Le poids de 15 gr. (ou d'une demi-once) est égal à peu près à celui de

trois feuilles de papier ordinaire de 15 décimètres carrés; c'est tout

ce que peut comporter la lettre la plus longue, même accompagnée de

plusieurs effets de commerce ou autres pièces incluses. Au-dessus de ce

poids, toute autre lettre peut être considérée comme un paquet cacheté,

contenant des correspondances ou tous autres papiers que

l'administration des postes transporterait avec avantage encore

au-dessous du poids de 100 gr. (ou un cinquième de livre), mais qu'elle

taxerait 1 fr.[67].

[Note 67: Je suppose que l'envoi par la poste des paquets pesant de 15 à

100 gr., sera très-rare, 1° parce que les lettres de ce poids, ainsi que

nous l'avons dit, sont déjà très-rares dans le service; 2° parce

qu'elles le deviendraient probablement davantage encore, à cause de la

diminution relativement plus grande du prix du port des lettres pesant

moins de 15 grammes; car il y aurait avantage pour l'envoyeur à diviser

son paquet en trois ou quatre parties qui seraient taxées chacune 2

décimes, que de le laisser en un seul paquet qui serait taxé à 1 fr. Ce

second timbre donc me paraît devoir être de peu d'utilité; et si je

propose de conserver cette seconde classe de lettres, et de créer le

timbre qui doit en exprimer la taxe, c'est pour favoriser certains

rapports entre des négociants placés à de longues distances les uns des

autres, et qui préféreront sans doute l'emploi de la poste à celui des

messageries pour l'envoi de factures de marchandises, ou d'autres

papiers de commerce.]

Ce dernier port sera encore considérablement réduit, car une lettre de

100 gr. envoyée de Paris à Avignon est taxée d'après le tarif actuel 9

fr. 90 c. Mais, en même temps, par la limite de 100 gr., on préviendrait

l'abus de l'envoi par les malles-postes de paquets trop lourds sous

forme de lettres, tout en laissant cependant aux particuliers la faculté

de se servir encore de la poste pour l'envoi de certains papiers

volumineux dans des cas urgents et pour de longues distances, faculté

dont nous supposons que le commerce usera quelquefois.

Avec un système de taxation si simple et si modéré, un timbre spécial

pour la correspondance des soldats ne serait pas nécessaire; car les

lettres des soldats, aujourd'hui affranchies à 25 c., rentreraient dans

la classe des lettres ordinaires, et paieraient 1 ou 2 décimes

seulement.

Si on ne jugeait pas à propos de faire rentrer les lettres d'avis de

naissance, de mariage et de décès, dans la classe des imprimés, et de

les taxer comme tels à 4 c. par feuille, on pourrait adopter pour cette

espèce de correspondance deux timbres spéciaux d'une forme particulière

pour qu'ils se distinguassent des autres timbres de taxe. Ces timbres

seraient appliqués dans le service sur les avis présentés à

l'affranchissement au moyen d'une couleur délayée à l'huile comme les

timbres de dates actuels; l'un servirait pour les avis de la ville pour

la ville et l'autre pour les avis envoyés à de plus longues distances.

Toutes les lettres ainsi timbrées seraient traitées dans le service des

postes comme lettres affranchies; elles pourraient être jetées à toutes

les boîtes, comme sont aujourd'hui les lettres à taxer, et remises, dans

tous les cas, franches de tout prix de port, à leur destination.

Les timbres seraient apparents, soit qu'ils se trouvassent placés sur un

coin des enveloppes, soit qu'ils fussent frappés à une certaine place

des feuilles de papier destinées à écrire des lettres, de manière à se

représenter sur la suscription de la lettre pliée.

Les lettres réexpédiées par suite du changement de résidence du

destinataire n'auraient pas de taxe supplémentaire à supporter, parce

que la distance parcourue par la lettre en France ne serait jamais prise

en considération.

