Si, contre toute attente, l'expérience démontrait cependant qu'aucune

encre ne serait à l'épreuve de ces procédés chimiques, si le papier des

enveloppes ne pouvait pas posséder les propriétés que nous lui

supposons, si enfin les traces du cachet précédemment placé au dos de

l'enveloppe ne pouvaient pas non plus venir suffisamment en aide aux

employés des postes, pour leur faire découvrir les altérations qu'on

aurait fait subir aux enveloppes, nous avons pensé qu'un autre moyen de

parer à la fraude pourrait être employé dans les bureaux de poste: ce

serait de frapper à l'arrivée les lettres à l'endroit du timbre sec

d'une espèce d'emporte-pièce qui couperait l'enveloppe à cette place, et

s'opposerait à ce qu'elle pût être présentée de nouveau.

L'application de cet emporte-pièce serait très-prompte, très-facile, et

ne retarderait ni ne gênerait le service.

Mais nous ne donnerons pas ici plus de développement à cette idée,

persuadé que nous sommes qu'on pourrait arriver aux moyens de composer

des enveloppes qui ne serviraient jamais deux fois.

M. Hill propose un autre moyen de suppléer, dans l'occasion, aux

enveloppes timbrées, moyen très-simple et qui pourrait être adopté dans

beaucoup de cas; il consisterait à frapper le timbre de taxe sur de

petits morceaux de papier très-minces et de forme ronde, et ces timbres,

semblables à ceux dont on se sert chez les notaires ou aux

chancelleries, seraient collés sur les lettres au moyen d'une substance

glutineuse, et déchirés ensuite dans le bureau d'arrivée par l'employé

chargé de la distribution.

Si ces petits morceaux de papier timbrés étaient mis en usage, ils

pourraient être débités par paquets, et appliqués sur la lettre par les

particuliers eux-mêmes ou par les agents des postes. Les particuliers,

surtout en province, qui seraient en doute sur le poids de la lettre

qu'ils auraient écrite, pourraient la présenter aux bureaux de poste et

payer immédiatement le prix du timbre, lequel serait collé sur leur

lettre, en leur présence.

Peut-être objectera-t-on encore que, toutes les lettres timbrées ayant

ainsi payé le port d'avance, il y aurait moins de garantie pour leur

exacte délivrance que si le port en était à recouvrer par le facteur; en

d'autres termes, qu'un facteur paresseux pourrait détruire les lettres

pour éviter la peine de les porter.

A cela on pourrait répondre que, dans l'ordre de choses actuel, il n'y a

pas plus de garanties de sécurité pour les lettres franches; mais ce ne

serait pas parfaitement juste, parce que le facteur, devant

nécessairement faire sa tournée pour porter les lettres taxées, n'a que

peu ou point de peine de plus pour remettre en même temps les lettres

franches; il s'ensuivrait donc que cette dernière part très-importante

des correspondances ne doit son exacte arrivée qu'à la nécessité où est

le facteur de porter des lettres dont le port est à recouvrer.

Cependant examinons quelles sûretés pourrait présenter le service

nouveau.

Indépendamment des moyens de surveillance de l'administration, des

contrôles et des épreuves auxquels elle pourrait avoir recours pour

s'assurer de la fidélité de ses facteurs, on pourrait donner au public

la possibilité de recommander des lettres pour tous les points de la

France, faculté qui n'est accordée aujourd'hui que pour les lettres à la

destination de Paris. Toute personne consentant à payer un demi-port en

sus de la taxe ordinaire de sa lettre, serait admise à la faire

_recommander_ et pourrait en demander un reçu. A cet effet, elle

remettrait au préposé des postes chargé de recevoir la taxe

supplémentaire, une copie de la suscription de sa lettre, écrite sur un

papier séparé, et le préposé frapperait cette copie de son timbre à date

constatant le jour de l'expédition de la lettre dont ce double servirait

ainsi de reçu.

