XIX

Voilà quels étaient à Rome, au moment où Cicéron atteignait au pouvoir,

les ferments et les fauteurs de bouleversements.

Le chef momentanément reconnu de toutes ces factions liguées pour la

ruine de la république, si toutefois l'anarchie peut avoir un chef,

était Catilina.

Catilina, homme d'un sang illustre, d'une trempe virile, d'une audace

effrontée, audace que le peuple prend souvent pour la grandeur d'âme,

d'une renommée militaire, seule qualité qu'on ne peut lui contester,

d'une de ces éloquences dépravées qui savent faire bouillonner les vices

dans les parties honteuses du coeur humain; soupçonné, sinon convaincu,

du meurtre d'un frère, d'assassinats sur la voie Appienne,

d'empoisonnements secrets, de débauches presque aussi infâmes que des

crimes; mais assez insolent de sa naissance, assez fort de sa

popularité, assez prêt à la vengeance, et enfin assez prémuni de

liaisons secrètes avec César, Clodius, Crassus et d'autres sénateurs,

sénateur lui-même, pour qu'un certain crédit couvrît sa douteuse

renommée, pour que nul n'osât lui reprocher tout haut les forfaits dont

beaucoup l'accusaient tout bas.

Catilina était encore préteur: il avait élevé son ambition jusqu'au

consulat.

À peine eut-il été précipité de son espérance par le triomphe du grand

orateur, qu'il médita de renverser ce qu'il n'avait pu conquérir,

d'égorger le consul, de proscrire une partie du sénat, d'appeler les

soldats licenciés, les prolétaires, les esclaves, à l'assassinat de

Rome, et de faire naître dans cette conflagration de toutes choses une

occasion de revanche, et une dictature de crimes pour lui et pour ses

complices.

Si César lui-même n'était pas un complice, il était au moins un

confident muet et peut-être impatient du succès de la conspiration.

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 50 / 209 题