Les frais de régie et de personnel entrent pour 9,500,000 fr. dans les

dépenses de l'administration des postes; les frais de transport, de

dépêches, tant en malle-poste que par entreprise, pour 9,600,000

fr.[46]. La portion de la taxe des lettres qui pourrait être affectée

par le port proportionnel à la distance parcourue, ne devrait donc être

que de la moitié à peu près de la taxe totale, c'est-à-dire 9,600,000

fr., et l'autre moitié devrait être considérée comme une taxe fixe,

applicable également à toutes les lettres en circulation. Enfin les

9,600,000 fr. prix du transport, pourraient très-rationnellement aussi

servir de base à l'établissement d'une taxe fixe, si l'on considère que,

comme nous l'avons dit, les longues distances compensent les courtes

distances; que chaque particulier doit, dans l'ordre naturel des choses,

être dans le cas d'expédier des lettres à toutes sortes de distances, et

qu'il y aurait enfin compensation pour les correspondants, comme pour

l'administration, dans l'adoption d'une taxe moyenne à appliquer aux

lettres, quelque distance qu'elles eussent à parcourir.

[Note 46: Voir le compte définitif des dépenses de l'année 1836:

Chap. 40. Personnel et matériel, 9,509,295 fr. 83 c.

Chap. 41. Transport des dépêches, 9,658,194 65

]

La taxe fixe, d'autre part, présente à l'exécution des avantages

immenses pour le service des postes et pour le public. Son adoption

produirait immédiatement les résultats suivants:

1º La taxation des lettres deviendrait plus facile;

2º Le compte des taxes et la vérification des dépêches se feraient plus

sûrement et plus rapidement;

3º Enfin, il pourrait être dressé dans les bureaux de poste un compte

numérique des lettres, précieuse garantie pour la sûreté des

correspondances.

Passons en revue chacun de ces avantages; ce nous sera une occasion

d'entrer dans l'examen de quelques parties du service des postes, qui

doivent être connues; nous dirons ensuite à quel taux devrait être

établie cette taxe fixe dont nous proposons l'adoption.

1º L'application des taxes deviendra plus facile.

Si quelque chose, en effet, est encore incommode, gênant, difficile à

comprendre, irrégulier et arbitraire en apparence dans le service des

postes, ce sont les chiffres de taxe apposés sur les lettres. Pourquoi

ces signes de convention, ces hiéroglyphes que personne ne comprend, qui

cachent les adresses à moitié et sont eux-mêmes cachés sous les timbres

de toute couleur, timbres noirs, timbres bleus et timbres rouges,

destinées à constater l'arrivée, le départ ou la réexpédition des

lettres? Pourquoi ne pas se servir de chiffres ordinaires qui puissent

être compris par tout le monde, et surtout par le public qui doit

acquitter le port de la lettre?

Les chiffres de taxe, en effet, ne sont pas à l'usage seulement des

employés des postes, tout le monde doit pouvoir les lire; et cependant

on peut penser que beaucoup de personnes, même parmi les employés des

postes, doivent être fort embarrassés, lorsqu'il s'agit de les

déchiffrer. Nous entendons parler des facteurs ruraux, gens très-peu

lettrés en général, qui connaissent bien le petit timbre rouge qui les

autorise à percevoir un supplément de deux sous, mais qui doivent se

trouver fort empêchés quand il s'agit d'additionner ce décime avec les

taxes principales qu'ils doivent aussi percevoir pendant leur tournée,

et dont les signes représentatifs ne sont pas plus semblables au chiffre

de leur décime, qu'aux autres chiffres qu'ils ont pu voir ailleurs.

Nous pensons donc que ce serait une bonne mesure que de supprimer les

chiffres de taxe actuels, et de les remplacer par d'autres qui fussent à

la portée de tout le monde, dans le cas même où la diminution du nombre

des degrés des taxes ne donnerait pas à l'administration des postes les

moyens d'arriver à un résultat encore plus rapide, au moyen d'un timbre,

ce que nous proposerons tout à l'heure; et cette opération serait

singulièrement facilitée par l'adoption d'une taxe fixe.

