Page 224, ligne 19: Mais lui n'eut aucun doute.

Sismondi est, de tous les historiens, celui qui a le mieux raconté cette

mort; il hésite dans son opinion, et ne semble pas bien persuadé que le

duc d'Orléans ne fut pas coupable; puis il incline ensuite pour le

_cholera-morbus_. Les caractères de l'agonie de la princesse et de ses

derniers moments, si bien décrits dans la relation de Feuillet, n'ont

point le caractère de cette maladie; et le procès-verbal d'autopsie,

quoique concluant qu'il n'y a pas eu d'empoisonnement, constate, suivant

nous, le poison par la description de l'état des viscères. Ce

procès-verbal a été publié par Bourdelot, et se trouve dans les _Pièces

intéressantes_, de Poncet de la Grave, que j'ai citées. Les médecins

anglais envoyèrent en Angleterre une relation toute contraire à celle

des médecins français. Henriette elle-même, aussitôt qu'elle eut avalé

le verre d'eau de chicorée et éprouvé des douleurs, déclara qu'elle

était empoisonnée. Enfin, le rapport fait à Louis XIV par Vallot, son

médecin, daté de Versailles le 1er juillet 1670, dont M. Gault de

Saint-Germain a publié la conclusion, implique que l'opinion de ce

médecin était pour l'empoisonnement. La lettre de Bossuet aura été

fabriquée dans le temps, comme les avis des médecins, pour donner le

change à l'opinion. Philibert de la Mare, qui demeurait en province, a

pu croire à son authenticité, mais à la cour personne n'aurait pu s'y

tromper; c'est probablement ce qui aura été cause qu'on n'a pas osé lui

donner une grande publicité.

CHAPITRE XIII.

Page 227, ligne 31, note 3: SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 janvier 1671).

Cette lettre a été publiée pour la première fois par M. Monmerqué. Dans

le recueil des _Lettres de_ BUSSY, comme dans celui des _Lettres de

madame de_ SÉVIGNÉ _au comte de Bussy_, 1775, p. 21, no 12, on en avait

donné les premières lignes, où il n'est pas dit un mot de la princesse

de Condé. Ce récit, fait par MADEMOISELLE (_Mémoires_, t. XIII, p. 297),

s'accorde plus complétement avec celui de Guy-Patin qu'avec celui de

madame de Sévigné; MADEMOISELLE dit: «Un joueur qui avait été son valet

de pied, à qui elle avait accoutumé de faire quelques largesses, entra

dans sa chambre pour lui demander de l'argent; sa demande fut

accompagnée de manières qui firent croire qu'il avait envie d'en prendre

ou de s'en faire donner. L'abbé Lainé, sur l'avis qu'on avait donné que

le valet de pied s'était sauvé dans le Luxembourg, me vint demander la

permission de le laisser prendre; il ne s'y trouva point, et il fut pris

hors la ville.»

Page 229, lignes 5 et 6: Des gens que le prince avait chargés de

garder.

