorsqu'il n'avait pour s'immoler ainsi ni motif ni raison. Une sagesse

qui ne connaîtrait pas pourquoi elle est sage, est-ce une sagesse, oui

ou non? Et d'abord, comment mériterait-elle de s'appeler sagesse?

Comment ensuite oserait-elle prendre résolûment et poursuivre

énergiquement un parti, s'il n'y a point de règles certaines qui la

dirigent? Et si elle ne sait pas ce que c'est que le souverain bien (la

vertu), comment serait-elle la vertu? Si l'homme donc ne peut connaître

intuitivement ses devoirs, quel motif aura-t-il d'agir et quel attrait

pourra-t-il sentir ou vers le mal ou vers le bien? Eh quoi! si je prouve

ainsi aux sceptiques que leur doctrine anéantit la raison et la nature

humaine, persisteront-ils dans leur doctrine?...»

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 86 / 209 题