2º Le compte des taxes et la vérification des dépêches se feront plus

facilement et plus rapidement.

En effet, l'intérêt bien entendu des recettes exige que l'expédition des

courriers ait lieu aussitôt que possible après la levée des boîtes, et

que la distribution des lettres suive aussi de très-près l'arrivée des

courriers. Mais la taxe des lettres joue le plus grand rôle dans la

confection d'une dépêche; et si, dans le nombre des opérations qui

accompagnent le départ et l'arrivée des courriers, l'opération si longue

et si difficile de l'appréciation de l'apposition, du compte et de la

vérification des taxes, pouvait être simplifiée, on voit qu'on en

obtiendrait immédiatement un grand résultat d'accélération.

Pour nous en rendre bien compte, passons en revue les opérations qui

précèdent, accompagnent et suivent la confection d'une dépêche.

Les lettres retirées pêle-mêle des boîtes doivent être relevées d'abord,

et placées dans l'ordre de leur recto, de manière à recevoir un timbre

sur leur suscription. Le timbre de départ ainsi appliqué sur toutes, on

procède à leur taxe. Ces lettres sont de toutes formes et de poids

différents, et il est nécessaire de composer une taxe spéciale pour

chacune d'elles: il faut donc d'abord apprécier leur pesanteur, et comme

les degrés de l'échelle de pesanteur sont très-rapprochés, cette

appréciation ne peut se faire que difficilement à vue d'oeil: pour agir

sûrement, il faut en peser un très-grand nombre; ensuite il convient de

calculer quelle est la taxe à faire subir à la lettre, eu égard à la

distance qui sépare le point de destination donné par l'adresse, de

celui de l'origine de la lettre indiqué par le timbre, soit que la

lettre parte de la ville même où la taxe s'opère, soit qu'elle vienne de

plus loin; on constate alors le poids en chiffres au coin de la lettre,

si elle dépasse le poids de 7 gr. 1/2. afin de justifier l'accroissement

du port; on cumule ensuite les deux taxes de distance et de poids, et on

les exprime enfin sur la suscription avec une grosse plume par un seul

chiffre qui couvre ordinairement toute la hauteur de la suscription.

Après cette opération si délicate, si difficile, enfin si longue,

puisque le résultat en est différent pour chaque lettre, le compte

général de ces diverses taxes est fait, porté sur la première lettre du

paquet, reporté sur autant de feuilles d'avis qu'il y a de bureaux de

poste, entre lesquels les lettres sont divisées; les lettres

affranchies, recommandées, chargées, les paquets administratifs et les

journaux sont réunis aux lettres taxées, et cela selon des formes

particulières; le tout est empaqueté, ficelé, cacheté, enregistré,

recommandé de nouveau, et enfin livré aux courriers.

On conçoit que, dans cette série d'opérations, celle de la taxe doit

prendre au moins les 4/5 du temps consacré à toutes. Mais cette perte

d'un temps précieux n'est pas le seul inconvénient qu'entraîne

l'opération de la taxe. La précipitation qui l'accompagne ordinairement,

fait qu'une vérification importante, celle du poids de la lettre, est le

plus souvent négligée: passé 7 gr. 1/2, le port de la lettre

s'augmentent de moitié; mais, dans le doute sur le poids d'une lettre,

dominé par la crainte du retard que peut causer l'opération de la pesée,

entraîné peut-être aussi par un instinct de fatigue ou de négligence

naturelle, dont nous devons nécessairement tenir compte dans notre

appréciation sincère, l'employé la mettra au nombre des lettres simples;

car, s'il taxe au-dessous du tarif, il n'y aura pas de plainte de la

part du particulier ni de responsabilité pour lui; ce qui pourrait avoir

lieu, au contraire, s'il apposait une taxe trop élevée. Enfin s'il est

payé à remises sur sa recette, cette considération ne le touche pas non

plus, car la taxe des lettres qu'il expédie est une recette qu'il crée,

et qu'il n'est pas chargé de réaliser.

