t. III, p. 18-23, édit. de G. de S.-G.--BUSSY, _Lettres_, p. 94 à 98. A
la page 94 il faut lire, de madame S..., au lieu de madame B..., qui est
une faute d'impression); elle dit seulement: «Je vous laisse à votre
ami;» elle ne veut pas flatter ni courroucer ce poëte vaniteux, et elle
charge Corbinelli, qui écrit dans sa lettre, de mentir pour elle. La
louange que Corbinelli donne à Bussy paraîtrait aujourd'hui une
dérision, et cependant je crois qu'elle était sincère.--Les deux pièces
de vers de Bussy, quoique annoncées comme des traductions d'Ovide, ne
sont ni des traductions ni même des imitations; ce sont des paraphrases
de deux héroïdes d'Ovide, où les pensées de cet ancien sont travesties
en ce style facile, cavalier et presque burlesque si fort à la mode
alors, et qui semblait caractériser ce qu'on appelait la _poésie
galante_. Considérées sous ce point de vue, ces deux pièces de vers de
Bussy, qui sont fort longues, ne paraissent pas aussi mauvaises qu'elles
le sont en effet. On n'y trouve aucune trace de l'antiquité: images,
tournures, comparaisons, tout est à la française; et sans doute l'auteur
se félicitait de cela comme d'un grand mérite.
Pâris, dans sa lettre à Hélène, lui dit, dans Ovide:
Interea, credo, versis ad prospera fatis,
Regius agnoscor per rata signa puer.
Læta domus, nato post tempora longa recepto;
Addit et ad festos hunc quoque Troja diem.
Utque ego te cupio, sic me cupiere puellæ.
Voici comme Bussy traduit ces vers:
Cependant le Destin, peut-être
Las de me faire tant de mal,
Me fait à la fin reconnaître
Enfant royal.
Pour dire la métamorphose
De tristesse en plaisir que cause mon retour
A la ville comme à la cour,
Il faudrait plus d'un jour,
A ne faire autre chose.
J'avais tout le monde charmé;
Et comme à présent je vous aime,
En ce temps-là j'étais aimé
Des princesses, des nymphes même.
Voilà ce que Corbinelli appelle embellir Ovide!
Page 55, ligne 3: Madame de Montmorency, etc.
L'auteur de la notice sur madame de Montmorency insérée dans l'édition
des _Lettres_ citée en note, p. XXVI, présume que cette dame était la
mère du maréchal de Luxembourg. Cela n'est pas. La mère du maréchal de
Luxembourg était Élisabeth, fille de Jean de Vienne, président de la
chambre des comptes. Elle avait épousé Bouteville, cet ami du baron de
Chantal, père de madame de Sévigné, qui, ainsi que nous l'avons dit (t.
I, p. 5), eut la tête tranchée pour cause de duel. Sa veuve, après
soixante-neuf ans de viduité, mourut en 1696, à l'âge de
quatre-vingt-neuf ans. (Voyez SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. I, p. 143 à
149.) Je crois qu'Isabelle de Palaiseau, qui correspondait avec Bussy et
qui est un peu compromise par cette correspondance et par l'inscription
de son portrait, était la femme de Montmorency-Laval.
Page 58, ligne 17: Madame de Scudéry..... on la confond avec la
sœur de Scudéry.
Il est dit, dans le _Carpenteriana_, p. 383, que le continuateur de
Moréri, en anglais, depuis 1688 jusqu'en 1705, a commis cette faute. M.
Roederer avait aussi fait cette confusion dans son _Essai sur la société
polie_. Nous l'en avertîmes lorsqu'il nous lut, avant l'impression, cet
écrit spirituel, mais peu exact. Il a effacé ce qu'il avait dit des
prétendues lettres «de mademoiselle de Scudéry, la sœur de Scudéry, à
Bussy-Rabutin.» Cependant il a encore laissé des traces de cette
méprise, comme lorsqu'il dit, p. 169, chap. XIV, que le bon duc de
Saint-Aignan se montrait très-assidu aux cercles de mademoiselle de
Scudéry.--Charpentier dit: «Scudéry s'est marié avec une demoiselle de
basse Normandie, nommée mademoiselle Martinvas, qui n'écrit pas moins
bien que mademoiselle Scudéry.»
