maladie de la Reine, de laquelle il étoit vivement touché.
_Le 11, mardi._—Il va en carrosse à la foire de
Saint-Germain-des-Prés; va chez la Reine, au conseil.
_Le 14, vendredi._—Il va à six heures en carrosse à la volerie à
Roissy, y a dîné. Le Roi m'avoit commandé de demeurer près de la Reine.
_Le 17, lundi._—Il part de Juilly, arrive au Bourget portant un grand
faucon sur le poing, ayant le vent à la face et la pluie sur le dos. Il
entre à l'hôtellerie, lui onzième, fait lui-même une omelette avec du
pain et autres choses, fort épaisse, la fait rissoler, en mange un peu
et a bu un coup de vin fort trempé; arrive à Paris, et va chez la Reine.
_Le 18, mardi._—Il va au Palais pour la vérification de quelques
édits; à dix heures va en la grande salle, où il voit danser le ballet
de M. le prince de Condé; on l'appeloit _le Ballet des ivrognes_.
_Le 19, mercredi._—Il va chez la Reine, se plaint de lassitude,
s'assied contre sa coutume, va au conseil.
_Le 20, jeudi._—Il assiste dans le grand cabinet de la Reine aux
fiançailles de M. de Liancourt, premier écuyer de la Reine, avec Mlle
de Schomberg[332].
[332] Jeanne de Schomberg, fille du maréchal comte de
Montreuil et de Françoise d'Espinay-Duretal, mariée à Roger du
Plessis-Liancourt, duc de la Rocheguyon, née en 1601, morte le 14
juin 1674.
_Le 26, mardi._—Avant son souper furent faites en sa présence les
accordailles du fils aîné de M. de Guise avec Mlle de Bourbon, fille
aînée de M. le prince de Condé[333], et du fils puîné de M. de Guise
avec la fille de M. de Luynes[334].
[333] Anne-Geneviève, fille du prince de Condé et de Charlotte
de Montmorency, née le 27 août 1619.—François de Lorraine,
prince de Joinville, né le 3 avril 1612; ce mariage ne fut jamais
célébré. Le prince mourut le 7 novembre 1639, sans alliance,
et sa fiancée épousa, le 2 juin 1642, Henri d'Orléans, duc de
Longueville: elle mourut le 15 avril 1679.
[334] Anne-Marie d'Albert, fille du duc de Luynes et de Marie de
Rohan-Montbazon.—Henri de Lorraine, né le 4 avril 1614, depuis
duc de Guise; ce mariage ne fut pas non plus célébré. M. de
Guise mourut le 2 juin 1664 sans alliance et sa fiancée, le 21
septembre 1646, également sans avoir été mariée.
_Le 3 mars, mardi._—Il va chasser à Ouarthy, où il arrive à quatre
heures et demie. A une lieue de Clermont, il voloit une corneille, une
aigle fond pour la prendre et la tenoit, et l'élève en haut. Le Roi
demande son harquebuse; on la lui baille n'étant chargée que de poudre
et de plomb. Il la tire en l'air de la hauteur d'un clocher, et lui
rompt l'aile droite; elle tomba à bas de ses pieds; il la fait prendre
et mener à son logis.
_Le 4, mercredi._—En chassant il arrive à Breteuil, et y tue un aigle,
va souper, au réfectoire, des viandes de bêtes tuées depuis quatre
jours, lièvres, perdrix, canards, aigles; il ne fait qu'en sentir une
tranche.—Je ne me trouvois pas à ces débauches; ce fut une mascarade.
_Le 9, lundi, à Amiens._—Entre midi et une heure il va à pied hors de
la citadelle pour voir tout ce qui se passa durant le siége fait par le
Roi, son père[335], s'informe particulièrement, comme une personne fort
expérimentée, jusques aux menues particularités, tant des assaillants
que des assiégés, et spécialement il demande: _Où étoit le logis du
Roi mon père?_ et s'y alla mettre dedans. C'étoit dans un portail à la
Magdeleine s'en informant spécialement du sieur de Praslin et de la
Curée, qui étoient au siége.
