Sismondi est, de tous les historiens, celui qui a le mieux raconté cette
mort; il hésite dans son opinion, et ne semble pas bien persuadé que le
duc d'Orléans ne fut pas coupable; puis il incline ensuite pour le
_cholera-morbus_. Les caractères de l'agonie de la princesse et de ses
derniers moments, si bien décrits dans la relation de Feuillet, n'ont
point le caractère de cette maladie; et le procès-verbal d'autopsie,
quoique concluant qu'il n'y a pas eu d'empoisonnement, constate, suivant
nous, le poison par la description de l'état des viscères. Ce
procès-verbal a été publié par Bourdelot, et se trouve dans les _Pièces
intéressantes_, de Poncet de la Grave, que j'ai citées. Les médecins
anglais envoyèrent en Angleterre une relation toute contraire à celle
des médecins français. Henriette elle-même, aussitôt qu'elle eut avalé
le verre d'eau de chicorée et éprouvé des douleurs, déclara qu'elle
était empoisonnée. Enfin, le rapport fait à Louis XIV par Vallot, son
médecin, daté de Versailles le 1er juillet 1670, dont M. Gault de
Saint-Germain a publié la conclusion, implique que l'opinion de ce
médecin était pour l'empoisonnement. La lettre de Bossuet aura été
fabriquée dans le temps, comme les avis des médecins, pour donner le
change à l'opinion. Philibert de la Mare, qui demeurait en province, a
pu croire à son authenticité, mais à la cour personne n'aurait pu s'y
tromper; c'est probablement ce qui aura été cause qu'on n'a pas osé lui
donner une grande publicité.
CHAPITRE XIII.
Page 227, ligne 31, note 3: SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 janvier 1671).
Cette lettre a été publiée pour la première fois par M. Monmerqué. Dans
le recueil des _Lettres de_ BUSSY, comme dans celui des _Lettres de
madame de_ SÉVIGNÉ _au comte de Bussy_, 1775, p. 21, no 12, on en avait
donné les premières lignes, où il n'est pas dit un mot de la princesse
de Condé. Ce récit, fait par MADEMOISELLE (_Mémoires_, t. XIII, p. 297),
s'accorde plus complétement avec celui de Guy-Patin qu'avec celui de
madame de Sévigné; MADEMOISELLE dit: «Un joueur qui avait été son valet
de pied, à qui elle avait accoutumé de faire quelques largesses, entra
dans sa chambre pour lui demander de l'argent; sa demande fut
accompagnée de manières qui firent croire qu'il avait envie d'en prendre
ou de s'en faire donner. L'abbé Lainé, sur l'avis qu'on avait donné que
le valet de pied s'était sauvé dans le Luxembourg, me vint demander la
permission de le laisser prendre; il ne s'y trouva point, et il fut pris
hors la ville.»
Page 229, lignes 5 et 6: Des gens que le prince avait chargés de
garder.
