une assemblée assez séditieuse à la Rochelle, ils s'étaient
emparés de Privas et de quelques autres places, le Roi se décida
à aller les réduire; il se mit en route le 1er mai. Héroard ne
mentionne pas le jour de ce départ.
_Le 3 mai, lundi._—Il va à la comédie françoise à Orléans, part
d'Orléans dans le bateau, le lendemain matin à huit heures, dîne dans
le bateau; arrive à Blois à quatre heures, va au conseil. Le soir il va
chez la Reine après son souper[350].
[350] Héroard ne mentionne pas le passage du Roi à Saumur, dont
il enleva le gouvernement à du Plessis-Mornay.
_Le 14, vendredi._—Il va chez la Reine, chez le connétable (M. de
Luynes) au conseil, reçoit la Reine sa mère, à trois heures, laquelle
s'en retourne coucher à Bourgueil.
_Le 16, dimanche._—Il va voir la Reine sa mère, qui étoit venue de
Bourgueil pour lui dire adieu.
_Le 18, mardi._—Il arrive de Thouars à Parthenay pour la première
fois, ne veut pas du dais, dit qu'il est assez assuré de la fidélité
des habitants; il craignoit la cérémonie.
_Le 29, samedi._—Il part de Niort, va à Chizay, va chez le
connétable, monte à cheval, va voir passer l'artillerie qui étoit à
Briou, en fait tirer douze canons pour les faire entendre à ceux de
Saint-Jean-d'Angély[351].
[351] Le Roi réduisit, outre Niort, Parthenay avant d'arriver à
Saint-Jean.
_Le 30, dimanche._—Il touche des malades et loge au château de la
Thibaudière, au bourg de Chizay, se confesse, va à l'église et touche
les malades; revient ensuite dîner.
_Le 31, lundi._—Il dîne d'un demi-pain de munition, sans boire, chez
M. de Lesdiguières à Saint-Julien; puis, avec lui et le connétable, il
va reconnoître la ville de Saint-Jean-d'Angély.
_Le 2 juin, mercredi._—Il tient conseil en l'église de Saint-Julien,
et fait sommer M. de Soubise de lui rendre la place et de se rendre.
Il a répondu être très-sujet et serviteur du Roi, mais ne la pouvoir
rendre, la place lui ayant été commise par le sieur de Rohan, son
frère, en sa garde.
_Le 3, jeudi._—A deux heures il va à Aulnay voir la Reine; y allant à
cheval, étant sur une hauteur avec M. le connétable et le maréchal de
Praslin, sur une fourche de chemin, doutant quel chemin ils prendront,
sur cette dispute ils s'arrêtent. Cela donne loisir aux assiégés de
pointer un canon sur eux; comme ils commencent à démancher sur la main
droite, par l'avis de M. de Praslin, ils virent la balle, et elle tomba
à dix pas devant le Roi, qui n'en demeura non plus ému que de rien. Il
arrive à cinq heures à Aulnay.
_Le 5, samedi._—Le matin, en s'habillant, il s'informoit comment
étoit fait M. de Navailles, qui sans son passeport étoit venu voir
son frère blessé d'une mousquetade au coude[352]; l'ayant vu par la
fenêtre, sortant de la chambre de M. le connétable et s'en retournant
par sa permission, le père Arnoux entra. Le Roi lui dit: _Je viens de
voir un Navailles qui s'en retourne._—«Comment, Sire, le laissez-vous
aller?»—_Oui, pour ce que je lui ai donné ma foi: vous eussiez
bien voulu que je l'eusse rompue._—«Mais, Sire, il est criminel de
lèse-majesté!»—_C'est tout un; s'il a fait une faute, je n'en veux pas
faire un cent._
[352] N. de Montault de Navailles; il mourut de cette
blessure.—Il avait pour frères: Philippe, depuis duc de
Navailles, mort en 1654, et Bernard, seigneur de Pontous, qui
périt en 1634, au siége de la Mothe.
