Un peu au sud de la baie de Sainte-Hélène sur la côte occidentale, est

celle de Saldagna, célèbre dans les relations de tous les voyageurs.

Vingt lieues au sud de Saldagna, on arrive à la baie de la Table, qui

est séparée de la baie False, au sud, par un isthme sablonneux, large

de neuf mille toises. Le cap de Bonne-Espérance forme la pointe

occidentale de la baie False, et le cap Falso la pointe orientale. La

côte se prolonge ensuite en ligne courbe jusqu'au cap des Aiguilles,

qui est la pointe la plus méridionale de l'Afrique.

Kolbe, voyageur allemand qui a donné en 1719 une description du cap de

Bonne-Espérance, réduit les nations des Hottentots contenues dans

cette partie de l'Afrique au nombre de dix-sept, dont il rapporte les

noms: les Gunghemans, les Kokhaquas, les Sussaquas, les Odiquas, les

Khirigriquas, les grands Namaquas et les petits, les Khorogauquas, les

Kopmares, les Hessaquas, les Souquas, les Dunquas, les Damaquas, les

Gauros ou les Gauriquas, les Houteniquas, les Khamtovères et les

Heykoms. Le temps a sans doute apporté de grands changemens dans cette

nomenclature.

Toutes les nations des Hottentots sont dans l'usage de passer avec

leurs huttes et leurs troupeaux d'un endroit de leur territoire à

l'autre, pour la commodité des pâturages. L'herbe y croît fort haute

et fort épaisse; mais, lorsqu'elle commence à vieillir, ils la brûlent

jusqu'à la racine, et changent de canton pour y revenir dans un autre

temps, qui n'est jamais fort éloigné, car les cendres engraissent

beaucoup la terre, et les pluies ne manquent pas pour la rafraîchir.

L'usage de brûler les herbes est établi de même entre les Hollandais

du cap. Ils creusent un fossé autour de l'espace qu'ils veulent

brûler, pour arrêter la communication des flammes.

Les Khirigriquas habitent les bords de la baie de Sainte-Hélène. C'est

une nation nombreuse, distinguée particulièrement par la force du

corps et par une adresse extraordinaire à lancer la zagaie. La belle

rivière de l'Éléphant, qui tire son nom de la multitude de ces animaux

qu'on voit sur ses bords, traverse le territoire des Khirigriquas. Il

est rempli de montagnes dont le sommet est couvert de beaux pâturages,

comme elles le sont presque toutes dans le pays des Hottentots. Les

terres l'emportent beaucoup pour la bonté sur celles des Sussaquas et

des Odiquas. Les vallées sont ornées d'une grande variété de fleurs

d'une beauté et d'une odeur extraordinaires; mais elles servent de

retraite à quantité de serpens, entre lesquels on trouve le céras ou

le serpent cornu. On y voit aussi des cailloux de différentes formes

et de diverses couleurs.

Les Namaquas sont divisés en deux nations: l'une des grands, et

l'autre des petits Namaquas; ceux-ci habitent la côte; les grands

occupent le pays voisin du côté de l'est. Ces deux peuples diffèrent

entre eux dans leur gouvernement et dans leurs usages; mais ils se

ressemblent par la force, le valeur et la prudence; ils sont également

respectés de tous les autres Hottentots. Kolbe les représente comme

les nègres les plus sensés qu'il ait vus dans cette région. Ils

parlent peu; leurs réponses sont courtes et réfléchies. Ils peuvent

mettre en campagne une armée de vingt mille hommes. Le territoire des

deux nations est rempli de montagnes où l'herbe ne peut pénétrer au

travers du sable et des pierres qui les couvrent. Les vallées ne sont

pas plus fertiles. Il n'y a dans tout le pays qu'un petit bois et une

fontaine. La rivière de l'Éléphant qui le traverse est la seule

ressource des habitans pour se procurer de l'eau. Les lieux qu'elle

arrose sont la retraite d'une infinité de bêtes farouches, surtout

d'une sorte de daims mouchetés qui sont propres à ces cantons. Ils

sont moins gros que ceux de l'Europe, mais d'une légèreté qui surpasse

l'imagination. Leurs taches sont jaunes et blanches. On ne les voit

jamais qu'en troupeaux, et quelquefois jusqu'au nombre de mille.

