Il peut lever, dit-on, des armées innombrables et les mettre en

campagne. Carli et d'autres voyageurs racontent qu'un roi de Congo

marcha contre les Portugais à la tête de neuf cent mille hommes. On

aurait cru qu'il se proposait la conquête de l'univers; cependant il

n'avait à combattre que trois ou quatre cents mousquetaires portugais,

qui n'avaient pour armes, avec leurs fusils, que deux pièces de

campagne; mais, les ayant chargées à cartouche, l'exécution qu'elles

firent dans les premiers rangs des Nègres jeta la consternation dans

une armée si nombreuse, et la mort du monarque acheva de les mettre en

déroute. Le Portugais qui avait coupé la tête à ce prince assura que

ses armes royales et tous les ustensiles dont il faisait usage étaient

d'or battu.

La manière ordinaire de combattre dans toutes ces régions ne prouve

pas plus de courage que de discipline. Deux armées nègres qui sont en

présence commencent par discuter froidement le sujet de leur querelle:

elles passent successivement aux reproches et aux injures; enfin, la

chaleur augmentant par degrés, on en vient aux coups. Les tambours se

font entendre avec beaucoup de confusion. Ceux qui sont armés de

fusils les jettent à la première décharge, parce qu'ils sont plus

occupés de leur propre frayeur que de l'envie de nuire. D'ailleurs la

méthode qu'ils prennent pour tirer est rarement dangereuse. Ils

appuient la crosse du fusil contre l'estomac, sans aucun point de

mire, et les balles passent en l'air par-dessus la tête de leurs

ennemis, d'autant plus que des deux côtés l'usage est de s'accroupir

lorsqu'ils voient le premier feu de la poudre; ensuite les deux partis

se relèvent et se servent de leurs arcs. S'ils sont à quelque

distance, ils lancent leurs flèches en l'air, persuadés qu'elles sont

plus meurtrières dans leur chute; mais, lorsqu'ils sont fort près, ils

tirent en droite ligne. Les flèches sont quelquefois empoisonnées, et

le premier remède qu'ils appliquent à leurs blessures, est leur

propre urine. Ils ramassent les flèches qu'ils découvrent autour d'eux

pour les employer contre ceux qui les ont tirées.

La succession au trône n'a point d'ordre établi; du moins n'en

a-t-elle pas qui ne puisse être renversé par la volonté des grands,

sans aucun égard pour le droit d'aînesse ou pour la légitimité de la

naissance. Ils choisissent entre les fils du roi celui pour lequel ils

ont conçu le plus de respect, ou qu'ils croient le plus capable de les

gouverner. Quelquefois ils rejettent les enfans pour donner la

couronne au frère ou au neveu.

Dans le couronnement du roi, l'usage est de faire une proclamation qui

prouve le crédit des Portugais dans ces contrées; un héraut dit à

haute voix: «Vous qui devez être roi, ne soyez ni voleur, ni avare, ni

vindicadif; soyez l'ami des pauvres; faites des aumônes pour la rançon

des prisonniers et des esclaves: assistez les malheureux; soyez

charitable pour l'église: efforcez-vous d'entretenir la paix et la

tranquillité dans ce royaume, et conservez avec une fidélité

inviolable le traité d'alliance avec votre frère le roi de Portugal.»

Ensuite deux seigneurs se lèvent pour aller chercher le prince, comme

s'il était confondu dans la foule. L'ayant bientôt trouvé, ils

l'amènent, l'un par le bras droit, l'autre par le bras gauche. Ils le

placent sur le fauteuil royal, lui mettent la couronne sur la tête,

les bracelets d'or aux poignets, et sur le dos un manteau noir, qui

sert depuis long-temps à cette cérémonie. Alors on lui présente un

livre d'évangiles, soutenu par un prêtre en surplis; il y porte la

main, et jure d'observer tout ce que le héraut a prononcé. Toute

l'assemblée jette aussitôt un peu de sable et de terre sur lui,

non-seulement comme un témoignage de la joie publique, mais encore

pour l'avertir que sa qualité de roi n'empêchera pas qu'il ne soit

réduit quelque jour en poudre. Il se rend ensuite au palais,

accompagné de douze principaux nobles qui ont présidé à la fête.