Les lettres _recommandées_ seraient placées séparément des autres dans

la dépêche; mais au point d'arrivée elles seraient confondues par le

directeur des postes avec les lettres ordinaires qu'il remettrait à son

facteur; or celui-ci, dans l'impossibilité où il serait de distinguer

les lettres qui seraient l'objet de la surveillance dont nous avons

parlé, et dans la crainte d'être facilement découvert et sévèrement

puni, ferait sa tournée plus exactement encore que s'il transportait des

lettres taxées.

L'administration des postes cesserait de prendre un reçu des

destinataires des lettres; cet usage présente des inconvénients. Comme

elle n'en aurait pas donné d'autres au point de départ, que

l'application du timbre de date sur une copie de l'adresse, et ceci

simplement à titre de renseignement officieux et pour faciliter les

recherches en cas de perte, cette perte de la lettre ne devrait donner

lieu à aucune responsabilité, non plus que la perte des lettres

_recommandées_ aujourd'hui. Le reçu est une garantie morale dont le

public s'est trouvé très-bien jusqu'à présent; mais, quant à la garantie

matérielle, il est inutile d'ajouter que l'administration ne peut en

donner aucune pour le contenu d'une lettre qui lui a été présentée

fermée; et cela est si vrai, que pour les lettres chargées même la loi

n'assujétit l'administration qu'au paiement d'une somme de 50 fr.,

garantie qui est évidemment insuffisante et illusoire. Ajoutons enfin

que cette garantie morale que nous offrons, sera plus efficace que celle

qui résulte de la nécessité, pour un facteur infidèle, de porter une

lettre dont la taxe lui est comptée. Car dans ce cas la perte du port de

cette lettre ne sera rien pour lui chaque fois qu'il la mettra en

comparaison avec le profit qu'il peut tirer de son vol ou de sa

négligence. L'administration doit faire choix d'employés et de facteurs

d'une conduite régulière, elle doit les soutenir, les surveiller, les

encourager; et cette manière d'agir sera toujours la meilleure garantie

pour elle contre les pertes ou les vols des lettres.

Si l'on voulait présenter encore comme une objection sérieuse le temps

ou la dépense qu'entraînerait le timbrage d'une grande quantité

d'enveloppes, nous opposerions l'économie considérable de temps qu'on

ferait sur l'opération de la taxation; et d'ailleurs on pourrait timbrer

des enveloppes tous les jours et à toute heure, tandis qu'on ne peut

taxer des lettres que dans le court intervalle de temps qui s'écoule

entre la levée des boîtes et l'expédition des dépêches. La taxation des

lettres, enfin, est longue, difficile et sujette à erreur,

principalement en raison de la rapidité avec laquelle l'opération doit

être faite; tandis que l'application d'un timbre sur une enveloppe

blanche, est une opération mécanique qui sera toujours à la portée de

toutes les intelligences.

Une dépense nouvelle résulterait, il est vrai, des frais de confection

et d'application des timbres; mais il est facile de l'apprécier. Les

matrices des timbres secs gravés sur acier avec tout le soin possible,

coûteraient 40 fr. l'une, ou 1,440 fr. pour trente-six, si on allait

jusqu'à trente-six timbres. Deux presses suffiraient; celles du timbre

royal coûtent 1,000 fr. Toute la dépense en matériel qu'entraînerait le

projet, se bornerait donc à une somme de 3,440 fr., et cette dépense

n'est pas sans compensation. Nous avons dit qu'une taxation claire et

régulière tourne à l'avantage des recettes; et, en second lieu, le temps

d'un grand nombre d'employés expérimentés, tels que ceux qui doivent

s'occuper de la taxe des lettres, a une valeur qui pourrait être ou

économisée en entier, ou employée profitablement ailleurs. Il y avait,

il y a quelques années, à l'administration des postes à Paris, un bureau

spécial pour la taxation des lettres; il était composé de vingt-trois

personnes, et il coûtait 60,500 fr. par an. Cette dépense, qui existe

encore aujourd'hui sous une autre forme, pourrait être supprimée; car la

vérification d'un timbre de taxe doit être à la portée de tous les

commis et directeurs, et n'exigera pas des employés spéciaux.

