Il s'y livra presque exclusivement, sous les philosophes grecs les plus
renommés, à l'étude de la philosophie. Sous le charme de ces études, qui
dépaysent l'âme des choses terrestres pour l'élever aux choses
immatérielles, il avait pour un temps renoncé à Rome, à l'ambition et à
la gloire. Lié avec Atticus, riche Romain, voluptueux d'esprit, qui
n'estimait les choses que par le plaisir qu'elles donnent, Cicéron se
proposait de recueillir son modique patrimoine en Grèce, et de s'établir
à Athènes pour y passer obscurément sa vie dans l'étude du beau, dans
la recherche du vrai, dans la jouissance de l'art. Mais sa santé se
rétablissait; les maîtres des écoles d'éloquence les plus célèbres
d'Athènes, de Rhodes, de l'Ionie, accouraient pour l'entendre discourir
dans les académies de l'Attique, et, pénétrés d'admiration pour ce jeune
barbare, ils confessaient avec larmes que Rome les avait vaincus par les
armes, et qu'un Romain les dépassait par l'éloquence. Il leur donnait
des leçons de pensée, et ils lui en donnaient de diction, d'harmonie,
d'intonation, de geste.
La nouvelle de la mort de Sylla, qui arriva en ce moment à Athènes, et
qui présageait de nouvelles destinées à la liberté de Rome, enleva
Cicéron à lui-même. Il se sentit appelé par des événements inconnus, et
il partit pour Rome, en passant par l'Asie, pour visiter toutes les
grandes écoles de littérature et d'éloquence, et pour s'assurer aussi si
ces temples fameux, d'où le paganisme avait envoyé ses superstitions et
ses fables à Rome, ne contenaient pas le mot caché sur la Divinité,
objet suprême de ses études. Il consulta les oracles. Celui du temple de
Delphes lui dit la grande vérité des hommes de bien destinés à prendre
part aux événements de leur pays dans les temps de révolution.
«Par quel moyen, lui demanda Cicéron, atteindrai-je la plus grande
gloire et la plus honnête?--En suivant toujours tes propres
inspirations, et non l'opinion de la multitude,» lui répondit l'oracle.
Cet oracle le frappa; et c'est en y conformant sa vie qu'il mérita, en
effet, sa réputation d'homme de bien, sa gloire et sa mort.