Or la France peut-elle espérer un allié fidèle, solide, permanent, dans
ce grand peuple anglais? Je le dis avec regret, mais je le dis avec
courage: non! L'égalité de grandeur, quoique de grandeur diverse dans
les deux peuples, s'y oppose; il faudrait pour cela que l'Angleterre
renonçât à la terre ou que la France renonçât à la mer, et que chacun de
ces deux peuples se contentât de l'empire d'un seul des deux éléments.
Voyez le blocus continental de Napoléon provoquant le blocus maritime de
l'Angleterre! L'orgueil légitime de l'Angleterre n'abdiquera jamais (et
nous ne l'en blâmons pas) une grande part d'influence et d'action sur le
continent européen.
L'ambition, légitime aussi, de la France n'abdiquera jamais une part de
prétention navale considérable sur les mers. Son commerce n'en aurait
pas besoin; ses colonies pourraient s'anéantir sans ruiner la mère
patrie, décoration plutôt qu'élément vital de sa puissance: mais son
aptitude à la marine militaire, mais ses grandes gloires et la défense
de ses côtes, ne lui permettent pas cette abdication. Entre la France et
l'Angleterre, il y aura donc toujours, et organiquement, trois grandes
choses: la mer d'abord, l'influence continentale ensuite, enfin la
passion, troisième élément plus indomptable encore que les deux autres;
la passion de la rivalité, qu'une grande nécessité peut faire taire un
moment, mais qui ne mourra jamais entre ces deux jumeaux, qui se
combattent dans le sein de leur mère, l'Europe.