MADEMOISELLE accuse le duc d'Enghien, qu'elle n'aimait pas, d'avoir
conseillé à Condé ce traitement envers sa mère: «Il était bien aise,
disait-on, d'avoir trouvé un prétexte de la mettre dans un lieu où elle
ferait moins de dépense que dans le monde.» D'après ce que mande madame
de Montmorency à Bussy, ceci paraît être calomnieux. Le duc d'Enghien
était un caractère dur, il est vrai; mais les autres mémoires du temps
ne permettent pas de croire qu'il fût à ce point méchant, ingrat, fils
dénaturé. Lord Mahon, dans sa _Vie du grand Condé_, a pris fait et cause
avec chaleur pour la princesse, et il transcrit à ce sujet l'extrait
d'une correspondance secrète tirée de la secrétairerie d'État de la cour
de Londres, qui prouve seulement que le correspondant avait été mal
informé, ou plutôt qu'il donnait le récit de cette affaire comme on
désirait que la cour de Londres en fût instruite et conformément au
bruit que l'on fit courir dans Paris. Cependant l'extrait de cette
correspondance est curieux, et nous apprend que la princesse fit tous
ses efforts pour sauver Duval, dont Condé voulait la mort. Il est facile
d'atténuer les torts de la princesse par ceux que son époux eut envers
elle, mais il n'est pas possible d'en douter. Le silence des
contemporains après son malheur, et leur insensible indifférence, en dit
encore plus que leurs témoignages accusateurs. Conférez lord MAHON'S,
_Life of great Condé_, 1845, in-12, part. II, p. 269 à 275.--Voici le
passage de Coligny, p. 26, sur la conduite de la princesse en 1650: «Le
marquis de Cessac, dont j'ai dit un mot, s'attacha à madame la
princesse, ou plutôt la princesse à lui; car il faut que ces dames-là
fassent plus de la moitié du chemin si elles veulent avoir des galants,
qu'autrement le respect ferait taire. Comme elle n'était pas pourvue
d'un grand esprit, ce défaut et la passion lui firent faire tant de
minauderies indiscrètes que tout le monde connut aisément ses affaires.»
Ce témoignage est celui du plus virulent ennemi de Condé et de son plus
grand détracteur.
Page 234, ligne 9, et page 235, ligne 7: La maréchale de la Ferté.
Quand il est fait mention, dans les mémoires et les libelles du temps,
de madame de la Ferté ou de la duchesse de la Ferté, il faut se garder
de confondre la belle-mère et la belle-fille, toutes deux pouvant être
désignées de la même manière. La maréchale était Madeleine d'Angennes de
la Loupe; la belle-fille était Marie-Isabelle-Gabrielle-Angélique de la
Mothe-Houdancourt, duchesse de la Ferté, fille de la maréchale de la
Mothe-Houdancourt, ancienne gouvernante des enfants de France et sœur
cadette des duchesses d'Aumont et de Ventadour. La maréchale de la Ferté
était la sœur de Catherine-Henriette d'Angennes, comtesse d'Olonne,
dont les mœurs furent encore plus déréglées que celles de la duchesse.
CHAPITRE XIV.
Page 246, ligne 9: La faiblesse de la santé de la princesse de
Condé.
Guy-Patin dit que dans cette prévision la reine mère écrivit à Gaston
pour mettre obstacle à ce mariage.
Page 282, ligne 3: Il finit par subir une rigoureuse détention.
La chronologie des faits relatifs à la biographie de Lauzun n'est pas
facile à déterminer. Saint-Simon place en 1669 l'affaire relative à
l'espionnage de madame de Montespan par le moyen d'une femme de chambre
séduite par Lauzun, et celle de la place de grand maître de l'artillerie
sollicitée par lui, et le beau trait du roi jetant sa canne par la
fenêtre dans la crainte de se laisser aller à en frapper un gentilhomme.
Mais alors tout cela paraît antérieur au mariage, ce qui n'est pas
probable. Saint-Simon a écrit plus de quarante ans après ces faits, et
s'est évidemment trompé sur les dates. Je pense, avec M. Petitot (t. XL,
p. 356), que ce fut la conduite insolente de Lauzun avec madame de
Montespan qui détermina le roi à le faire arrêter.
Page 283, lignes 1 et 2: Il obtint par ses services de nouveaux
grades et de nouveaux honneurs.
Des lettres de duc furent données à Lauzun en 1692. Lauzun mourut en
1723 et survécut huit ans à Louis XIV.
CHAPITRE XV.
Page 296, ligne 22: Mademoiselle Dugué-Bagnols.
Le chevalier Perrin nous apprend, dans son édition des _Lettres de
madame de Sévigné_, que mademoiselle Dugué-Bagnols fut mariée depuis à
M. Dugué-Bagnols, son cousin.
Page 297, ligne 19: C'était la première femme de Claude de
Saint-Simon; elle succomba le 2 décembre 1670.