Près la fontaine des Namaquas, on trouve un rocher taillé en forme de

donjon ou de forteresse. On le nomme château de Méro, du nom d'un

capitaine du pays qui se fit un amusement de lui donner cette forme.

Mais Kolbe doute qu'un Hottentot puisse avoir été capable d'une

entreprise qui demandait autant d'industrie que de travail, surtout

dans deux logemens qu'il trouva fort bien imaginés, et qui peuvent

contenir un assez grand nombre d'hommes. En un mot, c'est l'ouvrage le

plus précieux qui se trouve dans tout le pays des Hottentots.

Dapper dit que la nation des Namaquas est fort nombreuse, et leur

donne une taille gigantesque. Les hommes portent une plaque d'ivoire

devant leurs parties naturelles, et un cercle de la même matière aux

bras, avec quantité d'anneaux de cuivre. Chacun a sa petite selle de

bois garnie de cordes qui lui servent à la porter continuellement pour

s'asseoir dans toutes sortes de lieux.

Les Houteniquas sont bordés par les Khamtovères ou les Hamtovers, qui

possèdent un territoire fort beau et fort uni. Ses prairies et ses

bois qui produisent les plus beaux arbres de toute la région des

Hottentots, l'abondance de son gibier et de toutes sortes de bêtes

sauvages, enfin la multitude de ses rivières, où l'on trouve diverses

espèces de poissons d'eau douce, et quelquefois de mer, entre

lesquelles on voit souvent paraître le lamantin, en font un séjour

également riche et agréable. Kolbe apprit par de bonnes informations,

que plusieurs Européens, en traversant les bois, y avaient trouvé des

cerisiers et des abricotiers chargés de fruits, sans avoir rencontré

un éléphant ni un buffle, quoique ces deux espèces d'animaux soient

fort communs dans tous les autres pays des Hottentots; mais il y a

beaucoup d'apparence que les habitans les tuent lorsqu'ils paraissent,

ou les chassent de leurs limites. Une troupe de marchands hollandais,

qui étaient venus chercher des bestiaux dans cette province, se

laissèrent un jour engager dans un bois où les habitans fondirent sur

eux avec leurs zagaies et leurs flèches. Ils crurent leur perte

inévitable. Cependant, ayant eu le bonheur de se rallier avant d'avoir

reçu la moindre blessure, ils firent une décharge qui refroidit

l'emportement de leurs ennemis, et qui les força de prendre la fuite.

Le jour suivant ces hostilités se terminèrent par un traité d'amitié.

Un capitaine des Khamtovères, qui savait quelques mots de hollandais,

se remit entre leurs mains avec ce discours. «Nous nous sommes crus

supérieurs à toute autre nation par les armes, mais nous reconnaissons

que les Hollandais nous ont vaincus, et nous nous soumettons à eux

comme à nos maîtres.»

Les Heykoms suivent les Khamtovères au nord-est. Ils habitent un pays

fort montagneux, et qui n'a de fertile que ses vallées. Cependant il

nourrit un assez grand nombre de bestiaux qui se trouvent fort bien de

l'eau saumâtre des rivières et des roseaux qui croissent sur leurs

bords. On y voit aussi beaucoup de gibier, et toutes les espèces de

bêtes sauvages qui se trouvent autour du Cap; mais la rareté de l'eau

douce rend la vie fort dure aux habitans, et les expose à de fâcheuses

extrémités. Un officier de la garnison du Cap étant venu les inviter

au commerce et leur proposer un traité d'alliance avec les Hollandais,

ils acceptèrent ses offres; mais pour première faveur ils lui

demandèrent un tambour, avec un chaudron et une poêle de fer qu'ils

avaient observés dans son équipage. Ces trois présens leur devinrent

fort précieux. Quelque temps après, un parti de flibustiers,

accoutumés à piller les Hottentots sous de belles apparences de

commerce, leur enlevèrent ces instrumens chéris et quantité de

bestiaux. Ils n'ont jamais perdu le soutenir de cette injure. Un

Européen qui visite leur pays est sûr de leur entendre rappeler leur

infortune, et déplorer la perte de leur tambour, de leur chaudron et

de leur poêle.

Au delà des Heykoms on trouve la Tierra de Natal, qui est habitée par

les Cafres, nation dont la figure et les moeurs n'ont aucune

ressemblance avec celle des Hottentots.

