à faire et à manger des beignets; soupant à Cormeille, soudain il va
au gobelet, où il fait faire des petits choux au lait; bu six coups de
vin clairet fort trempé, à la santé des princes qui étoient là: MM. les
princes de Condé, de Vendôme, son frère le grand prieur. Il revient
dans sa chambre, où il danse aux chansons.
_Le 6, dimanche._—Il va au logis de M. de Vendôme, où il a déjeûné;
va à la messe, monte à cheval, part de Cormeille et va à Saint-Denis;
va à la cuisine, dresse les plats, emporte le premier, les princes de
même, dresse sur table, puis dîne, arrive à Paris à deux heures. Il va
chez la Reine; soupe à six heures et demie, puis va en son cabinet à la
comédie italienne, puis au bal, et revient à minuit.
_Le 7, lundi._—Il va en haut à la comédie italienne, y voit un grand
ballet venu de la ville, à onze heures revient se mettre au lit; puis
relevé peu après, il va chez la Reine.
_Le 10, jeudi._—Il va à la volerie vers Grenelle. La terre étoit fort
molle, à cause du dégel et des pluies; son cheval tombe et lui de tout
son long, il ne se fait aucun mal. Il revient chez la Reine sa mère.
_Le 23, mardi._—Il va le soir chez la Reine.
_Le 25, vendredi._—Il entre en carrosse pour aller passer son temps,
part de Paris, arrive à Villemenon, aussitôt va à la cuisine, fait
dresser la viande, la met sur table, s'assied avec la compagnie: M. le
prince de Condé, M. de Vendôme, M. le grand prieur, son frère, M. le
Grand, M. de Courtenvaux, M. de Blainville, premiers gentilhommes de la
chambre.
_Le 13 mars, dimanche._—Il va à l'assemblée à Meulan, où il a dîné au
festin fait par Desplans, gouverneur; retourne à Saint-Germain.
_Le 14, lundi._—Il revient à Paris, va chez la Reine, et lui donne M.
de Beauclerc pour secrétaire[378].
[378] Charles de Beauclerc, sieur d'Achères et de Rougemont,
secrétaire d'État de la Reine-mère pendant sa régence, fils d'un
trésorier général de l'extraordinaire. Henri IV l'avait donné
comme secrétaire des commandements au Dauphin. Devenu Roi, il le
créa secrétaire du cabinet et il devint l'intime confident de M.
de Luynes, qui s'en dégoûta à cause de sa franchise. Après la
mort du favori, Louis XIII nomma Beauclerc un des deux intendants
des finances, et le fit secrétaire d'État en 1624. Richelieu
ayant reconnu ses hautes qualités voulut le conserver au siége de
la Rochelle; mais il ne voulut pas quitter le Roi, et mourut à
Paris, en 1630.
_Le 16, mercredi._—Il va chez la Reine, à ses oiseaux, au conseil. Sur
les trois heures après midi la Reine accouche d'un embryon de quarante
ou quarante-deux jours; il va chez elle à six heures trois quarts[379].
[379] «La Reine devint grosse, et l'étoit de six semaines, quand
un soir, Mme la Princesse tenant le lit, la Reine y alla passer
la soirée jusques après minuit avec les autres princesses et
dames du Louvre; M. de Guise, les deux frères de Luynes, M. le
Grand, Blainville et moi, nous y trouvâmes, et la compagnie fut
fort gaie. Quand la Reine s'en retournant coucher et passant par
la grande salle du Louvre, Mme la connétable de Luynes et Mlle
de Verneuil la tenant sous les bras et la faisant courir, elle
broncha et tomba en ce petit relais du haut dais, dont elle se
blessa et perdit son fruit. On céla l'affaire au Roi le plus
que l'on put.... On fit savoir au Roi comme et en quelle façon
la Reine s'étoit blessée, et on l'anima tellement contre les
deux dames, qu'il dépêcha de Toury-la-Fouraine à la Reine pour
lui mander qu'il ne vouloit plus que Mlle de Verneuil et Mme
la connétable de Luynes fussent auprès d'elle, et leur écrivit
à chacune une lettre pour leur faire savoir qu'elles eussent
à se retirer du Louvre.» (_Mémoires de Bassompierre._) Mme de
Motteville dit seulement que dans les commencements de son
mariage «la Reine se crut devenue grosse, comme elle le crut
quelque temps, et de s'être blessée pour avoir trop couru après
la connétable.»