Diane-Henriette de Budos, duchesse de Saint-Simon, mourut, selon
l'assertion de M. Monmerqué (_Lettres de Sévigné_, t. I, p. 208), à
quarante ans; et comme Saint-Simon dit que son père l'épousa en 1644, il
en résulterait qu'elle n'aurait eu que quatorze ans lorsqu'elle s'est
mariée. Comme l'âge nubile était alors fixé par les lois à douze ans,
cela n'est pas impossible, mais cela est peu probable.
C'est en 1743 que Saint-Simon a écrit le volume de ses _Mémoires_ qui
concerne les années 1722 et 1723. J'avais dit cela dans une note qui est
à la page 453 de mon deuxième volume, 1re édition; mais je suis obligé
de le répéter, parce qu'il y a deux fautes d'impression dans les
chiffres de cette note. J'ajouterai ici que Saint-Simon, pour ce qui
concerne les dates et les généalogies, s'est beaucoup servi des Mémoires
manuscrits de Dangeau, c'est-à-dire de ses portefeuilles.
Page 298, ligne 12: Et, par la grande mortalité qu'éprouva
la population.
D'après un recueil statistique de Paris, déposé à la Bibliothèque du
Roi, le nombre des naissances dans cette capitale fut de 16,810, celui
des décès de 21,460; le nombre des décès surpassa donc les naissances de
4,651.
CHAPITRE XVI.
Page 303, ligne 29: Le gouverneur et son lieutenant se trouvèrent
tous les deux absents.
Dans une semblable circonstance, en 1673, Brulart, premier président du
parlement de Bourgogne, écrivit à Louvois qu'en l'absence du gouverneur
et de son lieutenant général le gouvernement de la province lui
appartenait de droit. Voyez la lettre de BRULART à Louvois, dans
l'ouvrage intitulé _Une province sous Louis XIV_, par M. Thomas, 1844,
in-8º, p. 431.
Page 312, lignes 3 et 4: Elle écrivait à madame de Sévigné.
Il est probable que madame de Sévigné avait conçu cette aversion pour
les filles de Sainte-Marie d'Aix par les lettres de sa filleule; elle la
manifeste en toute occasion, et elle appelle ces religieuses des
baragouines. Elle montre, au contraire, une prédilection particulière
pour les filles de cet ordre, fondé par son aïeule, qui étaient dans
d'autres couvents. Il est évident aussi, d'après le passage suivant de
la lettre de madame de Sévigné, du 24 juillet 1680, que, pour avantager
les autres enfants de madame de Grignan, on voulait que Marie-Blanche
fît des vœux; sa vocation paraît au moins douteuse. «Votre petite d'Aix
me fait pitié, d'être destinée à demeurer dans ce couvent _perdu_ pour
vous; en attendant une vocation, vous n'oseriez la remuer, de peur
qu'elle ne se dissipe. Cette enfant est d'un esprit chagrin et jaloux,
tout propre à se dévorer. Pour moi, je tâterais si la Providence ne
voudrait pas bien qu'elle fût à Aubenas; elle serait moins _égarée_.» La
sœur de M. de Grignan était abbesse du couvent d'Aubenas, et madame de
Sévigné espérait que sa petite-fille pourrait un jour lui succéder. Nous
reviendrons, dans la suite de ces _Mémoires_, sur ce passage de la
lettre de madame de Sévigné et sur les mots _perdu_ et _égarée_, que
Grouvelle, M. Monmerqué et Gault de Saint-Germain ont expliqués
diversement.
CHAPITRE XVII.
Page 325, ligne 12: Une très-belle femme, madame de Valence,
qui s'était faite religieuse.
J'ai cité ici l'édition de la Haye, t. I, p. 20, parce que c'est la
seule qui dans cet endroit nous semble donner le vrai texte de madame de
Sévigné. Ce texte est ainsi:
«Vous me dites des merveilles du tombeau de Montmorency et de la beauté
de madame de Valence.»
