dans les camps, ne semblait s'occuper que de plaisirs, de politique et
de guerre, toutes les réformes, toutes les institutions, tous les
établissements qui devaient accroître les richesses et la prospérité de
la France s'exécutaient comme il les avait déterminés dans son conseil.
Quand, pour donner plus d'activité au commerce, il créa, en 1665, la
compagnie des Indes occidentales, les commerçants qui devaient la
composer furent assemblés au Louvre, sous la présidence de Colbert; et
le roi parut en personne au milieu d'eux, pour les exhorter à se livrer
avec toute sécurité à leurs opérations commerciales et pour leur donner
l'assurance que ses vaisseaux les protégeraient jusqu'aux extrémités de
l'univers[81]. C'est dans cette année 1667, si mémorable par tant de
succès guerriers[82], de traités et de négociations importantes[83], que
furent promulguées ces belles ordonnances pour l'administration de la
justice, admirées des jurisconsultes, et qu'on avait surnommées le Code
Louis[84]; que fut instituée l'Académie des sciences; que fut établie à
Rome une Académie des beaux-arts; qu'on jeta les fondements de ce
séjour de tant de savantes et impérissables découvertes, l'Observatoire
de Paris; que furent commencés les travaux du canal qui devait joindre
l'Océan à la Méditerranée; qu'enfin des prix furent distribués aux
peintres, aux artistes; des récompenses données aux savants étrangers,
afin de rattacher au drapeau de la France les talents les plus éminents,
les plus hautes capacités[85].
[81] LORET, _Muse historique_, lettre 13, du 28 mars 1665, livre
XVI, p. 50.
[82] RAMSAY, _Hist. du vicomte de Turenne_, édit. in-12, t. II,
p. 141-144.
[83] MONGLAT, _Mémoires_, t. LI, p. 139-142.
[84] Le président HÉNAULT, _Abrégé chronologique_, année 1667, t.
III, p. 864, édit. W.--BUSSY, _Hist. de Louis XIV_, 159-166.
[85] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. II, p. 267-272.--BUSSY, _Lettres_,
t. V, p. 35.--LÉPICIÉ, _Vies des peintres du Roi_, p.
46.--ECKARD, _États au vrai de toutes les sommes employées par
Louis XIV_, chap. XVI, p. 59.--_Recueil de la Société des
bibliophiles_, 1826, 1 vol. in-8º. Gratifications faites par
Louis XIV aux savants et aux hommes de lettres depuis 1664
jusqu'en 1679 (102 pages).
Le roi, en s'exposant plus qu'il n'était nécessaire, donna des preuves
de bravoure personnelle[86]; mais cependant ses ennemis étaient si mal
préparés à se défendre, ses succès furent si rapides que, si on excepte
le siége de Lille, cette campagne ressembla plus à une marche triomphale
qu'à une lutte guerrière[87].
[86] MONGLAT, _Mémoires_, t. LI, p. 141 et 142.
[87] LOUIS XIV, _Mémoires historiques et Instructions au
Dauphin_, dans les _OEuvres_, t. II, p. 328.--P. DALICOURT, _la
Campagne royale ès années 1667 et 1668_; Paris, chez la veuve
Gervais, 1668, in-12, p. 77-131.
Louis XIV conduisait avec lui la jeune reine; il la montrait aux peuples
soumis comme leur légitime souveraine; car c'était pour soutenir les
droits de sa femme à la souveraineté de ces contrées et à la succession
d'Espagne, à laquelle cependant on avait renoncé par le traité des
Pyrénées, qu'il entreprenait cette guerre[88]. Une riante et gracieuse
escorte de jeunes et belles femmes accompagnait Louis dans ses
conquêtes. Partout, après les combats, des fêtes étaient préparées,
spontanément offertes, ou commandées sous la tente et sur les champs de
bataille: au milieu des dangers de la mort, incessamment bravés pour la
patrie, la volupté semblait acquérir quelque chose de grand et de
martial, qui désarmait la censure des esprits sévères.
[88] MONGLAT, _Mém._, p. 51-146.--LOUIS XIV, _Mém. historiques_,
t. II, p. 304, 306, 307.
