CHAPITRE V

«Notre-Dame de Paris»

C'est bien en effet la décadence qui commence. Sans doute, les qualités

poétiques de l'oeuvre sont éblouissantes, l'exécution prestigieuse par

endroits, et il semble que le livre doive occuper dans la littérature

romantique la place qui revient dans l'art du moyen âge à l'admirable

cathédrale, qui en est justement le principal personnage. Nous le savons

encore, jamais roman historique n'obtint succès plus rapide et ne garda si

longtemps vogue plus triomphale. Mais ce n'est pas le prodigieux talent de

l'auteur qui est ici en cause. Son oeuvre est-elle un bon roman

historique? Voilà toute la question. Et certains aveux, terriblement

imprudents, de Victor Hugo lui-même, vont nous fournir les éléments

essentiels de la réponse.

«Il y a quelques années qu'en visitant, ou, pour mieux dire, en furetant

Notre-Dame, l'auteur de ce livre trouva, dans un recoin obscur de l'une

des tours, ce mot gravé à la main sur le mur: 'ANALKH... Il se demanda, il

chercha à deviner quelle pouvait être l'âme en peine qui n'avait pas voulu

quitter ce monde sans laisser ce stigmate de crime ou de malheur au front

de la vieille église... C'est sur ce mot qu'on a fait ce livre.»

L'idée est aussi belle qu'elle peut devenir féconde, et elle offre matière

à un admirable roman de philosophie, à une espèce de tragédie d'Eschyle en

prose. Mais les romans historiques ne s'imaginent pas, ne se construisent

pas ainsi de toutes pièces et _a priori_, et la conception n'en doit venir

que lentement, après de patientes études et des investigations

laborieuses. Que Victor Hugo n'ait pas étudié sa matière, nous n'allons

certes pas jusqu'à le prétendre, et nous pourrions au contraire, si besoin

était, indiquer ses sources. Ce travail préliminaire cependant n'a été ni

assez long ni assez sérieux; et c'est une première raison pour empêcher

_Notre-Dame de Paris_ d'être, à notre point de vue, un chef-d'oeuvre.

Il y en a une autre, plus grave, qui devait l'empêcher d'être même un bon

roman historique, et ce n'est rien de moins que la volonté même de

l'auteur. «Le livre n'a aucune prétention historique, si ce n'est

peut-être de peindre avec quelque science et quelque conscience, mais

uniquement par _aperçus et échappées_ (c'est nous qui soulignons), l'état

des moeurs, des croyances, des lois, des arts, de la civilisation enfin au

XVe siècle. Au reste, ce n'est pas là ce qui importe dans le livre. S'il a

un mérite, c'est d'être une oeuvre d'imagination, de caprice, de

fantaisie.» Ainsi donc, la seule matière possible du roman historique, on

ne la traitera que «par aperçus et échappées»: elle «n'importera» guère.

Il n'y paraîtra que trop en effet; mais l'aveu est significatif, et nous

devions l'enregistrer. Le moindre danger auquel s'expose une peinture de

moeurs toute en «aperçus et échappées» est d'être insuffisante, et

_Notre-Dame de Paris_ ne l'a point évité. Les moeurs populaires

elles-mêmes, qui sont bien la partie du roman la plus considérable et la

plus soignée, en offrent une preuve assez forte et vraiment curieuse.