Les premiers éditeurs des _Lettres de madame de Sévigné_, ne trouvant
aucune mention de cette madame de Valence dans toute la correspondance
de madame de Sévigné, ont substitué aux mots qui la concernent «et de
la beauté de mesdemoiselles de Valançai» (lettre du 18 février 1671, t.
I, p. 332, édit. G.), parce qu'en effet madame de Sévigné, en passant
aussi à Moulins cinq ans après madame de Grignan, lui avait écrit de
cette ville que les petites-filles de madame de Valançai, que madame de
Grignan y avait vues, sont _belles et aimables_ (lettre du 17 mai 1676,
t. IV, p. 440, édit. G.). Mais elles étaient, lorsque madame de Grignan
les vit, trop jeunes et trop petites pour qu'il fût question de leur
beauté; et la lettre de madame de Sévigné au comte de Guitaud, publiée
pour la première fois dans l'édition de M. Gault de Saint-Germain
(lettre 1693, t. X, p. 445, édit. G.), qui nous apprend que madame de
Valence a été au couvent de la Visitation, explique celle qu'elle avait
écrite précédemment, et ne laisse aucun doute sur l'exactitude de
l'édition de la Haye. La preuve que les éditeurs ont altéré le texte de
cette lettre en voulant la corriger se tire encore du passage qui suit
immédiatement, où madame de Sévigné dit à sa fille (t. I, p. 20):
«Personne n'écrit mieux que vous; ne quittez jamais le naturel, votre
tour s'y est formé, et cela _surpasse_ un style parfait.» Tous les
éditeurs subséquents ont substitué (t. I, p. 332): «Vous écrivez
entièrement bien, personne n'écrit mieux; ne quittez jamais le naturel,
votre tour s'y est formé, et cela _compose_ un style parfait.»
Indépendamment du pléonasme dans les deux premiers membres de phrase,
qui n'était pas dans madame de Sévigné, en mettant le mot _compose_ à la
place du mot _surpasse_ on a fait disparaître une expression énergique
et piquante pour y substituer une expression impropre et plate; et de
plus, en croyant rendre la pensée plus logique, on l'a dénaturée, et on
lui a ôté tout ce qu'elle a d'original et de profond. L'intention de
madame de Sévigné est de faire distinguer ici l'écrivain du grammairien,
le talent d'écrire d'avec l'art d'écrire. Le naturel dans le style,
c'est la grâce:
Et la grâce, plus belle encor que la beauté,
dit la Fontaine quand il veut donner une idée des séduisants attraits de
Vénus. C'est la même pensée que celle de madame de Sévigné, exprimée
d'une manière analogue. Je dois dire que le savant et exact éditeur des
_Lettres de madame de Sévigné_ n'a pu ni rectifier ce texte ni éviter
cette méprise, puisqu'il n'avait pu se procurer l'édition de la Haye,
1726, lorsqu'il fit la sienne; et que la publication de la lettre de
madame de Sévigné au comte de Guitaud, qui fait mention de madame de
Valence, est bien postérieure à celle de son édition. Voyez _Lettres_ DE
SÉVIGNÉ, édit. de Monmerqué, in-8º, t. I, p. 48.
Page 329, lignes 4-7: Une relation admirable, selon elle, adressée
à M. de Coulanges par M. de Ripert, homme d'affaires de M. de
Grignan.
Voici le texte de l'édition de la Haye:
«M. de Coulanges vient de m'apporter une relation admirable de tout
votre voyage, que lui fait très-agréablement M. Ripert; voilà justement
ce que nous souhaitons (p. 38).» ... «M. le marquis de Saint-Andiol
m'est venu voir; je lui ai montré la relation de Ripert, dont il a été
ravi pour l'honneur de la Provence... J'attends celle de Corbinelli (p.
39).»
