XXVI. LA FUSILLADE EN FRANCE.

Le 29 décembre 1866, les nommés Jean-Antoine Ciosi, voltigeur au 2e

régiment de la garde impériale, et Jean-Baptiste Agostini, voltigeur au

3e régiment de ladite garde, furent condamnés à la peine de mort pour

crime d'assassinat commis à Champerret.

Les condamnés furent extraits le 20 janvier 1867, à six heures du matin,

de la Maison de justice militaire, et conduits dans une voiture

cellulaire du train des équipages militaires escortée par cinquante

gendarmes à cheval, jusqu'à la butte du Polygone.

Sur ce point, et conformément aux usages militaires en pareils cas, se

trouvaient réunis:

Le 2e et le 3e régiment de voltigeurs auxquels appartenaient les deux

condamnés.

Ces régiments tenaient la droite de toutes les troupes.

Les autres troupes appartenant à l'armée de Paris, se composaient d'une

compagnie par bataillon de tous les régiments d'infanterie, garde

impériale et ligne; d'un escadron par régiment de cavalerie; de cent

hommes par régiment d'artillerie et de toute la garnison de Vincennes.

Toutes les troupes, en grande tenue, étaient rangées en bataille, en

face du Polygone, à dix mètres duquel se tenaient les deux pelotons

d'exécution, composés de quatre sergents, quatre caporaux, quatre

soldats des 2e et 3e de voltigeurs.

Deux adjudants chargés de donner le signal du feu les commandaient.

Ces pelotons d'exécution avaient chargé leurs armes sous les yeux des

adjudants dans la cour intérieure du fort, et on leur avait donné

lecture d'un ordre du général portant: «Qu'il s'agissait pour eux d'un

devoir militaire et d'un devoir d'humanité; qu'ils devaient accomplir

sans hésitation et sans faiblesse la grave et sévère mission de la

justice confiée à leur énergie.»

Le sinistre cortége allait au petit trot, et les troupes qui l'avaient

précédé avaient, sur leur parcours, attiré l'attention de la population

parisienne, qui s'était portée en masse à Vincennes.

Mais des soldats, placés de distance en distance le long de la lisière

du bois, empêchaient les curieux d'approcher.

Pendant le trajet, Ciosi ne cessait de fumer, et, regardant par la

lucarne de la voiture, il disait à l'abbé Baron: «Nous approchons.»

Agostini était triste et répondait à peine aux paroles de consolation

que prononçait l'abbé Forestier.

M. le général Soumain, suivi de son état-major, est arrivé à huit heures

dans la vaste plaine du Polygone.

Les troupes se sont déployées et ont formé les trois côtés d'un grand

carré fermé dans sa quatrième partie par le Polygone.

La voiture cellulaire est arrivée à huit heures.

Aussitôt un roulement de tambour s'est fait entendre sur toute la ligne.

Les condamnés, soutenus par les gendarmes, et assistés par les aumôniers

Forestier et Baron, sont descendus et se sont placés debout en face des

pelotons d'exécution.

Le greffier du conseil de guerre a lu à haute voix le jugement de

condamnation qu'il a terminé en disant:

«Ce jugement est exécutoire; que justice soit faite»

Usant du droit que lui confère l'article 90 du Code de justice

militaire, le général avait ordonné qu'il ne serait pas procédé à la

dégradation.

Les aumôniers et les gendarmes ont voulu bander les yeux des patients.

Agostini s'est laissé faire; Ciosi a refusé le bandeau.

Puis ils se sont agenouillés auprès de deux poteaux.

Agostini s'est évanoui; des soldats ont été obligés de le lier au

poteau.

Ciosi regardait froidement.

--Pauvre Agostini! disait-il.

Enfin les deux adjudants ont fait avec leur épée deux signes silencieux

qui signifiaient:

Apprêtez armes!

Joue!

Feu! s'est fait entendre.

Ciosi est tombé sur la face.

Agostini s'est affaissé lié au poteau.

Près de leurs cadavres se sont aussitôt approchés deux chirurgiens, puis

deux caporaux chargés de donner le coup de grâce.

Mais les chirurgiens ont reconnu que la mort ayant été foudroyante pour

Ciosi, il était inutile de lui donner ce coup, qui se tire ordinairement

dans l'oreille. Agostini seul l'a reçu, son corps remuant encore au

moment où les médecins l'ont visité.

Devant les corps sanglants des suppliciés ont défilé, au son de leur

musique, toutes les troupes présentes: dix mille hommes environ.

Ciosi et Agostini ont été inhumés au cimetière de Vincennes.

Peines, tortures et supplices · 第 68 / 104 题