CHAPITRE V.
Page 89, lignes 13 et 17: «Elle eut lieu dans le château et les
jardins de Versailles, qui, quoique non encore achevés,
surpassaient déjà en magnificence toutes les demeures royales.»
J'ai, dans les notes de la deuxième partie (p. 506), fait observer de
quelle manière les auteurs les plus sérieux et les plus renommés, qui
subissaient l'influence des idées et des mouvements révolutionnaires de
1789, écrivaient l'histoire.
Mirabeau évaluait à douze cents millions les dépenses de Louis XIV pour
Versailles; Volney, à quatre milliards, (Leçons d'histoire prononcées en
l'an III, 1799, in-8º, p. 141.)
Les vérifications des états originaux de toutes les dépenses de
constructions, d'embellissement, d'entretien, depuis 1661 jusqu'en 1689,
pendant près de vingt ans qu'elles ont duré, ont constaté que la
totalité de ces dépenses a été, au cours du temps, de 116,257,330{lt}
2s 7d, correspondant à 280,643,326 fr. 32 c. (Voyez ECKARD, _Dépenses
effectives de Louis XIV en bâtiments_; 1838, in-8º, p. 44.--Id., _États
au vrai de toutes les sommes employées par Louis XIV_, p. 38.) Il faut
ajouter à la somme ci-dessus 3,260,341{lt} 19s, pour les dépenses de
la chapelle, depuis 1690 jusqu'en 1719. (Conférez encore ECKARD,
_Recherches historiques et biographiques sur Versailles_, p. 142 à
152.)--_Id._, A. JULES TASCHEREAU, _au sujet des dépenses de Louis XIV_,
1836, in-8º.--GUILLAUMOT, _Observations sur le tort que font à
l'architecture les déclamations hasardées et exagérées contre la dépense
qu'occasionne la construction des monuments publics_; Paris, an IX
(1801). Guillaumot n'estimait cette dépense, d'après les états, qu'à 83
millions, cours d'alors; 165 millions, cours actuel.--Volney exagérait
de même la dépense des monuments construits de son temps; ainsi il
avançait que le Panthéon avait coûté 30 millions, et il avait coûté au
plus 12 millions.--(Voyez PEIGNOT, _Dépenses de Louis XIV_; 1827, in-8º,
p. 167 et 173.)
Au reste, il paraît que, pour pouvoir apprécier au juste la dépense
réelle de Versailles dans toute la durée du règne de Louis XIV en
valeurs du jour, il faudrait consulter les archives de la Liste civile,
où l'on peut puiser les matériaux nécessaires pour obtenir le chiffre
total de toutes ces dépenses, et le combiner avec le prix moyen des
journées de travail, celui des denrées, les salaires des artistes, etc.
M. Eckard se plaint, dans un de ses écrits, qu'on lui ait refusé la
faculté de compulser, dans les archives de l'administration de la Liste
civile, les pièces relatives aux dépenses de Versailles sous Louis XIV.
Je suis informé que des calculs ont été faits dans cette administration
pour évaluer le montant de ces dépenses. Mon opinion est que, quels que
soient les efforts que l'on fasse pour accroître le chiffre de ces
dépenses, si l'on opère avec sincérité, il n'excédera pas, et
probablement n'atteindra pas, 400 millions de notre monnaie actuelle,
dans toute la durée du règne de Louis XIV.
CHAPITRE VI
Page 108, ligne 1 et 2: Je la mettrais volontiers dans mon
Dictionnaire.
Bayle ajoute à cet endroit de sa lettre: «Elle sera sans doute dans le
Moréri de Paris, et madame Deshoulières aussi;» et Prosper Marchand,
éditeur des œuvres de Bayle, a mis en note (p. 653, note 16): «Elles ne
sont ni l'une ni l'autre dans le Moréri de Hollande ni dans la dernière
édition du _Dictionnaire_ de Bayle, 1702.»