On a remarqué plus haut que les Hollandais ne commencèrent à

s'établir au Cap qu'en 1650. Van-Rikbeck, chirurgien hollandais,

revenant des Indes orientales, avait observé que le pays était

naturellement riche et susceptible de culture, les habitans d'un

caractère traitable, et le port sûr et commode. Il exposa ses

observations devant les directeurs de la compagnie, qui firent équiper

aussitôt trois vaisseaux pour une si belle entreprise, sous la

conduite du même chirurgien, après l'avoir nommé gouverneur de ce

nouvel établissement. En arrivant au Cap, Van-Rikbeck fit un traité

avec les habitans, par lequel ils cédaient aux Hollandais la

possession de leur pays pour la somme de quinze mille florins en

diverses sortes de marchandises. C'est la première fois que les

Européens, abordant sur des côtes lointaines, ont pu se persuader

qu'un pays appartenait à ses habitans. Van-Rikbeck commença aussitôt à

s'y fortifier par la construction d'un fort carré. Il forma dans

l'intérieur du pays, à deux lieues de la côte, un jardin qu'il

enrichit des semences de l'Europe. La compagnie hollandaise, pour

encourager cette colonie naissante, offrit à tous ceux qui voudraient

s'y établir soixante acres de terre par tête, avec droit de propriété

et d'héritage, pourvu que, dans l'espace de trois ans, ils se missent

en état de pouvoir subsister sans secours et contribuer à l'entretien

de la garnison. Elle leur accordait aussi, à l'expiration de ce terme,

la liberté de disposer de leurs fonds, s'ils n'étaient pas satisfaits

de leur marché ou de la qualité du climat.

Des avantages de cette nature attirèrent au Cap un grand nombre

d'aventuriers. Ceux qui manquaient de bestiaux, de grains et

d'ustensiles, en reçurent à crédit par les avances de la compagnie. On

les pourvut aussi de femmes, qui furent tirées des maisons de charité

et des communautés d'orphelines. Ces secours firent multiplier si

promptement les fondateurs de la colonie, que dans l'espace de peu

d'années ils commencèrent à former de nouvelles habitations au long de

la côte.

Le pays que les Hollandais possèdent au Cap comprend toute la côte,

depuis la baie de Saldagna, autour de la pointe méridionale de

l'Afrique, jusqu'à la baie de Nossel à l'est, et s'étend fort loin

dans l'intérieur du pays. La compagnie, dans la vue de s'étendre à

mesure que le nombre des habitans pourra croître, a jugé à propos

d'acheter aussi, pour la somme de trente mille florins en

marchandises, toute la terre de Natal, qui est située entre la terre

de Nossel et Mozambique. Une augmentation si considérable a rendu le

gouvernement du Cap fort important. L'ancienne possession de la

Hollande, sans y comprendre la Tierra de Natal, est divisée en quatre

districts: 1º. celui du Cap, où sont les grands forts et la principale

ville; 2º. celui de Stellenbosch et de Drakenstein; 3º. celui de

Zwellendam; 4º. celui de Graaf-Reynet.

Les montagnes les plus remarquables du district du Cap sont celles de

la Table (_Tafelberg_), du Lion (_Leeuwenberg_), du Diable

(_Duivelsberg_), et du Tigre. Elles environnent la vallée du même nom

où la ville du Cap est située. La plus haute des trois est celle de la

Table, que les Portugais nomment _Tavao de Cabo_. Du centre de la

vallée elle regarde le sud, en s'étendant un peu au sud-ouest. Elle a

près de six cents toises de hauteur. À quelque distance, le sommet

paraît uni comme une table: mais, si l'on y monte, on le trouve inégal

et fort raboteux. Quoique fort escarpée, on y monte assez aisément par

une grande fente qui est vers le milieu de la montagne. Le pied,

jusqu'au tiers à peu près de sa hauteur, est une terre pierreuse

couverte de plantes et d'arbrisseaux; le reste n'est qu'un amas de

pierres placées par tas exactement horizontaux jusqu'au sommet. La

vallée offre de belles maisons de campagne, des vignobles et des

jardins dont les principaux appartiennent à la compagnie. L'un se

nomme le Jardin du Bois rond, d'un beau bois de ce nom, près duquel

les gouverneurs ont une fort jolie maison de plaisance; l'autre,

_Newland_, ou terre nouvelle, parce qu'il est nouvellement planté. Ces

deux jardins sont arrosés par quantité de sources qui viennent de la

montagne, et rapportent un revenu considérable à la compagnie.

