_Le 19, mercredi._—En la cour du logis, assis sur un haut dais, le

seigneur de Calonges, gouverneur dans Montpellier durant le siége,

lui demande pardon au nom du conseil des Églises. Il va après en sa

chambre, où les députés des Cévennes en font autant; à cinq heures les

consuls de Montpellier[401].

[401] Le traité fut signé ce jour, et mit fin à la guerre; il

confirma l'édit de Nantes, et accorda aux protestants pour places de

sûreté Montauban et la Rochelle.

_Le 23, dimanche, à Montpellier._—Il va à la procession générale,

entend la messe à la grande loge, va visiter les fortifications[402].

[402] Deux mille hommes de la ville sortirent en armes au-devant du

Roi, qui entra dans Montpellier avec pareil nombre de soldats, suivis

de ceux qui étaient sortis; puis il renvoya les siens, n'en gardant

que deux cents pour ses gardes particuliers.

_Le 24, lundi._—A onze heures dîné au festin, chez M. de Luxembourg.

_Le 25, mardi._—Il va au conseil, va après au collége du Pape, voir le

cabinet de M. Ramelin, y tient à baptême un garçon d'un pauvre homme,

avec la femme de M. le général Grille, homme riche.

_Le 28, vendredi._—Il part de Saint-Gilles, passe le Rhône, arrive à

Arles.

_Le 30, dimanche._—Il arrive à Arles, fait son entrée, en demeure fort

satisfait. Le peuple crioit en son langage: «Vive notre bon Roi Louis»,

et l'on lui a ouï dire ces paroles: _Dieu vous bénie, mon peuple, Dieu

vous bénie!_ Le soir pensif, il me dit qu'il avoit été triste tout le

jour, joue avec M. de Blainville.

_Le 1er novembre, mardi, à Arles._—Il va à la grand'messe à

l'évêché[403], et, en la cour, touche quatre cents six malades. Il voit

courir les taureaux sauvages en la place de l'évêché.

[403] L'évêque Gaspard de Laurent, né à Arles, nommé en 1603, mort

en 1629, reçut le Roi dans l'église de Saint-Étienne et le harangua,

à ce que disent les auteurs du _Gallia Christiana_, qui ajoutent

que tous les dessins de la réception ont été publiés par T. Bovis,

prêtre, dans son _Histoire des rois d'Arles_.

_Le 3, jeudi._—Il part d'Arles, va à Salon, arrive à Aix, fait son

entrée.

_Le 5, samedi._—Il part d'Aix et va souper à Maximin.

_Le 6, dimanche._—Il va à Sainte-Baulme, où il fait ses

dévotions[404]; y eut froid, y a dîné à midi. Il va après à Aubaigne.

[404] C'est le roc situé près de Saint-Maximin, au haut d'une

montagne, où la tradition assure que sainte Madeleine fit pénitence

pendant trente ans; il y a eu de tout temps une chapelle.

_Le 7, lundi._—Il part d'Aubaigne et fait son entrée à Marseille à six

heures; va à la Majour, revient souper en son logis.

_Le 8, mardi._—Le matin il va voir pêcher aux thons, et il en tue six

avec une corsecque. A deux heures et demie il monte à pied à Notre-Dame

de la Garde, où M. Brayer, qui étoit le capitaine, lui a donné la

collation; il revient par Saint-Victor.

_Le 9, mercredi._—Il va à la messe à la Majour pour faire chanter

le _Te Deum_ pour la nouvelle de la bataille navale gagnée par M. de

Guise, devant la Rochelle[405], va voir la pêche du thon.

[405] Cette bataille navale avait été gagnée le 16 septembre.

_Le 10, jeudi._—Il part de Marseille, arrive en chassant à Aix pour la

deuxième fois, va à l'église.

_Le 11, vendredi._—Il va à l'église, où il tient à baptême le fils de

M. d'Oppède[406], premier président du Parlement; part après dîner.

[406] Jean Meynier, baron d'Oppède, fils du premier président qui fit

exécuter en 1551 le jugement prononcé contre les Vaudois. Une branche

de la maison de Forbin a relevé ce nom et hérité de cette haute

charge de magistrature.