Le jeune roi donnait, sous ce rapport, à ses peuples, un exemple fatal,
dont sa cour était fortement préoccupée. La mort de la reine mère avait
achevé d'ôter à Louis XIV le peu de contrainte qu'il s'était imposée par
égard pour elle. La femme si douce et si tendre qui ne voyait dans le
roi qu'un amant, qui aurait voulu ensevelir dans l'ombre le secret d'une
liaison coupable, celle dont le cœur, avant d'être touché par l'amour
de Dieu, ne palpita jamais que pour un seul homme, fut condamnée à
porter le titre de duchesse, à laisser légitimer par lettres patentes sa
honte et ses dignités, à subir l'ennui d'un nombreux cortége, à dévoiler
le mystère de ses accouchements, à voir ses deux enfants ravis dès leur
naissance à sa tendresse maternelle, et, sous les noms de comte de
Vermandois et de mademoiselle de Blois, reconnus, par actes publics,
comme les honorés rejetons d'un royal adultère[89].
[89] DREUX DU RADIER, _Mémoires historiques et critiques des
reines et régentes de France_, t. VI, p. 416 et 417. Les lettres
patentes qui créent la terre de Vaujour et la baronnie de
Saint-Christophe en duché-pairie sont du mois de mai 1671, datées
de Saint-Germain en Laye.
Ce ne furent pas là encore ses plus grandes afflictions. Lorsque Louis
XIV augmentait, par des faveurs qu'elle eût voulu repousser, les remords
de la Vallière, il froissait son cœur par de fréquentes infidélités,
indices certains de l'affaiblissement de son amour. Une de ces liaisons
passagères, qui eut lieu avec la princesse de Monaco, fille du duc de
Gramont, acquit plus de publicité que toutes les autres, parce qu'elle
occasionna la disgrâce du duc de Lauzun, amant favorisé de la princesse
avant le roi. Lauzun fut mis à la Bastille, non-seulement pour n'avoir
pas voulu un grade supérieur qui l'éloignait de la cour, mais pour avoir
forcé sa perfide maîtresse à recevoir un soir les tendres protestations
du roi à travers le trou d'une serrure dont Lauzun avait su dérober la
clef. Louis XIV pardonna à Lauzun cette audacieuse espièglerie, parce
que le goût qu'il avait pour celle qui en avait été l'objet se passa
promptement[90].
[90] BUSSY, _Supplément aux Mémoires_, t. I, p. 59.--IDEM,
_Lettres_, t. V, p. 37 (_Lettre de_ BENSERADE à Bussy, en date du
15 septembre 1667).--IDEM, t. III, p. 148 et 149 (_Lettre de_
BUSSY, en date du 10 août 1669, à madame D...) (de Montmorency),
(L***, à la fin de la page 148, est Lauzun).--LA FARE,
_Mémoires_, t. LXV, p. 105.--LA BEAUMELLE, dans les _Mémoires de
Maintenon_, t. I, p. 69.
Mais une autre femme, réputée belle entre les belles, d'un caractère
haut et fier, mariée à un homme plein d'honneur, respectée par la
médisance, même à la cour, toucha vivement le cœur de Louis XIV.
C'était madame de Montespan, qui, par son esprit caustique, ses
saillies, ses bons mots, son talent de narrer avec gaieté, s'était fait
aimer de la reine et de madame de la Vallière. Celle-ci devina avant
tout le monde (l'instinct de l'amour est le plus vif de tous) qu'elle
était trahie, et que madame de Montespan allait être pour elle la cause
du plus grand des malheurs, celui d'être obligée de se séparer d'un
amant pour lequel l'ardeur de sa passion n'avait cessé de s'accroître.
Ce secret fut divulgué à la cour durant cette campagne, et il ouvrait
une nouvelle carrière aux intrigues qui s'agitaient sans cesse autour
de ce monarque, dès son début couronné par la victoire, et déjà, si
jeune, flatté par la renommée[91]. La cour se tenait à Compiègne, afin
de se trouver plus rapprochée des opérations de la guerre; et
lorsqu'elles étaient suspendues, Louis XIV se hâtait de retourner à
Compiègne, où l'attiraient les enchantements de sa nouvelle passion.
[91] LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 165.--MONTPENSIER,
_Mémoires_, t. XLIII, p. 107, 109, 112, 115, 119, 120.--CHOISY,
_Mémoires_, t. LXIII, p. 397-403.
CHAPITRE III.
1667.
Madame de Sévigné revient à Paris, et écrit à Bussy.--Celui-ci
dissimule avec elle.--Il demande au roi de rentrer au
service.--Bussy avait conservé des amis, et entretenait une
nombreuse correspondance.--Madame de Sévigné était la plus exacte
à lui écrire.--La marquise de Gouville continuait de correspondre
avec lui.--La marquise de Monglat s'efforce en vain de se remettre
bien avec lui.--Les principaux correspondants de Bussy étaient le
duc de Saint-Aignan, le duc de Noailles, le comte de Gramont,
Benserade, Corbinelli, dom Cosme, général des feuillants, le P.
