Madame de Sévigné n'en dit rien dans sa réponse (lettre du 16 mai 1672,

t. III, p. 18-23, édit. de G. de S.-G.--BUSSY, _Lettres_, p. 94 à 98. A

la page 94 il faut lire, de madame S..., au lieu de madame B..., qui est

une faute d'impression); elle dit seulement: «Je vous laisse à votre

ami;» elle ne veut pas flatter ni courroucer ce poëte vaniteux, et elle

charge Corbinelli, qui écrit dans sa lettre, de mentir pour elle. La

louange que Corbinelli donne à Bussy paraîtrait aujourd'hui une

dérision, et cependant je crois qu'elle était sincère.--Les deux pièces

de vers de Bussy, quoique annoncées comme des traductions d'Ovide, ne

sont ni des traductions ni même des imitations; ce sont des paraphrases

de deux héroïdes d'Ovide, où les pensées de cet ancien sont travesties

en ce style facile, cavalier et presque burlesque si fort à la mode

alors, et qui semblait caractériser ce qu'on appelait la _poésie

galante_. Considérées sous ce point de vue, ces deux pièces de vers de

Bussy, qui sont fort longues, ne paraissent pas aussi mauvaises qu'elles

le sont en effet. On n'y trouve aucune trace de l'antiquité: images,

tournures, comparaisons, tout est à la française; et sans doute l'auteur

se félicitait de cela comme d'un grand mérite.

Pâris, dans sa lettre à Hélène, lui dit, dans Ovide:

Interea, credo, versis ad prospera fatis,

Regius agnoscor per rata signa puer.

Læta domus, nato post tempora longa recepto;

Addit et ad festos hunc quoque Troja diem.

Utque ego te cupio, sic me cupiere puellæ.

Voici comme Bussy traduit ces vers:

Cependant le Destin, peut-être

Las de me faire tant de mal,

Me fait à la fin reconnaître

Enfant royal.

Pour dire la métamorphose

De tristesse en plaisir que cause mon retour

A la ville comme à la cour,

Il faudrait plus d'un jour,

A ne faire autre chose.

J'avais tout le monde charmé;

Et comme à présent je vous aime,

En ce temps-là j'étais aimé

Des princesses, des nymphes même.

Voilà ce que Corbinelli appelle embellir Ovide!

Page 55, ligne 3: Madame de Montmorency, etc.

L'auteur de la notice sur madame de Montmorency insérée dans l'édition

des _Lettres_ citée en note, p. XXVI, présume que cette dame était la

mère du maréchal de Luxembourg. Cela n'est pas. La mère du maréchal de

Luxembourg était Élisabeth, fille de Jean de Vienne, président de la

chambre des comptes. Elle avait épousé Bouteville, cet ami du baron de

Chantal, père de madame de Sévigné, qui, ainsi que nous l'avons dit (t.

I, p. 5), eut la tête tranchée pour cause de duel. Sa veuve, après

soixante-neuf ans de viduité, mourut en 1696, à l'âge de

quatre-vingt-neuf ans. (Voyez SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. I, p. 143 à

149.) Je crois qu'Isabelle de Palaiseau, qui correspondait avec Bussy et

qui est un peu compromise par cette correspondance et par l'inscription

de son portrait, était la femme de Montmorency-Laval.

Page 58, ligne 17: Madame de Scudéry..... on la confond avec la

sœur de Scudéry.

Il est dit, dans le _Carpenteriana_, p. 383, que le continuateur de

Moréri, en anglais, depuis 1688 jusqu'en 1705, a commis cette faute. M.

Roederer avait aussi fait cette confusion dans son _Essai sur la société

polie_. Nous l'en avertîmes lorsqu'il nous lut, avant l'impression, cet

écrit spirituel, mais peu exact. Il a effacé ce qu'il avait dit des

prétendues lettres «de mademoiselle de Scudéry, la sœur de Scudéry, à

Bussy-Rabutin.» Cependant il a encore laissé des traces de cette

méprise, comme lorsqu'il dit, p. 169, chap. XIV, que le bon duc de

Saint-Aignan se montrait très-assidu aux cercles de mademoiselle de

Scudéry.--Charpentier dit: «Scudéry s'est marié avec une demoiselle de

basse Normandie, nommée mademoiselle Martinvas, qui n'écrit pas moins

bien que mademoiselle Scudéry.»

