XVIII

La France, cependant, qui devait se borner à empêcher les envahissements

autrichiens contre le Piémont, à prévenir les interventions étrangères

dans les États italiens, à favoriser, sans y intervenir de la main, le

système fédératif entre les nationalités italiennes, la France a prêté

deux cent mille hommes, des millions et deux victoires à la pensée

antifrançaise du Piémont. Nous ignorons ses motifs, à plus longue vue

que les nôtres, sans doute; les cabinets à une seule tête sont les plus

sûrs des secrets d'État.

Mais nous voyons se développer jusqu'ici une diplomatie

anglo-piémontaise de nature à donner un jour de grands motifs

d'inquiétude à la France sur sa sécurité en cas de guerre avec le

continent ou en cas de guerre avec la Grande-Bretagne. Car ne nous

faisons pas d'illusion sur l'éternelle reconnaissance et sur

l'indissoluble alliance entre la France et la monarchie piémontaise de

l'Italie _une_: les rois hommes d'honneur, les ministres qui se

respectent, peuvent être reconnaissants par honneur, par pudeur, par

intérêt momentané; mais les rois meurent, les ministres passent, les

cabinets restent avec l'esprit de leur situation géographique en Europe.

Or l'allié nécessaire de l'Angleterre sur le trône unique de l'Italie,

trop voisin de la France, ne sera jamais un allié de la France contre la

volonté de l'Angleterre.

Si nous voulons des alliés sûrs au delà des Alpes, et nous avons le

droit de les vouloir, ne permettons pas à une seule maison royale

d'affecter la monarchie universelle de l'Italie, et de retourner contre

nous, à la merci de l'Angleterre, cette monarchie universelle que nous

aurions nous-mêmes fondée contre nous-mêmes. Où serait l'équilibre? où

serait la paix?

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 20 / 209 题