Les premiers renseignements sur madame de Sévigné furent donnés par M.
de Bussy (qui n'est pas le comte de Bussy de Rabutin), dans la préface
du recueil des _Lettres_ de madame de Sévigné à sa fille, publié en
1726, sans nom de lieu, 2 vol. in-12; et dans l'édition de la Haye, chez
P. Gosse et Jean Néaulme, 2 vol. in-12, donnée en 1726, simultanément
avec l'autre, et dont l'éditeur, d'après une note de mon exemplaire,
était un nommé Gendebien. Le chevalier Perrin donna enfin une notice
plus détaillée dans l'édition de 1734, notice qui fut considérablement
augmentée dans l'édition de 1754. C'est avec ces matériaux que
Chauffepié, dans son _Nouveau Dictionnaire historique et critique, pour
servir de supplément ou de continuation_, in-folio, 1756, à celui de
Bayle, réalisa le vœu que Bayle avait formé, et composa un article
SÉVIGNÉ, qu'il inséra dans son _Dictionnaire_, t. IV, p. 245-258. Cet
article est à la manière de Bayle, c'est-à-dire que le texte est
accompagné de très-longues notes qui l'éclaircissent, le développent ou
le complètent; de sorte que ce texte n'est autre chose que des sommaires
de chapitres qui se composent des notes qui leur correspondent. Cette
manière est fatigante pour les lecteurs, surtout pour les lecteurs
paresseux; mais il faut convenir qu'elle est très-favorable à
l'instruction; et, s'il faut dire toute notre pensée, malgré les
notices, les volumes même que l'on a composés sur madame de Sévigné
depuis Chauffepié, son article SÉVIGNÉ, si peu vanté, si peu lu
peut-être, était encore ce qu'on avait écrit de plus propre à la faire
bien connaître; et cela parce que cet honnête compilateur a compris que,
pour faire un bon article sur madame de Sévigné selon le plan de Bayle,
il fallait joindre de longs et judicieux extraits de ses lettres aux
faits que l'on pourrait puiser ailleurs que dans sa correspondance.
CHAPITRE VIII.
Page 126, lignes 26 et 28: Lorsque madame de Sévigné recevait
quittance de deux cent mille livres tournois, etc.
Le propos de mauvais ton et de mauvais goût qu'on prête à madame de
Sévigné au sujet de cette somme payée à compte sur la dot de sa fille
est un conte absurde, qui n'est appuyé sur aucun témoignage valable et
qui, inséré longtemps après sa mort dans un mauvais recueil d'_ana_, a
été répété par tous ceux qui, en écrivant sur la vie de personnages
célèbres, se croient obligés de n'omettre aucune des sottises qui ont
été débitées sur leur compte. M. de Saint-Surin, qui a rapporté cette
anecdote dans sa notice (t. I, p. 86 de l'édit. des _Lettres de_
SÉVIGNÉ, par Monmerqué), ne cite pas d'autre autorité que l'_Histoire
littéraire des dames françaises_.
Page 133, ligne 1: Du duc de Retz, grand-oncle.
La procuration dressée à Machecoul, transcrite dans l'acte, par le
_duché de Rais et duc de Rais_. Dans l'acte dressé à Paris, il est
toujours écrit _Retz_.
Page 135, ligne 4: Marie d'Hautefort, veuve de François
de Schomberg.
Dans sa note sur la lettre de madame de Sévigné, du 5 janvier 1674, un
commentateur a dit (édit. de G. de S.-G., t. III, p. 294) que madame de
Schomberg était la mère du maréchal, alors vivant: il y a deux erreurs
dans ce peu de mots. Madame de Schomberg, dont parle madame de Sévigné,
était la femme et non la mère du maréchal; et le maréchal avait alors
cessé de vivre depuis plusieurs années.
Page 135, ligne 16: Olivier Lefèvre d'Ormesson, seigneur d'Amboille.