MADEMOISELLE accuse le duc d'Enghien, qu'elle n'aimait pas, d'avoir

conseillé à Condé ce traitement envers sa mère: «Il était bien aise,

disait-on, d'avoir trouvé un prétexte de la mettre dans un lieu où elle

ferait moins de dépense que dans le monde.» D'après ce que mande madame

de Montmorency à Bussy, ceci paraît être calomnieux. Le duc d'Enghien

était un caractère dur, il est vrai; mais les autres mémoires du temps

ne permettent pas de croire qu'il fût à ce point méchant, ingrat, fils

dénaturé. Lord Mahon, dans sa _Vie du grand Condé_, a pris fait et cause

avec chaleur pour la princesse, et il transcrit à ce sujet l'extrait

d'une correspondance secrète tirée de la secrétairerie d'État de la cour

de Londres, qui prouve seulement que le correspondant avait été mal

informé, ou plutôt qu'il donnait le récit de cette affaire comme on

désirait que la cour de Londres en fût instruite et conformément au

bruit que l'on fit courir dans Paris. Cependant l'extrait de cette

correspondance est curieux, et nous apprend que la princesse fit tous

ses efforts pour sauver Duval, dont Condé voulait la mort. Il est facile

d'atténuer les torts de la princesse par ceux que son époux eut envers

elle, mais il n'est pas possible d'en douter. Le silence des

contemporains après son malheur, et leur insensible indifférence, en dit

encore plus que leurs témoignages accusateurs. Conférez lord MAHON'S,

_Life of great Condé_, 1845, in-12, part. II, p. 269 à 275.--Voici le

passage de Coligny, p. 26, sur la conduite de la princesse en 1650: «Le

marquis de Cessac, dont j'ai dit un mot, s'attacha à madame la

princesse, ou plutôt la princesse à lui; car il faut que ces dames-là

fassent plus de la moitié du chemin si elles veulent avoir des galants,

qu'autrement le respect ferait taire. Comme elle n'était pas pourvue

d'un grand esprit, ce défaut et la passion lui firent faire tant de

minauderies indiscrètes que tout le monde connut aisément ses affaires.»

Ce témoignage est celui du plus virulent ennemi de Condé et de son plus

grand détracteur.

Page 234, ligne 9, et page 235, ligne 7: La maréchale de la Ferté.

Quand il est fait mention, dans les mémoires et les libelles du temps,

de madame de la Ferté ou de la duchesse de la Ferté, il faut se garder

de confondre la belle-mère et la belle-fille, toutes deux pouvant être

désignées de la même manière. La maréchale était Madeleine d'Angennes de

la Loupe; la belle-fille était Marie-Isabelle-Gabrielle-Angélique de la

Mothe-Houdancourt, duchesse de la Ferté, fille de la maréchale de la

Mothe-Houdancourt, ancienne gouvernante des enfants de France et sœur

cadette des duchesses d'Aumont et de Ventadour. La maréchale de la Ferté

était la sœur de Catherine-Henriette d'Angennes, comtesse d'Olonne,

dont les mœurs furent encore plus déréglées que celles de la duchesse.

CHAPITRE XIV.

Page 246, ligne 9: La faiblesse de la santé de la princesse de

Condé.

Guy-Patin dit que dans cette prévision la reine mère écrivit à Gaston

pour mettre obstacle à ce mariage.

Page 282, ligne 3: Il finit par subir une rigoureuse détention.

La chronologie des faits relatifs à la biographie de Lauzun n'est pas

facile à déterminer. Saint-Simon place en 1669 l'affaire relative à

l'espionnage de madame de Montespan par le moyen d'une femme de chambre

séduite par Lauzun, et celle de la place de grand maître de l'artillerie

sollicitée par lui, et le beau trait du roi jetant sa canne par la

fenêtre dans la crainte de se laisser aller à en frapper un gentilhomme.

Mais alors tout cela paraît antérieur au mariage, ce qui n'est pas

probable. Saint-Simon a écrit plus de quarante ans après ces faits, et

s'est évidemment trompé sur les dates. Je pense, avec M. Petitot (t. XL,

p. 356), que ce fut la conduite insolente de Lauzun avec madame de

Montespan qui détermina le roi à le faire arrêter.

Page 283, lignes 1 et 2: Il obtint par ses services de nouveaux

grades et de nouveaux honneurs.

Des lettres de duc furent données à Lauzun en 1692. Lauzun mourut en

1723 et survécut huit ans à Louis XIV.

CHAPITRE XV.

Page 296, ligne 22: Mademoiselle Dugué-Bagnols.

Le chevalier Perrin nous apprend, dans son édition des _Lettres de

madame de Sévigné_, que mademoiselle Dugué-Bagnols fut mariée depuis à

M. Dugué-Bagnols, son cousin.

Page 297, ligne 19: C'était la première femme de Claude de

Saint-Simon; elle succomba le 2 décembre 1670.