_Le 17, jeudi._—Il va chez la Reine, à midi monte à cheval, va à la
volerie vers les plaines du Roule et de Montmartre, revient à cinq
heures chez la Reine sa mère, à sept heures va en sa chambre, où il
fait les fiançailles du fils de M. le duc d'Angoulême, le comte d'Alès,
et de la fille de M. le maréchal de la Châtre[380]. Le soir il va à la
comédie italienne.
[380] Louise-Henriette, fille unique du second maréchal de la
Châtre et d'Élisabeth d'Étampes-Valençay, épousa Louis-Emmanuel
de Valois, comte d'Aletz. Veuve en 1653, elle se remaria avec
François de Crussol, et après divorce avec M. Pot de Rhodes,
grand maître des cérémonies.
_Le 20, dimanche._—Il part pour son grand voyage, secrètement, à
cheval, tandis que tout le monde l'attendoit au Louvre pour le voir
passer.
_Le 24, jeudi, à Orléans._—Il va aux Récollets, où il lave les pieds
aux enfants, va en sa chambre. Querelle de M. le maréchal de Vitry et
de M. de Luxembourg dans la chambre du Roi. A trois heures il entre en
carrosse, va gagner les pardons.
_Le 26, dimanche._—Il va délivrer les prisonniers.
_Le 27, lundi._—Il part d'Orléans, entre en bateau, encore qu'il fît
grand vent et contraire, ne craint pas, déjeûne dans le bateau, met
pied à terre à Beaugency.
_Le 31, jeudi._—Il arrive à Blois, chez la Reine sa mère.
_Le 5 avril, mardi._—Il part de Blois, s'embarque pour Nantes avec M.
de Soubise, arrive à quatre heures à Tours. Logé près de Saint-Julien,
il va chez M. de Souvré, où il a soupé.
_Le 7, jeudi._—Il va à l'abbaye de Saint-Florent où il a goûté. M.
l'évêque de Cominges[381], qui en étoit abbé, lui a donné la collation.
[381] Gilles de Souvré, fils du maréchal; nommé, en 1614, abbé de
Saint-Florent, il quitta en 1623.
_Le 9, samedi._—Il arrive à Ancenis, maison de M. de Vendôme, qui
donna le festin fort magnifique.
_Le 10, dimanche._—Reçu à Chassay près Ancenis, par la maison de
l'évêque; étant au lit, il y parle de M. le connétable. Il en contoit
bien des choses qu'il lui demandoit, et entre autres qu'il lui dit
qu'il lui falloit donner 4,000,000 d'or; qu'il n'avoit jamais vu tant
de parents.
_Le 13, mercredi._—Il va au conseil, sur le rapport, fait par M. le
Prince, que M. de Soubise avec toute son armée étoit entré dans l'île
de Riez.
_Le 14, jeudi._—Il part de Legeay, voit son régiment des Suisses, ne
laisse pas de chasser à la harquebuse; à onze heures n'ayant rien à
dîner, il mange du pain qu'il fait acheter des Suisses et un peu de
fromage dont il n'avoit jamais mangé, arrive à Chalan, où il dîne.
_Le 15, vendredi, à la Chaussée._—M. le prince de Condé lui envoie
demander des secours; il quitte son dîner, et dit: _Je y veux
aller!_—Il monte à cheval; va à deux lieues de chemin, couche dans une
petite masure, tout vêtu, sur de la paille, sa robe dessus, son manteau
dessous, y dort deux heures par sommes entrecoupés, par soin de se
lever pour aller à la guerre[382].