[335] La ville d'Amiens, prise par les Espagnols le 11 mars 1597,
ne fut rendue au roi Henri IV, après un long siége, que le 25
septembre de la même année.
_Le 27, vendredi, à Fontainebleau._—Il entend le sermon en la grande
salle, puis part à Avon gagner le jubilé; plusieurs fois il y va à pied
pour gagner le jubilé.
_Le 29, dimanche._—A la chapelle en la grande salle, communié; à
vêpres, à Avon. Il revient en chassant, tue des perdrix avec son
harquebuse.
_Le 31, mardi._—Il va chez la Reine, entre en carrosse à dix heures et
demie, part de Fontainebleau, et va à Valery, maison de M. le prince de
Condé, où il a soupé.
_Le 9 avril, jeudi._—Il part de Fontainebleau, et arrive à neuf heures
et demie au Bois-Malesherbes, où il a dîné.
_Le 17, vendredi._—Amusé diversement à faire des contes, il raconte
au père Arnoux des miracles inventés tout à l'heure, qui en rioit, et
y prenoit plaisir. Le Roi en dit un des visions de saint Antoine, que
le diable lui apparut en un corps sans tête, les jambes faites comme un
virebrequin, et une flûte au cul.
_Le 1er mai, vendredi._—Il va chez la Reine et chez M. de Luynes.
_Le 17, dimanche._—Il entre en carrosse, va chez M. d'Escures, à la
place Royale, où il a dîné.
_Le 22, vendredi._—Il part de Paris, et va à Fresne.
_Le 26, mardi._—Le Roi revient à Paris.
_Le 31, dimanche._—Il est mordu au-dessus du gras de la jambe, près du
jarret, par un chien des siens qui s'entrebattoient; la morsure petite
et point profonde; mis dessus de la thériaque avec du vin.
_Le 1er juin, mardi._—Le sieur de Canaples, puîné du sieur de Créquy,
colonel du régiment des gardes[336], marié en Lorraine avec Mlle de
Combalet, se trouve avec le Roi chez M. de Luynes. Ils vont coucher en
la chambre, en un lit de Mme la marquise du Montlaur[337]. Le Roi y
boit un coup de vin clairet fort trempé, après leur avoir fait beaucoup
de malices, et s'en revient à onze heures trois quarts.
[336] Charles II de Créquy, second fils de Charles de Créquy,
duc de Lesdiguières par son mariage; il fut tué au siége de
Plombières, le 15 mai 1630. Il épousa Anne du Roure, fille de
Claude, seigneur de Combalet, et de Marie d'Albert de Luynes.
[337] Marie de Montlaur, mariée à Jean-Baptiste d'Ornano, marquis
de Montlaur, maréchal de France en 1626, mort l'année même, en
prison à Vincennes. Il était en 1620 gouverneur de Monsieur, duc
d'Orléans.
_Le 3, jeudi._—Étant à Montfort, il va à la Neufville, maison de M. de
Bellengreville[338], grand prévôt de l'hôtel, où il a dîné.
[338] Joachim de Bellengreville, seigneur de Neuville, chevalier
des Ordres, mort le 15 mars 1621.
_Le 4, vendredi._—Il part de Montfort, va aux Menus, maison
appartenant à M. Bernard, maître d'hôtel du Roi, où il a dîné.
_Le 8, lundi._—Il va au cabinet des armes; à trois heures, fut fait au
département de la Reine, mère du Roi, le baptême de Mlle de Bourbon,
fille de M. le prince de Condé, et nommée Anne par la Reine; son
compère fut M. le duc de Luynes[339].
[339] C'est celle qui venait d'être fiancée au prince de
Joinville. _Voy._ plus haut la note 333, page 243.
_Le 23, mardi._—A six heures et demie il entre en carrosse, va à
l'hôtel de ville pour le feu de la Saint-Jean, y met le feu lui-même,
revient à neuf heures, va chez la Reine et chez M. de Luynes.
_Le 27, samedi._—Il va chez M. de Luynes, où il se jouoit une comédie.
_Le 28, dimanche._—Il va jusqu'à l'île Maquerelle, où il s'amuse à
tirer de la harquebuse.
