Quintus retourna vers Astura pour regagner, par les sentiers des
montagnes, sa maison d'Antium avec son fils. Cicéron poursuivit sa route
vers le bord de la mer, et s'embarqua sur une galère.
Il possédait, dans une anse du rivage de Gaëte, à l'endroit où l'on voit
encore aujourd'hui son tombeau s'élever comme un écueil de la gloire
auprès des écueils de la mer, une maison de campagne embellie de tous
les luxes et ornée de tous les délices d'une résidence d'été pour les
grands citoyens de Rome. Elle s'élevait sur un promontoire d'où le
regard embrassait une vaste étendue de mer, tantôt limpide et
silencieuse, tantôt écumeuse et murmurante, enceinte par le demi-cercle
d'un golfe peuplé de villes maritimes, de temples, de villas romaines,
de navires, de barques et de voiles qui en variaient les bords et les
flots. Les vents étésiens, qui soufflent du nord pendant la canicule, en
rafraîchissant la température; des jardins en terrasses descendaient
d'étages en étages de la maison aérée à la plage humide; des cavernes
naturelles, achevées par l'art, pavées de mosaïques, entrecoupées de
bassins où l'eau de la mer, en pénétrant par des canaux invisibles,
renouvelait la fraîcheur, y servaient de bains. Un temple domestique,
vraisemblablement celui qu'il avait consacré à sa fille Tullia, laissait
éclater au-dessus ses colonnes et ses chapiteaux de marbre de Paros, à
demi voilés par les orangers, les lauriers, les figuiers, les pins, les
myrtes et les pampres des hautes vignes qui tapissent éternellement
cette côte, où nous avons si souvent rêvé.
C'est là que Cicéron descendit de sa galère pour y attendre l'heure du
départ et le retour de son frère Quintus. Les triumvirs étaient encore à
plusieurs journées d'étape de Rome; la Campanie était libre de troupes,
et tout annonçait que les sicaires d'Antoine n'y marcheraient pas aussi
vite que sa vengeance.