Que les États du souverain pontife modifient leur gouvernement par leur
libre et propre volonté; que les Romains se donnent un gouvernement
politique romain, au lieu d'un gouvernement étranger; que Rome veuille
être une patrie, au lieu d'être un concile; que la souveraineté
traditionnelle du pontife se combine avec la souveraineté civile de la
nation romaine par des institutions représentatives et par des
administrations laïques, ou même que Rome concilie, comme le voulaient
_Pétrarque_, _Rienzi_, _Dante_, les souvenirs de sa république avec le
séjour d'un pontife roi d'un empire spirituel, qu'avons-nous à nous
immiscer dans les transactions du peuple et des princes? Laissons la
puissance à l'un, la liberté à l'autre, la transaction éventuelle entre
les deux. L'inviolabilité des régimes intérieurs des peuples chez eux
est le droit commun: le droit des peuples, le droit des républiques, le
droit des théocraties, je dirai plus, le droit du destin. Ne mettons pas
la main entre la Providence et son oeuvre. L'oeuvre que vous voudrez
faire sera précaire; l'oeuvre qu'elle accomplira elle-même par la main
des peuples et par la main de son premier ministre, le temps, sera
durable. Qui a donné au Piémont le droit de juger ou de préjuger de la
volonté des Toscans, des Romains, des Napolitains, des Siciliens, et de
préjuger de la volonté vraie de ces peuples à son profit? Le jugement
des intéressés exprimé par des armées et rédigé par des conquêtes est
suspect à tout le monde.