On peut voir aux endroits cités de l'_Histoire de Sévigné_, par M.
Aubenas, et surtout dans la note, p. 588, qui termine l'ouvrage de cet
auteur, quelles sont les prétentions de la famille de Ripert. Du temps
de madame de Sévigné, il y avait au moins quatre frères de ce nom; car,
dans la lettre du 6 septembre 1676, t. V, p. 113, de l'édition de G. de
S.-G., madame de Sévigné dit: «Mon fils me mande que les frères Ripert
ont fait des prodiges de valeur à la défense de Maestricht; j'en fais
mes compliments au doyen et à Ripert.» Ce doyen était le Ripert du
chapitre de Grignan, et le dernier mentionné celui qui était attaché à
M. de Grignan comme homme d'affaires.
Des deux lettres du 18 mars 1671 des éditions modernes, il n'y en a
qu'une dans l'édition de la Haye; et dans les éditions modernes il y a
beaucoup de suppressions, qui portent principalement sur les noms
propres. Ainsi ces mots, «Bandol vous est d'un grand secours,» p. 34,
ont été supprimés. Suppression ensuite d'un long paragraphe important,
qui remplit la page 35; puis, page 36, le nom de _Sessac_, donné
intégralement, remplacé par S***. Tout le paragraphe 37 de madame de
Janson supprimé; page 39, le passage sur d'Harouys supprimé.
CHAPITRE XVIII.
Page 359, lignes 29 et 30, note 1: 20 septembre, _Lettres de
madame_ RABUTIN-CHANTAL; la Haye, 1726, 20 septembre 1671.
Toute la première page de cette lettre ne se trouve que dans l'édition
de la Haye, et a été supprimée dans toutes les autres.
Page 371, lignes 16 et 17: Molière lui lira samedi _Trissotin_.
On a écrit (voyez TASCHEREAU, _Histoire de Molière_, 3e édit., 1844,
grand in-12, p. 256) que, lors des premières représentations des _Femmes
savantes_, le personnage de _Trissotin_ portait le nom de _Tricotin_,
pour que la satire contre l'abbé Cotin, dont ce rôle était l'objet, en
pût ressortir sans aucun détour. Mais la lettre de madame de Sévigné
semble être contraire à cette assertion peu vraisemblable, puisqu'elle
désigne ce rôle, et par ce rôle toute la pièce, par le nom de
_Trissotin_, qui est le seul qu'on trouve dans la pièce imprimée. _Les
Femmes savantes_ furent jouées le 11 mars 1672 (TASCHEREAU, _Histoire de
Molière_, 3e édition, p. 169). La lettre de madame de Sévigné est datée
du mercredi 9 mars, c'est-à-dire de deux jours antérieure à la
représentation, qui eut lieu le vendredi: ainsi dès lors le rôle portait
le nom de _Trissotin_. La lecture de cette pièce par Molière, annoncée
dans la lettre de madame de Sévigné pour le samedi 12 mars, n'eut
probablement pas lieu, puisque le jour fixé au samedi était le lendemain
même de la représentation. Cette pièce fut achevée d'imprimer le 10
décembre 1672, comme nous l'apprend le catalogue de la _Bibliothèque
dramatique de M. de Soleinne_, no 1296, p. 298. La mention de cette
édition manque dans la bibliographie de Molière, de M. Taschereau.
Page 378, ligne 7: Pour laisser écrire dans ses lettres.
Surtout par Corbinelli. Des lettres de Corbinelli à Bussy, qui se
trouvent dans la correspondance de ce dernier, il n'y en a qu'un petit
nombre qui portent le nom de Corbinelli; il y en a beaucoup qui n'ont
que l'initiale du nom C***; enfin il y en a sans initiale. Un lecteur
familiarisé à la lecture des auteurs de ce siècle les reconnaît
facilement. Toutes sont très-mal rangées, ainsi que toute cette
intéressante correspondance, qui mériterait bien de trouver un éditeur
savant et intelligent.