_Le 12, samedi._—Il va voir la Reine, logée à Brisembourg; soupe chez
le connétable; couche avec la Reine de dix heures à huit heures moins
un quart.
_Le 18, vendredi._—Au conseil, il pardonne aux prisonniers
rochellois[353] et les renvoie, fait donner à chacun une épée, de
l'argent et des hommes pour les conduire.
[353] Le 10 mai l'assemblée de la Rochelle avait confirmé la
division du royaume en cercles protestants et appelé tous les
religionnaires aux armes.
_Le 19, samedi._—Étant à Vervaux, logé à Saint-Julien, il va au
conseil; la Reine sa mère, logée à Mata, le vient visiter; le soir il
va chez le connétable.
_Le 23, mercredi._—Il voit le feu des batteries, qui a commencé à six
heures du matin; va aux batteries à onze heures. A côté de lui le baron
de Palluau est blessé à la tête et son beau-frère de Carbonnier tué du
même coup[354].
[354] M. de Carbonnier avait reçu une commission du maréchal de
Thémines, au mois d'avril, pour commander une compagnie.—Antoine
de Buade, baron de Palluau, dont Héroard a déjà parlé, sous le
nom de M. de Frontenac.—C'est ce même jour que M. de Soubise
se décida à traiter, voyant d'une part les munitions manquer et
d'autre part la trahison prête à éclater.
_Le 24, jeudi._—Conseil pour le traité de Saint-Jean.
_Le 25, vendredi._—Conseil où on décide ce qu'on fera. Au conseil dans
l'après-midi, M. de Soubise vient vers le Roi, et demande pardon.
_Le 28, lundi._—Il va à Brisembourg[355]; à neuf heures il va chez la
Reine; ne pouvant dormir, ils jouent aux cartes.
[355] C'est ce jour que le Roi se fit rendre Pons, petite ville
près de Saintes, et où le marquis de Châteauneuf commandait.
_Le 1er juillet, jeudi._—Sa mère le vient voir, prend congé de lui
pour s'en aller à Angers.
_Le 6, mardi._—Il part de Cognac pour aller à Barbezieux. Il faisoit
grand froid, il se plaint, portant un pourpoint fort léger. Il va en la
chambre de M. le connétable; se plaint de douleurs de tête.
_Le 8, jeudi._—Il arrive à Cottras en chassant à l'harquebuse; les
gens de Castillon lui apportent les clefs de la ville.
_Le 9, vendredi._—Le soir les habitants sortis de Bergerac demandent
pardon; ils avoient, disent-ils, donné de l'argent pour sortir[356].
[356] C'est à Bergerac que les villes de la Basse-Guyenne
envoyèrent des députés au Roi pour leur soumission; le Roi y
demeura du 13 au 17 juillet; il y laissa M. de Rambures avec son
régiment. (_Mémoires de Caumont._)
_Le 10, samedi._—A Saint-Émilion il loge en l'église.
_Le 19, lundi._—Il part de Saint-Berthoumion, ne peut passer le petit
ruisseau nommé Tolosat[357], étrangement débordé à cause de la grande
et continuelle pluie, attend deux grosses heures durant, attendant
nouvelles du passage, et cependant la pluie invariable en impétuosité
et abondance tombe sur lui, qu'il enduroit, n'ayant jamais voulu se
mettre à couvert, disant que les autres n'y étoient point. Après avoir
vu qu'il étoit impossible de passer le ruisseau, il rebrousse au
dernier lieu et arrive à Hautevigne, maison du baron Fumel[358]. Il
étoit neuf heures; il ne se veut essuyer ne débotter, va à la cuisine,
où il aide aux préparatifs de son dîner. Les officiers étoient allés la
nuit à Tonneins, et avoient passé avant le débordement. Le Roi passa le
demeurant de la journée en peine, à cause du mauvais temps, prépara le
souper comme il avoit fait le matin, mais plus abondant, car le matin
l'on n'avoit trouvé aucunes choses.