_Le 15, mardi._—Il passe à Tarascon, va à Beaucaire, à l'assemblée des

états de la province de Languedoc; il lui est fait entrée.

_Le 16, mercredi._—Il passe le Rhône, revient à Tarascon, passe la

Durance à gué, et à trois heures fait son entrée à Avignon; loge au

palais.

_Le 17, jeudi._—Il monte à cheval, va à la chasse, où M. le duc de

Savoie le va rencontrer, et revient le menant avec lui, et entre avec

le Roi à Avignon.

_Le 18, vendredi._—Il va aux Jésuites voir jouer des comédies.

_Le 20, dimanche._—Il va en son cabinet, donne audience aux députés

de l'assemblée des états de Languedoc, M. l'évêque de Montpellier[407]

prenant la parole; va chez M. de Luxembourg, où il a dîné au festin, à

la maison de M. de Breton. Après son dîner il va au sermon, puis tient

à baptême le fils de M. de Breton, dont sa femme étoit accouchée une

heure après que le Roi eut fait son entrée, avec Mme la duchesse de

Chevreuse.

[407] Pierre Fenouillet, qui n'était rentré qu'avec le Roi dans

Montpellier et l'y harangua.

_Le 21, lundi._—Il entre en carrosse et M. le duc de Savoie avec lui,

et part d'Avignon. A un demi-quart de lieue, M. le duc de Savoie sort

du carrosse, et prend congé de lui, ayant porté un genou en terre,

et s'en retourne en Piémont. Le Roi arrive à deux heures et demie à

Caderousse, va au conseil, puis joue aux cartes avant souper.

_Le 28, lundi._—Il fait son entrée à Montélimart, puis à Valence, puis

à Romans, part de Saint-Marcellin, par Tullin, Varète, où il s'arrête

à un moulin, y voit forger des épées.

_Le 29, mardi._—Il fait son entrée à Grenoble, à quatre heures.

_Le 1er décembre, jeudi._—Il va à l'église à sept heures et demie,

monte à cheval, va à Vigile, lieu de plaisance de M. le connétable, qui

lui a donné à dîner; après dîner il revient à Grenoble.

_Le 3, samedi._—Étant à Grenoble, il mange chaque jour du fromage de

la Grande Chartreuse, qu'ils lui avoient donné; en mange d'un deuxième,

le trouve bon; il l'étoit. Il part de Grenoble à cheval, et monte en

carrosse aux faubourgs à cause du froid.

_Le 5, lundi._—Il fait son entrée à Vienne; y soupe.

_Le 6, mardi._—Il arrive à Lyon pour la première fois, par la Saône,

en bateau, à l'archevêché, ayant vu auparavant à la rencontre la Reine

sa mère et la Reine. En arrivant il va en son cabinet, puis au cabinet

de la Reine, et le soir chez la Reine à la comédie françoise; le soir

couché, puis relevé, il va chez la Reine.

_Le 8, jeudi._—A une heure il entre en carrosse, va voir la Reine sa

mère, logée à Bellecourt, va à vêpres aux Jésuites, revient chez la

Reine.

_Le 10, samedi._—Il va à l'église, où il donne le bonnet de cardinal à

M. de Richelieu, évêque de Luçon. Il va chez sa mère, revient chez M.

d'Alincourt; à quatre heures à la comédie italienne.

_Le 11, dimanche._—Il va dîner à la Motte, puis fait son entrée à

Lyon. Il arrive à l'archevêché avec la Reine, dans une litière ouverte

et le visage découvert. Il a soupé au festin chez M. d'Alincourt.

_Le 15, jeudi._—Il monte à cheval, va à la volerie pour recevoir en

chemin Mme la princesse de Savoie-Piémont, sa sœur, revient à quatre

heures à la comédie italienne.

_Le 20, mardi._—Il passe la rivière de Loire sur un pont de bateaux;

elle étoit glacée. Il arrive à Roanne à neuf heures. Il avoit fait

dessein d'aller par eau jusques à Briare, pour y faire la fête de Noël;

cet accident de glace le fait changer de dessein. A midi il monte à

cheval, part de Roanne, chassant de la harquebuse.