CHAPITRE XIX.
Page 387, ligne 12: Ce fut une grande joie pour madame de Sévigné
lorsque de Pomponne...
Nous apprenons par le Portefeuille de Dangeau, manuscrit de la
Bibliothèque du Roi, A, 253, que de Pomponne fut nommé secrétaire
d'État, en remplacement de M. de Lyonne, le 10 septembre, et qu'il
prêta serment le 12 septembre; la lettre de madame de Sévigné, qui donne
cette nouvelle à sa fille, est datée du 13 septembre. Il ne faut pas
confondre les Portefeuilles de Dangeau que nous citons ici et que nous
citerons peut-être encore avec le Journal de Dangeau; c'est tout autre
chose.
Page 396, ligne 4: Les lettres les plus remarquables qu'elle
ait écrites.
Deux de ces lettres étaient ainsi désignées, la lettre sur _le cheval_
et celle sur _la prairie_. Cette dernière est, comme on l'a très-bien
remarqué, celle qui est relative au renvoi de _Picard_ (du 22 juillet
1671) et où madame de Sévigné explique si agréablement à son cousin de
Coulanges, tout à fait étranger, comme un vrai citadin, aux travaux
ruraux, en quoi consiste l'opération du fanage.
Page 396, ligne 9: Elle gardait soigneusement les lettres du
spirituel chansonnier.
«Ce petit Coulanges vaut trop d'argent; je garde toutes ses lettres.»
(SÉVIGNÉ, _Lettre_ du 29 janvier 1685, t. VII, p. 229, édit. de M.)
Page 397, lignes 7 et 8: Elle avait dix ans moins que lui.
Philippe-Manuel de Coulanges était né à Paris vers 1631, Marie-Angélique
Dugué en 1641. Elle se maria le 16 décembre 1659, et n'avait alors que
dix-sept ans et quelques mois.
Page 399, lignes 16 et 17: Auxquels s'applique plus particulièrement
le nom d'esprit.
Comme, par exemple, lorsqu'elle dit du duc de Villeroi, qui était
amoureux d'une femme nullement éprise de lui: «Il est plus charmé qu'il
n'est _charmant_.» Ce dernier mot, ainsi placé, est à la fois verbe et
adjectif et applicable au duc dans sa double et maligne signification.
(Voyez la lettre du 24 février 1673.)
Page 399, lignes 21 et 22: Son écriture et son orthographe ne
répondaient pas à l'élégance de son style.
Coulanges a inséré ces mots dans une lettre de sa femme à madame de
Grignan:
«Je viens de prendre la liberté de lire tout ce que madame de Coulanges
vous écrit; c'est grand dommage que ce ne soit une meilleure écriture et
une meilleure orthographe; son style assurément le mériterait bien,
convenez-en, madame; mais il ne faut pas espérer qu'elle s'en corrige.
Tout ce qui est à souhaiter, c'est que vous puissiez lire ce qu'elle
vous mande.» (Lettre de madame de Coulanges à madame de Grignan, 7
juillet 1703, t. XI, p. 398.)
Page 401, lignes 3 et 4: Madame de Sévigné se plut toujours dans
la société de la femme de son cousin.
Madame de Sévigné ne voulait pas que son cousin quittât la rue du
Parc-Royal pour aller demeurer au Temple, parce que cela éloignait
d'elle madame de Coulanges. «Au lieu de trouver, comme je faisais, cette
jolie madame de Coulanges sous ma main, prendre du café avec elle, y
courir après la messe, y revenir le soir comme chez soi; enfin, mon
pauvre cousin, ne m'en parlez pas: je suis trop heureuse d'avoir
quelques mois pour m'accoutumer à ce bizarre dérangement.» (Lettre du
1er décembre 1690, t. IX, p. 427.)
CHAPITRE XX.