L'auteur nous les montre dans toute une série de tableaux: représentation

d'un mystère, fête des fous, cour des Miracles, pilori et supplice «en

place de Grève», etc. Mais c'est toujours à ce qu'elles ont de superficiel

et d'_extérieur_ que le peintre s'arrête. Certes, le spectacle du _Bon

jugement de madame la vierge Marie_, la description de la place forte des

Truands, celle de la procession grotesque dont Quasimodo est le héros

difforme, sont des pages incomparables de netteté et de relief et

d'admirables eaux-fortes. En pénétrez-vous plus profondément dans l'âme des

personnages? Connaissez-vous mieux leurs sentiments? Avez-vous une

intelligence plus nette de ces énormes bouffonneries que devait alors

tolérer l'Église? et si vous savez plus exactement ce dont les truands

peuvent être capables, savez-vous avec la même exactitude ce que c'est

qu'un truand et comment on le devient[31]? L'art de l'écrivain, d'une si

vigoureuse puissance à décrire et à faire voir les réalités extérieures,

néglige volontiers l'intérieur; il n'éclaire que les surfaces sans

pénétrer jusqu'aux dessous; et dans une représentation populaire du moyen

âge, au milieu d'une foule grouillante de manants et de bourgeois, dont il

rend fort bien le grouillement, à l'intérieur d'une salle gothique, dont

il découpe à plaisir les rosaces et fait étinceler les ogives, il ne sait

qu'analyser avec quelque sûreté et quelque détail les angoisses d'un poète

qui craint de voir sa première pièce sifflée.

[Note 31: Il est vrai qu'à la rigueur Jehan Frollo pourrait nous

l'apprendre. Cf. livre X, chap. II et III, _Faites-vous truand_ et _Vive

la joie!_]

--Mais peut-être les âmes de toutes ces bonnes gens du peuple nous

apparaîtront-elles plus manifestes dans leurs ordinaires propos?--Il y a

en effet beaucoup de dialogues populaires dans _Notre-Dame_; on peut même

dire que le développement en égale le nombre. Cependant ils n'offrent

guère de traces de sentiments particuliers à une époque; et en dehors des

passions communes à toutes les foules dans les mêmes circonstances, il

semble difficile de démêler dans cette foule du XVe siècle des émotions ou

des idées qui lui appartiennent en propre, qui soient bien locales, et

d'où elle reçoive par conséquent une physionomie bien distincte et

personnelle. On lui fait attendre le commencement du «mystère»; elle

s'agite, elle devient houleuse, ironique, menaçante, demande la tête du

bailli, sauf à prendre en attendant celle de ses sergents et des acteurs.

Changez les noms de «bailli» et de «sergents»: c'est une scène dont le XVe

siècle n'a pas eu le privilège et qui depuis s'est renouvelée assez

souvent.

Quelques pages cependant ne sont point méprisables, telle la découverte du

petit Quasimodo exposé sur le seuil de Notre-Dame, et les impressions

qu'elle produit. Effroi des bonnes haudriettes, imperturbable assurance de

maître Mistricolle et férocité inconsciente de tous provoquée par la

crainte des artifices du Mauvais: ces naïvetés, ces angoisses et ces

cruautés ne pouvaient se rencontrer que dans des âmes du moyen âge, et

Victor Hugo, dans ce passage, a été bien servi par son imagination.

Malheureusement, de pareilles trouvailles sont rares.

Car il ne semble pas avoir été plus heureux ni plus habile dans la

connaissance et l'analyse des types particuliers que dans la peinture des

moeurs générales. Cependant, la méthode qu'il suivait était excellente;

c'était même la seule bonne, la méthode de Walter Scott dans _Ivanhoe_.

Si le procédé est le même, les applications en sont singulièrement

différentes, et c'est avec la mise en oeuvre que commence l'infériorité.

Claude Frollo n'est pas une exception dans l'Église. La superbe de

l'intelligence et le démon de la sensualité n'avaient sans doute pas

attendu jusqu'au XVe siècle pour faire des victimes parmi ses prêtres, et

d'autres ont certainement connu les horribles tortures dont le coeur de

l'archidiacre est déchiré. Mais s'il est vrai comme personnage particulier,

il cesse de l'être dès que l'écrivain, volontairement ou non, a l'air

d'en faire un type général; et c'est justement cette impression que, par

le seul effet de l'isolement, le misérable rival de Phoebus et de

Quasimodo arrive tout de suite, et nécessairement, à produire. Il fallait,

ou l'entourer d'autres prêtres dont l'esprit simple et la piété douce

auraient donné d'ailleurs et par le seul effet du contraste le plus

saisissant relief à cette ardeur farouche et à cet orgueil rigide, ou n'en

pas faire le personnage principal d'une oeuvre où tous les héros, par une

nécessité fatale du genre même et plus encore de la méthode suivie,

arrivent à représenter la classe tout entière dont ils font partie.