[357] «Ce ruisseau de Tolosat, les villageois le nomment _lou
gach_, ou gué de Combes.» (_Note d'Héroard._)
[358] Le baron de Fumel, qui enleva l'année suivante Monflanquin
à M. de Castelnau.
_Le 23, vendredi[359]._—Éveillé à cinq heures par impatience pour
aller voir un combat qui se devoit faire contre ceux de Clérac, où
alloit le maréchal de Lesdiguières. Il va chez la Reine, chez M. de
Luynes, à dix heures monte à cheval et va faire les approches devant
Clérac; voit tous les combats qui se firent à diverses fois, où le
maréchal de Terme est blessé au bras gauche et au poumon du côté
gauche[360]. Il revient à sept heures chez la Reine.
[359] Le 20 juillet le Roi logea à Tonneins-Dessus, et les 21 et
23 il fit faire les approches de Clérac, où furent tués plusieurs
bons officiers. Les habitants de cette ville après avoir envoyé
des députés au Roi, exaspérés de la façon dont on avait imposé
une garnison et des conditions aux gens de Bergerac, résolurent
de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. (_Mémoires de
Castelnau._)
[360] César de Saint-Lary, baron de Termes, frère du grand écuyer
duc de Bellegarde, très-brave et très-querelleur; il n'avait pas
voulu ce jour-là prendre de cuirasse; il mourut le lendemain «et
fut grandement regretté», dit Castelnau.
_Le 24, samedi._—M. de Termes meurt à deux heures; la balle, qui
perçoit le diaphragme et l'estomac, se trouva contre le cœur sans
l'offenser.
_Le 30, vendredi._—Il va au camp devant Clérac pour voir commencer les
batteries.
_Le 5 août, jeudi._—Clérac se rend à la discrétion du Roi[361].
[361] Trois batteries battirent la place pendant quinze
jours; elle pouvait tenir longtemps encore cependant, mais le
gouverneur, Peyrebrun de Saint-Orse, se laissa gagner en secret
et décida les habitants de se rendre à discrétion. La ville fut
indignement saccagée, malgré la promesse donnée; le Roi y fit
pendre quelques notables, entre autres Lafargue, procureur en la
chambre de l'édit de Nérac, et son fils, ministre protestant.
_Le 7, samedi._—Il va en la chambre de M. le connétable où il fait
tenir le scel en sa présence, M. le connétable faisant la charge de
garde des sceaux, accompagné du maître des requêtes et autres officiers
du scel. Jugement du Roi sur une lieutenance de _vétérans_, présentée
par Barbereau, huissier de sa chambre. Entendant ce mot, et toutefois
en ayant autrefois entendu parler, il demande: _Qu'est-ce qu'un
vétéran?_ Lui ayant été répondu et pour qui c'étoit, il dit: _Cela ne
se donne qu'aux soldats qui le gagnent, et avec beaucoup de peine, et
au péril de leur vie; ceux-ci n'ont point de peine_; il lui fut dit:
«Sire, les chanceliers et gardes des sceaux l'ont toujours scellé sans
difficulté.»—_C'est tout un, il le faut renvoyer au conseil_; et ce ne
fut scellé.
_Le 17, mardi._—Il quitte Moissac, arrive à Piquecos, château
appartenant à M. le marquis de Montpezat[362], à une lieue de Montauban.
[362] Henri Desprez, marquis de Montpezat, gouverneur du Périgord
au temps de la Ligue. L'armée passait alors l'Aveyron d'un côté
avec le Roi, et le Tarn avec le duc de Mayenne.
_Le 30, lundi._—Il va chez M. le connétable[363], assiste au sceau.
[363] Le Roi va régulièrement deux fois par jour chez le
connétable, quelquefois davantage.
_Le 1er septembre, mercredi._—Cejourd'hui, entre sept et huit heures
du matin, commença la batterie de trois endroits devant Montauban[364].
