de Vendôme.—Baptême du fils de M. de Puisieux.—Le prince
de Savoie.—Intimité croissante avec M. de Luynes.—Mariage
de Madame Christine.—Ballet.—Départ de la Reine mère de
Blois.—Audience des cours souveraines avant le départ
du Roi.—Voyage de Touraine.—Réception de M. de Luynes
chez lui.—Ambassadeur de Hollande pour le meurtre de
Barnevelt.—Ambassade d'Angleterre; d'Alger.—Les députés
de l'assemblée générale du clergé.—Serment du maréchal
de Praslin.—Une couleuvre.—Entrevue avec la Reine
mère.—Entrevue du prince de Condé; son pardon.—Discussion
du prince de Condé et de M. de Soissons pour la serviette
du Roi.—Fête chez M. de Luynes.—Départ de la princesse de
Piémont.—Vendôme.—Le Roi raccommode lui-même une roue de sa
voiture.—Chartres.—Mantes.—Le Roi touche trois Portugais.—La
compagnie des mulets.—M. de Tavannes et le jugement du
capitaine des mulets.—Serment du maréchal de Cadenet.—Retour
à Paris.—Les députés de l'assemblée de Loudun.—Promotion de
chevaliers du Saint-Esprit.
_Le 5, janvier, samedi._—Il va chez la Reine, puis monte chez M. de
Luynes, où il fait les Rois. M. le comte de la Rocheguyon fut le roi.
_Le 9, mercredi._—Il monte à la chambre de M. de Luynes, où il recorde
son ballet; après son souper il va chez la Reine et encore chez M. de
Luynes, à la comédie.
_Le 11, vendredi._—A sept heures, dans sa chambre, Madame Henriette de
France[300] est fiancée et le contrat signé fait entre [Victor-Amédée]
de Savoie, à la poursuite de [Maurice] de Savoie, cardinal, son frère.
[300] Héroard se trompe, c'est de Christine de France, née le 10
février 1606, qu'il s'agit; le mariage fut célébré le 10 février.
_Le 20, dimanche._—Il va à la chapelle de la Tour, où Mlle de Vendôme
est épousée à M. le duc d'Elbeuf[301]. Après son souper, il va chez la
Reine et chez Mlle de Vendôme pour lui faire la guerre.
[301] Catherine-Henriette, fille de Henri IV et de Gabrielle
d'Estrées, légitimée en 1597, mariée à Charles II de Lorraine,
duc d'Elbeuf, morte le 20 juin 1663.
_Le 25, vendredi._—Mis au lit, prié Dieu. A onze heures ou environ,
sans qu'il y pensât, M. de Luynes vient pour le persuader de coucher
avec la Reine. Il résiste fort et ferme, par effort jusques aux larmes,
y est emporté, couché, s'efforce deux fois comme l'on dit, _hæc omnia
nec inscio_. A deux heures il revient; dévêtu, mis au lit, il s'endort
jusqu'à neuf heures du matin[302].
[302] Le Journal d'Arnaud d'Andilly dit que le Roi coucha pour la
première fois cette nuit-là avec la Reine. «M. de Luynes le porta
dans ses bras. M. de Beringhem (qui mourut trois semaines après)
portoit le flambeau. Stéphanille, femme de chambre espagnole,
sortit de la chambre et Mme de Bellière, première femme de
chambre de la Reine, y demeura seule.» _Voy._ aussi les Mémoires
de Pontchartrain et _Le Roi chez la Reine ou histoire secrète
du mariage de Louis XIII et d'Anne d'Autriche_, par M. Armand
Baschet, 1866, in-12.
_Le 3 février, dimanche._—Il va en carrosse chez M. de Sillery,
chancelier de France, où étoit logé M. de Puisieux, son fils[303] et
de là va à Saint-Eustache où il présente à baptême le fils du sieur
de Puisieux[304] avec Mme la comtesse de Soissons; revient chez M.
le chancelier, où il a goûté. Il revient à cinq heures trois quarts,
monte chez M. de Luynes, où il recorde son ballet. Après son souper il
retourne chez M. de Luynes, à la comédie, puis va chez la Reine à une
heure.
