La France, cependant, qui devait se borner à empêcher les envahissements
autrichiens contre le Piémont, à prévenir les interventions étrangères
dans les États italiens, à favoriser, sans y intervenir de la main, le
système fédératif entre les nationalités italiennes, la France a prêté
deux cent mille hommes, des millions et deux victoires à la pensée
antifrançaise du Piémont. Nous ignorons ses motifs, à plus longue vue
que les nôtres, sans doute; les cabinets à une seule tête sont les plus
sûrs des secrets d'État.
Mais nous voyons se développer jusqu'ici une diplomatie
anglo-piémontaise de nature à donner un jour de grands motifs
d'inquiétude à la France sur sa sécurité en cas de guerre avec le
continent ou en cas de guerre avec la Grande-Bretagne. Car ne nous
faisons pas d'illusion sur l'éternelle reconnaissance et sur
l'indissoluble alliance entre la France et la monarchie piémontaise de
l'Italie _une_: les rois hommes d'honneur, les ministres qui se
respectent, peuvent être reconnaissants par honneur, par pudeur, par
intérêt momentané; mais les rois meurent, les ministres passent, les
cabinets restent avec l'esprit de leur situation géographique en Europe.
Or l'allié nécessaire de l'Angleterre sur le trône unique de l'Italie,
trop voisin de la France, ne sera jamais un allié de la France contre la
volonté de l'Angleterre.
Si nous voulons des alliés sûrs au delà des Alpes, et nous avons le
droit de les vouloir, ne permettons pas à une seule maison royale
d'affecter la monarchie universelle de l'Italie, et de retourner contre
nous, à la merci de l'Angleterre, cette monarchie universelle que nous
aurions nous-mêmes fondée contre nous-mêmes. Où serait l'équilibre? où
serait la paix?