[382] «Sur le temps que, couché sur un méchant lit, le Roi
conféroit du passage avec nous, dit Bassompierre, il arriva
une grande alarme par tout le camp, comme si les ennemis nous
fussent venus sur les bras, et en cet instant cinquante personnes
se jetèrent dans la chambre du Roi, qui lui dirent que les
ennemis venoient à nous. Je savois bien qu'il étoit impossible,
car la mer étoit haute, et qu'ils n'eussent su passer; c'est
pourquoi, au lieu de m'en alarmer, je voulus voir comme le Roi
la prendroit, afin que, selon sa hardiesse ou son étonnement,
j'eusse à l'avenir à me gouverner vers lui aux propositions que
je ferois. Ce jeune prince, qui étoit couché sur le lit, se leva
assis, à cette rumeur, et, avec un visage plus animé que de
coutume, leur dit: «Messieurs, c'est là dehors qu'est l'alarme
et non dans ma chambre, comme vous voyez, et où il faut aller.»
..... Je fus ravi de voir l'assurance et le jugement d'un homme
de son âge, si mûr et si parfait. Il se trouva que c'étoit une
fausse alarme.»
_Le 16, samedi._—Il se lève à minuit; se fait amener le cheval que
lui a donné M. du Hallier. En la bataille, M. le prince de Condé et le
comte de Soissons à l'avant-garde, M. de Vendôme à l'arrière-garde.
Il marche une lieue ou deux en bataille, entre dans une île sans
qu'il y eût de gens de guerre. A quatre heures du matin il se trouve
à Saint-Gilles-en-Rié, où le prince de Soubise se sauvoit avec toute
son armée en désordre. Je remets le demeurant à l'histoire. Ce fut un
coup du ciel d'avoir préservé le Roi engagé dans l'île, et d'avoir eu
la victoire sans un seul blessé ou fort peu; il y fut tué plus de trois
mille hommes; canons, drapeaux et bagages perdus. A onze heures et
demie à Saint-Gilles, ce fut la plus grande route, dîner[383]. Il va le
soir à Aspremont, se débotte à huit heures, fut vingt heures sans se
coucher et dix-huit à cheval.
[383] L'île de Rié est un canton du Poitou, entouré de marais, et
où M. de Soubise s'était retiré; le Roi le battit complétement,
et lui tua 4,000 hommes.
_Le 20, mercredi, à la Roche-sur-Yon._—M. Leclerc, intendant des
finances, lui donne à goûter.
_Le 24, dimanche._—Il va à Niort pour la deuxième fois, va au château,
où il a dîné au festin donné par M. de Parabère, gouverneur de la
ville[384].
[384] Jean de Baudéan de Parabère, lieutenant du Roi en Poitou.
_Le 26, mardi._—Il voit passer le régiment de Navarre, commandé par le
baron de Palluau, puis va au conseil.
_Le 28, jeudi._—Il part de Chizay, volant par le chemin, arrive à
trois heures à cheval à Saint-Jean-d'Angély. En entrant il baissa
son chapeau et détourna sa vue des ruines des murailles, entièrement
rasées. Aussitôt qu'il fut entré, il haussa son chapeau et regardoit
librement partout.
_Le 1er mai, dimanche, à Saintes._—Il va à vêpres, et à trois heures
et demie donne audience aux Suisses de Berne et de Zurich.
_Le 7, samedi._—A cinq heures du matin, il monte à cheval et va avec
M. du Hallier, capitaine des gardes, et deux écuyers, aux tranchées, où
il fut tiré un coup de pièce qui tomba à six pas de lui. Il donne cent
écus aux soldats de ses gardes qui entroient aux tranchées[385].
