XX

À l'immense rumeur d'une si vaste conspiration, dont les têtes seules

étaient cachées, mais dont les membres révélaient partout l'existence,

Cicéron rassemble le sénat, et somme Catilina d'avouer ou de désavouer

son crime. «Mon crime? répond insolemment le factieux; est-ce donc un

crime de vouloir donner une tête à la puissance décapitée de la

multitude, quand le sénat, qui est la tête du gouvernement, n'a plus de

corps et ne peut rien pour la patrie?»

À ces mots, Catilina sort, et le sénat, épouvanté de tant d'audace,

donne la dictature temporaire à Cicéron pour sauver Rome.

Catilina ne s'endort pas après une si franche déclaration de guerre à sa

patrie; il envoie à Manlius, un de ses complices, qui commandait un

corps de vétérans en Toscane, le signal de soulever ses soldats et de

marcher sur Rome. Chaque quartier de la ville est donné par lui à un

des conjurés, qui doit à heure fixe en rassembler le peuple et diriger

les mouvements. Les armes, les torches, sont prêtes; les édifices, les

victimes, comptés: Cicéron est la première de ces victimes. C'est dans

le sang de son premier citoyen que les scélérats doivent éteindre les

lois antiques de Rome.

Une femme illustre, maîtresse d'un des jeunes patriciens associés au

complot, court dans la nuit avertir Cicéron de fermer le lendemain sa

maison aux sicaires. Ils se présentent en effet en armes au point du

jour à la porte du consul, dont ils avaient promis la tête; ils trouvent

cette porte gardée par une poignée de bons citoyens. Cicéron vivant, la

ville a un centre, les lois une main, la patrie une voix, le sénat un

guide. L'exécution du complot est ajournée.

Cicéron n'ajourne pas la vigilance; il convoque le sénat, à la première

heure du jour, dans le temple fortifié de Jupiter Stator, ou

conservateur de Rome.

Catilina ose s'y présenter, convaincu que l'absence de preuves contre

lui attestera son innocence, ou que l'audace intimidera le consul.

À son entrée dans le sénat, tous les sénateurs s'écartent de Catilina,

comme pour se préserver de la contagion ou même du soupçon du crime.

L'horreur, avant la loi, fait le vide autour du conspirateur.

Cicéron, indigné, mais non intimidé, se lève et adresse à l'ennemi

public la terrible et éloquente apostrophe qui a laissé sur le nom de

Catilina la même trace que le feu du ciel laisse sur un monument

foudroyé. La pensée s'y précipite sans haleine en paroles courtes, comme

si l'impatience et l'indignation essoufflaient le génie. En voici

quelques mots qui feront juger l'orateur et le criminel:

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 51 / 209 题