Dispositions transitoires.

Quelque évidents que puissent paraître les avantages qui doivent

résulter pour le public du nouveau système de taxation des lettres, nous

ne pensons pas que ce nouveau procédé pût être substitué tout à coup, et

sans transition, à celui qui est en usage aujourd'hui. Il faudrait, dans

tous les cas, respecter les habitudes prises, et faire fonctionner

d'abord le nouveau système concurremment avec l'ancien.

Cet emploi simultané des deux moyens n'apporterait aucune perturbation

dans le service des postes. Les lettres timbrées pourraient être

facilement distinguées des autres dans les dépêches; elles seraient

comptées et enregistrées sur une feuille spéciale, et si cette

séparation devenait l'objet d'une opération de plus pour les employés

des postes, l'augmentation de travail causée par cette opération, serait

compensée par la réduction de travail résultant, d'autre part, de la

diminution du nombre des lettres à taxer d'après l'ancien système. Il ne

faut pas oublier d'ailleurs que l'abaissement de la taxe, pour les

lettres timbrées seulement, ferait augmenter rapidement leur nombre, et

nous croyons qu'en peu de temps celui des autres lettres serait

tellement réduit, que la mesure nouvelle pourrait être généralisée sans

aucun inconvénient.

CHAPITRE VI.

Conclusions.

Des développements que nous avons présentés, on peut tirer les

conclusions suivantes:

1° Il est d'un puissant intérêt pour l'État que le nombre des lettres en

circulation en France soit aussi élevé que possible. Les transactions du

commerce ne sauraient être trop facilitées, comme sources de richesse

pour le pays et de produits pour le trésor public.

2° L'accroissement du nombre des correspondances peut être obtenu, ou

par l'accélération de la marche des courriers et de la distribution des

lettres, ou par l'abaissement des taxes, ou mieux encore par les deux

moyens réunis. L'administration a, pendant les quinze dernières années,

beaucoup accéléré la marche des courriers et la distribution des

lettres; mais elle n'a pas assez pensé à la réduction des taxes (p.

1-15).

3° Lorsque le port des lettres est peu élevé, la rapidité du mode de

transport, et la sécurité que donne le service de l'administration des

postes, ramènent à elle les correspondances qui s'échappaient par

d'autres issues; et les taxes des lettres nouvelles compenseront

toujours et au-delà, à cause de leur grand nombre, la diminution de

recette qui pourrait résulter de l'abaissement du tarif.

4° Ces suppositions acquièrent force de certitude, si l'on consulte

l'expérience du passé, et si l'on considère que chaque création de

service, chaque facilité donnée au commerce par la poste, a été

immédiatement suivie d'une augmentation dans les produits. Nous en avons

cité des exemples pris dans la correspondance de Paris avec Marseille,

accélérée récemment, ainsi que dans l'établissement du service

journalier en 1827, et du service rural en 1829 (p. 5, 7, 9).

5° De doubles services de poste partant de Paris, contribueraient encore

à augmenter le nombre des lettres en circulation; et un emploi mieux

entendu des facteurs ruraux, en procurant à l'État une augmentation de

droit de cinq pour cent sur le transport des articles d'argent, ferait

entrer dans le service des postes une quantité considérable de lettres

nouvelles (p. 11).

6° La taxe des lettres est trop élevée, et ce fait se démontre

moralement comme financièrement. En effet, il y a des relations de

famille qui seraient entièrement interrompues par l'élévation du port

actuel des lettres envoyées à de longues distances, si ces

correspondances n'avaient pas recours à la fraude. Et d'autre part les

produits de poste ne se sont pas élevés proportionnellement, pendant les

vingt dernières années de paix, au même taux que d'autres revenus

indirects, tels que le dixième sur le prix des places des voyageurs dans

les voitures publiques, bien que le besoin d'écrire doive se présenter

plus naturellement et plus fréquemment que celui de se déplacer (p. 18).