[385] «Je fus, rapporte Bassompierre, voir le Roi en son
quartier, lequel me dit que le lendemain, à quatre heures du
matin, il vouloit venir à notre tranchée, et que je l'attendisse
au commencement d'icelle, à une longue ligne que je fis toute
la nuit hausser pour le faire arriver en sûreté. Il vint donc
le samedi 7, accompagné de M. d'Épernon et de M. de Schomberg:
c'étoit la première fois qu'il y étoit jamais venu. Il me fit
l'honneur de me dire: «Bassompierre, je suis nouveau: dites-moi
ce qu'il faudra faire pour ne point faillir.» A quoi je ne fus
guère empêché, car il fit plus généreusement que pas un de nous
n'eût fait, et monta trois ou quatre fois sur la banquette des
tranchées pour reconnoître à découvert, s'y tenant si longtemps
que nous frémissions du péril où il se mettoit, avec une plus
grande froideur et assurance qu'un vieux capitaine n'eût su
faire, et ordonna du travail de la nuit suivante comme s'il eût
été un ingénieur. Je lui vis faire en retournant une action qui
me plut extrêmement; car, après être remonté à cheval, à un
certain passage que les ennemis connoissoient, ils tirèrent un
coup de pièce qui passa à deux pieds au-dessus de la tête du
Roi, qui parloit à M. d'Épernon; je marchois devant lui, et me
tournai, appréhendant le coup que je vis venir pour le Roi. Je
lui dis: «Mon Dieu, Sire, cette balle a failli vous tuer.» Il
me dit: «Non pas moi, mais M. d'Épernon;» et ne s'étonna ni ne
baissa la tête, comme beaucoup d'autres eussent fait.... J'ai vu
plusieurs et diverses autres actions du Roi en plusieurs lieux
périlleux, et dirai sans flatterie ni adulation que je n'ai
jamais vu un homme, non un roi, qui y fût plus assuré que lui.»
_Le 9, lundi._—Il va à trois heures et demie au camp, voir une attaque
qui se devoit faire d'un bastion, qui fut rude et dura plus de deux
heures.
_Le 11, mercredi._—Il monte à cheval, va au camp, à la tranchée du
régiment des gardes; il donne la composition à ceux de Royan[386];
revient à la messe sous la tente. Après son dîner, il va au camp pour
faire accomplir la composition, revient au conseil.
[386] La place soutint quinze jours de tranchées.
_Le 12, jeudi._—Il va au logis de M. de Schomberg, où il a soupé.
_Le 25, mercredi._—Il arrive à quatre heures à Sainte-Foy-la-Grande,
qui se remet en son obéissance[387].
[387] M. de la Ville aux Clercs, secrétaire d'État (plus connu
depuis sous le nom de comte de Loménie de Brienne), fut envoyé
par le Roi vers le marquis de la Force, et l'on traita pour
Sainte-Foy et pour toute la Basse-Guyenne, sans que le marquis
voulût qu'on s'occupât de lui. Le traité fut ainsi conclu, et
le Roi le jour de son entrée donna à M. de la Force le bâton de
maréchal de France, avec une large indemnité.
_Le 26, jeudi, à Sainte-Foy._—Il va à confesse au P. Séguin, à la
messe et à la procession à la Fête-Dieu.
_Le 31, mardi._—Il part d'Aiguillon et arrive au Port-Sainte-Marie.
_Le 2 juin, jeudi._—Il va à Agen pour la deuxième fois, va à l'évêché,
où M. l'évêque[388] lui donne à souper.
[388] Claude de Gelas, ancien trésorier de la Sainte-Chapelle,
nommé en 1614, mort en 1630.
_Le 8, mercredi._—A neuf heures il monte à cheval, part de Villemande,
ayant fait mettre en marche son armée en bataille. Passant près de
Montauban, il a dîné à onze heures à Albias, dans un champ labouré, au
grand soleil. Il remonte après à cheval, va voir les attaques qui se
faisoient à Négrepelisse, qui avoit refusé les portes[389].
[389] Le siége dura deux jours et la ville fut saccagée, parce
que ses habitants avaient massacré, au mois de janvier précédent,
quatre cents hommes de troupes royales.
_Le 10, vendredi._—Il va à la fenêtre, d'où il voit l'assaut qui se
donnoit à Négrepelisse, qui fut prise; tout tué et le lendemain brûlé.
_Le 12, dimanche._—Il va à la messe en la rue, sous le portique de son
logis; monte à cheval. A sept heures il part de las Gardies, village,
passe la rivière de l'Aveyron et arrive à Montricous; va au conseil.