Ce nom d'Amboille ou Amboile a occasionné de fortes méprises de la part
de nos rédacteurs de dictionnaires géographiques de la France, et sur
nos cartes. Amboille est un hameau près de Paris, entre Chenevière et
Noiseau, par delà le parc ou bois de Saint-Maur. Amboille, vers le
milieu du XVIIIe siècle, en 1745, ne contenait que trente-huit feux, et
formait cependant une paroisse distincte de celle de Noiseau, qui, sur
le coteau opposé, n'en est séparée que par un ruisseau. Il est souvent
fait mention d'Amboile sous le nom d'_Amboella_, dans les titres du
XIIe siècle; mais l'héritier d'Olivier Lefèvre d'Ormesson ayant réuni à
la terre d'Amboile celle de Noiseau et de la Queue, on laissa le nom
d'Amboile au lieu où se trouvait le château d'Ormesson, et l'on attribua
le nom d'Ormesson à Noiseau. (Voyez la carte des environs de Paris, de
dom Coutance, no 11.) C'était une erreur: la carte de France dressée
récemment par l'administration de la guerre (no 48, Paris) a fait
disparaître le nom d'Amboile et inscrit en place Ormesson, et n'a rien
ajouté au nom de Noiseau. Amboile se trouve encore sur la carte de
Cassini (no 1, Paris), ainsi que Noiseau, tous deux sans le nom
d'Ormesson; mais, dans le _Dictionnaire universel de la France_, de
Prudhomme, il n'en est pas même fait mention. Sous le nom d'_Ormesson_,
le compilateur a confondu l'Ormesson de la paroisse d'Amboile avec le
lieu du même nom qui se trouve près de Nemours.--Valois a aussi omis
Amboile, _Amboella_, dans sa notice du diocèse de Paris. Hurtaut, dans
son _Dictionnaire historique de la ville de Paris_, t. I, p. 244, dit
que c'est un village situé près de Villeneuve-Saint-George, et il en est
éloigné de près de douze kilomètres. Ainsi le nom de ce lieu, important
pour l'intelligence des écrits du XIIe et du XIIIe siècle, deviendrait,
si on n'y mettait ordre, un _desiderata_ en géographie. Cependant la
famille d'Ormesson est encore, au moment où j'écris, propriétaire de la
seigneurie d'Amboile, et y réside. Il y a une église à Amboile ou
Ormesson, mais elle est moderne. Le château est curieux; il fut, dit-on,
construit par Henri IV pour une demoiselle de Centeny ou Santeny, dont
il était amoureux; son portrait y est encore comme en 1758, au temps de
l'abbé le Boef, qui rapporte cette tradition, souvent reproduite depuis,
sans qu'on ait encore découvert rien qui la justifie. (Conférez LE BOEF,
_Histoire du diocèse de Paris_, t. XIV, p. 38 à 385.)
Page 136, ligne 4: Épouse du marquis de la Fayette; et en note,
ligne 26: Delort, _Voyage aux environs de Paris_, t. I, p. 217
à 224.
La huitième des _Lettres_ de madame de la Fayette, publiée par Delort,
indiquée par cette citation, était depuis longtemps publiée lorsque M.
Sainte-Beuve l'a redonnée, d'après le manuscrit, comme inédite, dans la
_Revue des Deux Mondes_ (t. VII, p. 325, 4e série, 5e livraison, 1er
septembre 1836).
Page 136, ligne 15: Jean-Baptiste Adhémar de Monteil de Grignan,
coadjuteur de son oncle l'archevêque d'Arles.
Je présume que c'est à celui-ci qu'est dédié un petit ouvrage de
Pontier, prêtre et docteur en théologie, intitulé _le Fare de la
vérité_; à Paris chez Michel Vavyon, 1660, in-12.--La dédicace commence
ainsi: _A monsieur de Grignan, abbé de Notre-Dame d'Aiguebelle_; et à
côté sont gravées, sur une feuille à part, les armes de la maison de
Grignan, presque en tout semblables à celles que M. Monmerqué a fait
graver dans son édition de Sévigné.
Pontès dit, dans cette dédicace:
«Monsieur,
«Vous tirez la naissance d'une maison dont l'ancienne grandeur est
connue de toute la terre... Elle reluit encore aujourd'hui d'une
manière extraordinaire en la personne de ses deux princes de
l'Église, d'Arles et d'Uzez.»
Jean-Baptiste de Grignan, en 1660, étudiait probablement en théologie et
recevait peut-être des leçons de Pontès.
Dans toutes les éditions des _Lettres_ de madame de Sévigné (même celle
de 1754, t. III, p. 35) on a imprimé, dans la lettre du 31 mai 1675:
«L'abbé de Grignan reprendra le nom qu'il avait quitté depuis
vingt-quatre heures, pour se cacher sous celui d'_abbé d'Aiguebère_.» Il
faut lire l'_abbé d'Aiguebelle_. L'édition de 1754 est la première où
cette lettre ait été donnée et où se trouve la faute: les éditeurs
suivants s'y sont conformés.