Cependant la perte pour le trésor est réelle et presque irréparable;

car, au point d'arrivée, le receveur qui est pressé de faire sa

distribution, ne relèvera pas l'erreur; ce n'est pas trop affirmer que

de dire que la dixième partie environ des lettres dont le poids dépasse

7 gr. 1/2 présente ce caractère douteux, et que si la moitié seulement

de ces lettres échappe au supplément de taxe, la perte annuelle pour le

trésor est d'environ 500,000 fr.[47].

[Note 47: En effet, les lettres pesantes sont dans la proportion d'un

dixième de la totalité des lettres taxées circulant dans les postes. Le

nombre total des lettres étant 79 millions, le dixième est 7,900,000

lettres; si de ces lettres pesantes, la moitié ou 3,950,000, présentent

le caractère douteux de lettre simple ou de lettre double et doivent

être pesées, et qu'enfin moitié de ces 3,950,000, ou 1,975,000, quoique

réellement pesantes, soient taxées comme simple, en supposant le montant

de la perte à 25 c. par lettre, qui représente le demi-port en sus du

taux moyen de 50 c. La perte doit être annuellement pour le trésor de

493,750 fr.]

A chaque point d'arrivée d'une dépêche, la vérification et le compte des

taxes présentent de nouveaux retards et de nouvelles difficultés.

En effet, à l'arrivée, l'opération est plus longue, car le receveur est

intéressé à constater exactement le montant des valeurs qu'on lui

envoie, et dont il est responsable: il faut que les particuliers

attendent, jusqu'à ce qu'il ait reconnu son compte, qu'il ait constaté

soigneusement les différences qu'il y trouve en plus ou en moins. Mais

on ne concevra bien la difficulté de cette opération, que lorsqu'on

saura que la dépêche de Paris pour Rouen, par exemple, est composée de

mille à douze cents lettres dont les taxes de toutes sortes représentent

une valeur totale de 700 à 900 fr. Or, ces lettres de toutes formes sont

frappées de taxes toutes inégales depuis 4 jusqu'à 10 décimes au plus;

pour les compter, il faut prendre les lettres une par une, les ajuster,

les aligner, les partager par sommes de 20, de 50 ou de 100 fr.; et

quand tout est fini, et qu'une demi-heure a été employée à ce travail,

s'il se trouve une différence dans la somme des taxes avec le compte

écrit sur la feuille, il faut recommencer, et constater la différence;

séparer ensuite les lettres distribuables dans la ville, de celles qui

doivent être portées dans la campagne, ou réexpédiées à un autre bureau;

mettre à part celles qui doivent être frappées d'une taxe

supplémentaire; constater cette dernière taxe; enfin faire un compte

séparé à chaque facteur de la ville ou de la campagne: toutes choses

fort délicates, nous le répétons, parce qu'elles impliquent la

responsabilité du préposé, et partant fort longues, et qui seraient

considérablement abrégées si les lettres classées dans les dépêches par

séries et par catégories de taxes fixes, pouvaient, au moyen d'un simple

compte numérique, former un montant total de décimes facile à établir et

à vérifier.

Que sera-ce donc lorsqu'il s'agira pour un bureau de recevoir et

d'expédier plusieurs dépêches par jour venant du même point, si un jour

nous nous servons des chemins de fer? Le service de transport des

dépêches entre Liverpool et Manchester est à quatre ordinaires par jour,

et le produit de la correspondance entre ces deux villes seules s'élève

annuellement à 11,000 liv. st. (ou 275,000 fr.). Mais on comprend que,

pour que le public soit à même de profiter de cette grande accélération

de la marche de ses lettres et de la prompte arrivée des réponses, il

faudra que dans l'intervalle des arrivées aux départs des courriers, la

distribution des lettres se fasse avec toute la promptitude possible. Ce

sera dans ces cas-là surtout que l'accélération dans la distribution

devra suivre l'accélération dans la marche des courriers, et que toutes

les longueurs qu'entraînent l'application des taxes au départ, leur

reconnaissance et leur collection à l'arrivée, devront être évitées. En

effet, lorsque la lettre a parcouru un espace tel que ce parcours a

entraîné un délai de vingt-quatre heures ou plus, il peut ne pas

paraître extraordinaire que la reconnaissance des dépêches et la

distribution des lettres entraîne un nouveau délai de quatre ou cinq

heures. Mais, lorsque la dépêche n'aura mis qu'une demi-heure à venir,

on trouvera ridicule une distribution aussi lente, et si elle doit se

répéter trois ou quatre fois par jour, il faudra bien alors accélérer la

remise des lettres dans une proportion égale, sous peine d'être obligé

de distribuer plusieurs courriers à la fois.