[303] Pierre Brulart, vicomte de Puisieux, du vivant de son
père, secrétaire d'État, marié à Charlotte d'Étampes-Valençay,
était veuf sans enfants en 1613 de Madeleine de Neuville de
Villeroy.—Puisieux est un village, tout à côté de Sillery, près
de Reims, érigé plus tard en marquisat.
[304] Louis Brulart, né en 1619, marquis de Sillery, fils
aîné du précédent, mort le 19 mars 1691, ayant épousé en
1638 Marie-Catherine, fille aînée de François V, duc de la
Rochefoucauld.
_Le 6, mercredi._—A sept heures le prince major de Savoie arrive avec
son frère le prince Thomas[305], en poste, étant partis de Pouilly, et
salue le Roi en son cabinet. Le Roi le mène chez Madame, qu'il venoit
épouser, puis chez la Reine.
[305] Thomas-François de Savoie, prince de Carignan, né le 21
décembre 1596, mort le 22 janvier 1656, ayant épousé Marie de
Bourbon-Soissons.
_Le 9, samedi._—Il va visiter sa fauconnerie au Bourg-la-Reine avec le
prince de Piémont[306] et ses frères, revient à cinq heures, va chez
la Reine; à huit heures Madame Christine de France fut fiancée en la
chambre du Roi, par M. le cardinal de la Rochefoucauld, grand aumônier
de France. Le Roi va ensuite chez M. de Luynes, où il a soupé.
[306] Victor-Amédée, fils aîné du duc Charles-Emmanuel, né le 8
mai 1587, duc en 1630, mort le 7 octobre 1637; sa femme, Madame
Christine, vécut jusqu'au 27 décembre 1663.
_Le 10, dimanche._—Il va chez la Reine, à la chapelle de la Tour, où,
entre dix et onze heures, fut épousée Madame Christine de France au
prince de Piémont, et presque à la même heure environ de sa nativité.
Le Roi monte le soir chez M. de Luynes, où on m'a dit qu'il a fort
gaiement soupé. A dix heures, il conduit Madame Christine en sa
chambre, et y est tant que le prince fut couché et quelque temps après.
A minuit il va chez la Reine, et en revient à deux heures.
_Le 12, mardi._—Il soupe chez M. de Luynes et donne le souper à tous
ceux qui étoient de son ballet, s'y est habillé et a descendu à la
salle où, à minuit, il a dansé son ballet[307].
[307] «Vers pour le ballet du Roi représentant les adventures de
Tancrède en la forêt enchantée,» par Bordier, 1619, in-4º. _Voy._
pour toutes ces fêtes, le _Mercure françois_ de 1619, p. 86.
_Le 19, mardi, à Saint-Germain._—Il va au bois et à la volerie, et
revient par le moulin d'en bas, où le meunier, le prenant pour un
fauconnier, couroit après lui, disant et opiniâtrement que c'étoit lui
qui lui avoit pris sa poule; à quoi il prenoit plaisir et à le faire
contester.
_Le 23, samedi._—Il reçoit des nouvelles que la Reine sa mère, étoit
partie de Blois[308] le vendredi au soir, va ensuite chez M. de Luynes,
et le lendemain à Paris.
[308] _Voy._ plus haut la note 269, page 210. C'est dans la nuit
du 21 au 22 février que le duc d'Épernon fit échapper la Reine
mère.
_Le 18 mars, mardi._—A dix heures et demie du soir levé, vêtu en robe,
il va chez la Reine _cum voluptate_[309].
[309] A dater de cette époque, chaque fois que le Roi va chez la
Reine, Héroard met en marge des chiffres significatifs.
_Le 8 avril, jeudi, à Saint-Germain._—Il va au conseil, puis à la
chapelle du vieux château, au service pour la mort de l'Empereur[310].
[310] Mathias, archiduc d'Autriche, roi de Hongrie, fils de
Maximilien II et frère de Rodolphe II, fut élu après lui le 13
juin 1612; il adopta son cousin Ferdinand, archiduc de Gratz, et
mourut le 10 mars 1619.
_Le 27, mardi._—Il va à Saint-Germain-en-Laye voir Monsieur, son
frère, malade.