CHAPITRE V.

Page 89, lignes 13 et 17: «Elle eut lieu dans le château et les

jardins de Versailles, qui, quoique non encore achevés,

surpassaient déjà en magnificence toutes les demeures royales.»

J'ai, dans les notes de la deuxième partie (p. 506), fait observer de

quelle manière les auteurs les plus sérieux et les plus renommés, qui

subissaient l'influence des idées et des mouvements révolutionnaires de

1789, écrivaient l'histoire.

Mirabeau évaluait à douze cents millions les dépenses de Louis XIV pour

Versailles; Volney, à quatre milliards, (Leçons d'histoire prononcées en

l'an III, 1799, in-8º, p. 141.)

Les vérifications des états originaux de toutes les dépenses de

constructions, d'embellissement, d'entretien, depuis 1661 jusqu'en 1689,

pendant près de vingt ans qu'elles ont duré, ont constaté que la

totalité de ces dépenses a été, au cours du temps, de 116,257,330{lt}

2s 7d, correspondant à 280,643,326 fr. 32 c. (Voyez ECKARD, _Dépenses

effectives de Louis XIV en bâtiments_; 1838, in-8º, p. 44.--Id., _États

au vrai de toutes les sommes employées par Louis XIV_, p. 38.) Il faut

ajouter à la somme ci-dessus 3,260,341{lt} 19s, pour les dépenses de

la chapelle, depuis 1690 jusqu'en 1719. (Conférez encore ECKARD,

_Recherches historiques et biographiques sur Versailles_, p. 142 à

152.)--_Id._, A. JULES TASCHEREAU, _au sujet des dépenses de Louis XIV_,

1836, in-8º.--GUILLAUMOT, _Observations sur le tort que font à

l'architecture les déclamations hasardées et exagérées contre la dépense

qu'occasionne la construction des monuments publics_; Paris, an IX

(1801). Guillaumot n'estimait cette dépense, d'après les états, qu'à 83

millions, cours d'alors; 165 millions, cours actuel.--Volney exagérait

de même la dépense des monuments construits de son temps; ainsi il

avançait que le Panthéon avait coûté 30 millions, et il avait coûté au

plus 12 millions.--(Voyez PEIGNOT, _Dépenses de Louis XIV_; 1827, in-8º,

p. 167 et 173.)

Au reste, il paraît que, pour pouvoir apprécier au juste la dépense

réelle de Versailles dans toute la durée du règne de Louis XIV en

valeurs du jour, il faudrait consulter les archives de la Liste civile,

où l'on peut puiser les matériaux nécessaires pour obtenir le chiffre

total de toutes ces dépenses, et le combiner avec le prix moyen des

journées de travail, celui des denrées, les salaires des artistes, etc.

M. Eckard se plaint, dans un de ses écrits, qu'on lui ait refusé la

faculté de compulser, dans les archives de l'administration de la Liste

civile, les pièces relatives aux dépenses de Versailles sous Louis XIV.

Je suis informé que des calculs ont été faits dans cette administration

pour évaluer le montant de ces dépenses. Mon opinion est que, quels que

soient les efforts que l'on fasse pour accroître le chiffre de ces

dépenses, si l'on opère avec sincérité, il n'excédera pas, et

probablement n'atteindra pas, 400 millions de notre monnaie actuelle,

dans toute la durée du règne de Louis XIV.

CHAPITRE VI

Page 108, ligne 1 et 2: Je la mettrais volontiers dans mon

Dictionnaire.

Bayle ajoute à cet endroit de sa lettre: «Elle sera sans doute dans le

Moréri de Paris, et madame Deshoulières aussi;» et Prosper Marchand,

éditeur des œuvres de Bayle, a mis en note (p. 653, note 16): «Elles ne

sont ni l'une ni l'autre dans le Moréri de Hollande ni dans la dernière

édition du _Dictionnaire_ de Bayle, 1702.»