_Le 30, mardi._—Il retourne à l'île Maquerelle, où il s'est baigné.
_Le 7 juillet, mardi._—A cinq heures trois quarts il entre en
carrosse, part de Paris pour aller à Rouen, arrive à deux heures à
Pontoise pour la première fois.
_Le 10, vendredi._—Il part d'Escoucy, arrive à Rouen; il venoit sur
quelques bruits d'émotion, à la suscitation de M. de Longueville.
_Le 11, samedi, à Rouen._—Il va à la messe à Saint-Ouen, puis
au parlement, où il interdit M. de Longueville du gouvernement de
Normandie.
_Le 13, lundi._—Il va à Pont-Audemer et à Honfleur pour la première
fois.
_Le 15, mercredi._—Il se rend de Dive à Escouyville, où il dîne,
buvant du vin clairet moins trempé qu'à l'ordinaire, de son
commandement, disant gaiement qu'il le falloit ainsi puisqu'il alloit
à la guerre. Il va au conseil aussitôt après dîner, puis s'arme, prend
son hausse-col pour la première fois. Il part d'Escouyville à onze
heures et demie, en venant reconnoît la place du château de Caen,
conduit particulièrement par M. le prince de Condé et M. de Luynes. A
trois heures il arrive à Caen, et tient conseil, fait sommer le château
par le sieur Galeteau, conduit par un trompette.
_Le 17, vendredi._—Le château se rend. Il leur envoie le marquis de
Mouy et M. de Créquy leur donner abolition.
_Le 18, samedi._—Il va au château, où il visite tout et partout,
jusques aux plus petites choses.
_Le 22, mercredi._—Il va voir le cabinet d'un nommé Bourgeois.
_Le 2 août, dimanche, au Mans._—Il va à vêpres, où il a un sol de
distribution, suivant un ancien fonds donnant ce à chacun qui seroit
assis aux chaires hautes, le premier dimanche du mois.
_Le 4 mardi._—Il part de la Suse à neuf heures et demie, monte à
cheval et fait arborer sa cornette blanche pour la première fois.
_Le 6, jeudi._—Dîné à Duretal, chez M. le comte de Schomberg.
_Le 7, vendredi._—Il faisoit une chaleur excessive, et il étoit vêtu
d'un collet de buffle double et doublé de satin; à une heure il s'arme
de sa cuirasse et commande de s'armer à tous ceux de sa troupe, monte à
cheval à une heure trois quarts sur _l'Arméville_, cheval d'Espagne, et
part de Frellassay, et va pour voir gagner les barricades au faubourg
du Pont-de-Scé. Il le vit et faire la charge avec telle furie et
résolution, favorisée du canon à la tête par les régiments des Gardes
et de Picardie qu'il ne s'en est jamais vu de pareil. Il s'en revient à
huit heures trois quarts, soupe à Brin. Il faisoit grand chaud, et il
en a beaucoup souffert. C'est le premier combat qu'il a vu faire, et
le plus chaud et le plus heureux dont on eut il y avoit longtemps ouï
parler.
_Le 8, samedi._—Il entre au Pont-de-Scé, et va au château.
_Le 13, jeudi, à Brissac._—Conseil; il part à quatre heures et demie
à cheval pour aller au-devant de la Reine sa mère, venant d'Angers.
A deux quarts de lieue il l'attend; environ six heures elle arrive,
descend de sa litière, le Roi étant à trente ou quarante pas d'elle. Il
s'avance, elle se démasque; il la baise une fois seulement, Monsieur
après, qu'elle baise deux fois, puis M. le prince de Condé, et après
M. de Luynes. Les paroles qui furent dites, je ne les sais pas. Cette
cérémonie ne dura pas longtemps. Le Roi remonte à cheval, elle en sa
litière; le Roi gagne le devant, l'attend à l'entrée du château. Elle
descend, se démasque, le Roi la baise et la conduit en sa chambre, puis
s'en vient souper à sept heures et demie; il retourne chez elle le soir
jusqu'à neuf heures.
_Le 15, samedi._—Il touche, en la chapelle de Brissac, deux jésuites
portugais.