_Le 29, jeudi._—Il va au conseil, donne audience au nonce, à
l'ambassadeur de Lorraine.
_Le 1er mai, mercredi, à Saint-Germain._—Il va par les terrasses à la
garenne, voir faire la monstre à sa compagnie de chevau-légers, où le
sieur de la Curée, qui l'avoit commandée en lieutenance sous le feu
Roi, s'en démet au profit du sieur de Brantes[311].
[311] Léon d'Albert, seigneur de Brantes, puis duc de Luxembourg
et de Piney; il était frère du connétable de Luynes.
_Le 5, dimanche._—Il donne audience à messieurs des compagnies
souveraines de Paris, qu'il avoit mandés pour leur commander ce qu'il
y avoit à faire pendant le voyage qu'il alloit faire en Touraine, pour
les différends de lui et de la Reine sa mère[312].
[312] Le Roi part de Saint-Germain le 7, couche à Linas le 8,
à Étampes le 9; il y séjourne à cause de l'Ascension, le 10 à
Toury, le 11 à Orléans, le 16 à Blois, le 17 à Amboise.
_Le 12, dimanche._—Pendant son voyage de Touraine, il soupe au
Pontil, en la maison du sieur d'Escures, premier maître d'hôtel de
Monsieur, qui a donné le souper au Roi.
_Le 19 mai, dimanche, à Amboise._—Il a touché cinq malades espagnols,
à la prière de la Reine, d'autant qu'il ne toucha point à cause des
bruits de peste.
_Le 20, lundi._—Il va aux Arpentils, où il a dîné, donné par M. de
Luynes; c'étoit sa maison.
_Le 28, mardi._—Le Roi arrive à Tours, où M. de Brenne lui apporte des
lettres de la Reine mère; il le renvoie le surlendemain sans lettres,
mais avec des compliments.
_Le 1er juin, samedi._—Il donne audience à un député de messieurs
des États des Pays-Bas sur le fait de l'exécution à mort du sieur de
Barnawelt[313].
[313] Jean d'Olden-Barneveldt, avocat général des États de
Hollande et principal ministre de la République: il fut chargé
de plusieurs ambassades en France, et occupa constamment le
premier rang dans les affaires de son pays; mais ayant pris parti
pour une secte dite des Arminiens et des Remontrants, contre
les Gomariens ou les contre-Remontrants, le prince d'Orange se
prononça pour ces derniers; on en vint aux armes, et Barneveldt
fut pris et décapité le 13 mai 1619.
Le 4 juin le Roi va au Lude: la Reine à Notre-Dame des Ardilliers de
Saumur, et le 5 au Verger, d'où elle revient à Tours.
_Le 10, lundi._—Baigné en la rivière de Loire, au-devant de
Marmoustier[314].
[314] Le 16 le Roi va à Amboise et en revient le 19, à cause de
M. de Mayenne.
_Le 19, mercredi._—Il reçoit M. de Mayenne venant de l'armée de
Guyenne.
_Le 20, jeudi._—Il donne audience au chevalier Hernet, ambassadeur
extraordinaire d'Angleterre et à un chaoux turc venant d'Alger; il
étoit renégat natif de Martigues[315].—Il me fit l'honneur de me dire
qu'il étoit sorti l'après-dînée, mais qu'ayant senti la chaleur qui
lui donnoit à la tête, il s'étoit vite retiré à l'ombre, et que le
soir précédent, lorsqu'il se coucha, il avoit mal à la tête, qui lui
donnoit de l'inquiétude et qu'il ne me l'avoit pas voulu dire. Il avoit
été longtemps sur la rivière du Cher à tirer aux oiseaux, puis dans la
prairie, où il se mouilla fort, à cause de ce qu'il avoit beaucoup plu.
[315] A ce moment la France était en paix avec les corsaires des
États Barbaresques, à cause des préparatifs de M. de Guise dans
les ports de la Méditerranée. Un traité avait été presque conclu
en 1618 par l'envoyé, le baron d'Allemagne.
_Le 24, lundi._—Le prince de Piémont revient d'Angoulême.
_Le 25, mardi._—A cinq heures et demie, il salue Mme la princesse de
Piémont, sa sœur, qui arrive.