Toute lettre qui excéderait le poids indiqué par le timbre, devrait être

mise au rebut. Cette disposition exactement exécutée, détournerait les

particuliers de l'idée de se livrer à cette espèce de fraude qui

consisterait à tenter de faire transporter pour une taxe moindre que

celle qu'elle devrait supporter, une lettre pesant plus que le timbre de

l'enveloppe ne le comporterait. En effet, une lettre timbrée étant une

fois dans le service, ne pourrait subir aucune taxe supplémentaire; il

est, et doit être de principe, qu'une lettre affranchie parvienne

toujours franche, et que le destinataire ne se trouve dans aucun cas

passible d'un supplément de port. Dans l'ordre de choses actuel,

l'administration supporte les différences et les erreurs de taxe pour

les lettres affranchies, parce que ces erreurs sont le résultat de

l'inattention de ses agents; mais dans l'avenir, ces erreurs seraient du

fait des particuliers envoyeurs, ceux-ci seuls devraient donc en être

responsables; or, ils ne pourraient l'être que par la perte du timbre,

et par le retard qu'éprouverait leur lettre. Au reste, ces cas seraient

nécessairement très-rares, à cause de la grande extension donnée au

poids de la lettre simple, et de la modicité de la taxe qui éloignerait

tout intérêt de fraude. Il n'y aurait d'ailleurs que peu de doute dans

l'esprit des envoyeurs, puisque la distance serait hors de question, et

qu'il ne s'agirait plus que de savoir si la lettre pèse 15 gr. ou

davantage: or, nous avons dit que les dix-neuf vingtièmes des lettres en

circulation dans les postes pesaient moins de 15 gr.[68].

[Note 68: Voir page 64.]

L'emploi des enveloppes timbrées serait toujours préférable pour les

particuliers et pour le service de l'administration, à l'emploi du

papier timbré, et il serait désirable que le commerce fût conduit à se

servir toujours des enveloppes. Le moyen d'arriver à ce résultat

semblerait facile: ce serait de diminuer le poids du papier de

l'enveloppe même, du poids total accordé à la lettre dans l'énonciation

du timbre; les lettres sous enveloppes seraient alors entièrement

assimilées, pour le poids, aux lettres envoyées simples, et les

avantages de l'enveloppe comme propreté, sûreté et commodité,

ressortiraient sans compensation de perte sur le poids.

Les enveloppes destinées à renfermer des lettres simples, c'est-à-dire,

pesant moins de 15 gr. (le poids de l'enveloppe non compris) seraient

toutes du même format, quelle que fût la distance à parcourir par la

lettre. Les enveloppes timbrées du prix d'un franc et destinées à

recevoir des lettres plus pesantes, seraient faites d'un format

proportionnellement plus grand. La conséquence de cette régularité dans

le format des lettres de même prix ou au moins de même pesanteur,

serait, comme nous l'avons dit, une accélération notable dans la

vérification des taxes, et une facilité très-grande pour le compte et la

formation des dépêches.

L'administration des postes, ayant en sa possession la matrice des

timbres, ferait frapper des enveloppes ou du papier en aussi grande

quantité que les besoins du public l'exigeraient; elle pourrait être

autorisée à accorder une remise aux débitants de papier à Paris et dans

les départements, et à ses propres agents, qui, dans les provinces,

devraient se charger de ce débit.

Le papier timbré serait vendu partout, et comme les timbres secs

devraient s'appliquer, à la demande des fabricants, sur des papiers de

toute espèce, les débitants pourraient satisfaire à toutes les

fantaisies du luxe comme à tous les besoins de l'économie, et chacun

serait conduit à avoir sur son bureau sa provision de papier de poste,

comme on trouve chez les gens de loi des provisions de papier timbré.

Il résulterait de ce système de taxation divers avantages que nous

devons mentionner d'abord, avant que de répondre aux objections que le

système pourrait faire naître.