Diane-Henriette de Budos, duchesse de Saint-Simon, mourut, selon

l'assertion de M. Monmerqué (_Lettres de Sévigné_, t. I, p. 208), à

quarante ans; et comme Saint-Simon dit que son père l'épousa en 1644, il

en résulterait qu'elle n'aurait eu que quatorze ans lorsqu'elle s'est

mariée. Comme l'âge nubile était alors fixé par les lois à douze ans,

cela n'est pas impossible, mais cela est peu probable.

C'est en 1743 que Saint-Simon a écrit le volume de ses _Mémoires_ qui

concerne les années 1722 et 1723. J'avais dit cela dans une note qui est

à la page 453 de mon deuxième volume, 1re édition; mais je suis obligé

de le répéter, parce qu'il y a deux fautes d'impression dans les

chiffres de cette note. J'ajouterai ici que Saint-Simon, pour ce qui

concerne les dates et les généalogies, s'est beaucoup servi des Mémoires

manuscrits de Dangeau, c'est-à-dire de ses portefeuilles.

Page 298, ligne 12: Et, par la grande mortalité qu'éprouva

la population.

D'après un recueil statistique de Paris, déposé à la Bibliothèque du

Roi, le nombre des naissances dans cette capitale fut de 16,810, celui

des décès de 21,460; le nombre des décès surpassa donc les naissances de

4,651.

CHAPITRE XVI.

Page 303, ligne 29: Le gouverneur et son lieutenant se trouvèrent

tous les deux absents.

Dans une semblable circonstance, en 1673, Brulart, premier président du

parlement de Bourgogne, écrivit à Louvois qu'en l'absence du gouverneur

et de son lieutenant général le gouvernement de la province lui

appartenait de droit. Voyez la lettre de BRULART à Louvois, dans

l'ouvrage intitulé _Une province sous Louis XIV_, par M. Thomas, 1844,

in-8º, p. 431.

Page 312, lignes 3 et 4: Elle écrivait à madame de Sévigné.

Il est probable que madame de Sévigné avait conçu cette aversion pour

les filles de Sainte-Marie d'Aix par les lettres de sa filleule; elle la

manifeste en toute occasion, et elle appelle ces religieuses des

baragouines. Elle montre, au contraire, une prédilection particulière

pour les filles de cet ordre, fondé par son aïeule, qui étaient dans

d'autres couvents. Il est évident aussi, d'après le passage suivant de

la lettre de madame de Sévigné, du 24 juillet 1680, que, pour avantager

les autres enfants de madame de Grignan, on voulait que Marie-Blanche

fît des vœux; sa vocation paraît au moins douteuse. «Votre petite d'Aix

me fait pitié, d'être destinée à demeurer dans ce couvent _perdu_ pour

vous; en attendant une vocation, vous n'oseriez la remuer, de peur

qu'elle ne se dissipe. Cette enfant est d'un esprit chagrin et jaloux,

tout propre à se dévorer. Pour moi, je tâterais si la Providence ne

voudrait pas bien qu'elle fût à Aubenas; elle serait moins _égarée_.» La

sœur de M. de Grignan était abbesse du couvent d'Aubenas, et madame de

Sévigné espérait que sa petite-fille pourrait un jour lui succéder. Nous

reviendrons, dans la suite de ces _Mémoires_, sur ce passage de la

lettre de madame de Sévigné et sur les mots _perdu_ et _égarée_, que

Grouvelle, M. Monmerqué et Gault de Saint-Germain ont expliqués

diversement.

CHAPITRE XVII.

Page 325, ligne 12: Une très-belle femme, madame de Valence,

qui s'était faite religieuse.

J'ai cité ici l'édition de la Haye, t. I, p. 20, parce que c'est la

seule qui dans cet endroit nous semble donner le vrai texte de madame de

Sévigné. Ce texte est ainsi:

«Vous me dites des merveilles du tombeau de Montmorency et de la beauté

de madame de Valence.»

