XVI

Rentré à Rome, Cicéron y vécut quelques années dans l'ombre, ne

s'attachant à aucune des factions qui divisaient la république, ne

faisant cortége à aucun des chefs de parti dont la faveur poussait les

jeunes gens aux candidatures, et ne sollicitant rien du peuple.

On le méprisait, disent les historiens, pour ce mépris qu'il faisait des

hommes et des richesses, et pour cette estime qu'il gardait aux choses

immatérielles. On l'appelait poëte, lettré, homme _grécisé_, philosophe

spéculatif, noyé dans la contemplation des choses inutiles. Le vulgaire

méprise dans tous les siècles tout ce qui n'est pas vulgaire comme lui.

Cicéron ne s'émut pas de ces railleries, et continua à se perfectionner

en silence par le seul amour du beau et du bien.

Il vivait alors familièrement avec le plus grand acteur de la scène

romaine, Roscius. Ils étudiaient ensemble: l'acteur, à imiter les

intonations, les attitudes et les gestes que la nature inspirait

d'elle-même à Cicéron; l'orateur, à imiter l'action que l'art enseignait

à Roscius; et, de cette lutte entre la nature qui imite et l'art qui

achève, résultait, pour l'acteur et pour l'orateur, la perfection, qui

consiste, pour l'acteur, à ne rien feindre au théâtre qui ne jaillisse

de la nature, et, pour l'orateur, à ne rien professer à la tribune qui

ne soit avoué par l'art et conforme à la suprême convenance des choses,

qu'on nomme le beau.

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 47 / 209 题