_Le 16, dimanche._—Il prend congé de sa mère à neuf heures du soir; sa
mère vient chez lui le soir jusques à dix heures et demie, lui au lit.
_Le 22, samedi._—Il part de Poitiers pour aller voir la Reine à Tours.
_Le 23, dimanche, au Plessis-les-Tours._—Il trouve la Reine arrivée la
veille au soir, lui raconte les effets de son voyage, lui montre les
cartes et logements de son armée, couche avec elle de dix heures à une
heure trois quarts.
_Le 31, lundi._—Il part de la Tricherie, arrive à Poitiers; la Reine
arrive aussi; il va la voir.
_Le 3 septembre, jeudi._—Il va chez la Reine, chez M. de Luynes, à
deux heures monte à cheval et va à la plaine de la Curnille, où il a
vu toute l'infanterie de son armée d'environ dix mille hommes, la fait
voir à la Reine. Le soir chez la Reine et chez M. de Luynes.
_Le 5, samedi._—La Reine mère arrive à Poitiers à sept heures.
_Le 7, lundi, à Poitiers._—Il va à la salle du Palais, où il voit
des jeux représentés par des écoliers des Jésuites. Après souper il
va chez la Reine, où arrive M. le duc de Mayenne, lequel, portant un
genou tout bas en terre, dit ces paroles: «Sire, je suis venu ici pour
supplier Votre Majesté de juger de moi par mes intentions et non par
mes actions, et s'assurer que je n'ai jamais eu et n'aurai jamais autre
volonté que de lui rendre toute sorte d'obéissance et telle qui lui est
due par un très-humble et très-fidèle serviteur.» Le Roi lui répond:
_Je suis bien aise de ce que vous vous êtes mis en votre devoir; quand
vous ferez mieux à l'avenir que vous n'avez fait, j'oublierai ce qui
s'est passé_. Il s'en va à la fenêtre, lui donne loisir de saluer la
Reine et la compagnie, puis revient à lui, et l'entretient ainsi que
s'il n'y eût jamais eu noise. Il va chez la Reine sa mère, appelle M.
de Mayenne, qui se reculoit, et le fait entrer devant.
_Le 10, jeudi._—Il part de Lusignan, arrive à la Motte-Saint-Éloi, où
M. de Parabère lui donne à dîner.
_Le 15, mardi._—Arrivé à Saintes pour la première fois, en son
cabinet, il donne audience à messieurs les députés du parlement de
Bordeaux.
_Le 19, samedi._—Il arrive à Bordeaux par la porte du Chapeau-Rouge,
va en carrosse à l'évêché, et à une heure demande à dîner.
_Le 28, lundi._—Il part de Bordeaux, va pour la première fois à
Cardillac, maison de M. d'Épernon, qui donne à dîner au Roi[340].
[340] Le duc d'Épernon venait de faire sa soumission.—Le
Roi faisait ce voyage pour unir le Béarn à la couronne (édit
d'octobre), le mettre sous le ressort du parlement érigé alors à
Pau et faire restituer les biens ecclésiastiques usurpés par les
huguenots, ce qui causa la guerre de religion de l'année suivante.
_Le 12 octobre, lundi._—Il arrive à cinq heures à Roquebert, trouve
en chemin des soldats qui emportoient du foin et un paysan qui alloit
après. Il y va, et le fait remporter par ceux mêmes qui l'avoient pris,
et commande deux archers de sa garde pour les accompagner sur le lieu
où ils l'avoient pris, ou bien qu'ils eussent à le payer.
_Le 15, jeudi._—Il arrive à quatre heures et demie à Pau, le régiment
des gardes marchant devant lui à cheval. En la cour du château, la cour
de parlement, en robe rouge, lui demande pardon du refus qu'ils avoient
fait à la vérification de son édit sur les revenus ecclésiastiques. Il
leur répond: _Servez-moi mieux à l'avenir, et j'oublierai le passé_.