Bouhours.--Jugement sur ce dernier.--Premier recueil des lettres
de madame de Sévigné, données par Bussy, avec celles qu'il avait
écrites.--Autres correspondants de Bussy en femmes: la marquise de
Gouville, madame de Montmorency, la comtesse du Bouchet,
mademoiselle d'Armentières, la maréchale d'Humières, la marquise
d'Hauterive, mademoiselle Dupré.--Détails sur cette demoiselle,
mise par Ménage au nombre des femmes illustres avec madame de
Sévigné.--Madame de Scudéry.--Caractère de cette dame.--Comparée à
madame de Sévigné.--Ce qu'elle écrit à Bussy sur les regrets
d'avoir perdu son mari.--Des amis des deux sexes qu'avait madame
de Scudéry.--De ses liaisons et de son cercle.--De son amitié pour
le P. Rapin.--Elle le fait entrer en correspondance avec Bussy, et
rend service à tous deux.--Pour se venger des vers de Boileau
contre son mari, elle veut animer Bussy contre Boileau.--Vers de
Boileau qui lui en ont fourni l'occasion.--Louis XIV demande
l'explication de ces vers.--Ce qu'on lui répond.--Licence des
mœurs de cette époque, autorisée par le monarque, la presse et le
théâtre.--On joue l'_Amphitryon_ et _George Dandin_.--Bussy ne se
trouve pas offensé par le vers de Boileau, et refuse de s'associer
au ressentiment de madame de Scudéry contre ce poëte.--Bussy
demande au roi de servir, et n'obtient rien.--Il occupe
alternativement son château de Chaseu et celui de
Bussy.--Description que Bussy fait de la galerie de portraits qui
se trouvait dans ce dernier château.
Lorsque madame de Sévigné revint à Paris, toute la haute société avait
quitté cette capitale, tous ses amis étaient absents; et si elle
recherchait parfois la solitude, ce n'était pas lorsqu'elle était en
ville. Elle se résolut donc à passer l'été à Livry.
«Toute la cour est à l'armée, écrivait-elle[92] à Bussy; et toute
l'armée est à la cour. Paris est un désert; et, désert pour désert,
j'aime beaucoup mieux celui de la forêt de Livry, où je passerai l'été.
En attendant que nos guerriers
Reviennent couverts de lauriers.»
[92] SÉVIGNÉ, _Lettre_ en date du 20 mai 1667, t. I, p. 112 de
l'édit. de Monmerqué.--_Ibid._, t. I, p. 156, édit. de G. de
S.-G.
Ainsi que je l'ai exposé dans la seconde partie de ces Mémoires, la
correspondance de madame de Sévigné avec Bussy, qui s'était renouée vers
cette époque, ne devait plus se rompre. Ce que nous en possédons nous
prouve que madame de Sévigné prenait une part très-vive aux succès de
Louis XIV et de son armée: à chaque nouvelle victoire, elle exprime des
regrets sincères que Bussy n'ait pas obtenu un commandement qui le mît à
portée d'obtenir sa part de tant de gloire. Bussy, toujours dominé par
son excessive vanité, dissimule avec sa cousine; il fait le dédaigneux
et le philosophe: cependant il lui envoie régulièrement les suppliques
qu'il adressait au roi à l'ouverture de chaque campagne, pour offrir ses
services; mais il ne lui disait pas qu'il écrivait sans cesse à ses
amis, pour qu'ils intercédassent aussi en sa faveur[93].
[93] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 159-161 de l'édit. de G. de
S.-G.; t. I, p. 114 de l'édit. de Monmerqué.--_Suite des Mémoires
du comte_ DE BUSSY-RABUTIN, mss. no 221 de là bibliothèque de
l'Institut.--BUSSY, _Lettres_, t. I, p. 7 (en date du 23 mai
1667).--_Ibid._, p. 12 (4 février et 6 avril 1668), p. 38 (27
mars 1670), p. 56 (13 mars 1671), p. 62 (19 septembre 1671 ), p.
66 (8 décembre 1671), p. 128 (9 juin 1674), p. 134 (20 août
1674), p. 178 (20 novembre 1675).