[364] Dans la semaine précédente on avait exécuté les travaux. Le
Roi établit son quartier un peu à l'écart du côté de Montmirat,
le duc de Mayenne investit Ville-Bourbon, le prince de Joinville
et le maréchal de Saint-Gérant le Monstier. Au quartier de
Montmirat, où Luynes commandait, se trouvaient les maréchaux de
Praslin et de Cadenet. Son chirurgien écrivait alors à sa femme:
«Sachez que je ne cours aucun hasard, monseigneur le connétable
me faisant l'honneur de m'affectionner et de me tenir toujours
auprès de sa personne.» (_Mémoires de Castelnau._) Les tranchées
terminées, le feu commença le 1er septembre sur le bastion de
Montmirat; le lendemain le marquis de Villars, frère du marquis
de Montpezat et frère utérin du duc de Mayenne, périt étouffé par
une explosion de mines.
_Le 15, mercredi._—Sur les trois heures M. le duc de Mayenne est tué
aux tranchées d'une mousquetade dans l'œil qui lui traversa la tête;
il meurt soudain sans parler[365]. Le Roi va à la chasse.
[365] Le duc montrait sa tranchée au duc de Guise, raconte
Bassompierre, n'ayant pas de plus grand plaisir que de s'exposer
ainsi; une balle traversa le chapeau de M. de Schomberg et tua
raide le duc. Ce fut le marquis de Castelnau qui tira cette
mousquetade, comme il eut soin de le faire dire au Roi.
Entre minuit et une heure, Montauban est secouru[366].
[366] Le secours venu du Languedoc et des Cévennes par les soins
du duc de Rohan, sous les ordres de M. de Beaufort, se composait
de 1,200 hommes d'élite. Ils tombèrent dans une première
embuscade aux approches de Montauban, puis dans une autre; mais
les assiégés, à l'aide de feux, les dirigèrent et purent faire
entrer 6 à 700 hommes. M. de Beaufort fut conduit à Piquecos,
et le Roi le condamna aux galères; on l'envoya à la Bastille.
Dans la suite il fut repris à Pamiers par le prince de Condé et
décapité par ordre du parlement de Toulouse.
_Le 8 octobre, vendredi._—Ce matin à quatre heures, M. le connétable
alla à Reniers y trouver M. de Rohan, pour traiter d'accord.
_Le 13, mercredi._—Il va au camp, où il a dîné chez M. le prince
de Joinville, où il voit la batterie de dix-huit canons contre un
boulevart.
_Le 14, jeudi._—Il se plaint de douleurs de dents, saigne du nez; il
faisoit grand chaud; la douleur cesse. Il n'avoit point saigné depuis
la mort du Roi, ou environ.
_Le 17, dimanche._—Il va au camp, y fait porter ses armes à quatre
heures du matin, au quartier de M. de Montmorency, y dîne de sa
viande; séant à table avec lui et M. de Luynes seulement et l'abbé
Rucelay[367], à neuf heures. A une heure il monte à cheval pour voir
trois attaques qui se devoient faire: l'une du côté où il étoit,
l'autre du côté des gardes, et la troisième du côté de la rivière,
sur Ville-Bourbon; ce fut sur les trois ou quatre heures. Il fut tiré
de la ville un coup de canon qui tua un laquais à dix pas de lui sans
l'effrayer. Il revient à huit heures.
[367] L'abbé de Ruccellaï, clerc de la chambre apostolique,
était dit Bassompierre, en parfaite intelligence avec le
connétable de Luynes et l'avait assisté jusqu'à sa mort. Nommé
abbé de Saint-Maixent, il mourut l'année suivante, au siége de
Montpellier.
_Le 18, lundi._—Il va en son cabinet, y donne audience à Messieurs du
clergé, portant la parole M. l'évêque de Nantes[368], docte et éloquent
personnage, offrant un million d'or pour faire la guerre.
[368] Philippe de Cospéan.
_Le 28, jeudi._—Il va en son cabinet; à midi arrive le milord
Haye, ambassadeur extraordinaire d'Angleterre, qui dîne avec M. le
connétable, et à trois heures a son audience du Roi, accompagné
seulement de M. le connétable, dans sa chambre[369].