_Le 13, lundi._—Il arrive à la plaine de Campadour, qu'il avoit donnée
pour rendez-vous à l'armée, y dîne sous des pruniers. A midi il monte à
cheval, et va voir faire un logement au siége de Saint-Antonin[390]. Il
y fut tiré un coup de piste, portant balle de plomb de la grosseur d'un
œuf, qui passa droit et au-dessus de lui. Il arrive à trois heures aux
Granges, et y a soupé, en un très-méchant logis.
[390] Les habitants de cette ville avaient déjà refusé en 1621
de se soumettre au duc de Mayenne, et reçurent pour gouverneur,
quand Sainte-Foy se rendit, le baron d'Eymet, cinquième fils du
maréchal de la Force.
_Le 16, jeudi._—Il va au camp à dix heures, au-dessus d'une batterie
où il y avoit deux coulevrines, en pointe par deux fois, tire sur des
paysans qui remparoient; à la deuxième fois il en tue deux.
_Le 17, vendredi._—Il s'endort à onze heures, entretenu de bons
discours par M. le prince de Joinville et M. de Bassompierre; endormi
jusqu'à neuf heures après minuit.
_Le 19, dimanche._—A une heure il monte à cheval, va au camp, où il
vit faire une attaque à une corne, qui fut virilement soutenue et
repoussée par les femmes, à coups de hallebarde. M. le duc de Retz fut
blessé près du Roi, d'une mousquetade à travers du genou, la balle
demeurant dedans. Il s'en va au conseil, s'en revient fort fâché.
_Le 24, vendredi._—Il dîne chez M. de Schomberg, puis voit sortir la
garnison de Saint-Antonin, qui se rend à composition.
_Le 25, samedi._—Il arrive à Castelnau de Montmirail, fait un combat
contre le prince de Joinville avec des prunes nouvelles prises aux
arbres, non encore mûres[391].
[391] «Comme la traite étoit longue, dit Bassompierre, le Roi
fut contraint, pour attendre les troupes demeurées derrière,
d'y séjourner le 25 (à Castelnau de Montmirail), où nous nous
amusâmes à faire un retranchement entre deux chemins, que nous
garnîmes de noix, et le défendîmes contre le Roi, qui l'attaqua.»
_Le 27, lundi._—Il arrive à Toulouse à dix heures, pour la deuxième
fois, y dîne, va au conseil, reçoit les députés de la cour de Parlement
et les autres corps des compagnies.
_Le 3 juillet, dimanche._—Il entre en carrosse à dix heures, va à la
messe aux Carmélites, et y met la première pierre à leur église, va
ensuite en sa chambre, au conseil, et à quatre heures regarde passer
les processions des pénitents bleus, entre lesquels étoit M. le Prince.
A sept heures trois quarts il va chez M. le prince de Joinville, qui
faisoit bâtir, et y a soupé.
_Le 4, lundi._—Éveillé à trois heures et demie après minuit, il se
plaint, criant et me disant avoir eu froid étant couché dans le lit, et
fort peu dormi, les yeux chauds et la tête pesante. Levé, blême, il se
sent foible et lassé; vêtu, botté, prié Dieu, déjeuné à quatre heures.
Il part de Toulouse et arrive à dix heures et demie à Villefranche de
Lauraguais; à onze heures et demie il se plaint encore des mêmes choses
qu'il avoit fait ici dessus; dîne pourtant. Il va après en sa chambre,
en son cabinet; son lit n'étoit pas venu, il se met tout vêtu sur une
paillasse qu'on lui avoit apprêtée de paille fraîche. A une heure
dévêtu, mis au lit, pouls plein, égal, un peu hâté, chaleur aux yeux,
douleurs aux tempes et au chignon du col, chaleur âcre; il clignotoit,
altéré. A deux heures il s'endort jusques à quatre et demie, se trouve
mieux; levé assez gai, soupé en son cabinet.
_Le 5, mardi._—Il arrive à Castelnaudary, après avoir entendu les
harangues des magistrats au faubourg. Entrée à onze heures.
_Le 14, jeudi._—Il arrive à Carcassonne, reçoit les harangues, y entre
pour la première fois, va à l'église, puis au conseil[392].