_Le 22, jeudi._—Il arrive à un méchant village nommé Tolon, y a dîné;

à midi il monte à cheval, part de Tolon, en passant sans s'arrêter

dans Moulins dehors la ville, et chassant arrive à deux heures à

Villefranche, descend à la Croix-Blanche, et, sans y entrer, monte sur

un autre cheval, fait porter ses oiseaux et sa harquebuse, va à la

chasse vers la rivière d'Allier, revient à quatre heures, s'amuse à

faire des barricades devant et derrière son logis, pour s'occuper, avec

des chariots, et pour y faire faire la garde par ses mousquetaires.

_Le 23, vendredi._—M. le duc de Nevers le vient saluer. Il arrive

à Nevers à trois heures; réception. N'ayant pas voulu entrer, il va

descendre à l'église, puis au château, le visite tout, reçoit les

soumissions des magistrats, soupe, servi de neuf services, le festin

donné par M. de Nevers.

_Le 30, vendredi._—Dispute entre les sieurs d'Aiguilly[408] et de

Sourdis[409], enfants d'honneur qui portoient des oiseaux de la

chambre; Aiguilly est appelé par le sieur de Longueville. Le Roi le

honnit; les voilà en colère. On lui dit qu'il les faut empêcher: _Non,

non, qu'on ne les empêche pas; laissez-les battre; je les séparerai

bien, je leur ferai trancher la tête_.

[408] Nicolas Hennequin, baron d'Ecquevilly; il fut depuis pourvu de

la charge de capitaine général de la vénerie, des toiles de chasse,

tentes, pavillons du Roi et équipages du sanglier.

[409] Charles d'Escoubleau, depuis marquis de Sourdis, maréchal de

camp et chevalier des ordres; il mourut le 21 décembre 1666.

ANNÉE 1623.

Revue à Charenton.—Entrée à Paris.—Disgrâce de M. de

Schomberg.—Ballet des géants et des pygmées.—M. de Beauclerc

nommé secrétaire de la Reine.—Coucher du Roi à une auberge

du Bourget.—Ballet des Bacchanales.—Fiançailles de M. de

Loménie.—Lacune de onze mois dans le journal.

_Le 5 janvier, jeudi._—En chassant il arrive à Pizeaux, voit la

Reine, qui y avoit couché, la trouve prête à partir pour aller coucher

à Fontainebleau. Il chasse tout le jour, et fait les bois avec M.

d'Angoulême.

_Le 8, dimanche._—Il arrive à Lésigny, où M. le prince de Joinville le

traite tant qu'il y est.

_Le 9, lundi._—A la fin de son souper il mange un bouquet de fenouil

sucré avec du sucre candi. J'avois fait faire par le fruitier du foin

sucré, par bouquets de la même façon. M. de la Vieuville en mangea et

quelques autres; de là la risée.

_Le 10, mardi._—Il arrive à Charenton, où il a dîné chez M. de

Verdun[410], premier président au parlement de Paris. Après son dîner,

il monte à cheval et trouve au-devant de lui sept ou huit mille hommes

en armes, gens de pied, en huit bataillons, entre dans la ville, à la

porte Saint-Antoine, à six heures. Il va à Notre-Dame; au sortir, entre

en carrosse, va au Louvre, à huit heures, soupe et après va chez la

Reine.

[410] Nicolas de Verdun, nommé à Toulouse par Henri IV, remplaça à

Paris M. de Harlay en 1615, et mourut le 16 mars 1627.

_Le 11, mercredi._—Il donne audience à messieurs du Parlement qui le

venoient saluer.

_Le 18, mercredi._—Il va à Saint-Germain, et revient à Paris avec la

Reine sa mère.

_Le 19, jeudi._—Après la messe il va chez la Reine sa mère, fait

sortir jusques aux femmes, demeure seul avec elle, M. de la Vieuville,

capitaine des gardes, seul à la porte; ils sont ensemble une heure

entière.