3° Enfin, il pourra être fait un compte numérique des lettres,

précieuses garanties pour la sûreté des correspondances.

Supposons pour un moment qu'on puisse arriver à simplifier assez le

tarif pour qu'il suffise de compter le nombre des lettres renfermées

dans la dépêche, pour établir un montant général de taxe; n'y aurait-il

pas dans ce système, indépendamment de l'avantage d'un comptage plus

rapide, un autre résultat plus précieux encore qui permettrait à

l'administration des postes d'obtenir le nombre exact des lettres

qu'elle reçoit et qu'elle expédie, inappréciable garantie contre les

vols de lettres?

Mais comment au contraire obtenir le compte exact des lettres à

l'arrivée des dépêches, tant que ces dépêches seront composées de

lettres toutes différentes de poids, de forme et de taxe. Le comptage

par unités qui est l'opération la plus facile, lorsqu'il s'agit d'objets

de même espèce, serait, dans l'ordre de choses actuel, une obligation

presque impossible, si elle devait être remplie rigoureusement: cette

justification a souvent été demandée aux employés; mais, dans le désir

de ne pas retarder davantage la distribution des lettres, on n'a pas

insisté, et l'administration ne l'a jamais obtenue. Qu'arrive-t-il

cependant en l'absence de ce document? c'est qu'un employé ou un

facteur, en consentant à perdre le montant de la taxe, peut facilement

soustraire une lettre contenant une valeur, et se couvrir de cette

perte, et bien au-delà, par le produit de son vol. Il n'en serait plus

de même si les lettres passaient comptées de mains en mains, jusqu'au

facteur qui doit les remettre à destination.

D'autre part la mise en charge de ce facteur deviendrait bien plus

rapide, si le compte seul des lettres pouvait, au moyen de taxes égales,

former un montant de sommes rondes et faciles à établir. Dans ce cas, un

simple chiffre pourrait exprimer et le nombre des lettres, et la taxe

mise à la charge du facteur, comme cela se pratique déjà pour les

lettres distribuées dans les communes dont la taxe supplémentaire est de

1 décime, et qui sont données aujourd'hui en nombre aux directeurs et

aux facteurs, non pas dans une pensée de conservation pour ces lettres,

mais bien parce que ces sortes de lettres valent 1 décime fixe de plus

que les autres. Soit dix lettres, 10 décimes ou 1 fr.; vingt-cinq

lettres, 25 décimes ou 2 fr. 50 c.

La distribution de ces lettres ainsi taxées deviendrait ensuite beaucoup

plus prompte encore (et nous ne saurions trop appuyer sur cette

nécessité d'une accélération considérable dans la distribution) si l'on

pouvait, comme nous en indiquerons les moyens, n'avoir dans le service

des postes que des lettres affranchies à l'avance.