Les premiers renseignements sur madame de Sévigné furent donnés par M.

de Bussy (qui n'est pas le comte de Bussy de Rabutin), dans la préface

du recueil des _Lettres_ de madame de Sévigné à sa fille, publié en

1726, sans nom de lieu, 2 vol. in-12; et dans l'édition de la Haye, chez

P. Gosse et Jean Néaulme, 2 vol. in-12, donnée en 1726, simultanément

avec l'autre, et dont l'éditeur, d'après une note de mon exemplaire,

était un nommé Gendebien. Le chevalier Perrin donna enfin une notice

plus détaillée dans l'édition de 1734, notice qui fut considérablement

augmentée dans l'édition de 1754. C'est avec ces matériaux que

Chauffepié, dans son _Nouveau Dictionnaire historique et critique, pour

servir de supplément ou de continuation_, in-folio, 1756, à celui de

Bayle, réalisa le vœu que Bayle avait formé, et composa un article

SÉVIGNÉ, qu'il inséra dans son _Dictionnaire_, t. IV, p. 245-258. Cet

article est à la manière de Bayle, c'est-à-dire que le texte est

accompagné de très-longues notes qui l'éclaircissent, le développent ou

le complètent; de sorte que ce texte n'est autre chose que des sommaires

de chapitres qui se composent des notes qui leur correspondent. Cette

manière est fatigante pour les lecteurs, surtout pour les lecteurs

paresseux; mais il faut convenir qu'elle est très-favorable à

l'instruction; et, s'il faut dire toute notre pensée, malgré les

notices, les volumes même que l'on a composés sur madame de Sévigné

depuis Chauffepié, son article SÉVIGNÉ, si peu vanté, si peu lu

peut-être, était encore ce qu'on avait écrit de plus propre à la faire

bien connaître; et cela parce que cet honnête compilateur a compris que,

pour faire un bon article sur madame de Sévigné selon le plan de Bayle,

il fallait joindre de longs et judicieux extraits de ses lettres aux

faits que l'on pourrait puiser ailleurs que dans sa correspondance.

CHAPITRE VIII.

Page 126, lignes 26 et 28: Lorsque madame de Sévigné recevait

quittance de deux cent mille livres tournois, etc.

Le propos de mauvais ton et de mauvais goût qu'on prête à madame de

Sévigné au sujet de cette somme payée à compte sur la dot de sa fille

est un conte absurde, qui n'est appuyé sur aucun témoignage valable et

qui, inséré longtemps après sa mort dans un mauvais recueil d'_ana_, a

été répété par tous ceux qui, en écrivant sur la vie de personnages

célèbres, se croient obligés de n'omettre aucune des sottises qui ont

été débitées sur leur compte. M. de Saint-Surin, qui a rapporté cette

anecdote dans sa notice (t. I, p. 86 de l'édit. des _Lettres de_

SÉVIGNÉ, par Monmerqué), ne cite pas d'autre autorité que l'_Histoire

littéraire des dames françaises_.

Page 133, ligne 1: Du duc de Retz, grand-oncle.

La procuration dressée à Machecoul, transcrite dans l'acte, par le

_duché de Rais et duc de Rais_. Dans l'acte dressé à Paris, il est

toujours écrit _Retz_.

Page 135, ligne 4: Marie d'Hautefort, veuve de François

de Schomberg.

Dans sa note sur la lettre de madame de Sévigné, du 5 janvier 1674, un

commentateur a dit (édit. de G. de S.-G., t. III, p. 294) que madame de

Schomberg était la mère du maréchal, alors vivant: il y a deux erreurs

dans ce peu de mots. Madame de Schomberg, dont parle madame de Sévigné,

était la femme et non la mère du maréchal; et le maréchal avait alors

cessé de vivre depuis plusieurs années.

Page 135, ligne 16: Olivier Lefèvre d'Ormesson, seigneur d'Amboille.