_Le 17, samedi._—Il arrive à quatre heures à Navarreins, visite toute
la ville, y fait entrer quatre compagnies du régiment de ses gardes,
en met dehors la garnison et le sieur de Sale, gouverneur depuis l'an
soixante-neuf, mis par la reine Jeanne, à pareil jour que le comte de
Montgommery l'avoit pris en son nom et mis dehors les catholiques,
après la bataille qu'il gagna à Orthès sur M. de Tarride.
_Le 19, lundi._—A trois heures, dans la salle basse du château,
il prête le serment de prince de Béarn en l'ouverture des états du
pays qu'il y avoit assemblés, jura les priviléges du pays et eux
pareillement le serment accoutumé.
_Le 20, mardi._—A neuf heures il va à la procession pour le
rétablissement de la messe, qui a lieu à l'église, devant le château.
_Le 25, dimanche._—Il part aux flambeaux de Bazas, et arrive à sept
heures au pont de Laugon, pour se y embarquer. Son bateau n'étant point
arrivé, il y va au-devant à pied, assez loin, et s'embarque pour aller
coucher à Bordeaux.
_Le 28, mercredi._—Il va à la messe, et à onze heures et un quart va
chez M. de Luxembourg[341], où il a dîné, va à la chasse, au château,
revient à quatre heures au conseil, retourne chez M. de Luxembourg en
festin.
[341] Léon d'Albert, seigneur de Brantes, frère du duc de
Luynes, marié, en juillet 1620, à Charlotte-Marguerite, fille
et héritière de Henri de Luxembourg, duc de Piney, mort le 25
octobre 1630. Elle se remaria avec Henri de Clermont-Tonnerre, et
c'est leur fille qui donna les duchés de Piney et de Luxembourg à
la famille de Montmorency.
_Le 5 novembre, jeudi._—Il goûte à Amboise chez M. Langlois, fourrier
du corps, d'une omelette que lui-même avoit faite, et à l'oignon, boit
deux coups d'un vin fort trempé, monte à cheval, se trouve mal d'un
étourdissement, de lassitude et de mal au cœur, a envie de vomir,
beaucoup d'écume, avec un peu d'émotion et douleur de tête, se plaint,
va au pas, eut froid, gagne Escures, va à la cuisine, apprête le souper
pour les autres, sa bouche échauffée, soupe d'une rôtie au sucre et se
met au lit.
_Le 7, samedi._—Il arrive à cheval, fort gai, à Paris, à midi, au
Louvre, salue la Reine sa mère, la Reine, Madame. Il va chez M. de
Luynes, où il dîne, couche avec la Reine pendant une heure.
_Le 21 décembre, lundi._—Il arrive à Abbeville pour la première fois.
Entrée des gens de guerre; les habitants vont au-devant de lui pour lui
offrir trois bœufs, trois mesures d'avoine, et trois poinçons de vin.
C'est le devoir des habitants, dû au Roi la première fois qu'il vient à
Abbeville.
_Le 31, jeudi, à Calais._—Il s'amuse à voir ceux qui vont à la mer
pour la première fois, pour s'éprouver, part de Calais; passant par
Marquise, il se fait donner un pain sortant du four, en mange la
croûte. Étant près de Boulogne, il va sur la rive de la mer, attendre
les bateaux qui revenoient de la pêche, arrive à Boulogne à quatre
heures trois quarts, soupe une heure après. Il avoit fait acheter une
plie, en mange le dos[342].
[342] Bassompierre se trompe lorsqu'il dit dans ses _Mémoires_:
«Le Roi finit heureusement l'année 1620 à Paris.»
ANNÉE 1621.