Le raisonnement vaut pour les autres personnages, et on peut leur faire à

presque tous la même critique. L'aristocratie n'est pas plus représentée

par Phoebus de Châteaupers que le clergé par Claude Frollo. Non que ce

type de sous-officier--comme nous dirions aujourd'hui--ait dû être rare au

XVe siècle et dans les milices de Louis XI. Il est probable, au contraire,

que les Phoebus n'ont jamais été plus abondants. Mais c'est le seul

personnage de grande naissance qui joue un rôle dans le roman; il

représente donc la noblesse, et, au XVe siècle, les descendants de

chevaliers français avaient tous la grâce exquise de ses manières,

l'élégance souveraine de son langage, son courage et son esprit,--comme

tous les auditeurs au Châtelet, l'imbécillité susceptible et féroce de

Florian Barbedienne, et tous les procureurs du roi en cour d'Église, la

solennité niaise de maître Charmolue?

Il y a plus de vérité dans le type de Jehan Frollo, nous voulons dire plus

de vérité générale. Ce «petit diable blond, à jolie et maligne figure»,

espiègle et d'une malice qui va facilement jusqu'à la méchanceté; d'une

perversité native qu'a encore développée sa vie d'écolier paresseux et

vagabond, présent partout où il y a quelque méchant tour à jouer, mais

toujours absent de la salle où enseignent ses professeurs; insouciant et

généreux à sa façon; gaspillant en folles orgies l'argent que lui donne

son frère «archidiacre et imbécile»; ronflant assez souvent, «avec une

basse-taille magnifique», en pleine rue, la tête reposant doucement «sur

un plan incliné de trognons de choux, ces oreillers du pauvre que les

riches flétrissent dédaigneusement du nom de _tas d'ordures_», et d'excès

en excès, de débauche en débauche, tombant jusqu'à la cour des Miracles et

se faisant truand: ce type d'écolier ironique et inquiétant a toujours été

assez commun en France; au reste le XVe siècle n'a pas dû l'ignorer, et

c'est la figure du roman de beaucoup la mieux attrapée. Mais quoi! tous

les écoliers d'alors ressemblaient à Jehan Frollo du Moulin? Aucun n'était

appliqué et diligent? Ils se faisaient tous tuer sur les barricades, nous

voulons dire à l'attaque de Notre-Dame? et, pour parler une fois de plus

le langage contemporain, l'espèce des «forts-en-thème» n'était pas encore

inventée?... L'excès est toujours visible, et il a toujours la même cause.

Il y a d'autres défauts dans l'oeuvre, ou plutôt il y a d'autres excès. Si

l'observation des moeurs est insuffisante, la description surabonde; des

deux couleurs locales, l'intérieure manque ou à peu près, et l'extérieure

y est trop généreusement prodiguée. Négliger les moeurs est dangereux, ne

penser qu'au pittoresque ne l'est guère moins: _Notre-Dame de Paris_ en

est une assez belle preuve.

Certaine «note ajoutée à l'édition de 1832», en guise de nouvelle préface,

pouvait inspirer des craintes sérieuses. Que dit-elle en effet? Que

l'auteur aime l'architecture gothique et qu'il en propagera le culte, ce

dont il convient de le féliciter; mais aussi, mais surtout, elle laisse

malheureusement entrevoir que, cet art du moyen âge dont il comprend si

bien les merveilleuses beautés, l'écrivain n'en aperçoit pas avec la même

sûreté les conditions d'existence et la formation historique. Dans

_Notre-Dame de Paris_, la cathédrale n'est plus faite pour abriter les

fidèles. Au milieu des tours massives, les cloches bourdonnent ou sonnent

à toutes volées joyeuses, mais les chrétiens du XVe siècle restent sourds

à leur incessant appel; les nefs de l'immense édifice sont toujours

désertes et on n'entend murmurer sous les hautes voûtes aucun chuchotement

de prière.