Chaque province de Congo, quoique gouvernée par un des principaux

seigneurs du royaume, sous le titre de _mani_, se divise en plusieurs

petits cantons qui ont aussi leur mani particulier, mais d'un rang

inférieur. Ainsi le mani ou le seigneur de _Vamma_, qui n'est qu'une

division de province, n'est pas du même rang que le _mani bamba_, qui

gouverne une province entière.

Le roi nomme dans chaque province un juge revêtu de son autorité pour

la décision de toutes les causes civiles. Comme il n'y a point de lois

écrites, les juges n'ont pour règle, dans l'exercice de leur

juridiction, que leur caprice ou celui de l'usage; mais leurs

sentences ne vont jamais plus loin que l'emprisonnement ou l'amende.

Dans les matières importantes, les accusés appellent au roi, seul juge

des causes criminelles; il porte sa sentence, mais il est rare

qu'elle soit à mort. Les offenses des Nègres contre les Portugais sont

jugées par les lois du Portugal; ordinairement le roi se contente de

bannir le coupable dans quelque île déserte. S'ils ont le bonheur d'y

vivre onze ou douze ans, il leur accorde un pardon formel, et ne fait

pas même difficulté de les employer au service de l'état, comme des

gens d'expérience qui ont eu le temps de s'endurcir à la fatigue.

Le véritable nom du pays d'Angole est Dongo. Les Portugais l'ont nommé

Angola, du premier prince qui l'usurpa sur la couronne de Congo: il

portait anciennement le nom d'Ambanda, et ses habitans se nomment

encore Ambandos, comme ceux de Loango se nomment Bramas.

Le royaume d'Angole est borné au nord par celui de Congo, dont il est

séparé par la rivière de Danda, que d'autres appellent Bengo; à l'est,

par le royaume de Matamba; au sud, par Benguéla, et à l'ouest, par

l'Océan: sa situation est entre 7 degrés 30 minutes, et 10 degrés 40

minutes de latitude sud.

Dans la province de Massingan ou de Massangano, les Portugais ont un

fort près d'une petite rivière du même nom, entre les rivières de

Koanza et de Sounda. La Koanza coule au sud, et la Sounda au nord;

mais leurs eaux se mêlent à la distance d'une lieue, et c'est de cette

jonction que la ville tire le nom de Massangano, qui signifie, dans la

langue du pays, un mélange d'eau: elle n'était autrefois qu'un grand

village ouvert; mais le soin que les Portugais ont pris d'y bâtir un

grand nombre de belles maisons de pierre en a fait une ville

considérable. Ce changement et l'érection du fort sont de l'année

1578, lorsque, avec le secours du roi de Congo, les Portugais

pénétrèrent dans le royaume d'Angole. La ville est habitée aujourd'hui

par quantité de familles portugaises, et par un grand nombre de

mulâtres et de Nègres.

Le roi d'Angole fait sa résidence ordinaire un peu au-dessus de

Massangano, dans l'intérieur d'une chaîne de montagnes d'environ sept

lieues de tour, où la richesse des campagnes et des prairies lui

fournit des provisions en abondance. On n'y peut pénétrer que par un

seul passage; et ce prince l'a fortifié avec tant de soin, qu'il est à

couvert des insultes de ses ennemis.

La province de Loanda tient le premier rang par sa grandeur et ses

richesses. Sa capitale est la ville de Loanda, qu'on nomme aussi

Saint-Paul de Loanda, pour la distinguer d'une île du même nom. C'est

la capitale de toutes les possessions portugaises dans cette grande

partie de l'Afrique et la résidence du gouverneur.

Saint-Paul de Loanda doit son origine aux Portugais en 1578, lorsque

Paul Diaz de Novaës fut envoyé dans cette contrée pour en être le

premier gouverneur. Elle est grande et remplie de beaux édifices,

mais sans murs et sans fortifications, à la réserve de quelques petits

forts élevés sur le rivage pour la sûreté du port. Les maisons des

blancs sont de pierre et couvertes de tuiles. Celles des Nègres ne

sont que de bois et de paille. L'évêque d'Angole et de Congo y fait sa

résidence à la tête d'un chapitre de neuf ou dix chanoines.

