Trois semaines après, les murailles de l'arrondissement étaient
bariolées d'affiches multicolores annonçant aux populations de la
circonscription--un mot sauvage, décidément!--la candidature de leur
féal et dévoué serviteur, Maurice Chazolles.
L'homme indépendant et libre s'était déguisé en un plat solliciteur.
Il briguait les suffrages de ses concitoyens les plus humbles,
mendiants même, traînards et gueux de toute sorte. Ses professions de
foi élaborées avec un soin méticuleux pour contenter les électeurs des
opinions les plus ondoyantes et diverses étaient placardées jusque sur
les piliers des grilles et les sacro-saintes murailles des églises.
Chazolles, aidé de son ami Duvernet, accouru à la rescousse, menait
rondement la campagne.
Il avait écrasé de besogne les typos de la circonscription--un mot à
écorcher le larynx!--fait gémir toutes les presses, soudoyé les
paresseux, les braillards, les politiques d'estaminet, les gardes
champêtres et les facteurs ruraux pour répandre ses bulletins et
semer la bonne parole dans les moindres recoins des localités les plus
écartées du pays.
Il n'avait négligé aucune chance et n'abandonnait rien au hasard.
Il voulait réussir, et tout ce qui l'entourait était dévoré du même
enthousiasme.