Page 140, lignes 6 et 7: Avait perdu sa première femme,
Angélique-Clarice d'Angennes, en janvier 1665.
Voilà pourquoi, dans une édition du troisième acte de la traduction du
_Berger fidèle_ de Guarini (_Gabriel Quinet_, 1665, in-12), l'auteur,
dans la dédicace au comte de Grignan, le félicite de s'être allié «à une
maison qui a toujours été l'asile des Muses, de l'honneur et de la
vertu,» ce qui désigne les d'Angennes de Rambouillet, et non les
Sévigné, comme l'a cru le savant auteur du catalogue de la bibliothèque
dramatique de M. de Soleinne, p. 60. Voyez la seconde partie de ces
_Mémoires_, p. 381, note du chapitre IV de la première partie.
Page 140, lignes 10 et 11: La seconde femme qu'il avait épousée
était d'une noblesse encore plus ancienne, quoique moins illustre
que les d'Angennes.
La famille du Puy du Fou prétendait descendre de Renaud, seigneur du Puy
du Fou, qui épousa Adèle de Thouars, fille d'Émery, vicomte de Thouars,
en 1197, sous Philippe-Auguste.--Voyez le _tableau_ cité.
Page 140, ligne 26: A cette époque, le gouvernement militaire
du Languedoc.
Le gouvernement civil et financier de cette province était, comme celui
de toutes les autres provinces, confié à un ou deux intendants. De 1665
à 1669, il y en eut deux, M. de Besons et M. de Tubœuf; de 1669 à 1673,
M. de Besons fut le seul intendant; de 1674 à 1687, ce fut M.
d'Aguesseau; de 1687 à 1719, M. de Basville. Conférez l'_Essai
historique sur les états généraux de la province de Languedoc_, par le
baron Trouvé; 1818, in-4º, chap. XIX, XX et XXI, p. 161, 191, 200, 211.
Page 141, ligne 17: Que vous connaissez il y a longtemps.
Sur ces mots, M. Monmerqué, t. I, p. 154, de son édition des _Lettres_
de Sévigné, a mis cette note: «Mademoiselle de Sévigné avait vingt et un
ans, le comte de Grignan trente-neuf.» Je crois qu'il y a erreur dans ce
dernier chiffre soit de la part de l'imprimeur, soit de celle de
l'auteur.--Saint-Simon, dans ses _Mémoires_ (chap. V, t. XII, p. 59),
dit, sous l'année 1715: «Le comte de Grignan, seul lieutenant général en
Provence et chevalier de l'Ordre, gendre de madame de Sévigné, qui en
parle tant dans ses _Lettres_, mourut à quatre-vingt-trois ans, dans une
hôtellerie, allant de Lambesc à Marseille.» Donc le comte de Grignan
était né en 1632, et au commencement de l'année 1669 il ne pouvait avoir
que trente-sept ans accomplis ou trente-six ans et quelques mois; ce qui
fait soupçonner que, dans la note de M. Monmerqué, le 9 est un 6
retourné. Madame de Grignan avait, lors de son mariage, vingt-trois ans
et non vingt-deux ans; il n'y avait donc que douze ans de différence
entre elle et son mari.
CHAPITRE IX.
Page 149, ligne 18: A Bouchet, le savant généalogiste.
Jean Bouchet, dont parle madame de Sévigné, a été un des plus savants
généalogistes. Il fut chevalier de l'Ordre du roi, maître d'hôtel
ordinaire, et mourut, en 1684, à l'âge de quatre-vingt cinq ans. On a de
lui six à sept ouvrages in-folio, sur l'histoire et les généalogies,
pleins de recherches et de pièces justificatives curieuses.
Page 159, ligne 18: Je ne sais pas ce que j'aurais fait d'un
_jobelin_.