En effet la distribution des lettres franches est plus rapide que celle

des lettres dont le port est à recouvrer, et cela dans une proportion

dont il est difficile de se faire une idée. Dans une enquête faite en

Angleterre sur les affaires du post-office en 1828[48], il a été

constaté que dans le district de Lombard-Street à Londres, une

demi-heure seulement avait suffi pour distribuer cinq cent soixante-dix

lettres franches, et qu'il avait fallu une heure et demie pour remettre

soixante-sept lettres taxées. Semblable examen n'a pas été fait en

France, mais il n'y a nul doute qu'il produisît un résultat à peu près

semblable. La remise d'une lettre franche ne demande pas l'emploi de

plus de quelques secondes; mais l'examen de la taxe de la part de la

personne qui reçoit la lettre, quelques mots d'explication nécessaires,

enfin l'échange de la monnaie, peuvent entraîner l'emploi de plusieurs

minutes pour la remise d'une lettre taxée. En Angleterre, il est vrai,

comme les maisons n'ont qu'un seul locataire, il n'est pas nécessaire

que le facteur appelle et attende que le destinataire descende pour lui

remettre la lettre, ainsi qu'il est souvent pratiqué chez nous; mais le

facteur anglais, d'autre part, doit frapper à une porte qui est toujours

fermée et attendre plus ou moins longtemps que quelqu'un vienne pour la

lui ouvrir. La perte de temps se trouve donc balancée dans les deux

pays, et, en France comme en Angleterre, la distribution d'une lettre

taxée entraîne environ onze fois plus de temps que la remise d'une

lettre franche. Soit huit secondes pour celle-ci, et une minute et demie

pour la lettre taxée, le temps employé pour le parcours de maison à

maison compris; ainsi la distribution de cent vingt lettres taxées

exigerait trois heures, et la remise de cent vingt lettres franches

seulement seize Minutes.

[Note 48: Dix-huitième Rapport de la Commission d'enquête, page 54.]

Si l'on veut se rendre compte ensuite des frais que nécessiteraient le

transport et la distribution d'une espèce de lettres dont le port serait

acquitté d'avance et dont la taxe serait semblable pour toutes, on peut

prendre pour exemple le Penny-Magazine[49] qui s'envoie et se distribue

à domicile dans toute l'Angleterre, au nombre de plus de cent cinquante

mille exemplaires, et qui est rendu au domicile de chaque abonné franc

de tous frais, moyennant 2 sous de notre monnaie par numéro. Pour cette

modeste somme, indépendamment du transport et de la distribution, les

publicateurs doivent encore subvenir aux frais de l'impression de huit

pages in-4° en petit texte, et à la composition et au tirage de

nombreuses gravures sur bois qui ornent le livre; chacun sait cependant

que cette entreprise offre des bénéfices considérables aux

propriétaires. Pour combien peu doivent donc entrer dans ces 2 sous les

frais de transport et de distribution de l'imprimé[50]?

[Note 49: Voir: Post-office reform, by Rowland Hill.]

[Note 50: M.R. Hill estime les frais de factage pour ces sortes de

publications en Angleterre, à 1/5 de penny (1 c. 1/4).]

Concluons provisoirement de tout ceci que, dans l'intérêt de la rapidité

de la distribution des lettres, il faut viser à faire entrer dans le

service des postes le plus de lettres possible dont le port soit fixe,

et ait été payé d'avance.

Et pendant que nous nous occupons de démontrer les avantages d'une taxe

fixe, passons encore en revue ici quatre sortes de taxes particulières:

1º la taxe des lettres de la ville pour la ville, 2º la taxe des lettres

écrites par les soldats, 3º la taxe des lettres circulaires, 4º enfin la

taxe des lettres étrangères; et voyons comment ces quatre sortes de

lettres pourraient être affectées par l'établissement d'une taxe

uniforme.

1° La taxe des lettres de la ville pour la ville est aujourd'hui

progressive; mais cette progression ne s'applique qu'aux conditions du

poids de la lettre: en effet, là il n'y avait pas de transport

appréciable, mais bien seulement distribution des lettres, et quand il

s'agissait de déterminer le prix de port, leur poids seul devait être

pris en considération.

L'échelle de poids en usage pour la taxe des lettres de la ville pour la

ville est plus large que celle que nous avons vu s'appliquer aux lettres

qui doivent parcourir une certaine distance hors de la ville d'où elles

partaient. Au lieu de 7 gr. 1/2, la taxe simple permet un poids de 15

gr.; de 15 gr. elle va à 30, et ensuite elle s'augmente de 30 en 30 gr.

d'un demi-port primitif.