1º _Il y aurait plus de rapidité dans le travail de manipulation des

lettres et moins d'erreurs de la part des employés_, parce que la même

taxe serait appliquée sur des lettres de même grandeur, et que les

employés des postes, comme les particuliers, pourraient le plus souvent,

à la simple inspection, juger du montant de la taxe des lettres par leur

dimension même: car plus une lettre est grosse, plus elle pèse, et plus

elle pèse, plus le port doit s'en élever. La plupart des erreurs

commises par les employés proviennent de la complexité des opérations

qui se rattachent à la composition, à l'application, à la vérification,

enfin à la constatation de taxes toutes différentes les unes des

autres[69], et la simplification que nous proposons abrégerait

considérablement toutes ces opérations. Si, au lieu de lettres à

affranchir, qu'il faut, dans l'ordre de choses actuel, recevoir de la

main du particulier, peser, taxer et enregistrer, et de lettres non

affranchies qu'il faut relever, timbrer, peser, taxer et mettre en

compte, il n'y avait dans le service des postes qu'une sorte de lettres

dont la taxe, qui aurait été perçue avant qu'elles n'entrassent dans ce

service, serait facilement reconnaissable et rapidement appréciable, il

est certain qu'on obtiendrait immédiatement une économie considérable

sur le temps employé pour le travail des bureaux et pour la distribution

des lettres dans les villes, et en même temps, peut-être, qu'une

diminution dans le nombre des agents chargés du service, et dans les

frais de régie et d'exploitation.

[Note 69: Voir pages 75 et suivantes.]

Il sera nécessaire, sans doute, de se livrer dans les bureaux de poste à

l'examen préalable des timbres, pour prévenir les fraudes qui pourraient

se faire, et sur le poids des lettres, et par le double emploi des

enveloppes; mais il y a loin du temps employé pour un examen semblable,

lequel peut être très-rapide, aux délais qu'entraînent la composition

longue et difficile, l'application obscure, enfin la constatation

pénible des taxes actuelles de poids et de distance.

2º _Il y aurait diminution dans le nombre des lettres en rebut_, puisque

rien ne se place si aisément qu'une lettre franche, et qu'aucune taxe ne

devrait désormais être perçue au point d'arrivée. Or, il y a eu en 1836

quinze cent quatre-vingt mille lettres en rebut[70]; si la somme de taxe

montant à 790,000 fr. que représente ce nombre de lettres, à raison de

50 cent. l'une, ne doit pas entrer tout entière dans les augmentations

de recettes sur lesquelles l'administration des postes peut compter par

suite de l'adoption de la nouvelle mesure, on conviendra du moins que la

suppression des registres, et des imprimés nécessaires dans les postes

pour la constatation et le renvoi à Paris de cette immense quantité de

lettres refusées, et pour l'allocation des taxes aux directeurs qui les

portent ensuite en non-valeurs dans leurs comptes, sera un grand

avantage administratif, un allégement au travail, et une diminution dans

les frais d'exploitation à Paris où ce travail seul occupe une vingtaine

d'employés.

[Note 70: Voir Annuaire des postes de 1838.]

Mais la disparition presque totale des lettres en rebut aura une autre

portée morale qu'il ne faut pas oublier. L'envoi de prospectus sous plis

fermés, d'offres inutiles et souvent d'avis ridicules ou de mauvaises

plaisanteries, se trouve favorisé par le mode actuel de réception des

lettres dans le service des postes sans affranchissement préalable.

C'est dans le cas dont nous parlons un piége tendu à la bonne foi des

personnes qui reçoivent et paient toutes les lettres qu'on leur apporte;

c'est une espèce de surprise pour beaucoup d'autres; enfin c'est un

travail infructueux pour l'administration des postes, parce que ces

lettres ne paient le port ni au départ ni à l'arrivée. Il serait

désirable que tout le monde fût débarrassé de ces sortes de lettres qui,

par extension, pourraient être nommées lettres d'attrape. Nous croyons

que de longtemps encore on ne pourra priver le public de la faculté de

jeter une lettre à la boîte sans l'affranchir; il faut un temps de

transition, il faut que l'usage de l'affranchissement préalable devienne

général par l'expérience qu'on acquerra bientôt des avantages qu'il

présente au moyen des enveloppes timbrées, et nous proposerons tout à

l'heure de faire marcher concurremment les deux systèmes de taxation;

mais au moins, dès à présent, les négociants qui adopteront pour leurs

correspondances réciproques l'usage des enveloppes timbrées, ne seront

plus exposés à recevoir des lettres de la nature de celles dont nous

venons de parler.