La ville est habitée par trois mille blancs et par un nombre

prodigieux de Nègres qui servent les blancs en qualité d'esclaves, ou

de domestiques libres. Il est commun pour un Portugais de Loanda

d'avoir cinquante esclaves à son service; les plus riches en ont deux

ou trois cents, et quelques-uns jusqu'à trois mille; c'est en quoi

consiste leur richesse, parce que tous ces Nègres, étant propres à

quelque travail, s'occupent suivant leur profession, et qu'outre la

dépense de leur entretien qu'ils épargnent à leur maître, ils lui

apportent chaque jour le fruit de leur travail; mais, à l'exception de

Massangano et de quelques autres places intérieures, les Portugais ne

possèdent rien au delà des côtes.

Le nombre des mulâtres est fort grand: ils portent une haine mortelle

aux Nègres, sans en excepter leur mère négresse, et toute leur

ambition consiste à se mettre dans une certaine égalité avec les

blancs; mais, loin d'obtenir cette grâce, ils n'ont pas même la

liberté de paraître assis devant eux.

Les enfans que les Portugais ont de leurs Négresses passent également

pour esclaves, à moins que le père ne se détermine à les déclarer

légitimes. À la moindre faute, ces misérables victimes sont vendues et

transportées sans aucun égard pour les lois de la religion et de la

nature. Un Portugais avait deux filles, l'une veuve et l'autre à

marier: dans la vue de procurer un meilleur établissement à la

seconde, il dépouilla l'autre de tout ce qu'elle possédait. Celle-ci

ne pouvant rien opposer à cette injustice, prit une autre résolution,

qu'elle ne fit pas difficulté de déclarer à Mérolla: «Je ne veux pas

déplaire à mon père, lui dit-elle; il est le maître de me traiter à

son gré; mais après sa mort je vendrai ma soeur, parce qu'elle est née

de mon esclave, et je me dédommagerai sans bruit du tort qu'il me

fait.» Voilà les abominations que produit le commerce des esclaves.

L'usage des pères, à la naissance de chaque enfant, est de jeter les

fondemens d'une nouvelle maison pour le loger après son mariage; les

murs s'élèvent à mesure que l'enfant croit en âge. On n'a point

d'autre chaux que la poudre des écailles d'huîtres calcinées au feu.

Les bornes du pays de Benguéla, que l'on nomme Bankella, sont, au

nord, le royaume d'Angole, dont quelques-uns le regardent comme une

partie; à l'est, le pays de Djoggi-Kasandj, duquel il est séparé par

la rivière Kounéni; au sud, celui de Martaman, et la mer à l'ouest; sa

situation est entre 10 degrés 30 minutes, et 16 degrés 15 minutes de

latitude sud.

L'air est si dangereux dans le pays de Benguéla, et communique aux

alimens des qualités si pernicieuses, que les étrangers qui en usent à

leur arrivée n'évitent point la mort ou de fâcheuses maladies. On

conseille ordinairement aux passagers de ne pas descendre à terre, ou

du moins de ne pas boire de l'eau du pays, qu'on prendrait pour une

lie épaisse. On reconnaît aisément combien l'air est dangereux pour

les blancs; tous ceux qui habitent le pays ont l'air d'autant de morts

sortis du tombeau; leur voix est faible et tremblante, et leur

respiration entrecoupée, comme s'ils la retenaient entre les dents.

Carli, qui fait d'eux cette peinture, se dispensa de résider dans un

si triste lieu.

Du temps de Lopez et de Battel, les Européens, n'avaient qu'un

établissement dans cette baie; mais dans la suite les Portugais y ont

bâti du côté du nord une ville qu'ils ont nommée San-Phelipé, ou

Saint-Philippe de Benguéla, et qu'ils appellent aussi le

Neuf-Benguéla, pour la distinguer d'une ancienne ville du même nom,

qui est située sur les bords de cette contrée du côté du nord, entre

le port de Soto et la rivière de Dongo ou de Moréna. Carli, qui se

trouvait dans le pays en 1666, dit que la ville de Benguéla est gardée

par une garnison portugaise, avec un gouverneur de la même nation: il

ajoute que le nombre des blancs qui l'habitent est d'environ deux

cents, que celui des Nègres est très-grand, que les maisons ne sont

bâties que de terre et de paille, que l'église et les forts ne sont

pas mieux.

