Lorsqu'un Brahmine des bords du Gange a commis quelque faute, il tombe
au rang des parias; et sa famille est vouée à l'exécration. Il peut
racheter les siens, et s'assurer l'éternité de vie heureuse en se
soumettant à cet horrible supplice.
Au bout d'un mât semblable à ceux qui, dans nos fêtes publiques, servent
aux divertissements populaires, est placé un pivot de fer sur lequel se
trouve posée horizontalement, par le milieu, une longue pièce de bois
d'où pendent à chaque extrémité quatre cordes de la hauteur du mât. Sur
des côtés, au bout des cordes, sont fixés quatre forts crochets de fer
semblables à des hameçons. On fait approcher de cette bascule infernale
le brahmine qui veut racheter sa caste; deux de ces crochets aigus lui
sont fortement enfoncés dans les chairs de chaque côté des vertèbres
dorsales et les deux autres sont appliqués plus bas à la jonction des
lombes. Dans cet état ses parents eux-mêmes l'élèvent par les cordes de
l'autre extrémité jusqu'à la moitié du mât et s'élançant avec force dans
l'arène homicide, ils contemplent en l'air, avec calme, le malheureux
décrivant un vaste cercle que son sang reproduit sur la terre. Mais les
chairs se déchirent, des lambeaux s'en détachent; il tombe mourant aux
pieds de ses bourreaux, demande le pardon de sa faute, et attend la mort
sans se plaindre. On accourt cependant, on s'empresse, on l'entoure;
vous croyez sans doute qu'on va lui prodiguer des secours? Non, le
martyre n'est pas complet: on frotte ses plaies avec de la boue du
fleuve qui seule peut achever sa purification; on lui en met dans la
bouche, dans le nez, dans les oreilles, et dans cet état horrible,
vivant encore, le Gange entr'ouvre ses eaux pour recevoir son dernier
soupir!