Cette épithète de _jobelin_, appliquée à un jeune homme novice auprès
des femmes, était alors souvent employée à cause du fameux sonnet de
Job; elle prouve que, dès l'époque où écrivait madame de Sévigné, cette
patience auprès des femmes, ce respect qu'on leur portait, qui avait
fait le succès du sonnet de Job, était tourné en ridicule, et que les
_uraniens_ avaient triomphé des _jobelins_. Ce qui dut y contribuer,
c'est la paraphrase un peu longue, mais spirituelle, du poëte Sarrazin,
contre le sonnet de Benserade. On sait que ce célèbre sonnet se
terminait ainsi:
Il eut des peines incroyables;
Il s'en plaignit, il en parla:
J'en connais de plus misérables.
La paraphrase de Sarrazin finit ainsi:
Mais, à propos, hier, au Parnasse,
De sonnets Phébus se mêla;
Et l'on dit que, de bonne grâce
Il s'en plaignit, il en parla:
J'aime les vers _uraniens_,
Dit-il; mais je me donne au diable
Si, pour les vers des _jobelins_,
J'en connais de plus misérables.
(Conférez SALLENGRE, _Mémoires de littérature_, 1715, in-12, t. I, p.
127 à 134.)
Le mot _jobelin_ n'a jamais été admis dans le _Dictionnaire_ de
l'Académie française; du moins il ne se trouve ni dans la première ni
dans la dernière édition; il ne se trouve pas non plus dans le
dictionnaire de Trévoux. Cependant Richelet l'avait inséré dans le sien,
publié en 1680, et l'avait ainsi défini: «JOBELIN, s. m., manière de
c***. C'est un _jobelin_.» Boiste, de nos jours, l'a aussi inséré dans
son lexique, avec la signification que lui donne madame de Sévigné, un
_niais_, un _sot_; il le donne comme synonyme d'homme patient comme Job,
et il cite Rabelais. Alors l'emploi de ce mot serait, dans notre langue,
plus ancien que le sonnet de Job; et cela est certain, car je trouve
_jobelin_ dans le _Dictionnaire anglais_ de Randle Cotgrave (1632) avec
la signification que lui donne madame de Sévigné: JOBELIN _a sot_,
_gull_, _doult_, _asse_, _cokes_. Ainsi l'Académie a eu tort de ne pas
admettre ce mot, qui n'a jamais cessé d'être en usage dans le langage
familier.
CHAPITRE X.
Page 166, lignes 1 et 2: De la Rivière, son second mari, dont
elle ne porta jamais le nom.
Elle prit celui de comtesse d'Aletz, et c'est de ce nom qu'elle a signé
la fastueuse épitaphe qu'elle composa pour son père et qu'elle fit
graver sur sa tombe dans l'église de Notre-Dame d'Autun. Cette épitaphe
fait tous les frais de la notice que d'Olivet a insérée, sur Bussy, dans
l'_Histoire de l'Académie française_, t. II, p. 251, édition in-4º.
Louise-Françoise de Bussy, marquise de Coligny, veuve de Gilbert de
Langheac, avait trente-huit ans lorsqu'elle épousa de la Rivière; elle
s'était mariée à M. de Coligny, à Chaseu, le 5 novembre 1675; le marquis
de Coligny mourut en 1676, à Condé, dans l'armée de M. de Schomberg.
Madame de Coligny en eut un enfant et tout son bien. (Voyez _Lettres
choisies de M._ DE LA RIVIÈRE, t. I, p. 25 et 26, et sur la Rivière,
avant le mariage, BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 233 et 234; et t. V, p.
165.)
CHAPITRE XII.
Page 199, ligne 27, note 1: DARU, _Histoire de Venise_.
M. Daru ne paraît point avoir connu les Mémoires du duc de Navailles;
s'il les avait consultés, il n'aurait pas fait de cette partie de la
guerre de Candie, à laquelle les Français prirent part, un récit si peu
exact; il ne se serait pas contenté des seules assertions des auteurs
vénitiens. Sans doute on ne saurait excuser l'historien qui, même dans
un but patriotique, permet à sa plume d'altérer la vérité: c'est pour
lui un devoir de n'épargner aucun soin pour la connaître, et d'avoir le
courage de la dire même lorsqu'elle lui répugne; mais ce devoir est
encore plus impérieux quand l'honneur national se trouve, comme dans
cette circonstance, inculpé par des témoins suspects et intéressés à
rejeter sur nos compatriotes leurs fautes et leurs malheurs.