3º _Il n'y aurait plus d'occasions de démoralisation pour un grand

nombre de commissionnaires ou de jeunes commis de maisons de banque

chargés d'aller aux bureaux de poste affranchir des lettres_, et qui

succombent quelquefois à la tentation de détruire ces lettres pour

s'approprier le montant de l'affranchissement, ou d'exagérer auprès de

leur patron le prix de l'affranchissement pour faire un bénéfice sur

cette opération. Ces faits nous ont été signalés par plusieurs

négociants respectables. Ils ont pour résultat d'accroître la

responsabilité de l'administration, en même temps qu'ils démoralisent

les agents employés à cet office, lesquels, après plusieurs larcins

impunis, peuvent se laisser aller à des atteintes plus graves contre la

société.

Chaque négociant affranchira sa lettre de son bureau même; il n'aura pas

à redouter l'indélicatesse de son commis ni d'un agent des postes; il ne

craindra pas non plus les réclamations de ports de lettres de son

correspondant; il n'y aura plus aucune espèce de compte semblable,

puisque cette dépense, dont chaque négociant paie ordinairement la

moitié, mais sur le mémoire arbitrairement dressé de son correspondant,

sera payée plus justement par chaque partie, au départ de la lettre, et

qu'elle s'ajoutera, pour ainsi dire, à la valeur de la feuille de papier

dont on se servira pour écrire.

4º _Il y aura une extrême simplification dans le mode de perception des

recettes._ Des comptables en effet qui ne toucheraient plus d'espèces,

ne seraient jamais trouvés en déficit; ils ne pourraient plus commettre

d'erreurs ou de malversations nuisibles aux intérêts de l'État que sur

quelques recettes autres que celles de la taxe des lettres, recettes

d'ailleurs peu considérables, telles que le prix de places des voyageurs

dans les malles, et les articles d'argent; et l'usage des enveloppes

timbrées devenant plus général, leur comptabilité se bornerait à peu

prés à un compte en nombre des enveloppes qui leur seraient envoyées;

l'application du timbre pourrait avoir lieu à Paris, et la recette tout

entière des postes s'opérerait ainsi au trésor public sans aucuns frais

de rentrée, d'escompte ou de trésorerie.

Examinons maintenant les différentes objections qu'on pourrait faire à

notre système; et d'abord attachons-nous à la plus grave de toutes:

c'est celle qui prend sa source dans l'obligation qui sera imposée à

toutes les personnes qui écrivent, d'affranchir leurs lettres à

l'avance.

Pour bien nous rendre compte du nombre des correspondances qui

souffriront de cette mesure, passons en revue toutes les espèces de

lettres circulant par la poste, afin de voir quelles sont celles qui

pourraient être gênées par la nécessité de l'affranchissement préalable

qu'entraîne l'usage des enveloppes timbrées.

Les lettres qui circulent dans le service des postes peuvent être

divisées en quatre classes, savoir:

Pour les lettres suivies d'une réponse: 1º les lettres dont le port est

payé par chaque correspondant, 2º les lettres dont un seul correspondant

paie le port à l'aller et au retour.

Et pour les lettres qui ne sont pas suivies de réponses:

3º Celles qui sont affranchies par l'envoyeur, 4º enfin celles dont le

port est payé par le destinataire.

La première classe de ces lettres, c'est-à-dire les lettres dont le port

doit rester à la charge de chaque correspondant, forme au moins les cinq

sixièmes des lettres qui circulent dans le service des postes. Les

commerçants, qui sont dans l'usage de partager le prix des ports de

lettres, ne seraient nullement gênés par la nécessité de payer le port

d'avance; et puisqu'il est d'usage entre eux de payer la moitié de la

dépense totale en ports de lettres, peu leur importe de payer le port de

la lettre qu'ils envoient, ou celui de la lettre qu'ils reçoivent.

