«Socrate me paraît être le premier, et tout le monde en tombe d'accord,
qui rappela la philosophie des nuages et des mystères pour l'appliquer à
la conduite morale des hommes et lui donner pour objet les vertus ou les
vices; il pensait qu'il n'appartient pas à l'homme d'expliquer les
choses occultes et qu'alors même que nous pourrions nous élever jusqu'à
cette connaissance, elle ne nous servirait de rien pour bien vivre.»
Il définit ensuite la philosophie pratique de Socrate et la philosophie
spéculative de Platon, et il parsème son analyse de ses propres axiomes
philosophiques à lui-même. Dieu, l'âme du monde, la providence ou la
fortune (appelée ainsi parce qu'elle fait naître mille événements
imprévus dont les causes existent, mais dont nous ne pouvons apercevoir
de si bas ni prévoir ces causes) gouverne l'univers. L'esprit débute par
la sensation, mais on ne reconnaît pas aux sens la faculté de juger. La
vérité, la raison ou l'intelligence est l'unique juge des choses;... il
adopte ces seules maximes éminemment spiritualistes. Qu'adoptons-nous de
plus et de mieux aujourd'hui? La _raison_, la _providence_ ou la
_divinité active_ dans les choses universelles sont-elles autrement
définies par nos philosophes?
Après avoir raconté toute l'histoire des écoles, des sectes, des
philosophies grecque et romaine, il combat énergiquement le scepticisme
ou la philosophie du doute, et il le combat par le plus beau des
arguments: la conscience et la vertu.
«L'idée seule de la vertu, dit-il, nous prouve que l'on peut comprendre
et certifier certaines choses. Je demande pourquoi l'homme de bien, qui
s'est résolu à souffrir tous les tourments plutôt que de trahir son
devoir ou sa conscience, s'est imposé de si dures lois à lui-même
lorsqu'il n'avait pour s'immoler ainsi ni motif ni raison. Une sagesse
qui ne connaîtrait pas pourquoi elle est sage, est-ce une sagesse, oui
ou non? Et d'abord, comment mériterait-elle de s'appeler sagesse?
Comment ensuite oserait-elle prendre résolûment et poursuivre
énergiquement un parti, s'il n'y a point de règles certaines qui la
dirigent? Et si elle ne sait pas ce que c'est que le souverain bien (la
vertu), comment serait-elle la vertu? Si l'homme donc ne peut connaître
intuitivement ses devoirs, quel motif aura-t-il d'agir et quel attrait
pourra-t-il sentir ou vers le mal ou vers le bien? Eh quoi! si je prouve
ainsi aux sceptiques que leur doctrine anéantit la raison et la nature
humaine, persisteront-ils dans leur doctrine?...»