_Le 27, jeudi._—Il part du Plessis, va à Azay, en la maison de M. de
Lansac, où il dîne, et en revient le 29[316].
[316] Depuis quelques jours le Roi, dans les villes diverses
qu'il traverse, va à la comédie vers cinq heures et demie,
avant son souper. La Reine était avec lui. Il s'amuse avant de
s'endormir à chanter en concert des hymnes de l'Église, ne manque
jamais la messe et les vêpres dans l'église principale du lieu où
il est.
_Le 2 juillet, mardi._—Cejourd'hui matin mourut, au Pont de la Mothe,
près de Tours, le colonel Galati, Suisse[317] qui avoit si bien fait
à Arques du vivant du feu Roi. Il se leva, disoit-il, pour aller voir
le Roi au Plessis; ayant fait deux tours de chambre, il lui prend une
foiblesse; étant mis sur le lit, la parole lui revient et deux jours
après il décéda, âgé de plus de quatre-vingts ans.
[317] Gaspard Gallaty, colonel des Suisses à Arques, où il
demeura constamment près du Roi. Le duc de Rohan, partant pour
Juliers avec un «beau» régiment suisse, ajoute dans une lettre du
29 juin 1610 à M. de la Force: «Le bon homme Galatty fait encore
ce voyage».
_Le 5, vendredi._—Il se relève en robe, fait porter des paillasses,
ne se couche pas jusques à une heure après minuit, après avoir fort
joué, passé son temps, fait manger les confitures qui étoient dans ses
coffres à Marais, Boulanger, etc., fait éveiller ceux qui dormoient
sur les paillasses en leur faisant passer un fétu sur le visage, et
avant leur avoit barbouillé les mains avec de l'encre; s'endort tout
vêtu sur une paillasse.
_Le 8, lundi._—Le Roi étant à Amboise, le comte Henri de Nassau
arrive, venant de Flandre[318].
[318] Louis-Henri, depuis prince de Nassau-Dillembourg, fils du
comte Georges de Nassau et de Émilie de Sayn, né le 9 mai 1594,
général dans l'armée suédoise, mort en juillet 1662.
Le Roi va le 3 à Amboise et en revient le 9, où il reçoit le duc de
Nevers. Le 16 il y retourne, jusqu'au 19.
_Le 22, lundi._—Le Roi donne audience en sa chambre à messieurs de
l'assemblée générale du clergé, et leur donne congé.
_Le 1er août, jeudi._—Il arrive à Tilly, maison de M. le comte du
Lude[319]; à onze heures et demie il prend son harquebuse sur l'épaule
et va à pied à l'étang d'Heume, où il a chassé sur l'eau dans son petit
bateau et tué beaucoup de gibier de son harquebuse, nonobstant la pluie
et le vent; revient à cheval[320].
[319] Timoléon de Daillon, comte du Lude, né en 1600, marié en
1622, à Marie Feydeau.
[320] Le Roi va le 8 à Amboise, et en revient le 12; il y
retourne avec la Reine, du 17 au 21.
_Le 13, mardi._—Étant au Plessis, il va dans la journée à la comédie
françoise et le soir à la comédie espagnole.
_Le 24, samedi._—M. de Praslin a prêté le serment de maréchal de
France[321].
[321] Charles de Choiseul, marquis de Praslin, mort le 1er
février 1626, lieutenant général en Champagne.
_Le 26, lundi, au Lude._—Pendant ce voyage il s'est baigné fort
souvent ou à la rivière ou dans son cabinet, et a continué de se
montrer très-attentif pour la Reine. Il ne manque presque jamais,
quoiqu'en voyage, de tenir le conseil, et assiste souvent à la comédie
espagnole. Il va généralement chez la Reine le matin et le soir.
_Le 3 septembre, mardi._—En arrivant à Tours, il fait tirer en salut
dans son bateau l'harquebuse de M. de Beaumont, mestre de camp; elle
creva tout auprès du Roi et il en eut la main toute froissée, et le
sieur de Touvion fut blessé à la face.