7° S'il y avait à opérer une réduction sur une taxe quelconque, il

conviendrait de choisir d'abord, pour en faire l'objet de la réduction,

celle dont l'abaissement donnerait la plus grande somme d'avantages pour

le public, en même temps que la moindre perte pour le trésor, et aussi

celle dont le revenu toujours progressif, mais non encore assez étendu,

annonce des besoins généraux qui seraient mieux satisfaits, si le tarif

était moins élevé; or cette taxe est celle des postes (p. 19).

8° Il est du devoir d'une administration publique investie d'un

privilége si important en résultat que celui du transport des

correspondances, de se mettre en état de faire parvenir toutes les

lettres que les particuliers ont intérêt à écrire; et si l'élévation du

prix de port est un obstacle réel pour ceux-ci, il semble que l'État

leur refuse un objet de première nécessité, qu'il ne leur est ni

possible ni permis de se procurer ailleurs.

9° La fraude sur le transport des lettres est en grande partie le

résultat de l'élévation des taxes. Elle est considérable en France; plus

de quarante-cinq millions de lettres circulent en dehors du service des

postes par des voituriers ou des messagers de ville à ville,

indépendamment de celles qui sont transportées par des voyageurs, ou qui

passent indûment sans taxe, dans le service des postes, sous le couvert

des préposés publics (p. 22).

10° Des entreprises particulières ont été autorisées par les tribunaux à

distribuer des imprimés et des journaux: c'est une atteinte au privilége

des postes, qui ne peut être motivée que sur l'élévation du tarif.

11° Toute lettre écrite a une utilité relative, et presque toutes

seraient confiées au service des postes, si la taxe n'en était pas trop

élevée, eu égard au degré d'importance que les envoyeurs y attachent.

12° Dans la taxe des lettres, le prix du service rendu est représenté

par le montant général des dépenses divisé par le nombre de lettres en

circulation; le reste de la recette est un impôt, qui pourrait être

diminué dans certaines proportions, si l'intérêt bien entendu de l'État

le commandait. Le transport et la distribution d'une lettre simple, en

France, coûte à l'État environ 8 cent., et la taxe en rapporte 44 (p.

28-32).

Le transport et la distribution d'un imprimé coûte 8 cent. et rapporte 4

cent; enfin le transport des correspondances administratives coûte

9,480,000 fr. par an, et ne rapporte rien. Ce dernier transport, fait

gratuitement, représente une économie pour l'État, qu'il convient

d'attribuer à la taxe des lettres.

Le résultat de ces appréciations est que si l'impôt était égal au prix

du service fait, il serait de cinq cent cinquante pour cent moins élevé

que l'impôt actuellement perçu, et que toutes les dépenses résultant du

transport des correspondances administratives et des imprimés à un prix

réduit se trouvant couvertes, la taxe des lettres pourrait être encore

réduite de cinquante pour cent, sans que l'exploitation devînt onéreuse

à l'État (p. 29, 36).

13° La première réduction de taxe à opérer est la suppression du décime

appliqué sur les lettres distribuées dans les campagnes; cette taxe est

injuste, et relativement improductive (p. 37).

14° Une réduction de cinquante pour cent sur le tarif général des postes

n'amènerait probablement pas de diminution de recettes, même dans la

première année. Mais cette diminution générale de cinquante pour cent,

applicable également à toutes les espèces de taxes de poids et de

distance en France, ne serait pas rationnelle, et ne produirait pas les

heureux effets que l'on peut attendre d'un autre mode de réduction du

tarif (p. 44).