_Le 20, vendredi._—Il va au conseil chez la Reine sa mère, où étoient

avec eux M. le chancelier, M. de Puisieux, son fils, où fut le congé de

M. le comte de Schomberg[411], surintendant des finances, qui lui fut

apporté par écrit par M. Tronçon, secrétaire du cabinet.

[411] M. de Schomberg avait été nommé surintendant en 1619; il venait

de faire les deux campagnes du midi avec le Roi et avait exercé les

fonctions de grand maître de l'artillerie devant Clérac et devant

Montpellier. Le Roi l'avait nommé en 1622 gouverneur du Limousin.

Éloigné de la Cour en 1623, il y revint en avril 1625, et reçut le

bâton de maréchal en juin 1625.

_Le 22, dimanche._—A onze heures il fait venir et danser en sa chambre

le ballet de Monsieur, son frère, représentant le combat des géants et

des pygmées, fait tenir le bal.

_Le 24, mardi._—Il va au conseil, où il résoud le conseil des finances

et fait intendant M. de Beauclerc, secrétaire de la Reine.

_Le 27, vendredi._—Il va au Blancmesnil, soupe à sept heures de la

viande de M. d'Ocquerre, secrétaire d'État, et fils de M. le président

de Blancmesnil.

_Le 28, samedi._—Il va à cheval à Louvres en Parisis, et y soupe.

_Le 29, dimanche._—Il revient à Paris, va chez la Reine sa mère et

chez la Reine. Le soir encore chez la Reine, et à la comédie italienne.

_Le 1er février, mercredi._—A deux heures il va au conseil, où il se

fait montrer les états de sa maison.

_Le 3, vendredi._—Il va chez la Reine le soir.

_Le 7, mardi._—Il va chez la Reine; depuis plusieurs jours il recorde

son ballet chaque jour.

_Le 20, lundi._—Il va à la volerie plénière par les plaines du Roule,

vers celle de Saint-Denis; les Reines et les dames y vont aussi. Elles

s'en reviennent, et lui, sans découvrir son dessein à personne, va

au Bourget, loge à une hôtellerie, y fait lui-même tout. Il étoit en

eau, de peine, change de chemise, soupe à six heures de la viande

qu'un poulailler de Senlis portoit à des conseillers et à Messieurs

des Comptes à Paris, mange peu. Il n'avoit aucuns officiers qu'un

porte-manteau; M. le grand-écuyer de Bellegarde lui fait son lit; il

s'enveloppe dans sa mandille doublée de panne de soie, et se met sur le

lit.

_Le 23, jeudi._—Il va à la comédie, où il fait aller M. le connétable

de Lesdiguières, et M. Brulart, chancelier de France.

_Le 27, lundi._—Il va de çà, de là, attendant de danser son

ballet[412], va chez M. le prince de Joinville, grand chambellan, se

jette sur son lit, y dort tout vêtu, environ deux heures; commencé à

danser son ballet après minuit, fini à cinq heures et demie. Il ne se

couche point, déjeune, va à la messe, revient au conseil, dîne, part de

Paris et va à Louvres en Parisis, soupe avec des viandes habillées par

Georges, son premier cuisinier.

[412] Ballet des _Bacchanales_, organisé par Bordier; il a été

imprimé à l'Imprimerie royale.

_Le 28, mardi._—Il revient à Paris à cinq heures, va chez la Reine sa

mère, où se font les fiançailles du sieur de Loménie, seigneur de la

Ville-aux-Clercs, secrétaire d'État, avec Mlle Marie de Marçais[413].

Il va en son cabinet, puis en la salle de bal, au bal, et revient à

neuf heures trois quarts.

[413] Henri-Auguste de Loménie, sieur de la Ville aux Clercs, depuis

comte de Brienne. Il eut la capitainerie des Tuileries à la mort du

duc de Luynes. Il revenait, au moment de son mariage, d'une ambassade

en Angleterre. Il fut enfin chargé des affaires étrangères sous la

régence d'Anne d'Autriche, et mourut le 5 novembre 1666.

_Le 6, lundi._—Il va à la salle pour voir danser le ballet de la

Reine, le matin.