Pendant la saison sèche, depuis le mois de septembre jusqu'au mois de

mars, et souvent dans le cours des autres mois, on voit pendre au

sommet de cette montagne et de celle du Diable une nuée blanche, qu'on

regarde comme la cause des terribles vents sud-est qui se font sentir

au Cap. Lorsque les matelots aperçoivent cette nuée, ils disent, comme

en proverbe, la table est couverte, ou la nappe est sur la table.

Aussitôt ils se mettent à l'ouvrage pour se garantir de la tempête.

La montagne du Lion, qui n'est séparée de la Table que par une petite

descente, regarde l'ouest et le centre de la vallée, en s'étendant au

nord; elle est baignée par l'Océan. Quelques-uns prétendent qu'elle a

tiré son nom de la multitude des lions auxquels elle servait autrefois

de retraite. D'autres le tirent de sa forme, qui représente du côté de

la mer un lion couché, et la tête levée, comme s'il guettait sa proie;

la tête et les pieds de devant regardent le sud-ouest, et le derrière

est tourné à l'est. Dans l'intervalle qui est entre cette montagne et

celle de la Table on a bâti une cabane où deux hommes font la garde

pour donner avis à la forteresse du Cap de l'approche des vaisseaux.

Du sommet de la montagne du Lion, qui est si escarpée qu'on est obligé

de faire une partie du chemin avec des échelles de corde, on peut

découvrir en mer le plus petit bâtiment à douze lieues de distance.

Aussitôt que l'un des deux gardes aperçoit un vaisseau, de ce poste il

avertit l'autre par le mouvement d'un bâton, et celui-ci donne le

même avis à la forteresse, en tirant une petite pièce de canon et

déployant le pavillon de la compagnie. S'il paraît plus d'un vaisseau,

il tire pour chacun, et présente autant de fois le pavillon. Le bruit

de la pièce va jusqu'au fort lorsque le vent est favorable; et pour

peu que le temps soit clair, le pavillon n'est pas vu moins aisément.

D'un autre côté, on donne les mêmes signaux de l'île de Robben à la

vue du moindre vaisseau, de quelque nation qu'il puisse être. Cette

île est située à l'entrée du port, à trois lieues de la ville du Cap.

La montagne du Diable, nommée aussi montagne du Vent, n'est séparée de

celle du Lion que par un ravin. Elle doit vraisemblablement ses deux

noms aux vents du sud-est, qui sont annoncés par la nuée blanche dont

on vient de parler. Ces terribles vents sortent de cette nuée comme de

l'ouverture d'un sac, avec une si furieuse violence, qu'ils renversent

les maisons, et causent mille dommages aux vaisseaux qui sont dans le

port, sans épargner davantage les fruits et les moissons. La montagne

est moins haute et moins large que celles de la Table et du Lion, mais

elle s'étend jusqu'au bord de la mer. Elles forment ensemble un

demi-cercle, qui renferme la vallée de la Table.

Les montagnes du Tigre, qui tirent ce nom de la variété de leurs

couleurs et de leur ressemblance avec la peau du tigre, sont fort

basses. La plus éloignée du Cap en est à quatre lieues à l'est de la

baie de la Table. Elles passent pour les plus fertiles de cet

établissement. On y compte vingt-deux belles métairies, toutes bien

bâties. Elles sont cultivées dans toute leur étendue. Un habitant doit

avoir plus de mille brebis et deux ou trois cents gros bestiaux pour

être regardé comme un homme aisé, et Kolbe en vit un grand nombre qui

en avaient quatre ou cinq fois davantage.

Le district du Cap est arrosé par quelques rivières également

agréables et commodes. On a nommé la principale rivière de Sel

(_Zoutrivier_), parce que les eaux de son embouchure se sentent du

voisinage de la mer; mais, plus loin de la côte, elle est fraîche,

claire et saine. Après avoir tiré sa source du sommet de la montagne

de la Table, elle vient se perdre dans la baie du même nom. Dans son

cours elle reçoit plusieurs ruisseaux: elle arrose un grand nombre de

belles terres, de champs à blé, de jardins, de vignobles, et

particulièrement le beau jardin de la compagnie.