Festin des Rois.—Ballet d'Apollon.—Rupture de la trêve
des Pays-Bas.—Querelle du cardinal de Guise et de M. de
Nevers.—Mort du roi d'Espagne Philippe III.—M. de Luynes
connétable.—Départ pour le midi.—Orléans.—Blois.—Entrevue
avec la Reine mère.—Mot du Roi aux habitants de
Parthenay.—Le Roi va reconnaître Saint-Jean-d'Angély.—Les
assiégés tirent sur le Roi.—Séjour au camp.—Les
prisonniers rochellois.—Capitulation de Saint-Jean.—De
Pons.—De Bergerac.—Siége de Clérac.—Mort du maréchal
de Termes.—Prise de la ville.—Le Roi y tient les
sceaux.—Moissac.—Piquecos.—Commencement du siége
de Montauban.—Mort du duc de Mayenne.—La Reine à
Moissac.—Montauban secouru.—Entrevue de MM. de Luynes
et de Rohan.—Messieurs du Clergé viennent faire un don
au Roi.—Attaque de Montauban.—Un laquais tué à dix pas
du Roi.—Levée du siége.—Le Roi va à Toulouse.—Siége de
Monhurt.—Sa prise.—Maladie du connétable de Luynes.—Sa
mort.—Indifférence du Roi.—Son départ.—Il arrive à
Bordeaux.—Réception.—Libourne.
_Le 1er janvier, vendredi._—Il reçoit un ambassadeur extraordinaire de
l'Archiduc[343], envoyé pour le visiter.
[343] Albert, archiduc d'Autriche, précédemment cardinal et
archevêque de Tolède, marié en 1598, à Isabelle-Claire-Eugénie,
fille du roi Philippe II, et gouvernante des Pays-Bas.
_Le 5, mardi, à Amiens._—Il va au cabinet de ses oiseaux; à cinq
heures trois quarts va chez M. de Luynes, où il a soupé à six heures et
demie, au festin des Rois, qu'il donnoit. J'ai appris qu'il mangea fort
et but six ou sept fois de l'hypocras fort trempé. Il l'avoit lui-même
fait mettre dans la bouteille; c'étoit pour faire boire et mettre en
train la compagnie et spécialement M. d'Elbeuf, qui buvoit le vin sans
eau.
_Le 12, mardi._—Il va chez la Reine et, à sept heures, à la comédie
italienne.
_Le 15, vendredi._—Il va au conseil, où messieurs de la cour du
parlement le viennent trouver.
_Le 16, samedi._—A onze heures il monte à cheval, et va vers les
plaines du Roule, où il fait volerie générale de toute sa fauconnerie.
Les Reines[344] et Madame y étoient.
[344] Il y a plusieurs jours qu'il visite régulièrement la Reine
sa mère.
_Le 13 février, samedi._—A neuf heures il entre en carrosse, bien
qu'il fît un extrême froid; ce fut sur le rapport que l'on lui vint
faire qu'il y avoit un loup à la garenne de Colombes; il le court, le
prend, revient à quatre heures chez la Reine, puis chez la Reine sa
mère. Le soir à la comédie italienne.
_Le 15, lundi._—Il va à la chapelle de Bourbon, entre en carrosse,
part de Paris pour aller à la chasse, va à Versailles, où il a dîné,
par après monte à cheval, part de Versailles, et en chassant arrive à
Saint-Germain-en-Laye.
_Le 18, jeudi._—Il va chez M. de Luynes, chez la Reine, chez sa mère,
va à Bourbon à deux heures, y recorde son ballet, et à sept heures M.
de Liancourt, premier écuyer, lui a donné à souper en la galerie. Le
cardinal Bentivoglio[345], nonce, y soupa. Je n'y étois pas; j'appris
qu'il n'avoit pas trop mangé, mais bu trois coups d'hypocras fort
trempé. A une heure après minuit, il y danse son ballet d'Apollon[346],
revient à quatre heures et demie après minuit.
[345] Guy Bentivoglio, né à Ferrare, en 1579, dont le frère, le
marquis Guy, soutint César de Ferrare contre le Pape. Paul V le
nomma cardinal pendant sa nonciature en France; tout faisait
supposer qu'il remplacerait Urbain VIII sur le trône pontifical,
quand il mourut, le 7 septembre 1644, pendant le conclave.
[346] Les vers furent encore rimés par Bordier, auteur du ballet
de 1619; c'est sans contredit l'un des plus licencieux de
l'époque.
_Le 19, vendredi._—Il va à la chapelle de Bourbon, où il donne le
bonnet de cardinal au nonce Bentivoglio, le fait dîner avec lui.
_Le 20, samedi._—Il va chez la Reine, au conseil, donne audience aux
députés des Pays-Bas pour la rupture de leur trêve[347], va chez la
Reine sa mère, chez M. de Luynes, à la comédie italienne le soir, puis
chez la Reine.