Bussy avait conservé, malgré les défauts de son caractère, un bon nombre
d'amis puissants et dévoués; il entretenait avec eux une correspondance
très-active[94]; il en avait une très-étendue avec des gens de lettres
et avec des femmes spirituelles, qui l'instruisaient de toutes les
nouvelles du jour et des intrigues de cour. Quelques-unes de ces femmes
s'étaient rendues célèbres dans les cercles de précieuses et de beaux
esprits, qui s'étaient multipliés dans Paris. Les unes étaient flattées
d'être en commerce de lettres avec un homme de qualité et de l'Académie;
les autres étaient des dames de la cour, dont quelques-unes avaient été
ses maîtresses et avaient conservé avec lui des rapports d'amitié. La
marquise de Monglat aurait bien voulu se remettre avec lui sur ce
pied[95]. Elle lui écrivit plusieurs fois pour se justifier, et tâcha de
ranimer en lui ce qu'elle voulait conserver de son ancienne affection.
Elle aussi avait beaucoup d'amis qui lui étaient sincèrement attachés:
son caractère aimable était fort goûté de madame de Sévigné, qui la
voyait souvent. Elle fit écrire à Bussy par plusieurs de ses
correspondantes[96], qui ne purent rien gagner sur cet homme
orgueilleux et vindicatif. Comme la santé de madame de Monglat s'était
affaiblie et qu'elle eut quelques velléités de religion, elle s'était
mise en rapport avec dom Cosme, prédicateur renommé et général des
feuillants, pour lequel Bussy avait beaucoup de considération et
d'estime. Elle l'employa comme intercesseur, mais ce fut encore en
vain[97]; et elle ne put empêcher que des tableaux emblématiques de son
inconstance et de sa légèreté ne fussent placés dans le grand salon du
château de Bussy[98], et que les devises mises sur ces peintures et au
bas de son portrait ne donnassent matière aux entretiens d'un monde
auquel la médisance plaît toujours.
[94] BUSSY, _Lettres_; Paris, in-12, 4 vol., 4e édition; et
_Nouvelles Lettres_, t. V, VI et VII, 1727, in-12.
[95] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 66 (24 mars 1667, à madame de
Montmorency); t. III, p. 49; _lettre de la marquise_ DE GOUVILLE,
en date du 12 août 1667.
[96] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 66, lettre en date du 24 mars
1669.
[97] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 33 et 65 (en date du 16 juin et
du 25 décembre 1667); cette dernière est adressée à dom Cosme.
[98] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 41, en date du 18 octobre 1667, à
mademoiselle d'Armentières.--MILLIN, _Voyage_, t. I, p. 208-219,
pl. XII de l'atlas.
Parmi les principaux correspondants de Bussy, il faut d'abord nommer
celui qui lui était le plus dévoué, le duc de Saint-Aignan, si aimé du
roi et si bien instruit des secrets les plus intimes de son intérieur.
Madame de Sévigné a dit avec raison de lui «qu'il a rendu à Bussy des
services que nul autre courtisan n'aurait osé ni voulu lui rendre[99].»
Le duc de Saint-Aignan avait composé des mémoires où il justifiait
Bussy; et il eut le généreux courage de les montrer au roi[100].
[99] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. VIII, p. 249 (Lettre à Bussy, en date
du 17 juin 1687), et t. III, p. 371; t. V, p. 468; t. VII, p. 55
de l'édit. de G. de S.-G.
[100] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 264; Lettre de madame de
Scudéry, en date du 26 septembre 1670; Lettres de mesdames de
Scudéry, de Solvan-Sallier, etc.; Paris, 1806, Léopold Collin, p.
33.
Les autres correspondants de Bussy à la cour étaient le duc de Noailles,
qui fut capitaine des gardes[101], et le comte de Gramont, rendu célèbre
par les piquants mémoires que son beau-frère Hamilton a écrits sur les
folies de sa jeunesse[102]; le comte de Guiche, ceinturé comme son
esprit, disait madame de Sévigné, et qui se trouvait alors enveloppé
dans la disgrâce de Vardes[103]. Parmi les ecclésiastiques et les gens
de lettres, on doit nommer l'abbé de Choisy, plus célèbre par ses
scandaleuses aventures que par le grand nombre de livres qu'il a
composés; Benserade et Corbinelli (ce dernier alors était en Languedoc,
entraîné aussi dans l'exil de Vardes[104]); puis dom Cosme, dont nous
avons parlé; et enfin le P. Rapin[105] et le P. Bouhours. C'est à
Bouhours que nous devons l'édition tronquée des _Mémoires de Bussy_, et,
je crois, aussi l'édition si confusément ordonnée de sa correspondance.
