On écrivait de Madrid le 4 février 1866:
Hier a été passé par les armes le capitaine Pedro Espinosa, commandant
les chasseurs de Figueras, pour avoir pris part au dernier soulèvement
militaire.
C'était un vrai type de vieux soldat. Calme et souriant, il est allé
au-devant de la mort, comme s'il s'agissait de se rendre à la parade.
Le chapelain du régiment l'accompagnait, et de temps en temps il cessait
d'écouter ses paroles de consolation pour saluer des amis dans la foule.
Une compagnie d'ingénieurs marchait en tête du funèbre cortége, que
fermait un escadron de cavalerie.
Le temps était splendide. Partout, sous les rayons du soleil, la vie et
l'animation! On entendait les marchands crier: _la fresca! la fresca!
cirillas, cirillas!_--Des verres d'eau fraîche et du feu pour les
cigarettes.
Les chansons de la multitude et le carillon des clochettes des mules
imprégnaient pour ainsi dire l'air de joyeuses mélodies.
--Quel beau jour pour mourir! dit le capitaine Espinosa à son
confesseur.
On était arrivé sur le lieu de l'exécution.
Après avoir entendu la lecture de sa sentence, le condamné s'avança au
pied du mur où il devait se tenir pour recevoir la fatale décharge.
--Amis, s'écria-t-il d'une voix sonore, pardonnez-moi toute la peine que
je vous donne, et surtout pas de faiblesse! Il me reste une grâce à vous
demander, celle de viser droit au coeur!
La prière de l'infortuné Pedro fut exécutée. Deux secondes après, il
tombait foudroyé; sur douze balles, huit avaient porté en pleine
poitrine.
Les troupes qui avaient formé le carré défilèrent devant le cadavre, que
les membres de la confrérie de la Paix et de la charité enlevèrent
ensuite pour le porter au cimetière général.