Ce nom d'Amboille ou Amboile a occasionné de fortes méprises de la part

de nos rédacteurs de dictionnaires géographiques de la France, et sur

nos cartes. Amboille est un hameau près de Paris, entre Chenevière et

Noiseau, par delà le parc ou bois de Saint-Maur. Amboille, vers le

milieu du XVIIIe siècle, en 1745, ne contenait que trente-huit feux, et

formait cependant une paroisse distincte de celle de Noiseau, qui, sur

le coteau opposé, n'en est séparée que par un ruisseau. Il est souvent

fait mention d'Amboile sous le nom d'_Amboella_, dans les titres du

XIIe siècle; mais l'héritier d'Olivier Lefèvre d'Ormesson ayant réuni à

la terre d'Amboile celle de Noiseau et de la Queue, on laissa le nom

d'Amboile au lieu où se trouvait le château d'Ormesson, et l'on attribua

le nom d'Ormesson à Noiseau. (Voyez la carte des environs de Paris, de

dom Coutance, no 11.) C'était une erreur: la carte de France dressée

récemment par l'administration de la guerre (no 48, Paris) a fait

disparaître le nom d'Amboile et inscrit en place Ormesson, et n'a rien

ajouté au nom de Noiseau. Amboile se trouve encore sur la carte de

Cassini (no 1, Paris), ainsi que Noiseau, tous deux sans le nom

d'Ormesson; mais, dans le _Dictionnaire universel de la France_, de

Prudhomme, il n'en est pas même fait mention. Sous le nom d'_Ormesson_,

le compilateur a confondu l'Ormesson de la paroisse d'Amboile avec le

lieu du même nom qui se trouve près de Nemours.--Valois a aussi omis

Amboile, _Amboella_, dans sa notice du diocèse de Paris. Hurtaut, dans

son _Dictionnaire historique de la ville de Paris_, t. I, p. 244, dit

que c'est un village situé près de Villeneuve-Saint-George, et il en est

éloigné de près de douze kilomètres. Ainsi le nom de ce lieu, important

pour l'intelligence des écrits du XIIe et du XIIIe siècle, deviendrait,

si on n'y mettait ordre, un _desiderata_ en géographie. Cependant la

famille d'Ormesson est encore, au moment où j'écris, propriétaire de la

seigneurie d'Amboile, et y réside. Il y a une église à Amboile ou

Ormesson, mais elle est moderne. Le château est curieux; il fut, dit-on,

construit par Henri IV pour une demoiselle de Centeny ou Santeny, dont

il était amoureux; son portrait y est encore comme en 1758, au temps de

l'abbé le Boef, qui rapporte cette tradition, souvent reproduite depuis,

sans qu'on ait encore découvert rien qui la justifie. (Conférez LE BOEF,

_Histoire du diocèse de Paris_, t. XIV, p. 38 à 385.)

Page 136, ligne 4: Épouse du marquis de la Fayette; et en note,

ligne 26: Delort, _Voyage aux environs de Paris_, t. I, p. 217

à 224.

La huitième des _Lettres_ de madame de la Fayette, publiée par Delort,

indiquée par cette citation, était depuis longtemps publiée lorsque M.

Sainte-Beuve l'a redonnée, d'après le manuscrit, comme inédite, dans la

_Revue des Deux Mondes_ (t. VII, p. 325, 4e série, 5e livraison, 1er

septembre 1836).

Page 136, ligne 15: Jean-Baptiste Adhémar de Monteil de Grignan,

coadjuteur de son oncle l'archevêque d'Arles.

Je présume que c'est à celui-ci qu'est dédié un petit ouvrage de

Pontier, prêtre et docteur en théologie, intitulé _le Fare de la

vérité_; à Paris chez Michel Vavyon, 1660, in-12.--La dédicace commence

ainsi: _A monsieur de Grignan, abbé de Notre-Dame d'Aiguebelle_; et à

côté sont gravées, sur une feuille à part, les armes de la maison de

Grignan, presque en tout semblables à celles que M. Monmerqué a fait

graver dans son édition de Sévigné.

Pontès dit, dans cette dédicace:

«Monsieur,

«Vous tirez la naissance d'une maison dont l'ancienne grandeur est

connue de toute la terre... Elle reluit encore aujourd'hui d'une

manière extraordinaire en la personne de ses deux princes de

l'Église, d'Arles et d'Uzez.»

Jean-Baptiste de Grignan, en 1660, étudiait probablement en théologie et

recevait peut-être des leçons de Pontès.

Dans toutes les éditions des _Lettres_ de madame de Sévigné (même celle

de 1754, t. III, p. 35) on a imprimé, dans la lettre du 31 mai 1675:

«L'abbé de Grignan reprendra le nom qu'il avait quitté depuis

vingt-quatre heures, pour se cacher sous celui d'_abbé d'Aiguebère_.» Il

faut lire l'_abbé d'Aiguebelle_. L'édition de 1754 est la première où

cette lettre ait été donnée et où se trouve la faute: les éditeurs

suivants s'y sont conformés.