Derrière la baie de la Table, on trouve quantité de belles sources,

qui arrosent abondamment les terres voisines.

La ville du Cap s'étend depuis la mer jusqu'à la vallée. Elle est

grande et régulière, divisée en plusieurs rues spacieuses, et composée

de deux cents maisons, avec des cours et des jardins. Ses édifices

sont de brique; mais la plupart d'un seul étage, par précaution

contre les vents d'est, qui les incommodent beaucoup, toutes basses

qu'elles sont; et, par la même raison, les toits sont de chaume.

L'église, qui est bâtie de pierre, est simple, mais belle, blanchie au

dehors, «t couverte aussi de chaume. Vis-à-vis est l'hôpital, grand

bâtiment régulier, qui peut recevoir plusieurs centaines de malades.

La forteresse, où le gouverneur fait sa résidence, est un édifice

majestueux, fort et de grande étendue, fourni de toutes sortes de

commodités pour la garnison. Elle commande non-seulement la baie, mais

encore tout le pays circonvoisin. Les officiers de la compagnie y ont

leur logement, et l'on y entretient constamment une garnison

considérable.

Près de la montagne du Buisson s'élève une belle maison de campagne

nommée _Constantia_, que le gouverneur Vanderstel fit bâtir sous le

nom de sa femme, quoiqu'il n'eût pu lui inspirer assez de complaisance

pour l'accompagner en Afrique. C'est de ce nom de _Constantia_ que

vient celui du vin de Constance, que l'on donne souvent aux vins du

Cap.

Le district du Cap est le plus petit, mais le plus peuplé de la

colonie. Il se compose de deux parties: l'une est l'isthme sur lequel

la ville repose, l'autre est cette bande de terre qui s'étend à l'est

et au nord. L'isthme produit le raisin en abondance, une petite

quantité de vin excellent, tous les fruits de l'Europe et plusieurs du

tropique, des légumes de toute espèce, et de l'orge. L'autre partie

donne du froment, de l'orge, des légumes et du vin.

La plus grande partie du district de Stellenbosch et de Drakenstein

comprend des montagnes pelées, des collines sablonneuses, des plateaux

arides; mais le reste renferme les plus précieuses portions de la

colonie, tant par la fertilité du sol que par la douceur du climat.

La Hollande hottentote est la partie la plus méridionale de ce

district, et sans contredit la plus fertile et la plus agréable.

Le quartier de Stellenbosch n'a pas moins de fertilité et d'agrément

que la Hollande hottentote. Il est comme environné de montagnes qui

portent son nom, qui sont beaucoup plus hautes que toutes celles des

cantons voisins.

Le quartier de Drakenstein formait autrefois un district dont on

rapporte la fondation à l'année 1675, sous le gouvernement de Simon

Vanderstel. Les états-généraux ayant recommandé les protestans

français réfugiés en Hollande aux soins et à la protection de la

compagnie des Indes, elle en fit transporter un grand nombre au Cap et

dans ses autres colonies. Celle du Cap étant déjà bien fournie

d'habitans, Vanderstel accorda des terres aux réfugiés dans le canton

de Drakenstein: cependant ils ne furent pas les premiers qui s'y

établirent. Certains artisans et d'autres ouvriers, la plupart

d'extraction allemande, qui avaient rempli leur temps au service de la

compagnie, y avaient déjà formé diverses plantations.

Une partie de Drakenstein est extrêmement fertile, quoique montagneuse

et remplie de pierres. L'air y est serein et favorable à la santé,

l'eau bonne et abondante. Les habitations sont arrosées par des

ruisseaux qui, descendant des montagnes, viennent se rendre à une

rivière qui coule dans le milieu de la vallée située au milieu de la

colonie.

Au sud-est de cette grande vallée il en est une autre plus petite

enfermée entre de hautes montagnes: on l'appelle fransche Hoek (le

Coin français), parce que c'est là que les réfugiés français se sont

établis; c'est un des plus beaux districts de toute la colonie du Cap.

Il l'emporte sur tous les autres par la fertilité du terroir et

l'activité des habitans. Les Français y ont apporté la vigne.