[369] Sur cette audience de milord Hay et sur la charge de
garde des sceaux exercée par le connétable de Luynes (_voy._ le
journal d'Héroard, au 7 août précédent); voici ce que raconte
Bassompierre: «Le milord Hay, ambassadeur extraordinaire de la
Grande-Bretagne, envoyé pour s'entremettre de la paix entre le
Roi et les huguenots, eut sa première audience du Roi, après
laquelle il l'alla prendre de M. le connétable. M. de Puisieux,
selon sa coutume, venoit entendre du Roi ce que le milord lui
avoit dit à son audience, quand le Roi m'appela en tiers, et me
dit: «Il va prendre l'audience du roi Luynes.» ..... Lors le Roi
commença à déchirer M. le connétable et à en dire tout ce qu'il
avoit en sa fantaisie, ulcéré de ce qu'on avoit adjoint à la
charge de connétable celle de chancelier.»
_Le 31, dimanche._—Il part de Moissac[370].
[370] Le Roi avait quitté Picquecos quelques jours avant pour
aller au delà de la rivière au château de Montbeton pendant
qu'on emmenait l'artillerie et les bagages. Avant qu'il y fût,
on canonna Montbeton; mais dès qu'on sut qu'il y résidait, il y
eut défense de tirer de ce côté. En partant le Roi fit incendier
le château. Il laissa à Moissac le duc d'Angoulême avec une
assez forte division.—Voir dans les _Mémoires de Castelnau_ la
relation détaillée de ce siége.
_Le 15 novembre, lundi._—Il entre à Toulouse pour y dîner, la première
fois, loge à l'archevêché[371].
[371] Le Roi quitta Montbeton le 14 novembre, alla à Castelnau de
Frégefont et de là à Toulouse.
_Le 18, jeudi._—Il va collationner en cérémonie, en la maison de ville.
_Le 19, vendredi._—Il donne audience à messieurs du Parlement, qui
le supplient de séjourner plus longtemps, pour donner aide à leur
conservation.
_Le 20, samedi._—Il va à quatre heures aux Jésuites, voir jouer la
tragédie d'_Andromède_.
_Le 21, dimanche._—Il fait son entrée solennelle; va à Saint-Étienne.
_Le 24, mercredi._—Il va en son cabinet, où messieurs du parlement de
Toulouse prennent congé du Roi. Il part de Toulouse en chassant, et
arrive à deux heures à Grenade.
_Le 30, mardi._—Il va au camp devant Monhurt[372] avec M. de Luynes,
où le sieur Desplans près de lui reçut une mousquetade qui lui perça le
manteau, le gant et s'arrêta dans le pommeau de la selle de son cheval.
[372] L'investissement de Monhurt, où commandait le marquis de
Mirembeau, avait commencé le 17.
_Le 3 décembre, vendredi._—Il va chez M. le connétable, qui se
trouvoit mal de rhume et fièvre, depuis six heures du matin qu'il eut
froid.
_Le 7, mardi._—Il va voir les bateaux couverts pour le siége de
Monhurt, et va au logis de M. de Schomberg à pied; ainsi pendant
plusieurs jours de suite, visitant les tranchées et même gaiement
quitte sa volerie disant: _Je m'en vais chez M. de Schomberg_,
s'amusant pour tromper le déplaisir qu'il avoit de la maladie du
connétable.
_Le 12, dimanche._—Il va au camp pour voir sortir ceux de Monhurt, à
qui il donnoit la vie; ils sortirent un bâton blanc à la main[373]; les
femmes et les fils sortirent à part dans des bateaux pour les conduire
à Tonneins. Ce fut un de ses soins particuliers que la ville sera
brûlée et une potence élevée au milieu. Il fait mettre son armée en
bataille et sans armes, de peur que les soldats ne s'entretuent pour le
pillage. Après dîner il veut aller au camp voir achever la sortie, puis
va à sa volerie.
[373] Le marquis de Mirembeau, blessé dès le début, sortit le
premier sur le rempart, avec un manteau noir et un laurier blanc
à la main, puis le vicomte de Castet, et tous deux firent signe
qu'ils voulaient parlementer. La ville fut brûlée le soir.