[347] La trêve entre l'Espagne et les États-Généraux expira le 10
avril, et l'archiduc Albert essaya vainement de la proroger; il
mourut cette même année, le 13 juillet.
_Le 21, dimanche._—A neuf heures il va en la salle de Bourbon, où il
danse derechef son ballet, revient à une heure après minuit.
_Le 2 mars, mardi._—Il va chez la Reine; amusé diversement jusques à
onze heures trois quarts qu'il va à la grande salle de Bourbon pour y
voir danser le ballet de la Reine, qui commença entre minuit et une
heure. Il revient à quatre heures après minuit; mis au lit, puis levé,
il va chez la Reine.
_Le 10, mercredi._—Il va en la galerie, y joue au billard, M. de
Longueville avec lui. Il va après au sermon.
_Le 18, jeudi._—Il va aux Récollets poser la première pierre de leur
église à Saint-Germain.
_Le 24, mercredi._—Ce jourd'hui matin fut la querelle de M. le
cardinal de Guise et de M. de Nevers, au logis de M. Guynet, au rapport
d'une affaire dont ils étoient en différend.
_Le 25, jeudi, à Saint-Germain._—Il va à la chapelle des terrasses,
touche un jésuite à la fin de la messe, après va chez M. de Luynes. La
grande neige, le vent, le mauvais temps l'empêchent de sortir; il va
de çà, de là, joue aux échecs, au billard; tout cela ne le contentoit
point. Il va chez M. de Luynes, revient souper à six heures; retourne
chez M. de Luynes, et se couche à neuf heures.
_Le 28, dimanche, à Paris._—Après souper il va chez M. de Luynes, où
il demeura jusques à près d'une heure après minuit, en attendant la
nouvelle de M. le cardinal de Guise, qu'il envoya prendre par le sieur
de la Vieuville, capitaine des gardes du corps, pour le mener à la
Bastille. Il revient, est dévêtu, mis au lit, peu après s'en va chez la
Reine.
_Le 29, lundi._—Il va à la volerie vers le Bourget et le Blancmesnil.
_Le 31, mercredi._—Il va chez la Reine, puis chez M. de Luynes, où il
déclare M. de Luynes connétable de France, et retourne chez la Reine,
où il le déclare.
_Le 2 avril, vendredi._—Il reçoit au conseil le serment de M. de
Luynes pour la charge de connétable; il lui donne l'épée en le
baisant[348].
[348] La charge était vacante depuis la mort du duc de
Montmorency en 1614; le duc de Mayenne essaya vainement
d'empêcher qu'on donnât cette dignité suprême «à un homme qui
ne savoit pas ce que pesoit une épée». La cérémonie se fit
pompeusement dans la grande galerie, en présence de toute la
cour. Après un discours du chancelier, le Roi présenta lui-même
au duc une épée nue dont le poignard et le fourreau étaient
enrichis de diamants; le duc d'Anjou, frère du Roi, la lui
ceignit.
_Le 8, jeudi._—Nouvelle de la mort du roi d'Espagne.
_Le 10, samedi._—Il va chez la Reine avec le marquis de Mirabel et le
cordelier confesseur d'elle, lui annoncer le décès du roi d'Espagne
en ces termes, en espagnol: _Je viens de recevoir présentement des
lettres d'Espagne où l'on m'écrit que pour certain le Roi votre père
est mort._—Puis il monte à cheval et va à la chasse.
_Le 11, dimanche, à Fontainebleau._—Il touche les malades, va à pied à
l'hermitage de la Madeleine, à une lieue de Fontainebleau.
_Le 29, jeudi._—Il va à la chasse à la volerie, entre en une maison de
village pour se sécher; il étoit fort mouillé de la pluie.
_Le 30, vendredi._—Il va à la chambre de ses oiseaux. A onze heures,
nonobstant la pluie qu'il eut toujours, il part du bois Malesherbes et,
en chemin, rencontre d'aventure à la campagne un faon qu'il court à
force; il fut tué à coups d'épée[349].