XXIII

Ainsi encore, qu'un jeune roi de Naples, à peine échappé à la tutelle

ombrageuse de son père, élevé, dans la solitude royale de Caserte, à

cultiver un jardin royal pour toute instruction politique, monte, encore

enfant, sur le trône et s'y tienne à tâtons pendant un orage; qu'ensuite

il jette une constitution hasardée à ses peuples pour apaiser

l'insurrection de Sicile, comme on jette un à un ses vêtements royaux

derrière soi pour retarder la poursuite de la révolution pendant qu'elle

les ramasse;

Qu'il décompose lui-même son armée par les conseils de ministres

incapables ou perfides;

Que ses oncles même abandonnent ce malheureux neveu pour aller se

joindre à ses ennemis;

Qu'il sorte de sa capitale pour en écarter les bombes et les obus des

Piémontais; qu'il reprenne courage dans l'honneur et dans le désespoir;

qu'il s'abrite avec ses derniers défenseurs, avec sa mère, ses frères,

ses jeunes soeurs, dans une ville de guerre pour tomber au moins avec la

majesté, le courage du soldat, sur le dernier morceau de rocher de sa

patrie; et que le Piémont, étranger à cette question entre les

Napolitains et leur jeune roi, avec lequel le patriotisme et la liberté

les réconciliaient, entre, sans querelles, sans déclaration de guerre,

avec ses armées dans le royaume, et vienne, auxiliaire de l'expulsion,

écraser de ses boulets les casemates de Gaëte devenues le dernier palais

d'un dernier Bourbon: quel droit peut alléguer contre son parent

innocent le roi de Piémont, pour s'emparer du trône démoli par ses

canons? et quel titre à la monarchie de Naples, que cette violation

impitoyable des droits du peuple, des droits du trône, des droits même

de la nature et de la parenté! Et quelle diplomatie, excepté la

diplomatie anglaise, peut contraindre la France à ratifier de telles

audaces contre le droit des peuples?--Aussi voyez comme l'orgueil

national humilié de ces neuf millions d'hommes de Naples et de Sicile

commence à protester par son soulèvement de coeur contre une annexion

aux Piémontais, qui ne fut qu'une surprise de la liberté, mais qui leur

paraîtrait bientôt une surprise de l'ambition!

Quel spectacle, en effet, que ce peuple qui veut bien se donner à son

libérateur, comme Garibaldi, mais qui ne veut pas se laisser prendre par

un envahisseur couronné! Quel spectacle que cette capitale, ce royaume,

ces millions d'hommes de coeur, regardant disposer d'eux comme d'un

troupeau, entre leur tribun Garibaldi, qui les soulève, et le roi de

Piémont, leur maître, qui les annexe! Et quelle durée des trocs pareils

de population, contre tout droit et contre toute nature, peuvent-ils

faire augurer au monde politique pour une unité monarchique de l'Italie,

dont chaque membre proteste contre la tête, et ne présente pour tête que

des gueules de canon?

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 25 / 209 题