XVIII

De charge en charge, par la protection de Pompée, chef de l'aristocratie

conservatrice de Rome, Cicéron fut élevé à la charge suprême de la

république, le consulat. De graves circonstances l'attendaient: elles

furent l'occasion de sa plus vive éloquence d'homme d'État.

Indépendamment des grandes factions militaires dont nous avons parlé,

factions représentées dans Marius, dans Sylla, dans Pompée, et bientôt

après dans César; indépendamment aussi des factions permanentes des

patriciens et des plébéiens qui déchiraient la république depuis

quelques années, il y avait à Rome une faction de l'anarchie, de la

démagogie et du crime, qui couvait sous toutes les autres, et qui

n'attendait, pour les renverser et les submerger toutes dans leur propre

sang, que l'occasion d'un trouble civil ou d'une faiblesse du

gouvernement. Les éléments de cette faction impie, qui bouillonne

toujours dans la lie des sociétés vieillies et malades, étaient d'abord

la populace, écume du peuple, qui s'imprègne et qui se corrompt de tous

les vices du temps, et qui flotte, à la surface des grandes villes, au

vent de toutes les séditions.

C'étaient ensuite les affranchis, les prolétaires et les esclaves,

rejetés par des lois jalouses en dehors des droits des citoyens, et

toujours prêts à briser le cadre des lois qui ne s'élargissaient pas

pour leur faire leur juste place.

C'étaient, après, cette multitude de soldats licenciés de Sylla, de

Marius, de Pompée lui-même, à qui on avait distribué des terres dans

certaines parties de l'Italie, mais qui, bientôt lassés de leur

médiocrité et de leur oisiveté dans ces colonies militaires, ou ayant

épuisé promptement dans la prodigalité des nouveaux enrichis leur

fortune, demandaient à s'en faire une autre en prêtant leurs armes aux

séditions de la patrie.

Enfin c'était un petit nombre de jeunes gens des premières maisons de

Rome, tels que Clodius, César, Catilina, Crassus, Céthégus, qui, ayant

gardé le crédit en perdant les vertus de leur ancêtres, corrompus de

moeurs, pervertis de débauche, ruinés de prodigalités, signalés de

scandales, indifférents d'opinions, avides de fortune, trahissant leur

sang, leur caste, leurs traditions, la gloire de leur nom, se faisaient

les flatteurs, les instigateurs, les tribuns, les complices masqués ou

démasqués de la populace, et cherchaient leur richesse perdue et leur

grandeur future dans l'abîme de leur patrie!

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 49 / 209 题