Bouhours était à la fois homme du monde, homme d'Église et homme de
lettres; ayant les prétentions d'un puriste, et affectant l'autorité
d'un critique; recherchant la réputation de bel esprit, et s'arrogeant
l'importance d'un profond théologien; écrivant alternativement et avec
facilité sur des sujets saints ou profanes, sérieux ou légers; auteur
fécond, mais souvent futile; écrivain correct, mais non exempt
d'affectation, et qui, fort admiré de madame de Sévigné, jouissait
d'une réputation très-supérieure à ses talents[106].
[101] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. VII, p. 35; t. XI, p. 176, édit. de
G. de S.-G.
[102] BUSSY, _Lettres_, t. IV, p. 73.--HAMILTON, _Mémoires
d'Hamilton_. (La traduction anglaise imprimée chez Bentley, 3
vol. in-8º, avec portraits coloriés, est préférable, à cause des
notes.)
[103] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 136, 137, 155, 207, 308, 522,
523; t. V, p. 170 et 172. (Toutes les lettres de C** sont de
Corbinelli.)
[104] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. II, p. 350 (en date du 5 janvier
1672), édit. de G. de S.-G.
[105] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 378 à 547; t. IV, p. 10 à 345.
[106] BUSSY, _Lettres_, t. VI, p. 45 à 356.
La correspondance de Bussy avec les femmes était bien plus nombreuse et
d'une plus grande valeur. Parmi elles, la première à nommer est madame
de Sévigné. Les lettres de Bussy à sa cousine, avec les réponses,
remplissent presque entièrement les deux volumes du recueil de la
correspondance qui fut publié par la marquise de Coligny, fille de
Bussy, en 1697[107]. Bayle fit l'éloge de ce recueil[108]. Bussy
composait beaucoup de vers, et il les envoyait à sa cousine pour les
soumettre à son jugement; ces vers ont été imprimés, avec les lettres où
ils se trouvaient insérés, dans le recueil dont nous parlons; et si les
éditeurs de madame de Sévigné ont eu raison de débarrasser sa
correspondance de cet inutile bagage, en réimprimant les lettres que
Bussy lui avait adressées, ils ont eu tort de supprimer de ces lettres
les passages qui concernaient les envois de ces pièces de vers,
puisqu'ils constataient que ce goût de Bussy pour la poésie était
partagé par sa cousine[109].
[107] MONMERQUÉ, _Notices biographiques sur les différentes
éditions de madame de Sévigné_.
[108] BAYLE, _OEuvres_, in-folio, t. IV, p. 776 (lettre du 4
décembre 1698).--_Lettres choisies_; Rotterdam, 1714, t. II, p.
652.
[109] BUSSY, _Lettres_, édit. 1720, t. I, p. 18, 29, 68, 93,
341-364 (29 septembre 1668, 1er mai 1672, 4 septembre 1680).
Cette dernière lettre, qui renferme un grand nombre d'épigrammes
de Martial et de Catulle, assez bien traduites par Bussy, a été
entièrement omise par les éditeurs de madame de Sévigné, et forme
une lacune dans sa correspondance avec son cousin, qui devra être
réparée.
Après madame de Sévigné, la marquise de Gouville mérite d'être
mentionnée comme celle qui correspondait le plus assidûment avec Bussy.
Ses lettres sont les plus spirituelles, les plus riches en détails
amusants, narrés avec esprit et finesse[110]. Elle avait pendant quelque
temps enchaîné Bussy; et l'intimité qui avait existé entre eux donnait à
leur commerce plus d'agrément, de franchise et de vérité. Il faut
joindre à la marquise de Gouville son intime amie la comtesse de
Fiesque, que Bussy appelait sa cousine. Folâtre et insouciante, elle
était initiée et elle initiait Bussy à tous les secrets de la petite
cour de MADEMOISELLE, dont elle faisait partie.
[110] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 39, 49, 50, 55, 64, 233; t. V,
p. 11, 40, 300, 310, 342.