Les premiers éditeurs des _Lettres de madame de Sévigné_, ne trouvant

aucune mention de cette madame de Valence dans toute la correspondance

de madame de Sévigné, ont substitué aux mots qui la concernent «et de

la beauté de mesdemoiselles de Valançai» (lettre du 18 février 1671, t.

I, p. 332, édit. G.), parce qu'en effet madame de Sévigné, en passant

aussi à Moulins cinq ans après madame de Grignan, lui avait écrit de

cette ville que les petites-filles de madame de Valançai, que madame de

Grignan y avait vues, sont _belles et aimables_ (lettre du 17 mai 1676,

t. IV, p. 440, édit. G.). Mais elles étaient, lorsque madame de Grignan

les vit, trop jeunes et trop petites pour qu'il fût question de leur

beauté; et la lettre de madame de Sévigné au comte de Guitaud, publiée

pour la première fois dans l'édition de M. Gault de Saint-Germain

(lettre 1693, t. X, p. 445, édit. G.), qui nous apprend que madame de

Valence a été au couvent de la Visitation, explique celle qu'elle avait

écrite précédemment, et ne laisse aucun doute sur l'exactitude de

l'édition de la Haye. La preuve que les éditeurs ont altéré le texte de

cette lettre en voulant la corriger se tire encore du passage qui suit

immédiatement, où madame de Sévigné dit à sa fille (t. I, p. 20):

«Personne n'écrit mieux que vous; ne quittez jamais le naturel, votre

tour s'y est formé, et cela _surpasse_ un style parfait.» Tous les

éditeurs subséquents ont substitué (t. I, p. 332): «Vous écrivez

entièrement bien, personne n'écrit mieux; ne quittez jamais le naturel,

votre tour s'y est formé, et cela _compose_ un style parfait.»

Indépendamment du pléonasme dans les deux premiers membres de phrase,

qui n'était pas dans madame de Sévigné, en mettant le mot _compose_ à la

place du mot _surpasse_ on a fait disparaître une expression énergique

et piquante pour y substituer une expression impropre et plate; et de

plus, en croyant rendre la pensée plus logique, on l'a dénaturée, et on

lui a ôté tout ce qu'elle a d'original et de profond. L'intention de

madame de Sévigné est de faire distinguer ici l'écrivain du grammairien,

le talent d'écrire d'avec l'art d'écrire. Le naturel dans le style,

c'est la grâce:

Et la grâce, plus belle encor que la beauté,

dit la Fontaine quand il veut donner une idée des séduisants attraits de

Vénus. C'est la même pensée que celle de madame de Sévigné, exprimée

d'une manière analogue. Je dois dire que le savant et exact éditeur des

_Lettres de madame de Sévigné_ n'a pu ni rectifier ce texte ni éviter

cette méprise, puisqu'il n'avait pu se procurer l'édition de la Haye,

1726, lorsqu'il fit la sienne; et que la publication de la lettre de

madame de Sévigné au comte de Guitaud, qui fait mention de madame de

Valence, est bien postérieure à celle de son édition. Voyez _Lettres_ DE

SÉVIGNÉ, édit. de Monmerqué, in-8º, t. I, p. 48.

Page 329, lignes 4-7: Une relation admirable, selon elle, adressée

à M. de Coulanges par M. de Ripert, homme d'affaires de M. de

Grignan.

Voici le texte de l'édition de la Haye:

«M. de Coulanges vient de m'apporter une relation admirable de tout

votre voyage, que lui fait très-agréablement M. Ripert; voilà justement

ce que nous souhaitons (p. 38).» ... «M. le marquis de Saint-Andiol

m'est venu voir; je lui ai montré la relation de Ripert, dont il a été

ravi pour l'honneur de la Provence... J'attends celle de Corbinelli (p.

39).»