Page 140, lignes 6 et 7: Avait perdu sa première femme,

Angélique-Clarice d'Angennes, en janvier 1665.

Voilà pourquoi, dans une édition du troisième acte de la traduction du

_Berger fidèle_ de Guarini (_Gabriel Quinet_, 1665, in-12), l'auteur,

dans la dédicace au comte de Grignan, le félicite de s'être allié «à une

maison qui a toujours été l'asile des Muses, de l'honneur et de la

vertu,» ce qui désigne les d'Angennes de Rambouillet, et non les

Sévigné, comme l'a cru le savant auteur du catalogue de la bibliothèque

dramatique de M. de Soleinne, p. 60. Voyez la seconde partie de ces

_Mémoires_, p. 381, note du chapitre IV de la première partie.

Page 140, lignes 10 et 11: La seconde femme qu'il avait épousée

était d'une noblesse encore plus ancienne, quoique moins illustre

que les d'Angennes.

La famille du Puy du Fou prétendait descendre de Renaud, seigneur du Puy

du Fou, qui épousa Adèle de Thouars, fille d'Émery, vicomte de Thouars,

en 1197, sous Philippe-Auguste.--Voyez le _tableau_ cité.

Page 140, ligne 26: A cette époque, le gouvernement militaire

du Languedoc.

Le gouvernement civil et financier de cette province était, comme celui

de toutes les autres provinces, confié à un ou deux intendants. De 1665

à 1669, il y en eut deux, M. de Besons et M. de Tubœuf; de 1669 à 1673,

M. de Besons fut le seul intendant; de 1674 à 1687, ce fut M.

d'Aguesseau; de 1687 à 1719, M. de Basville. Conférez l'_Essai

historique sur les états généraux de la province de Languedoc_, par le

baron Trouvé; 1818, in-4º, chap. XIX, XX et XXI, p. 161, 191, 200, 211.

Page 141, ligne 17: Que vous connaissez il y a longtemps.

Sur ces mots, M. Monmerqué, t. I, p. 154, de son édition des _Lettres_

de Sévigné, a mis cette note: «Mademoiselle de Sévigné avait vingt et un

ans, le comte de Grignan trente-neuf.» Je crois qu'il y a erreur dans ce

dernier chiffre soit de la part de l'imprimeur, soit de celle de

l'auteur.--Saint-Simon, dans ses _Mémoires_ (chap. V, t. XII, p. 59),

dit, sous l'année 1715: «Le comte de Grignan, seul lieutenant général en

Provence et chevalier de l'Ordre, gendre de madame de Sévigné, qui en

parle tant dans ses _Lettres_, mourut à quatre-vingt-trois ans, dans une

hôtellerie, allant de Lambesc à Marseille.» Donc le comte de Grignan

était né en 1632, et au commencement de l'année 1669 il ne pouvait avoir

que trente-sept ans accomplis ou trente-six ans et quelques mois; ce qui

fait soupçonner que, dans la note de M. Monmerqué, le 9 est un 6

retourné. Madame de Grignan avait, lors de son mariage, vingt-trois ans

et non vingt-deux ans; il n'y avait donc que douze ans de différence

entre elle et son mari.

CHAPITRE IX.

Page 149, ligne 18: A Bouchet, le savant généalogiste.

Jean Bouchet, dont parle madame de Sévigné, a été un des plus savants

généalogistes. Il fut chevalier de l'Ordre du roi, maître d'hôtel

ordinaire, et mourut, en 1684, à l'âge de quatre-vingt cinq ans. On a de

lui six à sept ouvrages in-folio, sur l'histoire et les généalogies,

pleins de recherches et de pièces justificatives curieuses.

Page 159, ligne 18: Je ne sais pas ce que j'aurais fait d'un

_jobelin_.