15° De l'examen du tarif actuellement en usage, il résulte:

Que les degrés de pesanteur de la lettre et de la distance qu'elle doit

parcourir, et sur lesquels est réglée la taxe, sont tellement nombreux

et serrés, que la taxation des lettres en devient une opération longue,

obscure et difficile; que les échelons de taxe étant plus rapprochés

dans les premiers degrés que dans les derniers, ce sont les lettres les

moins pesantes et parcourant de moindres distances, c'est-à-dire les

plus nombreuses, qui se trouvent dans les conditions les plus

défavorables, et que ce sont celles qui cependant peuvent échapper le

plus facilement au service par la fraude; que l'extension du premier

degré de distance, et en même temps le poids de la lettre simple fixé à

15 gr. au lieu de 7 gr. 1/2, seraient des dispositions utiles aux

particuliers et profitables au trésor public;

Que le tarif actuel pourrait être utilement remplacé par un nouveau

tarif, basé, comme l'ancien, sur le poids des lettres et sur la distance

parcourue, mais composé seulement de six degrés pour le poids et de six

degrés pour la distance (p. 48.);

Que de l'adoption de ce nouveau tarif il résulterait que la taxation des

lettres serait plus simple et plus facile, les distances mieux partagées

et plus facilement appréciées par les particuliers, enfin que la lettre

simple pourrait être considérée comme telle, bien qu'elle contînt

quelques papiers inclus, si le poids n'en dépassait 15 gr. (p. 48-61);

Qu'enfin le poids plus considérable auquel on permettrait aux lettres

simples d'arriver, ne serait pas une occasion de fraude (p. 62).

16° Mais un tarif réglé sur le poids et sur la distance ne compensera

jamais, dans les postes, les avantages qu'on pourrait tirer d'une taxe

fixe (p. 67).

La taxe fixe est d'ailleurs la seule taxe réellement juste, parce

qu'elle représente tous les frais de parcours et d'administration sur

tous les lieux et dans toutes les distances, divisés par le nombre des

lettres en circulation. Les frais résultant du transport des dépêches ne

sont nulle part en rapport exact et proportionnel avec le prix de la

taxe des lettres; les taxes progressives actuelles ne peuvent donc pas

être considérées comme représentant exactement le prix de service rendu

(p. 67-73).

Le port fixe rend beaucoup plus facile l'opération de la taxation des

lettres, et nous avons vu combien cette opération de la taxation prêtait

à l'erreur, nécessitait l'emploi d'un temps très-long, et enfin

entraînait des pertes pour les recettes (p. 78).

Elle faciliterait la vérification des produits à chaque point d'arrivée

des dépêches, et accélérerait considérablement la distribution des

lettres (p. 78-83).

Enfin elle permettrait de dresser un compte exact et numérique des

lettres circulant dans le service, tant à Paris que dans les

départements, compte qui deviendrait la meilleure garantie possible

entre les soustractions et les pertes de lettres (p. 80).

17° La taxe fixe s'appliquerait avec beaucoup d'avantage aux lettres de

la ville pour la ville, et aux lettres destinées aux soldats.

Les lettres de la ville pour la ville, en effet, sont presque toujours

simples dans le sens que nous attachons à ce mot, c'est-à-dire envoyées

par une seule personne à une autre personne seule; pour faciliter ces

correspondances qui échappent très-aisément au service des postes, il

faut tolérer une extension de la pesanteur de la lettre jusqu'au point

où le service en serait embarrassé (p. 85). Deux taxes fixes suffiraient

à tout dans cette circonstance, 1 décime pour les lettres du poids de

moins de 50 gr., et 2 décimes pour toute lettre de 50 à 100 gr.

Il y aurait justice et humanité, en même temps qu'avantage financier, à

réduire à 1 décime le port des lettres adressées aux soldats et

sous-officiers aujourd'hui taxées à 25 c.

18° Un système de taxation modérée en France, n'entraînerait pas de

perte sur le prix de transport des lettres de et pour les pays

étrangers, parce que les traités d'échange sont faits de manière à ce

que les prix fixés, eu égard à la distance parcourue et à la pesanteur

des lettres, soient réglés toujours sur le pied de la plus entière

réciprocité (p. 87).