On peut voir aux endroits cités de l'_Histoire de Sévigné_, par M.

Aubenas, et surtout dans la note, p. 588, qui termine l'ouvrage de cet

auteur, quelles sont les prétentions de la famille de Ripert. Du temps

de madame de Sévigné, il y avait au moins quatre frères de ce nom; car,

dans la lettre du 6 septembre 1676, t. V, p. 113, de l'édition de G. de

S.-G., madame de Sévigné dit: «Mon fils me mande que les frères Ripert

ont fait des prodiges de valeur à la défense de Maestricht; j'en fais

mes compliments au doyen et à Ripert.» Ce doyen était le Ripert du

chapitre de Grignan, et le dernier mentionné celui qui était attaché à

M. de Grignan comme homme d'affaires.

Des deux lettres du 18 mars 1671 des éditions modernes, il n'y en a

qu'une dans l'édition de la Haye; et dans les éditions modernes il y a

beaucoup de suppressions, qui portent principalement sur les noms

propres. Ainsi ces mots, «Bandol vous est d'un grand secours,» p. 34,

ont été supprimés. Suppression ensuite d'un long paragraphe important,

qui remplit la page 35; puis, page 36, le nom de _Sessac_, donné

intégralement, remplacé par S***. Tout le paragraphe 37 de madame de

Janson supprimé; page 39, le passage sur d'Harouys supprimé.

CHAPITRE XVIII.

Page 359, lignes 29 et 30, note 1: 20 septembre, _Lettres de

madame_ RABUTIN-CHANTAL; la Haye, 1726, 20 septembre 1671.

Toute la première page de cette lettre ne se trouve que dans l'édition

de la Haye, et a été supprimée dans toutes les autres.

Page 371, lignes 16 et 17: Molière lui lira samedi _Trissotin_.

On a écrit (voyez TASCHEREAU, _Histoire de Molière_, 3e édit., 1844,

grand in-12, p. 256) que, lors des premières représentations des _Femmes

savantes_, le personnage de _Trissotin_ portait le nom de _Tricotin_,

pour que la satire contre l'abbé Cotin, dont ce rôle était l'objet, en

pût ressortir sans aucun détour. Mais la lettre de madame de Sévigné

semble être contraire à cette assertion peu vraisemblable, puisqu'elle

désigne ce rôle, et par ce rôle toute la pièce, par le nom de

_Trissotin_, qui est le seul qu'on trouve dans la pièce imprimée. _Les

Femmes savantes_ furent jouées le 11 mars 1672 (TASCHEREAU, _Histoire de

Molière_, 3e édition, p. 169). La lettre de madame de Sévigné est datée

du mercredi 9 mars, c'est-à-dire de deux jours antérieure à la

représentation, qui eut lieu le vendredi: ainsi dès lors le rôle portait

le nom de _Trissotin_. La lecture de cette pièce par Molière, annoncée

dans la lettre de madame de Sévigné pour le samedi 12 mars, n'eut

probablement pas lieu, puisque le jour fixé au samedi était le lendemain

même de la représentation. Cette pièce fut achevée d'imprimer le 10

décembre 1672, comme nous l'apprend le catalogue de la _Bibliothèque

dramatique de M. de Soleinne_, no 1296, p. 298. La mention de cette

édition manque dans la bibliographie de Molière, de M. Taschereau.

Page 378, ligne 7: Pour laisser écrire dans ses lettres.

Surtout par Corbinelli. Des lettres de Corbinelli à Bussy, qui se

trouvent dans la correspondance de ce dernier, il n'y en a qu'un petit

nombre qui portent le nom de Corbinelli; il y en a beaucoup qui n'ont

que l'initiale du nom C***; enfin il y en a sans initiale. Un lecteur

familiarisé à la lecture des auteurs de ce siècle les reconnaît

facilement. Toutes sont très-mal rangées, ainsi que toute cette

intéressante correspondance, qui mériterait bien de trouver un éditeur

savant et intelligent.