Mérolla parle avec horreur d'un usage établi dans un port de ce

royaume où son vaisseau relâcha: les femmes, d'intelligence avec leurs

maris, emploient tous les artifices de leur sexe pour attirer d'autres

hommes dans leurs bras, et livrent leurs amans au mari, qui les

emprisonne aussitôt pour les vendre à la première occasion, sans avoir

aucun compte à rendre de cette violence.

Dans toutes les parties du royaume d'Angole, on distingue quatre

ordres de Nègres qui composent la nation: le premier, qui est celui

des nobles, se nomme mokata; on donne au second, dans la langue du

pays, le titre d'enfant du domaine: il renferme tous les habitans

libres, qui sont la plupart artisans ou laboureurs; le troisième ordre

est celui d'une sorte d'esclaves qui appartient au domaine de chaque

noble, et qui passe de même à l'héritier; enfin le quatrième est

l'ordre des mokikas ou des esclaves ordinaires, qui s'acquiert par la

guerre ou par le commerce.

En général, les habitans d'Angole et de Benguéla n'amassent point de

richesses. Ils se contentent d'un peu de millet et de quelques

bestiaux, de leur huile et de leur vin de palmier. Le principal

commerce des Portugais et des autres Européens dans le royaume

consiste en esclaves, qu'ils transportent à Porto-Rico, à

Rio-de-la-Plata, à Saint-Domingue, à la Havanne, à Carthagène, et

surtout au Brésil, pour le service des plantations et des mines.

Autrefois les Espagnols transportaient annuellement plus de quinze

mille esclaves dans leurs propres colonies, et l'on juge

qu'aujourd'hui les Portugais n'en transportent pas moins. Leurs agens

les achètent à cent cinquante et deux cent milles dans l'intérieur des

terres. Lorsqu'ils arrivent sur la côte, ils sont ordinairement fort

maigres et très-faibles, parce qu'ils sont mal nourris dans le voyage,

et qu'on ne leur donne la nuit que le ciel pour toit et la terre pour

lieu de repos. Mais, avant que de les embarquer, l'usage des Portugais

de Loanda est de les bien traiter, dans une grande maison qui n'a

point d'autre destination. Ils leur fournissent de l'huile de palmier

pour se frotter le corps et se rafraîchir. S'il ne se trouve point de

vaisseau prêt à les recevoir, ou s'ils ne sont point en assez grand

nombre pour faire une cargaison complète, ils les emploient à la

culture de leurs terres. Lorsqu'ils sont à bord, ils prennent soin de

leur santé; ils sont pourvus de remèdes, surtout de citrons, pour les

garantir du scorbut. Si quelqu'un d'entre eux tombe malade, ils ne

manquent point de le loger à part et de lui faire observer un régime

salutaire. Dans leurs vaisseaux de transport, ils leur donnent des

nattes, qui sont changées régulièrement de douze en douze jours.

L'avarice même peut donc quelquefois ramener à l'humanité.

Lopez raconte que de son temps le roi d'Angole et tous ses sujets

n'avaient point encore d'autre religion que l'idolâtrie. Il ajoute que

ce prince, ayant formé le dessein d'embrasser la foi chrétienne, à

l'exemple du roi de Congo, lui fit demander, par un ambassadeur, des

prêtres et des missionnaires; mais que le royaume de Congo n'en avait

point assez pour s'en défaire en faveur de ses voisins. Depuis le même

temps, l'état de la religion a reçu peu de changement dans le royaume

d'Angole, excepté dans les villes de Loanda, de Massangano et quelques

autres lieux immédiatement soumis aux Portugais. Loanda est un siége

épiscopal, suffragant de celui de San-Salvador.

La langue du royaume d'Angole n'est pas plus différente de celle de

Congo que le portugais ne l'est du castillan, ou le vénitien du

calabrois, c'est-à-dire que la différence consiste principalement dans

la prononciation; cependant elle est assez grande pour en faire comme

une autre langue. Toutes ces régions n'ont point de caractères pour

l'écriture.