Cette échelle de taxe, quoique plus simple que l'autre, pourrait être

encore simplifiée. Les lettres que s'écrivent des particuliers de la

même ville sont très-rarement doubles, excepté s'ils s'envoient des

papiers d'affaires, ou des paquets; dans ce cas, il faut que

l'administration détermine jusqu'à quel poids elle consent à transporter

ces paquets, et qu'elle fixe, pour ceux-ci comme pour les lettres, un

port modéré; car c'est surtout dans l'intérieur de la même ville, qu'on

cesserait d'employer l'entremise de la poste, si le prix de transport

était trop élevé. Il n'est guère supposable que, dans une lettre de la

ville pour la ville même, on s'avisât de réunir plusieurs lettres

adressées à divers particuliers pour ne payer qu'un port; car il

faudrait dans ce cas que le destinataire fit porter les incluses à

domicile, et autant vaudrait que l'envoyeur prît ce soin lui-même. Ces

lettres sont donc toujours simples, dans le sens que nous attachons à ce

mot. Ce sont des lettres adressées par la même personne à la même

personne; ce sont des invitations, des avis, des notes; et lorsque ces

lettres sont plus pesantes, ce sont des paquets de diverses espèces que

l'administration des postes peut transporter avec avantage, au-dessous

d'un certain poids qu'elle aura fixé.

Il ne faudrait donc pour ces correspondances que deux taxes fixes, et

toutes deux très-modérées, savoir, celle des lettres et celle des

paquets. Et dans la crainte que le public n'usât pour ses commissions de

ce dernier mode de distribution, jusqu'à rendre la distribution des

facteurs impossible, il serait bon de fixer à 100 gr., par exemple, le

maximum du poids des paquets, et de régler ainsi la taxe: 1 déc. pour

les lettres de 0 à 50 gr., et 2 déc. pour les lettres de 50 gr. à 100

gr. Nous dirons tout à l'heure comment cette taxe serait appliquée.

Cette taxe de 1 déc. et de 2 déc. selon le poids, serait encore

applicable aux lettres envoyées d'un bureau de poste à un bureau de

distribution avec lequel il correspondrait directement, ou de ce bureau

de poste à chacune des communes de son arrondissement, ou enfin de

commune à commune dans le même arrondissement. En effet la distance de

chacun de ces points à l'autre, n'est pas appréciable postalement

parlant, car la distance dans les postes ne se calcule que de bureau de

poste à bureau de poste. Et sous le rapport des conditions du poids des

lettres, tout ce que nous avons dit des lettres de la ville pour la

ville, devrait être applicable à celles que nous venons de mentionner

ici.

Les trois autres espèces de taxe de lettres sont, pour ainsi dire,

exceptionnelles.

2º Ainsi la taxe appliquée aujourd'hui aux lettres adressées aux soldats

ou aux sous-officiers sous les drapeaux est d'une somme fixe de 25

cent., quelle que soit la distance parcourue dans le royaume. Cette taxe

devrait être fixée au prix le plus bas des taxes perçues, soit à 1 déc.

fixe par lettre, toujours à la condition que cette lettre ne

renfermerait pas d'incluses, et le trésor, en faisant un acte de justice

à l'égard d'hommes qui reçoivent par jour un si faible traitement en

argent, obtiendrait peut-être en définitive, sur cette nature de

correspondance, une recette annuelle plus élevée.

3º La taxe des lettres d'avis, de mariage, de décès, etc., est une taxe

d'imprimés, car elle est payée d'avance, et la loi[51] dit que ces

lettres ne devront pas contenir d'écriture à la main, et seront pliées

du manière à pouvoir être facilement vérifiées. Ces avis cependant,

admis sous forme de lettres cachetées, paient un port fixe de 5 cent. ou

de 1 déc., selon qu'ils sont destinés pour la ville même où ils ont été

remis à la poste, ou qu'ils sont envoyés dans d'autres bureaux de poste

du royaume. Cette taxe est modérée, elle est rationnelle et nous

proposerions de la conserver. En effet, bien que les frais de transport

et de distance de ces sortes de lettres soient les mêmes pour

l'administration que ceux résultant du transport de toutes les autres

lettres des particuliers, elles offrent un intérêt moindre pour ceux-ci,

et il importe à l'administration des postes de les faire rentrer dans

son service par un abaissement de la taxe; c'est le principe que nous

avons invoqué partout.

[Note 51: Loi du 15 mars 1827.]

4º Enfin un système de taxation modéré n'affecterait pas non plus les

conditions du prix de transmission des lettres aux pays étrangers.

Du service des postes et de la taxation des lettres au moyen d'un timbre · 第 5 / 9 段