CHAPITRE XIX.

Page 387, ligne 12: Ce fut une grande joie pour madame de Sévigné

lorsque de Pomponne...

Nous apprenons par le Portefeuille de Dangeau, manuscrit de la

Bibliothèque du Roi, A, 253, que de Pomponne fut nommé secrétaire

d'État, en remplacement de M. de Lyonne, le 10 septembre, et qu'il

prêta serment le 12 septembre; la lettre de madame de Sévigné, qui donne

cette nouvelle à sa fille, est datée du 13 septembre. Il ne faut pas

confondre les Portefeuilles de Dangeau que nous citons ici et que nous

citerons peut-être encore avec le Journal de Dangeau; c'est tout autre

chose.

Page 396, ligne 4: Les lettres les plus remarquables qu'elle

ait écrites.

Deux de ces lettres étaient ainsi désignées, la lettre sur _le cheval_

et celle sur _la prairie_. Cette dernière est, comme on l'a très-bien

remarqué, celle qui est relative au renvoi de _Picard_ (du 22 juillet

1671) et où madame de Sévigné explique si agréablement à son cousin de

Coulanges, tout à fait étranger, comme un vrai citadin, aux travaux

ruraux, en quoi consiste l'opération du fanage.

Page 396, ligne 9: Elle gardait soigneusement les lettres du

spirituel chansonnier.

«Ce petit Coulanges vaut trop d'argent; je garde toutes ses lettres.»

(SÉVIGNÉ, _Lettre_ du 29 janvier 1685, t. VII, p. 229, édit. de M.)

Page 397, lignes 7 et 8: Elle avait dix ans moins que lui.

Philippe-Manuel de Coulanges était né à Paris vers 1631, Marie-Angélique

Dugué en 1641. Elle se maria le 16 décembre 1659, et n'avait alors que

dix-sept ans et quelques mois.

Page 399, lignes 16 et 17: Auxquels s'applique plus particulièrement

le nom d'esprit.

Comme, par exemple, lorsqu'elle dit du duc de Villeroi, qui était

amoureux d'une femme nullement éprise de lui: «Il est plus charmé qu'il

n'est _charmant_.» Ce dernier mot, ainsi placé, est à la fois verbe et

adjectif et applicable au duc dans sa double et maligne signification.

(Voyez la lettre du 24 février 1673.)

Page 399, lignes 21 et 22: Son écriture et son orthographe ne

répondaient pas à l'élégance de son style.

Coulanges a inséré ces mots dans une lettre de sa femme à madame de

Grignan:

«Je viens de prendre la liberté de lire tout ce que madame de Coulanges

vous écrit; c'est grand dommage que ce ne soit une meilleure écriture et

une meilleure orthographe; son style assurément le mériterait bien,

convenez-en, madame; mais il ne faut pas espérer qu'elle s'en corrige.

Tout ce qui est à souhaiter, c'est que vous puissiez lire ce qu'elle

vous mande.» (Lettre de madame de Coulanges à madame de Grignan, 7

juillet 1703, t. XI, p. 398.)

Page 401, lignes 3 et 4: Madame de Sévigné se plut toujours dans

la société de la femme de son cousin.

Madame de Sévigné ne voulait pas que son cousin quittât la rue du

Parc-Royal pour aller demeurer au Temple, parce que cela éloignait

d'elle madame de Coulanges. «Au lieu de trouver, comme je faisais, cette

jolie madame de Coulanges sous ma main, prendre du café avec elle, y

courir après la messe, y revenir le soir comme chez soi; enfin, mon

pauvre cousin, ne m'en parlez pas: je suis trop heureuse d'avoir

quelques mois pour m'accoutumer à ce bizarre dérangement.» (Lettre du

1er décembre 1690, t. IX, p. 427.)

CHAPITRE XX.

Page 415, lignes 23 et 24: SOLI DEO HONOR ET GLORIA.