Les rois d'Angole n'étaient anciennement que des gouverneurs ou des

lieutenans du roi de Congo qui s'étaient emparés de l'autorité dans

l'étendue de leur administration; ensuite ils usurpèrent le pouvoir

absolu dans un pays qu'ils gouvernaient au nom d'autrui; et joignant

diverses conquêtes au royaume d'Angole, ils devinrent aussi riches et

presque aussi puissans que leur maître; cependant ils ont toujours

conservé une ombre de dépendance sous le nom d'un tribut qu'ils ne

paient qu'à leur gré.

Les rois d'Angole entretiennent, comme ceux de Congo, un grand nombre

de paons: ce privilége est réservé à la famille royale. Leur

vénération pour ces animaux va si loin, qu'un de leurs sujets qui

aurait la hardiesse d'en prendre une seule plume n'éviterait pas la

mort ou l'esclavage.

Les provinces d'Angole sont gouvernées, sous l'autorité du roi, par

les principaux seigneurs de sa cour, et chaque canton par un chef

inférieur qui porte le nom de sova.

On ne connaît dans le royaume d'Angole qu'une sorte de punition pour

les crimes; c'est l'esclavage au profit du _Sova_.

Le roi de Portugal tire du royaume d'Angole un revenu considérable,

soit du tribut annuel des sovas, soit des droits qu'il impose sur la

vente des marchandises et des esclaves.

Les révolutions du royaume d'Angole n'ont point empêché qu'il ne soit

demeuré fort puissant. Lopez observe que, depuis l'établissement du

christianisme dans le royaume de Congo, le nombre des habitans y est

beaucoup diminué; au lieu que l'ancien usage de la polygamie, qui

subsiste toujours dans le royaume d'Angole, le rend plus peuplé qu'on

ne peut se l'imaginer. Le même auteur ajoute que, suivant l'usage du

pays, qui oblige tous les sujets de suivre le monarque à la guerre, il

peut mettre en campagne un million d'hommes. Dapper confirme ce

nombre; mais il ajoute que, dans une occasion pressante, le roi peut

lever promptement cent mille volontaires: puissance redoutable, si la

conduite et le courage y répondaient. On reconnut assez que ces deux

qualités leur manquent, en 1584, lorsque cinq cents Portugais,

assistés d'un petit nombre de Mosicongos, défirent une armée de douze

cent mille Angoliens. L'année suivante, deux cents Portugais et dix

mille Nègres en battirent six cent mille.

Quoique la foi chrétienne ait fait quelque progrès dans ces trois

contrées, la plus grande partie des habitans observe encore l'ancienne

religion, qui consiste dans le culte de Mokissos.

Tous les sovas chrétiens ont un chapelain dans leur benza ou village

pour baptiser les enfans et célébrer les saints mystères. Mais entre

ceux qui font profession du christianisme il s'en trouve un grand

nombre qui demeurent attachés secrètement à l'idolâtrie.

Les gangas ou les prêtres nommés _singhillis_, c'est-à-dire dieux de

la terre, ont un supérieur ou un souverain pontife qui porte le nom de

_ganga kitorna_, et qui passe pour le premier dieu de cette espèce.

C'est à lui qu'on attribue toutes les productions terrestres, telles

que les fruits et les grains. On lui offre les premiers, comme un

juste hommage; et lui-même se vante de n'être pas sujet à la mort.

Pour confirmer les Nègres dans cette ridicule opinion, lorsqu'il se

sent près de sa fin par la faiblesse de l'âge ou par la maladie, il

appelle un de ses disciples pour lui communiquer le pouvoir qu'il a de

produire les biens de la terre; ensuite il le fait étrangler

publiquement avec une corde, ou tuer d'un coup de massue. Cette

exécution se fait à la vue d'une nombreuse assemblée. Si l'office du

grand pontife n'était pas rempli continuellement, les habitans sont

persuadés que la terre deviendrait stérile, et que le genre humain

toucherait bientôt à sa ruine. Les gangas inférieurs finissent

ordinairement leur vie par une mort violente.

Comme tous les gangas prétendent à la divination, nos missionnaires

leur ont donné le nom de sorciers, et les persécutent sans cesse dans

tous les lieux où ils ont quelque pouvoir. D'un autre côté, les

prêtres idolâtres portent une haine mortelle à ceux de l'église

romaine, soit par le ressentiment des injures qu'ils reçoivent soit

par zèle pour le rétablissement du paganisme.