Page 415, lignes 23 et 24: SOLI DEO HONOR ET GLORIA.
Cette inscription, qui est tirée du texte de l'épître de saint Paul aux
Romains, a donné lieu au continuateur de Bayle (Chauffepié, Supplément
au Dictionnaire de Bayle) de prêter à madame de Sévigné, dans l'intérêt
du protestantisme, des sentiments contraires à l'invocation des saints,
que ses lettres démentent en un grand nombre d'endroits.
Page 416, ligne 26: Racine passera comme le café.
L'usage du café n'ayant été introduit en France que vers l'an 1669, il
en résulte que les premiers chefs-d'œuvre de Racine lui sont
antérieurs; _Andromaque_ date de 1669, les _Plaideurs_ de 1668,
_Britannicus_ de 1669, _Bajazet_ de 1672. Le premier traité, je crois,
publié sur le café, en français, est celui qui est intitulé _De l'usage
du caphé, du thé, et chocolate_ (sic); Lyon, chez Girin, 1671, in-8º. Il
est traduit du latin, et il est dit, page 30, «que la plupart de ceux
qui usent du café y sont réduits par nécessité, et le prennent plutôt
comme un médicament que comme un régal.» Il en était de même du thé et
du chocolat. Mais dix ans plus tard il se faisait de toutes ces
substances, et surtout du café, une très-grande consommation à Londres
et à Paris, «non-seulement, dit de Blégny, chez les marchands de
liqueurs, mais encore dans les maisons particulières et dans les
communautés.» _Du bon usage du thé, du café et du chocolat, pour la
préservation et la guérison des maladies_, par M. de Blégny; Paris,
1687, in-12, p. 96 et 166. De Blégny, d'après Bernier, dit que dans
l'Inde et la Perse on use très-peu de café, et seulement dans les ports
de mer; mais que par toute la Turquie on en fait un fort grand usage.
«Peu s'en faut, ajoute de Blégny, que les Anglais et les Hollandais ne
suivent l'exemple des Turcs, et peu s'en faut aussi que nous ne soyons
aussi avancés que ceux-là sur cette habitude; mais en revanche les
Espagnols, les Italiens et les Flamands ne s'y portent pas volontiers.»
(P. 166.) Bien loin de dénigrer le café, et surtout le café au lait,
madame de Sévigné fut une des premières à en prendre, et elle en
recommandait l'usage à sa fille. (SÉVIGNÉ, _Lettres_, 19 février 1690,
t. X, p. 263, édit. de G.)
SUPPLÉMENT AUX NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DE LA PREMIÈRE PARTIE.
En développant dans la première et la seconde partie de cet ouvrage la
politique de Mazarin, j'ai souvent eu occasion de citer des lettres
autographes de Mazarin, de Colbert et de Louis XIV[902], qui
appartiennent à la Bibliothèque royale. Des fragments de ces lettres
avaient déjà été imprimés, mais très-incorrectement, par Soulavie, dans
les _OEuvres de Saint-Simon_. Elles ont été très-bien publiées dans les
_Documents historiques sur l'histoire de France_, par M.
Champollion-Figeac, qui me les avait indiquées. Mais j'ai cité à la page
215 de la première partie une _lettre autographe d'Anne d'Autriche au
cardinal Mazarin_, que je ne trouve point dans le recueil de M.
Champollion-Figeac. Cette lettre n'a point été publiée ailleurs, et il
est intéressant de la faire connaître, parce qu'elle vient à l'appui de
ce que j'ai dit du refroidissement d'Anne d'Autriche pour le cardinal
Mazarin, lorsque celui-ci, afin de conserver le pouvoir, se fit un appui
du jeune roi, dont il avait capté toute la confiance, contre la reine sa
mère, ou plutôt contre les intrigues des personnes qui l'entouraient.
LETTRE D'ANNE D'AUTRICHE AU CARDINAL MAZARIN.
«A Saintes, ce 30 juin 1660.