19° Maintenant, passant à la fixation projetée d'une taxe applicable à

toutes les lettres du même poids circulant en France, nous remarquons

que si le nombre des lettres venait à augmenter considérablement par

suite de l'abaissement du tarif, les dépenses d'exploitation

n'augmenteraient pas en proportion (p. 88). Qu'une malle de Paris à

Marseille, par exemple, qui coûte 760 fr. par voyage, pourrait

transporter: ou quatre-vingt mille imprimés, dont le prix actuel de

transport serait 3,200 fr.; ou cent vingt mille lettres du poids de 5

gr., dont le montant de la taxe au taux actuel serait 120,000 fr.; ou

enfin moitié lettres et moitié journaux; et opérer encore une recette de

61,600 fr. c'est-à-dire quatre-vingt-cinq fois plus élevée que la

dépense. Que dans des circonstances urgentes, on pourrait donner aux

correspondances administratives dans les malles-postes, la place

qu'occupent les trois voyageurs et leurs bagages, et qu'on ne

renoncerait ainsi qu'à un produit variable de 4 fr. 50 c. par poste.

Qu'enfin il reste démontré qu'il y aura toujours spéculation avantageuse

pour l'administration à transporter des lettres en malle-poste, même

avec un prix de port infiniment réduit, puisque si l'on voulait

proportionner exactement la taxe à apposer sur les lettres de Paris à

Marseille aux frais de leur transport réel, en admettant que le magasin

de la malle en fût rempli, cette taxe moyenne serait 6 c. 1/2[74] (p.

88-91).

[Note 74: C'est-à-dire 760 fr., prix de la course divisée par 120,000,

qui est le nombre des lettres transportées.]

20° Les frais de régie et de personnel de l'administration des postes

n'augmenteraient pas, si, le nombre des lettres devenant plus

considérable, il n'y avait qu'une taxe fixe et uniforme (p. 91).

21° Le port fixe doit être réglé au taux de la plus basse de toutes les

taxes de poste actuellement existantes, parce qu'il n'est pas possible

d'en élever aucune. Soit 1 décime pour les lettres circulant dans

l'arrondissement d'un même bureau de poste, et 2 décimes pour toutes

lettres envoyées de bureau à bureau; et si, avec cette taxe si modérée,

on suppose que le nombre des lettres doive s'accroître seulement dans la

proportion de cent cinquante pour cent, c'est-à-dire de double plus

moitié, la recette actuelle ne baisserait pas, même dès la première

année (p. 92 et suivantes).

22° Les avantages d'une taxe fixe dans le service des postes

s'accroîtraient encore de la possibilité de l'application de cette taxe

au moyen d'un timbre (p. 96 et suiv.).

L'idée de l'emploi d'un timbre comme signe de taxe est fort ancienne,

mais elle a été développée récemment avec beaucoup de talent et de

clarté par un auteur anglais de qui nous avons emprunté la plus grande

partie des considérations qui suivent.

23° L'usage des timbres pourrait être appliqué aux deux tarifs que nous

avons successivement proposés; soit à un tarif progressif mais réduit à

six taxes de poids et à six taxes de distances, soit à une seule taxe

fixe applicable à toutes les lettres divisées en deux catégories de

poids seulement.

Dans le premier cas, on devrait graver trente-six timbres; mais six ou

dix-huit au plus de ces timbres seraient employés ordinairement, les

autres seraient exceptionnels (p. 99).

Nous avons abandonné l'adoption de ce premier tarif, afin de ne pas

mettre les particuliers dans la nécessité de s'enquérir d'abord du poids

de leurs lettres et de la distance qu'elles doivent parcourir.

Dans le second système dont nous proposons l'adoption, c'est-à-dire dans

le système d'une taxe fixe, quatre timbres suffiraient, dont les deux

premiers seraient presque uniquement en usage; ce seraient ceux de la

lettre simple, dont le poids serait étendu à 50 gr., pour lettres de la

ville pour la ville, et à 15 gr. pour les lettres allant à de plus

longues distances. Les deux autres timbres seraient applicables aux

lettres qui dépasseraient ce poids, sans excéder la limite de 100 gr.

passé laquelle aucun paquet ne serait admis à circuler comme lettre dans

le service des postes (p. 101 à 109).

Du service des postes et de la taxation des lettres au moyen d'un timbre · 第 8 / 9 段