(_Mercure françois_, tome VII, p. 928.)
_Le 13, lundi._—Comme il fut débotté en revenant de chez M. de
Schomberg, soudain vient une fausse alarme; il se botte, sort de la
salle et donne l'ordre avec une incroyable résolution. Un certain
personnage lui dit: «Sire, si Votre Majesté se veut retirer, l'on peut
faire face avec ses deux cents chevaux.»—_Retirer! je veux mourir
plutôt que me retirer._
_Le 15, mercredi._—Il quitte Longuetille à cause de la maladie de M.
le connétable, qui meurt à Dumasan, à deux heures[374].
[374] Il mourut d'une fièvre pourprée; Bassompierre assure que le
Roi ne le regretta pas. Fontenay-Mareuil ajoute que pendant sa
maladie un seul de ses gens à peine voulait consentir à rester
près de lui, et qu'il vit des valets jouer au piquet sur son
cercueil, au lieu de prêtres, quand on l'emporta à Maillé en
Touraine, domaine auquel il avait fait attribuer le nom de Luynes.
_Le 16, jeudi._—Il va voir M. de Luxembourg, frère du défunt
connétable.
_Le 21, mardi._—Il arrive à Bordeaux pour la troisième fois[375], va
au conseil et reçoit toute la cour du Parlement ensemble.
[375] Le Roi avait laissé dans la province le duc d'Elbeuf et le
maréchal de Thémines avec des troupes.
_Le 22, mercredi._—Il fait M. de Vic[376], conseiller d'État, garde
des sceaux; le lendemain il reçoit son serment.
[376] Méry de Vic, seigneur d'Ermenonville, était le plus ancien
conseiller d'État lorsque le Roi lui donna la charge de garde
des sceaux. Il n'en jouit pas longtemps, car il mourut à Pignan,
entre Montpellier et Pézenas, le 2 septembre 1622.
_Le 25, samedi._—En sa chambre à deux heures, il entend le sermon
du P. Séguiran, jésuite, qui lui avoit été donné pour confesseur à
Saint-André.
_Le 31 décembre, vendredi._—Il arrive à Libourne.
ANNÉE 1622.
Départ de Libourne en chassant.—Barbezieux.—Festin du Roi
chez M. de Schomberg.—Poitiers.—Tours.—Amboise.—On y
charge avec des boules de neige les magistrats.—Réception
des cours de Paris à Bourg-la-Reine.—Entrée à
Paris.—Saint-Germain.—Ballet.—La Reine fait une
fausse-couche.—Fiançailles du comte d'Alais.—Départ pour le
Languedoc.—Le jeudi saint à Orléans.—Querelle du maréchal
de Vitry et du duc de Luxembourg.—Blois.—Nantes.—Le
Roi dit du mal de M. de Luynes.—Combat de l'île de
Rié.—Niort.—Saint-Jean-d'Angély.—Le Roi affecte de ne
pas vouloir en regarder les ruines.—Réception des envoyés
suisses.—Siége et prise de Royan.—Reddition de Sainte-Foy
la Grande.—M. de Caumont la Force traite et est fait
maréchal.—Agen.—Le Roi passe devant Montauban avec son armée
en bataille.—Assaut et prise de Négrepelisse.—Rendez-vous de
l'armée à Campadour.—Siége de Saint-Antonin.—Une balle effleure
le Roi.—Le duc de Retz blessé près du Roi.—Combat du Roi et du
prince de Joinville à coups de prunes.—Arrivée à Toulouse.—Pose
de la première pierre de l'église des Carmélites.—Réception
à Castelnaudary.—Carcassonne.—Narbonne.—Le Roi
visite quatre frégates dans le port.—A la réception
officielle, le cheval du Roi se cabre.—Le Roi
communie.—Béziers.—Pézenas.—Lunel.—Aigues-Mortes.—Le Roi
rejoint l'armée à Castelnau.—Le duc de Lesdiguières vient
prêter serment.—Commencement du siége de Montpellier.—M. de
Caumartin nommé garde des sceaux.—M. d'Ocquerre, secrétaire
d'État.—M. de Bassompierre maréchal.—Mot du Roi.—Congé du
prince de Condé; sa conversation avec le Roi.—Reddition de
Montpellier.—Départ.—Arles.—Réception brillante.—Course
de taureaux.—La Sainte-Baume.—Marseille.—La pêche du
thon.—Notre-Dame de la Garde.—Beaucaire.—Assemblée des
États.—Avignon.—Le duc de Savoie.—Grenoble.—Dîner au
château du connétable.—Vienne.—Lyon; le Roi y trouve les deux
Reines.—Le Roi donne le chapeau à M. de Richelieu.—Fiançailles
de Mlle de Verneuil avec le fils du duc d'Épernon.—Le Roi reçoit
sa sœur la princesse de Piémont.—Roanne.—Nevers.