[392] Le 16 le Roi avait envoyé au duc de Lesdiguières, âgé
de quatre-vingts ans, le brevet de connétable en Dauphiné, en
annonçant sa conversion.
_Le 17, dimanche._—Il entre à Narbonne pour la première fois; harangue
hors la ville. Le sieur d'Effiat[393], écuyer cavalcadour de la grande
écurie, portoit devant lui l'épée royale. Étant à cheval sous la porte,
ayant la croupière trop serrée et étant piqué, il saute les quatre
pieds en l'air; le Roi, surpris, est jeté sur le col, se remet si
dextrement qu'à peine il y apparut, et ne parut rien à sa contenance.
Il va à pied au port, voir les quatre frégates que M. de Guise avoit
emmenées, puis monte à cheval et fait tout le tour de la ville pour
voir les fortifications.
[393] Antoine Coeffier, dit _Ruzé_, marquis d'Effiat, premier
écuyer de la grande écurie, puis maréchal de France, mort en
1632. Il fut père du grand écuyer Cinq-Mars.
_Le 18, lundi, à Béziers._—Il s'amuse à jouer aux cartes avec les
sieurs de Montmorency, marquis de Portes, comte de Carmain[394], de
Bassompierre et de Toiras[395] jusques à neuf heures et demie.
[394] Adrien de Montluc-Montesquiou, maréchal de camp, chevalier
des ordres, comte de Carmain par sa femme, Jeanne de Foix.
[395] Jean du Caylar de Saint-Bonnet de Toiras, d'abord capitaine
de la volière de Louis XIII, maréchal en 1630 pour la défense de
Casal, disgracié par Richelieu et mort en 1636, au service du duc
de Savoie.
_Le 24, dimanche._—Confessé, il va à la messe aux Jésuites; il se
y faisoit une cérémonie pour la canonisation du père Ignace, et y a
communié. Après son dîner il retourne au sermon aux Jésuites.
_Le 25, lundi._—Il va en sa chambre, s'amuse à peindre au crayon,
ne laisse pas d'entendre ses affaires par M. de Puisieux, secrétaire
d'État.
_Le 11 août, jeudi._—Il part de Béziers, va à Pézenas pour la première
fois, va à la Grange, se y fait mouiller aux grottes; va à la chasse
voler les perdreaux, revient souper.
_Le 15, lundi._—Il part de Frontignan, va à Lunel.
_Le 17, mercredi._—Il va à Semières, où il reçoit la ville, et fait
sortir environ douze cents hommes de guerre; à neuf heures et demie M.
le Prince lui a donné à dîner.
_Le 19, vendredi, à Lunel._—A quatre heures il va hors la ville voir
le régiment des gens de pied du fils de M. le Prince, qui venoit de
Berry.
_Le 21, dimanche._—Confessé par le père Séguiran, il va à la messe au
Temple, y entend le sermon de M. Fenouillet, évêque de Montpellier.
_Le 22, lundi._—Il va à Aigues-Mortes, va par toute la tour, et par
toute la ville.
_Le 26, vendredi._—A cinq heures il reçoit M. le connétable de
Lesdiguières.
_Le 28, dimanche._—Il va au conseil, donne l'épée de connétable à M.
le maréchal de Lesdiguières.
_Le 31, mercredi._—Il va à Castelnau, qu'il avoit pris pour
rendez-vous de l'armée, se loge en haut de la montagne, du côté de
Montpellier, et va à une petite maison appartenant au sieur d'Aimerie,
premier consul dans Montpellier, se y accommode lui-même.
_Le 5 septembre, lundi._—A une heure après midi, dévêtu, mis au
lit pour dormir, n'ayant rien dormi la nuit à cause du bruit; il ne
dort point. A quatre heures vêtu; il donne audience aux députés de
Marseille[396].
[396] La tranchée avait été ouverte le 2 septembre au matin.
C'est ce jour qu'à la recommandation de la Reine-mère Richelieu
fut fait cardinal.
_Le 12, lundi._—Il va au conseil, fait sceller en sa chambre et en sa
présence les provisions de secrétaire d'État pour M. d'Ocquerre[397]
par la signature de M. de Gesvres, son oncle.