CHAPITRE II.

Histoire naturelle de Congo, d'Angola et de Benguéla.

L'air de Congo, généralement parlant, est plus tempéré qu'on n'est

porté à se l'imaginer. L'hiver y ressemble à l'automne de Rome. On n'y

est jamais obligé d'augmenter l'épaisseur des habits ni de s'approcher

du feu. Il n'y a point de différence pour le froid entre le sommet des

montagnes et les plaines. On voit même des hivers ou la chaleur est

plus vive qu'en été.

La différence des jours et des nuits n'est que d'un quart d'heure

pendant toute l'année.

L'hiver commence au mois de mars, lorsque le soleil entre dans les

signes du nord, et l'été au mois de septembre, lorsque le soleil passe

dans les signes du sud. Il ne tombe jamais de pluie pendant l'été;

mais elle dure sans interruption pendant les mois d'avril, mai, juin,

juillet et août, qui composent l'hiver. Les beaux jours du moins y

sont fort rares. On est surpris de la force des pluies et de la

grosseur des gouttes. Lorsque les terres sont bien abreuvées, toutes

les rivières s'enflent et répandent leurs eaux dans les pays voisins.

Les premières pluies commencent ordinairement le 15 avril, et

quelquefois plus tard. De là vient que ces nouvelles eaux du Nil, qui

sont attendues avec tant d'impatience en Égypte, arrivent plus tôt ou

plus tard.

Dans toutes ces contrées, les vents d'hiver soufflent depuis le nord

jusqu'à l'ouest, et depuis le nord jusqu'au nord-est. Ils ont été

nommés par les Portugais _vents généraux_; ce sont les mêmes que les

Romains nommaient _étésiens_, et qui soufflent en été dans l'Italie.

Ils poussent avec beaucoup de force les nues vers les grandes

montagnes, où, se rassemblant et se trouvant pressées, elles se

condensent beaucoup. À l'approche de la pluie, elles paraissent comme

perchées au sommet de ces montagnes; et de là viennent les inondations

du Nil, du Sénégal et des autres rivières, qui se déchargent dans les

mers orientales et occidentales.

Pendant l'été du pays, qui est l'hiver de Rome, les vents soufflent

depuis le sud jusqu'au sud-est. En nettoyant les parties méridionales

du ciel, ils poussent la pluie vers les régions du nord. Leur effet le

plus salutaire est de répandre la fraîcheur dans toutes ces contrées;

sans quoi il serait impossible de résister à des chaleurs si

excessives, que, pendant la nuit même, on est contraint de suspendre

au-dessus de soi deux couvertures pour se garantir de l'embrasement de

l'air. Les voyageurs remarquent aussi qu'il ne tombe jamais de neige à

Congo et dans les pays voisins, et qu'on n'en aperçoit point au sommet

des plus hautes montagnes, excepté vers le cap de Bonne-Espérance et

sur quelques autres monts que les Portugais ont nommés Sierra-Névada

ou Monts de neige. Mais on ne vante point cette propriété du pays

comme un avantage; car un peu de neige ou de glace paraîtrait à Congo

plus précieux que l'or.

On trouve, dit-on, dans le royaume de Congo des mines de divers

métaux, sans en excepter l'or et l'argent; mais les habitans ont

toujours refusé de les découvrir aux étrangers.

Le cuivre y est fort commun, surtout dans la province de Pemba, près

de la ville du même nom. La teinte de jaune est si forte dans

certaines roches, qu'on les a prises pour de l'or. Sogno n'en est pas

moins rempli; et son cuivre étant encore meilleur que celui de Pemba,

on en fabrique à Loanda les bracelets et les anneaux que les Portugais

transportent à Callabar, à Kiodelkey, et dans d'autres lieux.

Linschoten assure que Bamba a des mines d'argent et de quelques autres

métaux. Il place à l'est de Sounda des mines de cristal et de fer.

«Les dernières, dit-il, sont les plus estimées des Nègres, parce

qu'ils font de ce métal des couteaux, des épées et d'autres armes.»

Abrégé de l'Histoire Générale des Voyages (Tome 3) · 第 18 / 23 段