_Le 3 janvier, lundi._—Il part à pied de Libourne à cause du froid, et
un peu après monte à cheval, et par un pont de bateaux sur la rivière
d'Isle, arrive à Guitre, s'amusant à chasser en chemin. A quatre heures
il entre au conseil; le conseil tenu, il s'amuse à jouer aux cartes, au
hère, avec aucuns de son conseil et autres.
_Le 5, mercredi._—Il arrive à quatre heures et demie à Barbezieux;
va au conseil, et à six heures et demie a soupé chez M. le comte de
Schomberg, qui donnoit le festin de la veille des Rois.
_Le 6, jeudi._—Il arrive à Châteauneuf sur Charente; M. le prince de
Condé lui va au-devant. A trois heures au conseil.
_Le 10, lundi._—En se couchant il s'amuse à faire de la musique et
fait chanter M. le Prince.
_Le 13, vendredi._—Arrivé à Poitiers, il s'amuse à ses oiseaux; va au
conseil, s'amuse à jouer jusques à six heures.
_Le 18, mardi._—Il faisoit un temps serein, mais extrêmement froid; en
route il met plusieurs fois pied à terre, arrive à Tours à deux heures,
va au conseil à trois.
_Le 19, mercredi._—Il part de Tours et fait une grande partie du
chemin à pied, arrive à une heure à Amboise. Les magistrats de robe
longue le viennent saluer; il avoit neigé; incontinent après les
harangues, sur leur retraite, on leur fait une charge de pelotes de
neige sur leurs robes et leurs bonnets carrés.—Il soupe au festin
donné dans le château par M. le duc de Chaulnes, lieutenant du Roi, au
château[377].
[377] M. de Cadenet avait été créé pair et duc de Chaulnes en
1621.
_Le 20, jeudi._—Il faisoit grand froid; il part d'Amboise à cheval,
et à un quart de lieue il entre en carrosse. Il arrive à Blois à une
heure, voit M. Truchon, l'un de ses apothicaires, demeurant à Blois,
lui demande: _Truchon, me voulez-vous nourrir, j'ai grand faim_; son
gobelet n'étoit pas arrivé.
_Le 24, lundi._—Il arrive à une heure à Orléans, où arrive de Paris
M. le comte de Soissons qu'il accueillit fort gracieusement. Il va au
conseil.
_Le 28, vendredi._—Dînant à Bourg-la-Reine, il reçoit les compagnies
qui venoient de Paris; part de Bourg-la-Reine à deux heures, voit sept
mille quatre cents hommes, habitants de Paris, postés en armes devant
lui et à cheval, entre à Paris, revenant de Montauban, va à Notre-Dame,
revient à six heures au Louvre, soupe, prie Dieu, va chez la Reine, à
onze heures s'endort.
_Le 29, samedi._—Il va à la messe, puis chez la Reine sa mère. Le soir
à la salle d'en haut, à la comédie italienne.
_Le 4 février, vendredi._—Il part de Paris pour aller à
Saint-Germain-en-Laye, loge chez M. de Frontenac, capitaine du château;
logé en la basse-cour.