Cette épithète de _jobelin_, appliquée à un jeune homme novice auprès

des femmes, était alors souvent employée à cause du fameux sonnet de

Job; elle prouve que, dès l'époque où écrivait madame de Sévigné, cette

patience auprès des femmes, ce respect qu'on leur portait, qui avait

fait le succès du sonnet de Job, était tourné en ridicule, et que les

_uraniens_ avaient triomphé des _jobelins_. Ce qui dut y contribuer,

c'est la paraphrase un peu longue, mais spirituelle, du poëte Sarrazin,

contre le sonnet de Benserade. On sait que ce célèbre sonnet se

terminait ainsi:

Il eut des peines incroyables;

Il s'en plaignit, il en parla:

J'en connais de plus misérables.

La paraphrase de Sarrazin finit ainsi:

Mais, à propos, hier, au Parnasse,

De sonnets Phébus se mêla;

Et l'on dit que, de bonne grâce

Il s'en plaignit, il en parla:

J'aime les vers _uraniens_,

Dit-il; mais je me donne au diable

Si, pour les vers des _jobelins_,

J'en connais de plus misérables.

(Conférez SALLENGRE, _Mémoires de littérature_, 1715, in-12, t. I, p.

127 à 134.)

Le mot _jobelin_ n'a jamais été admis dans le _Dictionnaire_ de

l'Académie française; du moins il ne se trouve ni dans la première ni

dans la dernière édition; il ne se trouve pas non plus dans le

dictionnaire de Trévoux. Cependant Richelet l'avait inséré dans le sien,

publié en 1680, et l'avait ainsi défini: «JOBELIN, s. m., manière de

c***. C'est un _jobelin_.» Boiste, de nos jours, l'a aussi inséré dans

son lexique, avec la signification que lui donne madame de Sévigné, un

_niais_, un _sot_; il le donne comme synonyme d'homme patient comme Job,

et il cite Rabelais. Alors l'emploi de ce mot serait, dans notre langue,

plus ancien que le sonnet de Job; et cela est certain, car je trouve

_jobelin_ dans le _Dictionnaire anglais_ de Randle Cotgrave (1632) avec

la signification que lui donne madame de Sévigné: JOBELIN _a sot_,

_gull_, _doult_, _asse_, _cokes_. Ainsi l'Académie a eu tort de ne pas

admettre ce mot, qui n'a jamais cessé d'être en usage dans le langage

familier.

CHAPITRE X.

Page 166, lignes 1 et 2: De la Rivière, son second mari, dont

elle ne porta jamais le nom.

Elle prit celui de comtesse d'Aletz, et c'est de ce nom qu'elle a signé

la fastueuse épitaphe qu'elle composa pour son père et qu'elle fit

graver sur sa tombe dans l'église de Notre-Dame d'Autun. Cette épitaphe

fait tous les frais de la notice que d'Olivet a insérée, sur Bussy, dans

l'_Histoire de l'Académie française_, t. II, p. 251, édition in-4º.

Louise-Françoise de Bussy, marquise de Coligny, veuve de Gilbert de

Langheac, avait trente-huit ans lorsqu'elle épousa de la Rivière; elle

s'était mariée à M. de Coligny, à Chaseu, le 5 novembre 1675; le marquis

de Coligny mourut en 1676, à Condé, dans l'armée de M. de Schomberg.

Madame de Coligny en eut un enfant et tout son bien. (Voyez _Lettres

choisies de M._ DE LA RIVIÈRE, t. I, p. 25 et 26, et sur la Rivière,

avant le mariage, BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 233 et 234; et t. V, p.

165.)

CHAPITRE XII.

Page 199, ligne 27, note 1: DARU, _Histoire de Venise_.

M. Daru ne paraît point avoir connu les Mémoires du duc de Navailles;

s'il les avait consultés, il n'aurait pas fait de cette partie de la

guerre de Candie, à laquelle les Français prirent part, un récit si peu

exact; il ne se serait pas contenté des seules assertions des auteurs

vénitiens. Sans doute on ne saurait excuser l'historien qui, même dans

un but patriotique, permet à sa plume d'altérer la vérité: c'est pour

lui un devoir de n'épargner aucun soin pour la connaître, et d'avoir le

courage de la dire même lorsqu'elle lui répugne; mais ce devoir est

encore plus impérieux quand l'honneur national se trouve, comme dans

cette circonstance, inculpé par des témoins suspects et intéressés à

rejeter sur nos compatriotes leurs fautes et leurs malheurs.