* * * * *

_Ici défaut la suite du présent journal durant onze mois douze jours,

avec quelques autres interruptions, remarquées aux endroits, qui ont

été misérablement perdus ou pillés et vilainement employés par la veuve

femme du feu sieur Hérouard, premier médecin du roi Louis treizième._

ANNÉE 1624.

Lacune des deux premiers mois.—Le Roi chasse et couche à

Versailles.—Cène de la Reine.—Le Roi se jette à l'eau pour

en tirer un homme.—Le journal d'Héroard devient beaucoup plus

court et monotone.—Manœuvres militaires à Compiègne.—Entrée du

cardinal de Richelieu au conseil.—Le comte de Carlisle.—Le Roi

pose la première pierre au pavillon du Louvre vers le jardin et

à la fontaine de l'Hôtel de Ville.—Inscription de Grotius.—Le

Roi se fait raser pour la première fois.—Il couche à Versailles,

que l'on meublait.—Disgrâce du surintendant la Vieuville.—M. de

Schomberg au conseil.—Chute de cheval du Roi.—Feu d'artifice

pour sa naissance.—Été très-chaud.—Rambouillet.—M. d'Aligre

chancelier.—Lacune dans le journal.

_Le 6 mars, mercredi._—Il va à Versailles à la chasse, revient au

galop comme il étoit allé, va chez la Reine sa mère.

_Le 8, vendredi._—Il va à la chasse à Versailles, prend un renard,

fait la curée.

_Le 9, samedi._—Il entre en carrosse et va pour la chasse à

Versailles, y dîne, par après monte à cheval, va courir un cerf, le

prend, revient de bonne heure et prend un renard. Après souper il va en

sa chambre, fait faire son lit, qu'il avoit envoyé querir à Paris, y

aide lui-même.

_Le 10, dimanche._—Il va à la messe, puis courir un renard, après

dîner monte à cheval et arrive à Paris. Il va chez la Reine sa mère, au

sermon, puis va jouer à la paume.

_Le 18, lundi._—Il va au conseil, donne audience au milord Richi,

ambassadeur extraordinaire d'Angleterre.

_Le 22, vendredi._—Il court le cerf et le loup à Chantilly, en prend

deux de chaque, court après un renard.

_Le 29, vendredi._—Il va à Compiègne, à la chasse.

_Le 2 avril, mardi._—A sept heures il part de Compiègne et monte à

cheval, et commande à son écuyer de bouche de prendre deux ou trois

pièces de poisson pour son dîner et de le suivre; va à Arton, à Choisy

où il fait faire l'exercice à six compagnies du régiment des gardes, et

y mêle ses mousquetaires qu'il fait mettre pied à terre fort bien, et

à dix heures fait étendre en terre des mandilles, dont il se sert de

nappe, et a dîné. Il revient à Compiègne, au conseil, après son dîner.

_Le 4, jeudi saint._—Il va à la chapelle, lave les pieds aux pauvres,

dîne à midi; va chez la Reine, lui voit faire sa Cène, revient en sa

chambre et me fait l'honneur de me dire: _Je viens de voir ce que je

n'avois jamais vu_. Il va en sa chapelle à Ténèbres; à six heures va

jouer à la longue paume en la cour du château. Après son souper il va

chez la Reine, se couche, puis se lève, s'amuse à faire des bataillons

avec des jetons, puis se recouche et s'endort.

_Le 7, dimanche, jour de Pâques._—Confessé, il va à la chapelle à la

messe, y a communié, touche les malades dans la basse-cour; le soir il

va chez la Reine.

_Le 11, jeudi._—A une heure et demie, il monte à cheval et va à la

chasse, court un lièvre qui passe une petite rivière; il le suit, et

voyant devant un homme de cheval qui faillit à tomber, il se jette dans

l'eau jusqu'au-dessus des bottes. Le sieur de Saint-Michel, celui qui

saisit Ravaillac, descend dans l'eau, le prend aux bras et le porte

au delà de la rivière. Le lièvre revient à passer l'eau, il suit de

même dans l'eau, revient à six heures. Dévêtu, séché, essuyé, changé

d'habit; il va au conseil, va chez la Reine, soupe et se couche à neuf

heures.