[397] Nicolas Potier d'Ocquerre, fils du président de Blancmesnil
et de Isabeau Baillet, secrétaire d'État par la démission de son
oncle, Louis Potier de Gesvres, père du duc de Tresmes, était
président en la chambre des comptes; il mourut en 1628 au siége
de la Rochelle.
_Le 23, vendredi._—Il donne les sceaux à M. de Caumartin[398]; pour
motif, le décès de M. de Vic, décédé à Pignan.
[398] Louis Le Fèvre de Caumartin, fils de Jean, trésorier
général des finances, et de Marie Varlet; il fut d'abord
président au grand conseil; il mourut à Paris, le 21 janvier
1623, âgé de soixante-douze ans.
_Le 29, jeudi._—A minuit vêtu, botté, il fait prendre les armes, va
au quartier des Suisses dans la hutte d'un colonel, sur les avis du
secours qui devoit venir à Montpellier; sans dormir, il va à la cuisine
de bouche, où il a déjeuné.
_Le 6 octobre, jeudi._—Il monte à cheval et va voir les trois
régiments de gens de pied qui arrivoient du Dauphiné. M. le connétable
arrive.
_Le 9, dimanche._—Après dîner il va à son cabinet, où il fait entendre
à M. le prince de Condé la résolution qu'il avoit prise sur la paix, et
sur ce qu'il vouloit repartir pour le dissuader, le Roi dit: _Il n'en
faut plus parler, je l'ai ainsi résolu_[399]; là-dessus M. le Prince
demande congé pour aller à Notre-Dame de Lorette, qui lui est accordé
et part soudain du logis du Roi, s'en va à Mauguiol et sur la nuit
s'embarque au Thau de Mauguiol, et arrive à minuit à Aigues-Mortes, et
avant le jour il part pour aller à Arles.
[399] On lit dans une lettre du marquis de la Force à sa femme,
du 3 novembre 1622, que M. le Prince se plaignant au Roi de
la paix, Louis XIII lui répondit que «puisqu'il voyoit qu'il
s'opiniâtroit à ne la vouloir pas, que s'il ne l'avoit pas faite,
que plutôt que ne la pas faire, il la leur feroit encore beaucoup
plus avantageuse.»
_Le 12, mercredi._—Ce matin, avant que d'aller dîner, il fait
M. de Bassompierre maréchal de France, par la démission de M. de
Lesdiguières, fait connétable, disant ces mots en riant devant
messieurs de son conseil: _J'ai promis à Bassompierre, quand il auroit
fait ses affaires, de le faire maréchal de France; je le fais et reçois
son serment_[400].
[400] Bassompierre ne dit mot de cette plaisanterie. Suivant
ses _Mémoires_, le Roi dès la fin d'août, en donnant au duc de
Lesdiguières l'épée de connétable, avait en même temps donné à
Bassompierre le bâton de maréchal, en lui promettant d'en faire
expédier les lettres. «Le mercredi 12 (octobre), ajoute-t-il,
je vins le matin au conseil, et me sembla que le Roi me faisoit
moins bonne mine que de coutume et ne me parla point. Il étoit au
cabinet de ses oiseaux, et peu après dit à la compagnie qu'ils
vinssent tenir le conseil en sa chambre..... Comme nous entrions,
M. le garde des sceaux me dit: «Je pensois, pour reconnoître les
obligations que je vous ai, vous envoyer vos lettres parfumées,
mais le Roi me pressa si extrêmement par Bautru, qu'il m'envoya
hier au soir, que je n'eus pas le temps.»—«Quelles lettres?»
lui répondis-je.—«Celles de maréchal de France, dont vous allez
prêter le serment.» Dont je fus bien étonné et réjoui de cette
nouvelle inopinée, et en même temps le Roi dit ces _mêmes_ mots:
«Messieurs, j'ai intention de reconnoître les bons et grands
services que j'ai reçus depuis plusieurs années de Monsieur de
Bassompierre, tant aux guerres que j'ai eues qu'en d'autres
occasions, d'une charge de maréchal de France, croyant qu'il m'y
servira dignement et utilement, etc.»