Ces deux grands intérêts vitaux, résister au débordement russe en
Occident et en Orient, et résister à l'unité allemande bien plus encore
qu'à l'unité italienne, sont donc deux intérêts communs, identiques à
l'Autriche et à la France. L'alliance sur ces deux points entre la
France et l'Autriche est donc, non pas possible, mais imposée. Supposez
un moment par la pensée que l'Autriche se soit évanouie dans la nuit,
que les Russes soient sur le Rhin, que la Prusse ait absorbé tous les
membres de la confédération allemande, que l'unité de l'Allemagne fasse
le pendant de l'unité italienne, et demandez-vous ce qu'il en serait de
la France à son réveil!--Partisans dénaturés de ces unités
antifrançaises, savez-vous ce que vous aurez? L'UNITÉ RUSSE!--Voilà ce
qu'à votre insu vous poursuivez! Ô Mirabeau! ô grande clairvoyance
éteinte avant le temps, tu l'avais prévu, tu l'avais dit! Mais alors la
France n'avait pas le vertige des unités, qui sont sa perte, contre les
fédérations et contre les équilibres, qui font son salut!
X
Pourquoi donc, me dira-t-on, ce système d'alliance que vous proclamez le
seul possible, entre l'Autriche et la France, n'existe-t-il pas encore?
Pourquoi les cent voix populaires de la France répètent-elles, à la
suite de ses jeunes publicistes, le cri d'extermination contre
l'Autriche? C'est d'abord parce que ces publicistes sont jeunes, et
qu'ils n'ont pas encore réfléchi à ce qu'ils proclament; c'est ensuite
parce que le vieil écho des casernes impériales du premier empire n'a
pas eu le temps d'apprendre un autre mot que celui de guerre à
l'Autriche depuis Leipzig jusqu'à Fontainebleau; c'est enfin parce que
deux grandes questions diplomatiques, l'Orient et l'Italie, se sont
malheureusement interposées entre la France et l'Autriche depuis les
traités de Vienne, et que ces deux questions, l'Italie surtout,
devaient, tant qu'elles n'étaient pas tranchées, empêcher la France et
l'Autriche de se reconnaître et de s'allier.