Voilà quels étaient à Rome, au moment où Cicéron atteignait au pouvoir,
les ferments et les fauteurs de bouleversements.
Le chef momentanément reconnu de toutes ces factions liguées pour la
ruine de la république, si toutefois l'anarchie peut avoir un chef,
était Catilina.
Catilina, homme d'un sang illustre, d'une trempe virile, d'une audace
effrontée, audace que le peuple prend souvent pour la grandeur d'âme,
d'une renommée militaire, seule qualité qu'on ne peut lui contester,
d'une de ces éloquences dépravées qui savent faire bouillonner les vices
dans les parties honteuses du coeur humain; soupçonné, sinon convaincu,
du meurtre d'un frère, d'assassinats sur la voie Appienne,
d'empoisonnements secrets, de débauches presque aussi infâmes que des
crimes; mais assez insolent de sa naissance, assez fort de sa
popularité, assez prêt à la vengeance, et enfin assez prémuni de
liaisons secrètes avec César, Clodius, Crassus et d'autres sénateurs,
sénateur lui-même, pour qu'un certain crédit couvrît sa douteuse
renommée, pour que nul n'osât lui reprocher tout haut les forfaits dont
beaucoup l'accusaient tout bas.
Catilina était encore préteur: il avait élevé son ambition jusqu'au
consulat.
À peine eut-il été précipité de son espérance par le triomphe du grand
orateur, qu'il médita de renverser ce qu'il n'avait pu conquérir,
d'égorger le consul, de proscrire une partie du sénat, d'appeler les
soldats licenciés, les prolétaires, les esclaves, à l'assassinat de
Rome, et de faire naître dans cette conflagration de toutes choses une
occasion de revanche, et une dictature de crimes pour lui et pour ses
complices.
Si César lui-même n'était pas un complice, il était au moins un
confident muet et peut-être impatient du succès de la conspiration.