Ces conseils prévalurent un moment dans son âme. Il quitta sa retraite
d'Astura avec son frère et le cortége de ses esclaves et de ses
familiers, pour se rapprocher de la mer et pour y monter sur une galère
qu'on lui avait préparée. Mais la précipitation avec laquelle il avait
quitté Rome et Tusculum aux premières rumeurs de sa proscription ne lui
avaient pas permis d'emporter l'or ou l'argent nécessaire pour une
longue expatriation. À peine était-il sur la route, qu'il réfléchit à
l'indigence à laquelle il allait être exposé avec sa famille et ses amis
pendant son exil, et fit arrêter sa litière (fort brancard fermé par des
rideaux et porté par des esclaves, qui servait de voiture aux riches
Romains), et il fit approcher celle de son frère Quintus, qui marchait
derrière lui.
Les deux litières étaient posées côte à côte sur le chemin, et les
porteurs éloignés; les deux frères s'entretinrent un moment sans témoin
par les portières. Il fut convenu que Quintus, comme le moins illustre
et le plus oublié des deux, retournerait seul à Antium, leur pays natal;
qu'il en rapporterait l'argent nécessaire à leur fuite, et qu'il
rejoindrait en toute hâte Cicéron dans sa maison de la côte de Gaëte, où
il allait l'attendre pour s'embarquer. Puis les deux proscrits, comme
s'ils avaient eu le pressentiment de leur éternelle séparation, se
récrièrent sur l'extrémité de leur malheur, qui ne leur permettait pas
même de le supporter ensemble, pleurèrent de tendresse sur le chemin à
la vue de leurs esclaves, et, se serrant dans les bras l'un de l'autre,
se séparèrent et se rapprochèrent plusieurs fois, comme dans un dernier
adieu.