Une dame qui par son mari portait le beau nom de Montmorency se montre
le plus instructif des correspondants de Bussy. Ses lettres sont des
espèces de bulletins de ce qui se passait à la cour, des promotions, des
mariages, des décès, des intrigues, des nouvelles politiques qu'on y
débitait, des anecdotes scandaleuses qu'on y racontait; le tout dit en
deux mots, sans réflexions, sans phrases, et exprimé avec une concision
remarquable. Des pièces de vers qui avaient circulé se trouvent aussi
insérées dans ces lettres. Le nom de famille de cette madame de
Montmorency était Isabelle d'Harville de Palaiseau, et elle appartenait
à cette noble famille de guerriers qui, dès le commencement du quinzième
siècle, s'étaient illustrés à la bataille d'Azincourt[111]. Ni Bussy ni
les mémoires contemporains ne nous apprennent rien sur cette dame de
Montmorency. Au bas de son portrait Bussy avait mis cette inscription:
«Digne non pas d'un homme de plus grande qualité, mais d'un homme plus
aimable[112].» Cette inscription prouve du moins que ce mari d'Isabelle
de Palaiseau était de la noble famille dont il portait le nom. Madame de
Montmorency était peu favorisée de la fortune, quoique amie de la
duchesse de Nemours, qui possédait de si grands biens et aurait pu se
montrer plus généreuse à son égard[113].
[111] Cf. LE BOEF, _Histoire du diocèse de Paris_, 8e partie, p.
9-11.
[112] CORRARD DE BRÉBAN, _Souvenirs d'une visite aux ruines
d'Alis et au château de Bussy_, p. 22.--MILLIN, _Voyage dans les
départements du midi de la France_, 1807, in-8º, t. I, p.
212.--Dans Millin, l'inscription paraît être rapportée moins
exactement: il y a _Harville de Paloise_, au lieu d'_Harville de
Palaiseau_.
[113] _Lettres de madame_ DE SCUDÉRY, p. 54, collection de
Léopold Collin, lettre en date du 17 mars 1670.--_Lettres de
mesdames_ DE MONTPENSIER, MONTMORENCY, etc., 1806, in-12.
La comtesse du Bouchet écrivait aussi souvent à Bussy avec une liberté
d'expression qui devait lui plaire beaucoup: accoutumée à tout dire, sa
franchise donnait un grand prix à ses lettres[114].
[114] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 202, 203 (18 et 24 août 1671).
Henriette de Conflans, demoiselle d'Armentières, belle quoiqu'elle ne se
mariât point, pieuse quoique amie de Bussy, était encore pour lui un
correspondant qui avait toute sa confiance: c'était celle qui plaidait
auprès de lui la cause de madame de Monglat avec le plus de chaleur,
parce que celle-ci paraissait vouloir alors se mettre sous la direction
de dom Cosme et renoncer à la vie mondaine[115].
[115] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 77, 80-90. 112; t. V, p. 7,
41, 52, 70.
Parmi les autres femmes auxquelles Bussy écrivait plus souvent, on
distingue la femme de son cousin, la maréchale d'Humières, dont le
portrait, dans sa galerie, était accompagné de cette inscription: «D'une
vertu qui, sans être austère ni rustique, eût contenté les plus
délicats.» Elle était dame du palais de la reine: liée avec madame de
Sévigné, belle et pieuse, elle termina[116] sa longue vie aux
Carmélites de la rue Saint-Jacques[117]. Après cette dame respectable
nous devons nommer la marquise d'Hauterive, fille du duc de Villeroy, à
laquelle on reprochait de s'être mésalliée, quoiqu'elle eût épousé un
bon et honorable gentilhomme, élégant dans ses goûts, amateur éclairé
des beaux-arts et grand protecteur du Poussin[118]. La correspondance de
Bussy avec la marquise d'Hauterive n'a point été imprimée; mais nous
savons, d'après une lettre du marquis d'Hauterive, que le portrait de
cette dame devait occuper une place parmi les autres portraits de femmes
avec lesquelles Bussy entretenait un commerce épistolaire[119].
[116] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. III, p. 251 et 259, édit. de
Monmerqué (lettres en date des 24 janvier et 20 mars
1675).--CORRARD DE BRÉBAN, p. 23.--BUSSY, _Lettres_, t. IV, p.
211, 337, 409; t. V, p. 155.
[117] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. X, p. 102, édit. de Monmerqué; t.
XI, p. 182, édit. de G. de S.-G.; Lettre de madame DE COULANGES à
madame de Sévigné, le 20 juin 1695.--SAINT-SIMON, _Mémoires_, t.
XX, p. 477.
[118] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. I, p. 284, édit. de G. de S.-G. et
la note; t. I, p. 213, édit. de Monmerqué (lettre en date du 15
décembre 1670).
[119] BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 114 (Lettre du marquis
D'HAUTERIVE, en date du 8 novembre 1690).