Page 203, lignes 15 et 17: Il semble qu'on ne peut guère douter
du fait, puisqu'il est attesté par une lettre de Boileau.
Je ne parle pas du témoignage de Louis Racine, parce que dans les
_Mémoires sur la vie de Jean Racine_ (Lausanne, 1747, p. 80) il s'appuie
sur la lettre de Boileau, ce qui prouve qu'il ne savait pas la chose par
son père ni même par tradition de famille; et Louis Racine n'a publié
ses _Mémoires_ que soixante-dix-sept ans après la première
représentation de _Britannicus_.
Page 206, note 3, ligne dernière: GEOFFROY, _OEuvres de Racine_,
t. III, p. 11.
Les doutes de l'éditeur ne sont pas fondés; Henriette mourut avant
l'impression de la pièce de Racine.
Page 207, lignes 19 et 21: L'abbé de Villars, le spirituel auteur
des _Lettres du comte de Gabalis sur les sylphes, les gnomes
et les salamandres_.
Pope a mis à profit ces lettres dans son poëme badin et médiocre, selon
nous, de la _Boucle de cheveux enlevée_ (The _rape of the lock_).
Page 209, ligne 23: _Pour envoyer l'effroi de l'un à l'autre pôle_.
Dans l'édition de 1692, donnée par Thomas Corneille, il y a:
Pour envoyer l'effroi sous l'un et l'autre pôle.
Si l'autre variante est autorisée par quelque édition antérieure, il
faut la préférer; sinon, il faut rétablir celle de l'édition de Thomas
Corneille, qui est la bonne.
Page 213, ligne 1: Un gentilhomme nommé Mathonnet.
Voici le passage de la lettre de Louvois: «Il est à propos que vous
continuiez à garder soigneusement le sieur Mathonnet pour le faire
parler, Sa Majesté sachant très-bien que, pendant qu'il a été à Paris,
il allait souvent à Chaillot voir mademoiselle d'Argencourt; et il faut
qu'il soit de cette cabale-là.»
Page 218, ligne 6: La Feuillade,..... laid de visage, ayant un
teint bilieux et bourgeonné.
La mère du duc de la Feuillade fut cette demoiselle de Roannès à
laquelle Pascal inspira de tels sentiments de dévotion qu'elle ainsi que
son frère le duc de Roannès ne voulaient pas se marier, et firent vœu
de chasteté; ce qui mit dans une telle fureur le père de ces deux
personnes que le concierge de l'hôtel de Roannès monta à l'appartement
de Pascal, logé dans cet hôtel, pour le tuer. M. de la Feuillade, cadet
de l'archevêque d'Embrun, épousa mademoiselle de Roannès, à laquelle son
frère qui voulut rester célibataire, transmit tous ses biens et son
titre. Elle eut de ce mariage trois enfants avant de mettre au monde le
duc de la Feuillade, qui fut maréchal. Le premier de ces enfants mourut
en naissant, le second fut un fils contrefait et le troisième une fille
naine, qui mourut à dix-neuf ans. Conférez un morceau curieux sur la
biographie de mademoiselle de Roannès, par M. Victor Cousin,
_Bibliothèque de l'École des chartes_, t. V, p. 1 à 7.
Page 221, ligne 12: S'abandonnant sans scrupule à des plaisirs
réprouvés.
Nous avons déjà signalé les dangers de ces travestissements d'hommes en
femmes, que la trop indulgente Anne d'Autriche permettait dans les
ballets durant l'enfance et l'adolescence même du roi. L'exemple de
l'abbé de Choisy, dans sa jeunesse, en fut une preuve bien étrange. Il a
lui-même pris plaisir à écrire toutes les aventures amoureuses que ces
travestissements lui ont procurées, et elles passent en libertinage
licencieux les fictions du détestable roman de Louvet, auquel il a servi
de modèle (Voyez l'_Histoire de la comtesse Desbarres_; Anvers, 1735,
in-12, in-18, p. 138.--_Vie de l'abbé de Choisy_, 1742. in-8º, p.
22-26.--MONMERQUÉ, _Notice sur l'abbé_ _de Choisy et sur ses Mémoires_,
t. LXIII de la collection des _Mém. sur l'hist. de Fr._, p. 123 à 146.)