C'était cependant une idée de génie, dans un roman sur le moyen âge, de

faire de l'art gothique le personnage principal. C'était surtout une idée

féconde. Dresser au milieu de la ville la «majestueuse et sublime»

cathédrale, la montrer couvrant de son ombre protectrice les maisons

groupées à ses pieds de colosse et la cité tout entière, établir entre la

formidable église et les fils de ceux qui l'avaient construite une

communion mystérieuse et de tous les instants, l'animer de la vie même de

ce peuple, d'un mot en faire son âme collective: le beau, l'admirable

sujet! Le poète semble bien l'avoir entrevu. Pourquoi donc ne s'en est-il

pas souvenu davantage dans le développement de son oeuvre? La grandiose

basilique n'était-elle plus l'abri et l'asile naturel de la douleur?

Manants et vilains avaient-ils cessé dès lors de venir s'y enivrer des

parfums de l'encens et s'y éblouir de la splendeur des cérémonies?

Cependant la mystérieuse église n'ouvre ses portes que pour une cérémonie

d'expiation funèbre; on y sent si peu palpiter le coeur de la foule que

c'est au contraire un monstre hideux, Quasimodo, qui en est toute «l'âme»;

et dans le délire de son imagination, Hugo ira jusqu'à dire que,

Quasimodo une fois disparu, Notre-Dame n'est plus qu'une chose «morte, un

squelette, comme un crâne où il y a encore des trous pour les yeux, mais

plus de regard»! Il était difficile de rapetisser davantage une plus

grande matière et de gâter plus complètement un plus merveilleux sujet.

Cette réserve faite,--il est vrai qu'elle est capitale,--on a toute

liberté d'admirer. Personne n'a eu un sentiment plus vif des beautés du

moyen âge, mais personne aussi n'a possédé au même degré l'art merveilleux

de faire avec des mots de la beauté plastique, comme les architectes

d'autrefois en faisaient avec des pierres. Victor Hugo était fait pour ce

livre, comme Walter Scott pour _Ivanhoe_, et _Notre-Dame_ est le triomphe

du pittoresque et de la couleur.

La couleur y éclabousse chaque page et la fait miroiter et resplendir.

Tout ce qui attire l'oeil et le retient, costumes bariolés, armures

luisantes, vives arêtes où se brise la lumière, tout est observé et rendu

par un des peintres les plus habiles et les plus amoureux de son art. Dans

la grand'salle, la cohue est «en surcot, en hoqueton et en cotte hardie».

Mais en attendant de faire celle de la cohue, il convient de donner une

description détaillée de la grand'salle; et rien n'y manque en effet. Il y

a «une double voûte en ogive, lambrissée en sculptures de bois, peinte

d'azur, fleurdelysée en or». Le pavé est «alternatif de marbre blanc et

or». Puis, «un énorme pilier, puis un autre, puis un autre».--Sentez-vous

l'effet de perspective naissante et d'enfoncement?--Autour des piliers,

«des boutiques de marchands, tout étincelantes de verres et de clinquants»

ou «des bancs de bois de chêne, usés et polis par le haut-de-chausse des

plaideurs». A l'entour de la salle, «l'interminable rangée des rois de

France depuis Pharamond; les rois fainéants, les bras pendants et les yeux

baissés; les rois vaillants et bataillards, la tête et les mains hardiment

levées au ciel». Chaque mot fixe une attitude. «Puis, aux longues fenêtres

ogives, des vitraux de mille couleurs; aux larges issues de la salle, de

riches portes finement sculptées; et le tout, voûtes, piliers, murailles,

chambranles, lambris, portes, statues, recouvert du haut en bas d'une

splendide enluminure bleu et or.» C'est une profusion, une orgie de

couleurs; déjà les yeux éblouis songent à demander grâce, et cette

description n'est que la première du livre.

