XXXI. LA PENDAISON EN AMÉRIQUE.

Fortuné Wright, soldat au 96e régiment d'infanterie de couleur, a été

pendu le 22 de ce mois à la Nouvelle-Orléans.

Il y a quelques mois, le juge Scott et le docteur Octavius Trezevant

passant dans une rue de Carolton, virent un soldat de couleur qui

battait une négresse, et ils s'interposèrent en lui reprochant sa

brutalité.

Le soldat, qui était ivre, retourna sa colère contre ses deux messieurs,

et frappa avec un couteau-poignard le docteur Trezevant, qui expira

bientôt après. Le meurtrier fut condamné à mort par une commission

militaire, et la sentence fut approuvée par le général Canby.

Au jour fixé pour l'exécution, les autorités militaires, dans le but de

faire un exemple, avaient déployé un appareil extraordinaire. Les rues

de la ville étaient dès le matin encombrées de troupes et de nègres

accourus de toutes les localités environnantes. Un grand nombre d'entre

eux se réjouissaient hautement de l'espoir d'obtenir un bout de la corde

qui devait servir au supplice, pénétrés de l'idée superstitieuse qu'un

pareil objet est un talisman qui préserve de tous les maux.

Fortuné Wright était un nègre de grande taille, vigoureux et

parfaitement noir. Il a montré un sang-froid inébranlable, et aucune

émotion n'a paru sur ses traits pendant toute la durée de la cérémonie.

Il était en petit uniforme et d'une tenue irréprochable.

Arrivé sur l'échafaud, il a prononcé d'un ton ferme quelques paroles

dans lesquelles il a protesté qu'il n'avait pas eu l'intention de tuer

le docteur Trezevant; qu'il avait servi trois ans sans jamais désobéir

aux ordres de ses supérieurs; qu'il était prêt à mourir, mais que sa

mort était injuste, attendu qu'il avait agi sans préméditation. Enfin il

remettait son âme à Dieu avec confiance, et invitait les soldats de sa

couleur à voir dans sa mort un avertissement pour leur conduite à venir.

La harangue terminée, le capuchon noir a été rabattu sur son visage, et

la trappe est tombée sous ses pieds. Mais la corde étant neuve et

insuffisamment graissée, le noeud glissa derrière les oreilles, et le

supplicié resta pendu par la tête au lieu de l'être par le cou.

Il fallut le redescendre et recommencer l'opération. La corde glissa de

nouveau et la strangulation n'eut pas lieu; mais la colonne vertébrale

était brisée par la secousse, et la mort s'ensuivit après quelques

minutes de convulsions. Une heure après, les médecins déclarèrent que la

vie avait cessé, et le cadavre fut décroché pour être déposé dans la

bière.

Pendant toute la journée, les nègres n'ont cessé d'assiéger les abords

de la prison, dans l'espoir d'obtenir un morceau de corde du pendu.

* * * * *

La pendaison en Angleterre se fait de la même façon, nous ajouterons

seulement à ce récit les détails suivants qui sont assez curieux:

L'_International_ a publié le récit des exécutions célèbres. Nous lui

empruntons la suivante. C'est celle du comte de Ferrers, qui avait

assassiné son intendant.

On eut pour lui des égards, je dirais même des attentions. Par exemple,

au lieu d'arriver à Tyburn dans l'ignoble charrette, il se fit conduire

dans un superbe carrosse tiré par six chevaux. Il portait son habit de

noces et des gants blancs.

Le bourreau consentit à le pendre avec une corde de soie. On inventa

pour l'occasion le système de la trappe (_drop_). Autrefois, on se

contentait de conduire le condamné sous le gibet sans le faire descendre

de la charrette, puis, lorsque le bourreau avait disposé la corde autour

du cou de la victime, la voiture avançait et le condamné perdait pied.

Ce système était cruel en ce sens qu'il n'y avait pas de choc violent,

et que la mort était loin d'être instantanée.

Le comte, lui, en homme qui sait bien mourir, se fit dresser un échafaud

garni à son milieu d'une planche mobile sur laquelle il se plaça et qui

s'enfonça brusquement à un signal donné du bourreau.

Lorsque l'exécution fut terminée, le peuple se disputa à coups de poing

la possession de la corde de soie. On a conservé soigneusement cette

relique jusqu'à nos jours, ainsi que le compte du marchand qui avait

fait cette malheureuse corde.

Les spectateurs se disputèrent aussi le drap noir qui recouvrait la

potence. Quant au somptueux véhicule qui avait transporté le comte

Ferrers à Tyburn, il fut acheté par un carrossier d'Acton.

_CINQUIÈME PARTIE_ LA GUILLOTINE

Peines, tortures et supplices · 第 73 / 104 题