_Le 12, vendredi._—Il part de Compiègne, va dîner à Moussy.

_Le 13, samedi._—Couché, il se lève en robe, fait appeller le sieur

d'Argenson[414], fort entendu aux fonctions militaires, et s'amuse à

dresser diverses sortes de bataillons et à en inventer de nouveaux,

tant il est inventif en toutes choses et spécialement aux choses de la

guerre; après il va chez la Reine.

[414] René de Voyer, seigneur d'Argenson, depuis conseiller d'État

et ambassadeur à Venise, mort à Venise, en 1651. Il fut chargé de la

démolition de la citadelle de Bergerac et de faire raser plusieurs

châteaux dans la Marche, l'Auvergne et le Bourbonnais.

_Le 15, lundi._—Étant à cheval, son pied lui fait grand mal; il

s'étoit plaint la veille du pied droit; débotté, chaussé d'un soulier,

il ne laisse pas d'aller à la chasse. Le soir il a une grande douleur à

l'orteil du pied droit; le soir mis dessus des mouillages.

_Le 18, jeudi._—Il va dans la plaine près de Compiègne, où il y avoit

six compagnies de son régiment des gardes, leur fait lui-même faire les

exercices. La Reine y étoit, M. le comte de Soissons, M. le connétable

et toute la Cour; il faisoit extrêmement bien. Il revient à cinq heures

chez la Reine sa mère.

_Le 29, lundi._—Il va chez la Reine sa mère, puis au conseil, où il

donne séance à M. le cardinal de Richelieu[415].

[415] «M. le cardinal de Richelieu, dit Bassompierre à cette date,

avoit été mis au conseil étroit.»

_Le 1er mai, mercredi._—Il va jouer à la longue paume, et Monsieur,

qui l'étoit venu voir, avec lui; à une heure il dîne, et Monsieur avec

lui. Il va à la chasse au loup, a goûté à la campagne.

_Le 6, lundi._—La Reine sa mère, à Compiègne avec lui. Il va au

conseil, donne audience aux Hollandois, va à la comédie italienne;

après monte à cheval, va à la chasse.

_Le 8, mercredi._—Couché à dix heures; levé, il va chez la Reine[416],

revient et s'endort jusques à cinq heures et demie après minuit.

[416] Ces mentions significatives sont fréquentes.

_Le 26, dimanche de la Pentecôte._—Il faisoit une excessive chaleur.

Il touche les malades.

_Le 29, mercredi._—A midi il donne audience à l'ambassadeur de Venise.

_Le 30, jeudi._—Il a goûté de quatre sortes de vins que M. le duc de

Savoie lui a envoyés.

_Le 31, vendredi._—A cinq heures du matin il va à cheval à la chasse,

détourner un renard avec son limier; c'étoit une façon nouvelle qu'il

avoit inventée.

_Le 3 juin, lundi._—Il donne audience à M. l'ambassadeur de Danemark.

_Le 4, mardi._—M. le comte de Carlisle[417], ambassadeur anglois,

arrive pour le mariage de Madame, entre quatre et cinq heures.

[417] James Hay, comte de Carlisle.

_Le 5, mercredi._—A trois heures le comte de Carlisle voit le Roi à

son audience première; le soir il va chez sa mère et chez la Reine.

_Le 7, jeudi._—Il donne audience à M. le comte de Carlisle seul, après

va au conseil, puis chez sa mère; le soir il va chez la Reine.

_Le 10, lundi._—Il va à la chasse au renard, revient à quatre heures

et demie, fait faire les exercices à six-vingts hommes de pied de sa

suite, qu'il arma sur-le-champ des armes ramassées.

_Le 13, jeudi._—Il va chez sa mère, puis donne audience à

l'ambassadeur de Danemark.

_Le 18, mardi._—Les Hollandois prennent congé de lui.

_Le 21, vendredi._—Il va chez la Reine le soir.

