Avant la chute du jour, s'effectue la rentrée au bagne. Tous les
galériens sont fouillés par les surveillants. Après le souper, les
forçats peuvent encore travailler. Le coucher se fait à huit heures. À
Brest, chacune des salles peut contenir de cinq à six cents condamnés.
Dans ces différents dortoirs, on rencontre sur une même ligne vingt-cinq
bancs, dont la forme est celle de deux grands lits de camp adossés. Sur
chaque banc, nommé tollard, sont couchés vingt-quatre galériens, douze
sur chacun des rangs disposés en plan incliné. À chaque place désignée
par son numéro, se trouve une couverture de laine grise très-grossière,
pouvant envelopper l'homme assez complètement pour qu'il ne repose pas
immédiatement sur le bois. Chaque forçat trouve dans ce lit commun son
espace rigoureusement déterminé, sa case marquée, dont il ne doit jamais
s'écarter sans permission.
Lorsqu'ils sont tous couchés, on passe dans les chaînes particulières
une chaîne commune au même rang, et qui ne ménage de liberté que juste
dans l'étendue très-limitée du parcours indispensable pour arriver au
baquet de nuit, placé à l'extrémité de chaque intervalle des bancs, dans
une espèce de niche surmontée d'un robinet qui fournit amplement l'eau
nécessaire aux ablutions, de telle sorte qu'en réalité les salles
n'offrent pas une trop mauvaise odeur.
Alors un coup de sifflet donne le signal du silence et du sommeil...
Quel sommeil?