Page 203, lignes 15 et 17: Il semble qu'on ne peut guère douter

du fait, puisqu'il est attesté par une lettre de Boileau.

Je ne parle pas du témoignage de Louis Racine, parce que dans les

_Mémoires sur la vie de Jean Racine_ (Lausanne, 1747, p. 80) il s'appuie

sur la lettre de Boileau, ce qui prouve qu'il ne savait pas la chose par

son père ni même par tradition de famille; et Louis Racine n'a publié

ses _Mémoires_ que soixante-dix-sept ans après la première

représentation de _Britannicus_.

Page 206, note 3, ligne dernière: GEOFFROY, _OEuvres de Racine_,

t. III, p. 11.

Les doutes de l'éditeur ne sont pas fondés; Henriette mourut avant

l'impression de la pièce de Racine.

Page 207, lignes 19 et 21: L'abbé de Villars, le spirituel auteur

des _Lettres du comte de Gabalis sur les sylphes, les gnomes

et les salamandres_.

Pope a mis à profit ces lettres dans son poëme badin et médiocre, selon

nous, de la _Boucle de cheveux enlevée_ (The _rape of the lock_).

Page 209, ligne 23: _Pour envoyer l'effroi de l'un à l'autre pôle_.

Dans l'édition de 1692, donnée par Thomas Corneille, il y a:

Pour envoyer l'effroi sous l'un et l'autre pôle.

Si l'autre variante est autorisée par quelque édition antérieure, il

faut la préférer; sinon, il faut rétablir celle de l'édition de Thomas

Corneille, qui est la bonne.

Page 213, ligne 1: Un gentilhomme nommé Mathonnet.

Voici le passage de la lettre de Louvois: «Il est à propos que vous

continuiez à garder soigneusement le sieur Mathonnet pour le faire

parler, Sa Majesté sachant très-bien que, pendant qu'il a été à Paris,

il allait souvent à Chaillot voir mademoiselle d'Argencourt; et il faut

qu'il soit de cette cabale-là.»

Page 218, ligne 6: La Feuillade,..... laid de visage, ayant un

teint bilieux et bourgeonné.

La mère du duc de la Feuillade fut cette demoiselle de Roannès à

laquelle Pascal inspira de tels sentiments de dévotion qu'elle ainsi que

son frère le duc de Roannès ne voulaient pas se marier, et firent vœu

de chasteté; ce qui mit dans une telle fureur le père de ces deux

personnes que le concierge de l'hôtel de Roannès monta à l'appartement

de Pascal, logé dans cet hôtel, pour le tuer. M. de la Feuillade, cadet

de l'archevêque d'Embrun, épousa mademoiselle de Roannès, à laquelle son

frère qui voulut rester célibataire, transmit tous ses biens et son

titre. Elle eut de ce mariage trois enfants avant de mettre au monde le

duc de la Feuillade, qui fut maréchal. Le premier de ces enfants mourut

en naissant, le second fut un fils contrefait et le troisième une fille

naine, qui mourut à dix-neuf ans. Conférez un morceau curieux sur la

biographie de mademoiselle de Roannès, par M. Victor Cousin,

_Bibliothèque de l'École des chartes_, t. V, p. 1 à 7.

Page 221, ligne 12: S'abandonnant sans scrupule à des plaisirs

réprouvés.

Nous avons déjà signalé les dangers de ces travestissements d'hommes en

femmes, que la trop indulgente Anne d'Autriche permettait dans les

ballets durant l'enfance et l'adolescence même du roi. L'exemple de

l'abbé de Choisy, dans sa jeunesse, en fut une preuve bien étrange. Il a

lui-même pris plaisir à écrire toutes les aventures amoureuses que ces

travestissements lui ont procurées, et elles passent en libertinage

licencieux les fictions du détestable roman de Louvet, auquel il a servi

de modèle (Voyez l'_Histoire de la comtesse Desbarres_; Anvers, 1735,

in-12, in-18, p. 138.--_Vie de l'abbé de Choisy_, 1742. in-8º, p.

22-26.--MONMERQUÉ, _Notice sur l'abbé_ _de Choisy et sur ses Mémoires_,

t. LXIII de la collection des _Mém. sur l'hist. de Fr._, p. 123 à 146.)

Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (3/6) · 第 33 / 35 段