_Le 26, mercredi._—Il va à la comédie italienne, puis chez la Reine sa

mère. Il est à son souper; sur la fin l'on dessert du massepain de la

Reine; il n'avoit osé en demander, l'écoute et le demande à l'officier

qui le desservoit, le prend, et le mange. Monsieur, son frère, y

survient, lui en donne, le jeu l'échauffe; M. de la Vieuville y vient

et M. Bautru[418]. Ils se prennent à la viande, aux poulets; lui en

mange deux cuisses, et d'un poulet d'Inde, du pain assez, et bu un coup

de vin fort trempé. A dix heures et demie il va en sa chambre, ayant

pris congé de la Reine sa mère, et se promène avec M. de Montmorency,

ne se couche point, monte à cheval à une heure et va à Louvres en

Parisis.

[418] Guillaume de Bautru, né en 1586, d'un conseiller au grand

conseil; il a été comte de Serrant, conseiller d'État, introducteur

des ambassadeurs et plusieurs fois ambassadeur; ç'a été de plus l'un

des beaux esprits du dix-septième siècle, au jugement de Ménage.

Il mourut le 7 mars 1665.—Son frère, Nicolas de Bautru, comte de

Nogent, était capitaine des gardes de la porte.

_Le 27, jeudi._—Il va au Blanc-Mesnil, dépouille son pourpoint, se

met sur son lit à midi et s'éveille à quatre heures. Il va jouer à la

longue paume deux heures, puis soupe et se couche à dix heures.

_Le 28, vendredi._—Il monte à cheval à onze heures, part du

Blanc-Mesnil, arrive à Paris à une heure, va au Louvre pour mettre la

première pierre du pavillon du côté du jardin, avec une médaille de

la face et du revers du pavillon, avec lettre faite par M. Grotius,

Flamand, homme très-docte[419]. Au partir de là il est allé à

l'Hôtel-de-Ville, y a goûté, y met la première pierre d'une fontaine

que l'on avoit fait venir en la place des eaux de Roungy, puis monte à

cheval, va au galop à Versailles[420], y arrive à cinq heures, va à la

chasse au renard, revient souper à huit heures.

[419] Hugues de Groot, compromis avec Barnevelt; il fut emprisonné et

s'échappa par l'habileté de sa femme. Il vint en France, où il obtint

une pension; il essaya de rentrer dans sa patrie, mais dut s'éloigner

encore et rentra à Paris comme ambassadeur de Suède. Il mourut à

Rostok, dans le Mecklenbourg, en 1645.

[420] On trouve dans le registre de la paroisse de Saint-Julien de

Versailles, à la date du 30 juin 1624, l'acte de baptême d'une fille

de François Mongey, concierge du château de Versailles, tenue par

«Nicolas Bautru, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, pour et

au nom de très-chrétien Louis treizième de ce nom, roi de France et

de Navarre, lui étant à son château de Versailles». (_Archives de la

mairie de Versailles._) L'installation de Louis XIII à Versailles est

fixée à l'année 1624 par cet acte et par le journal d'Héroard à la

date du 2 août suivant. La terre et seigneurie de Versailles ne fut

cependant achetée par le Roi que le 8 avril 1632, à Jean-François de

Gondi, archevêque de Paris.

_Le 29, samedi, à Versailles._—Il va à la messe, puis au bois à pied.

Après dîner il monte à cheval pour aller au laissez-courre d'un cerf,

puis va courir un renard.

_Le 30, dimanche, à Versailles._—Après dîner il fait faire l'exercice

à ses mousquetaires.

_Le 1er juillet, lundi, à Versailles._—Il chasse au renard, va courir

le cerf qui le mène jusques aux étangs de Marcoussy et revient à

Versailles fort las.

_Le 2, mardi, à Versailles._—Il va à la messe, va faire donner

la curée du cerf à ses chiens, revient au château, va faire faire

l'exercice à ses mousquetaires, puis a tracé le plan de la basse-cour

de sa maison de Versailles.

_Le 3, mercredi, à Versailles._—Il va à la messe, court le cerf, donne

la curée à ses chiens.

_Le 4, jeudi, à Versailles._—Il chasse au renard.

_Le 5, vendredi._—Il part de Versailles après déjeuner.

Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628) · 第 21 / 37 段