A l'égard de la deuxième classe, c'est-à-dire, des lettres suivies de

réponses, mais dont un seul correspondant doit payer le port à l'aller

et au retour, la partie payante peut être le correspondant qui écrit le

premier, ou celui qui répond. Si c'est celui qui écrit le premier qui

désire payer le port de la réponse, il peut envoyer dans sa lettre une

enveloppe timbrée, dans laquelle devra être incluse la réponse, qui se

trouvera ainsi exempte de port pour le répondant; et si c'est le

correspondant qui reçoit la première lettre, qui désire acquitter les

deux ports de lettres, il pourra mettre dans sa propre enveloppe une

autre enveloppe timbrée qui remboursera son correspondant de l'avance

qu'il aura faite pour lui[71]. L'envoi réciproque de ces enveloppes

timbrées pourrait passer dans les habitudes du commerce. Cet usage

serait plus raisonnable et plus juste que celui par lequel on se fait,

comme aujourd'hui, des comptes arbitraires de ports de lettres, et cet

envoi d'enveloppes timbrées n'aurait lieu que dans les cas très-rares où

les intérêts ne seraient pas réciproques.

[Note 71: Voir aux pièces à l'appui, Note nº 1, l'annotation placée au

bas du fac-simile de la lettre de Pélisson.]

En somme, la deuxième classe, comme la première classe de lettres dont

nous avons parlé, ne sera pas gênée par la nécessité de payer le port

d'avance.

La troisième classe, c'est-à-dire celle des lettres qui ne doivent pas

recevoir de réponse, et dont l'envoyeur doit payer le port, est

favorisée complètement par ce nouvel arrangement; car l'envoyeur qui est

obligé, dans le système actuel, de se transporter à un bureau de poste

pour déposer le prix de sa lettre, pourra l'affranchir sans sortir de

chez lui, au moyen de son enveloppe timbrée.

La quatrième classe est celle des lettres qui ne doivent pas être

suivies de réponse, et dont la taxe doit rester à la charge du

destinataire; c'est la seule nature de correspondance qui semble devoir

être gênée par un système d'obligation générale d'affranchissement

préalable. Cependant il faut remarquer en premier lieu que le nombre des

lettres de cette espèce est infiniment petit; il ne doit pas être d'une

lettre sur mille. Il doit être très-rare, en effet, qu'un particulier

ait un intérêt personnel à écrire à un autre, et se trouve en même temps

dans l'impossibilité morale d'affranchir sa lettre; il semble que le

contraire est plus probable; qu'il doit, au contraire, être le plus

souvent forcé d'affranchir sa lettre; et si, dans des cas très-rares, il

n'affranchit pas, c'est qu'il veut abuser, dans son propre intérêt, de

la confiance de son correspondant, ou qu'il croit qu'un usage reçu

défende d'affranchir, bien que l'équité exigeât qu'il le fît.

Dans le premier cas, l'usage nouveau aura, comme nous l'avons dit, cet

avantage de débarrasser le service et les négociants de ces offres de

service, de ces prospectus qui ne seraient plus reçus qu'affranchis; bon

nombre de ces lettres aujourd'hui refusées, rentreraient peut-être dans

les postes, sous forme d'affranchissement; et en second lieu, si c'est

pour se conformer à cette opinion que la politesse ne permet pas

d'affranchir les lettres, que certaines personnes ne paient pas d'avance

le port de celles qu'elles envoient, l'adoption du système des

enveloppes timbrées aurait l'avantage de mettre chacun à son aise sur ce

point, et nous croyons que ce préjugé de politesse, s'il existe

réellement, s'évanouirait bientôt. L'usage qui le remplacerait serait

fondé sur la vérité et sur la justice, qui veulent que celui qui

s'adresse à un autre de son propre mouvement, paie le transport de la

lettre qu'il envoie; car cette action est déterminée par son propre

intérêt, ou au moins par sa propre volonté, en admettant même le cas si

rare où il écrirait réellement et seulement dans l'intérêt de la

personne à laquelle il s'adresse.