Cette inscription, qui est tirée du texte de l'épître de saint Paul aux

Romains, a donné lieu au continuateur de Bayle (Chauffepié, Supplément

au Dictionnaire de Bayle) de prêter à madame de Sévigné, dans l'intérêt

du protestantisme, des sentiments contraires à l'invocation des saints,

que ses lettres démentent en un grand nombre d'endroits.

Page 416, ligne 26: Racine passera comme le café.

L'usage du café n'ayant été introduit en France que vers l'an 1669, il

en résulte que les premiers chefs-d'œuvre de Racine lui sont

antérieurs; _Andromaque_ date de 1669, les _Plaideurs_ de 1668,

_Britannicus_ de 1669, _Bajazet_ de 1672. Le premier traité, je crois,

publié sur le café, en français, est celui qui est intitulé _De l'usage

du caphé, du thé, et chocolate_ (sic); Lyon, chez Girin, 1671, in-8º. Il

est traduit du latin, et il est dit, page 30, «que la plupart de ceux

qui usent du café y sont réduits par nécessité, et le prennent plutôt

comme un médicament que comme un régal.» Il en était de même du thé et

du chocolat. Mais dix ans plus tard il se faisait de toutes ces

substances, et surtout du café, une très-grande consommation à Londres

et à Paris, «non-seulement, dit de Blégny, chez les marchands de

liqueurs, mais encore dans les maisons particulières et dans les

communautés.» _Du bon usage du thé, du café et du chocolat, pour la

préservation et la guérison des maladies_, par M. de Blégny; Paris,

1687, in-12, p. 96 et 166. De Blégny, d'après Bernier, dit que dans

l'Inde et la Perse on use très-peu de café, et seulement dans les ports

de mer; mais que par toute la Turquie on en fait un fort grand usage.

«Peu s'en faut, ajoute de Blégny, que les Anglais et les Hollandais ne

suivent l'exemple des Turcs, et peu s'en faut aussi que nous ne soyons

aussi avancés que ceux-là sur cette habitude; mais en revanche les

Espagnols, les Italiens et les Flamands ne s'y portent pas volontiers.»

(P. 166.) Bien loin de dénigrer le café, et surtout le café au lait,

madame de Sévigné fut une des premières à en prendre, et elle en

recommandait l'usage à sa fille. (SÉVIGNÉ, _Lettres_, 19 février 1690,

t. X, p. 263, édit. de G.)

SUPPLÉMENT AUX NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DE LA PREMIÈRE PARTIE.

En développant dans la première et la seconde partie de cet ouvrage la

politique de Mazarin, j'ai souvent eu occasion de citer des lettres

autographes de Mazarin, de Colbert et de Louis XIV[902], qui

appartiennent à la Bibliothèque royale. Des fragments de ces lettres

avaient déjà été imprimés, mais très-incorrectement, par Soulavie, dans

les _OEuvres de Saint-Simon_. Elles ont été très-bien publiées dans les

_Documents historiques sur l'histoire de France_, par M.

Champollion-Figeac, qui me les avait indiquées. Mais j'ai cité à la page

215 de la première partie une _lettre autographe d'Anne d'Autriche au

cardinal Mazarin_, que je ne trouve point dans le recueil de M.

Champollion-Figeac. Cette lettre n'a point été publiée ailleurs, et il

est intéressant de la faire connaître, parce qu'elle vient à l'appui de

ce que j'ai dit du refroidissement d'Anne d'Autriche pour le cardinal

Mazarin, lorsque celui-ci, afin de conserver le pouvoir, se fit un appui

du jeune roi, dont il avait capté toute la confiance, contre la reine sa

mère, ou plutôt contre les intrigues des personnes qui l'entouraient.

LETTRE D'ANNE D'AUTRICHE AU CARDINAL MAZARIN.

«A Saintes, ce 30 juin 1660.

Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (3/6) · 第 34 / 35 段