Le district de Zwellendam est à l'est des précédens; il y a quelques

terres propres à la culture et aux pâturages, mais beaucoup de

plateaux arides. Les bêtes à laine y réussissent mal et y sont peu

nombreuses. On y voit de grandes forêts.

L'extrémité la plus orientale de la colonie est occupée par le

district de Graaf-Reynet. Il est sujet aux incursions des Bosjesmans

et des Cafres. Les habitans sont des espèces de nomades. Ces colons

pasteurs préfèrent une indolence complète et une nourriture animale à

un léger travail, au pain et aux végétaux salutaires que ce travail

leur procurerait. Il est vrai que, dans quelques parties, les

campagnes sont quelquefois dévastées par les sauterelles.

Les Hottentots, habitans originaires du pays, ont eu souvent des

guerres avec les colons hollandais. Dapper nous apprend qu'en 1659 les

Capmans disputaient aux Hollandais la propriété de quelques terres

voisines du Cap, et s'efforcèrent de les en chasser. Ils alléguaient

en leur faveur une possession immémoriale. Pendant cette querelle, ils

tuèrent quantité de Hollandais; ils enlevèrent leurs bestiaux avec une

attention continuelle à choisir pour le combat un temps de pluie et de

brouillard, parce qu'ils avaient remarqué que les armes à feu étaient

alors moins redoutables. Ils avaient pour chefs Garingha et Nomoa,

tous deux braves et expérimentés. Les Hollandais donnaient au second

le nom de Doman. Il avait passe cinq ou six ans à Batavia; et, depuis

son retour au Cap, il avait vécu long-temps parmi eux, vêtu à la

manière de l'Europe. Mais, ayant rejoint les Hottentots de sa nation,

il leur avait découvert les intentions des Hollandais, et leur avait

appris à se servir de leurs armes, et sous ces deux guides ils

n'entreprirent presque rien sans succès.

La guerre durait depuis trois mois, lorsqu'un jour au matin, dans le

cours du mois d'août, cinq Hottentots, conduits par Doman, sortirent

pour exercer leurs pillages. Ils commencèrent par enlever quelques

bestiaux; mais, se voyant poursuivis par cinq cavaliers hollandais,

ils firent face avec beaucoup de fermeté, et blessèrent trois de

leurs ennemis; enfin les Hollandais en tuèrent deux et blessèrent

mortellement le troisième. Doman et le seul compagnon qui lui restait

sautèrent dans la rivière pour s'échapper à la nage.

Celui qui demeurait blessé avait eu la gorge percée d'un coup de balle

et une jambe cassée, sans compter une profonde blessure à la tête. Il

fut transporté au fort: on lui demanda quels étaient les motifs de sa

nation pour déclarer la guerre aux Hollandais et pour employer contre

eux le fer et le feu. Quoiqu'il ressentît de vives douleurs, il fit

lui-même diverses questions en forme de réponse: «Pourquoi, dit-il aux

Hollandais, avez-vous semé et planté nos terres? pourquoi les

employez-vous à nourrir vos troupeaux, et nous ôtez-vous ainsi notre

propre nourriture?» Il ajouta que sa nation faisait la guerre pour

tirer vengeance des injures qu'elle avait reçues; qu'elle ne pouvait

voir sans indignation, non-seulement qu'il ne lui fût pas permis

d'approcher des pâturages dont elle avait été si long-temps en

possession, après y avoir reçu les Hollandais par un simple mouvement

de complaisance, mais que son pays fût usurpé et partagé entre les

ravisseurs, sans qu'ils se crussent obligés à la moindre

reconnaissance. Qu'auraient fait les Hollandais, s'ils eussent été

traités de même? Il en concluait que le soin qu'ils apportaient à se

fortifier n'avait pour but que de réduire par degrés les Hottentots à

l'esclavage. On lui répliqua que sa nation, ayant perdu son pays par

la guerre, ne devait rien espérer ni de la paix ni des hostilités pour

s'y rétablir. C'est alléguer clairement le droit du plus fort; et,

d'après ce raisonnement, toutes les questions faites aux Hottentots

étaient fort déplacées.

Abrégé de l'Histoire Générale des Voyages (Tome 3) · 第 20 / 23 段