Il y en a beaucoup dans _Notre-Dame_ et surtout de plus belles. Inutile de

les rappeler, encore moins de les analyser: elles sont présentes à tous

les yeux. _Notre-Dame, Paris à vol d'oiseau_, la cour des Miracles,

surtout l'attaque de la cathédrale, en pleine nuit, par les truands, sont

incomparables parmi des tableaux dont on est tenté de dire aussi qu'ils

sont incomparables. Jamais la langue n'a été plus expressive. Architecture,

peinture, gravure, elle lutte victorieusement contre tous ces arts

réunis. Elle élève de grandioses monuments, brosse des toiles admirables,

fait grouiller et grimacer d'énergiques eaux-fortes. Dans son désir

d'évoquer et de faire voir, elle va même jusqu'à demander des secours au

vocabulaire d'un autre âge, et elle accueille, elle cherche des archaïsmes,

dont quelques-uns sont expressifs sans doute, mais dont la plupart sont

inutiles.

C'est grâce à ce prestigieux talent de description que les choses vivent

ici d'une vie plus profonde que les personnages eux-mêmes, et donc

attirent à elles le meilleur de l'intérêt. L'expédition nocturne des

truands n'a pour objet que de délivrer l'infortunée et charmante

bohémienne. On oublie cependant bientôt la jeune prisonnière, et

l'attention se détourne tout entière sur la prison. Ce n'est plus dans la

triste créature que réside le pathétique, c'est dans l'énorme et

mystérieuse cathédrale, qui saura bien défendre ce qu'on lui a confié. On

essaie de forcer la porte principale: une énorme poutre tombée du ciel

écrase les plus audacieux des truands. «Ils regardaient l'église, ils

regardaient le madrier. Le madrier ne bougeait pas. L'édifice conservait

son air calme et désert». Alors Clopin Trouillefou se sert de la poutre

comme d'un bélier, et le madrier porté par une foule d'hommes semble «une

monstrueuse bête à mille pieds attaquant tête baissée la géante de

pierre.» Sous le premier choc, «la cathédrale tout entière tressaillit et

l'on entendit gronder les profondes cavités de l'édifice.» La riposte

d'ailleurs suit l'attaque de près, et voilà les tours qui «secouent leurs

balustrades sur la tête» des agresseurs. Ce n'est point l'intrépide

sonneur qui défend Notre-Dame, c'est Notre-Dame elle-même qui fait appel à

tous ses monstres pour tenir tête à l'ennemi. Les «guivres» ont «l'air de

rire», on croit entendre «japper des gargouilles», les «salamandres

soufflent» dans le feu, les «tarasques» éternuent dans la fumée, «et parmi

ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre..., il y en avait

un qui marchait et qu'on voyait de temps en temps passer sur le front

ardent du bûcher, comme une chauve-souris devant une chandelle». Mais

guivres et gargouilles, salamandres et tarasques sont également

impuissantes. Les truands commencent déjà l'escalade. Alors, par un

surprenant effet de cette imagination qui sait mieux animer les pierres

que faire vivre des hommes, ce n'est plus une lutte entre des voleurs et

un édifice. En investissant la cathédrale, les truands, par une puissance

mystérieuse qui les a soudain transformés, deviennent des monstres de

pierre, comme ceux contre qui ils essaient de lutter. Ce ne sont plus que

des _choses_ qui combattent ensemble. «On eût dit que quelque autre église

avait envoyé à l'assaut de Notre-Dame ses gorgones, ses dogues, ses drées,

ses démons, ses sculptures les plus fantastiques. C'était comme une couche

de monstres vivants sur les monstres de pierre de la façade.» Il n'est

plus question de truands, et l'homme a disparu.

C'est le triomphe de cet art; c'en est aussi l'insuffisance et le danger.

Le pittoresque a supprimé l'analyse, l'homme a été absorbé par le décor et

l'ancien roman historique est presque devenu un opéra. Mais les mêmes

excès ne devaient-ils pas amener la mort du romantisme? Ainsi se

poursuivait la transformation qui supprimait la vérité générale, ou même

particulière, des sentiments, au profit exclusif de la couleur locale. Ici

encore, le roman historique est le précurseur, mais son influence a été

néfaste. Avant de compromettre le romantisme, nous allons le voir se

discréditer, se déshonorer lui-même; et c'est l'histoire de sa décadence

et de sa ruine qu'il nous reste à exposer.

Le Roman Historique a l'Epoque Romantique - Essai sur l'Influence de Walter Scott · 第 23 / 39 题