Il résulte donc des observations que nous venons de présenter: 1º que

pour les correspondances suivies de réponses, dans le plus grand nombre

de cas, le système proposé serait praticable, commode et économique, et

que, dans les autres, il modifierait quelques habitudes, mais serait

encore très-exécutable; 2º que pour les lettres non suivies de réponse,

le nouveau mode serait très-avantageux à celles dont le port doit être

payé par l'envoyeur; et que, quant à celles dont le port doit rester à

la charge du destinataire, le nombre en est extrêmement rare, et doit

devenir presque nul, lorsque les lettres d'attrape et les lettres

contenant des offres de services inutiles, en auront été écartées[72].

[Note 72: M. Hill dit que le système d'affranchissement obligatoire est

universellement adopté dans les présidences du Bengale et de Madras;

que, quoique la taxe des lettres soit encore à peu près du tiers des

taxes anglaises, cet usage n'a fait naître aucune plainte, et n'a pas

diminué le nombre des lettres en circulation.]

Au reste, nous avons examiné cette question en nous plaçant dans la

prévision de la nécessité où l'on pourrait être un jour d'affranchir au

moyen des enveloppes timbrées; mais nous ne croyons pas que cette

nécessité, qui sera le résultat de l'usage et de l'intérêt, même des

correspondants, doive être imposée immédiatement au public. Nous

proposerons tout à l'heure de faire fonctionner le nouveau mode de

taxation concurremment avec l'ancien, et de laisser aux particuliers la

liberté d'employer l'un ou l'autre à leur choix.

Un inconvénient grave du système en discussion serait la possibilité de

la part du public d'employer deux fois la même enveloppe timbrée, en

faisant disparaître les caractères de la suscription au moyen d'un

réactif qui rendrait au papier sa blancheur primitive, et permettrait de

le revendre pour neuf. Cet inconvénient serait en effet de nature à

compromettre les recettes. Il est heureusement plusieurs moyens de

l'éviter. D'abord le chlore, ou tout autre réactif employé en semblable

occasion, en blanchissant le papier, devrait altérer le timbre sec; car

ce ne seraient pas seulement les caractères écrits avec la plume qu'il

faudrait faire disparaître, mais bien encore les empreintes des timbres

à date d'arrivée et de départ qui sont appliqués avec de la couleur

délayée à l'huile, dont l'un, celui du départ, pourrait être apposé sur

le timbre sec même. Il est très-probable qu'alors le réactif bon pour

faire disparaître l'écriture, ne le serait pas pour faire disparaître le

timbre à l'huile, et _vice versa_, que le pinceau qui devrait laver le

timbre à date, mouillerait et détruirait en même temps l'empreinte du

timbre sec.

Il faudrait, d'autre part, que l'opération fût faite en grand pour être

véritablement productive pour celui qui l'entreprendrait; et le

rassemblement d'une grande quantité de vieilles enveloppes ne serait pas

sans difficulté. Dans les bureaux de poste, la chose ne serait pas plus

facile qu'ailleurs; car ce n'est pas dans les bureaux de poste que les

lettres sont ouvertes par les particuliers, et pour que ces enveloppes

pussent servir de nouveau, il faudrait qu'elles n'eussent pas été trop

froissées, ni brisées du côté du cachet. Enfin terminons par un argument

qui aurait pu nous dispenser de produire les autres, c'est que nous

croyons avoir la certitude qu'il existe aujourd'hui des moyens de

préserver le papier d'altérations semblables à celles dont il est ici

question. Le développement des procédés employés à cet effet, nous

éloignerait de notre sujet; qu'il nous suffise d'assurer que ces moyens

existent[73].

[Note 73: Un fabricant, en Angleterre, a proposé un modèle de papier,

lequel a paru satisfaire à toutes les exigences. Ce papier, dont un

échantillon était joint, je crois, à la dernière édition de la brochure

de M. Hill, est fait de telle manière qu'à la première altération de

l'encollage qui le recouvre, des fils de soie de diverses couleurs,

placés parallèlement en filigranes dans le corps du papier, reparaissent

à l'extérieur. Mais il a été fait en France, dans ces derniers temps,

des expériences plus satisfaisantes encore par les soins de

l'administration des domaines, et on peut assurer qu'il existe

maintenant plusieurs moyens de préserver le papier de toute altération.]

Du service des postes et de la taxation des lettres au moyen d'un timbre · 第 7 / 9 段