_Le 5, jeudi._—Il part de Tours à neuf heures et demie, et va à
Cousières au-devant de la Reine mère, qui y avoit couché revenant
d'Angoulême; y arriva à onze heures et demie. M. de Montbazon vint
au-devant de lui, le conduisit par le bois au jardin, aux allées où
étoit la Reine mère; elle vient au-devant de lui, l'embrasse, le baise,
se prend à pleurer, lui aussi, sans parler l'un et l'autre; après
souper il va chez la Reine, puis va voir la Reine mère, logée à l'hôtel
de la Bordesière[322].
[322] La Reine s'était retirée dans un château du duc d'Épernon
en Angoumois; M. de Richelieu qui pour l'avoir suivie à Blois
avait été relégué le 9 avril 1618 à Avignon, fut chargé d'aller
la trouver et de la décider à voir le Roi. Cette entrevue n'eut
aucun résultat.
_Le 12, jeudi._—Il va pour tirer de l'harquebuse sur les plaines de
Saint-Avertin, chassant à pied à main gauche d'une croix, sur le chemin
pour aller à Cousières; n'étant que sept à huit, épars autour de lui,
il s'éleva une grosse couleuvre, longue d'environ de quatre pieds, d'un
vieux chaume, et venant droit à lui à grands élans. Il ne la voyoit
point; on lui crie qu'il eût à prendre garde; il la voit à six pas
près, saute en arrière, et en même temps couche en joue son harquebuse
et la tue, l'ayant coupée en plusieurs pièces.
_Le 19. jeudi._—Il va chez la Reine sa mère, et prend congé d'elle,
part de Tours, et va à Amboise. La Reine mère va à Chinon.
_Le 22, dimanche._—A onze heures et demie il va chez M. de Luynes, qui
faisoit le festin à messieurs les princes de Piémont et à Mesdames, qui
devoient partir le jour d'après.
_Le 23, lundi._—Madame Christine de France, princesse de Piémont,
part pour aller en Piémont. Il l'accompagne en carrosse environ
une demi-lieue, revient en diligence qu'il treuve au bout du pont
d'Amboise, la conduit lui-même au galop, et arrive à dix heures trois
quarts à Onzain, où il a dîné.
_Le 24, mardi._—Il arrive en chassant à Vendôme pour la première fois,
et va visiter le château, y monte à pied et visite tout.
_Le 25, mercredi._—Il part de Vendôme, va à Claye, où il arrive à dix
heures et demie, à cause que la roue de son petit carrosse s'étoit
rompue au-dessous d'une montagne où il y avoit un bois et après une
descente pierreuse; il prend une hache, lui-même coupe un arbre,
l'accommode, et remet la roue dans le fer, puis s'en va.
_Le 7 octobre, lundi, à Mantes[323]._—Il mange une petite grappe de
raisin de Corinthe, de ceux qui viennent de lui être présentés par l'un
de ses médecins, qui étoit M. Le Tilien, demeurant à Mantes. Il part de
Mantes, arrive à Marcines, maison de M. le chancelier Brulart, sieur de
Sillery, où il a dîné et couché.
[323] Le Roi avait quitté Chartres le 3, était arrivé le 4 à
Montfort, en passant par Épernon, et le 5 à Mantes.
_Le 10, jeudi._—Il arrive à Compiègne pour la première fois, y loge,
et va à Saint-Cornille.
_Le 12, samedi._—Il va de Compiègne à Mouchy, maison de M. de Humières.
_Le 14, lundi._—Retour à Compiègne; conseil.
_Le 17, jeudi._—Il va en son cabinet, où je lui demandai s'il
toucheroit des malades; il y avoit de la peste à Paris.—_Non, mais ces
gens-ci me pressent si fort, si fort; parlez à eux, ils me persécutent
si fort. Ils disent que les Rois ne meurent point de la peste_ (en
colère); _ils pensent que je sois un Roi de cartes: parlez-leur_,
dit-il au père Arnoux.
_Le 18, vendredi._—Il part pour Chantilly.
_Le 20, dimanche, à Chantilly._—A trois heures, dans le petit cabinet
de la tour de sa chambre, il reçoit M. le prince de Condé et Mme sa
femme sortant de prison du bois de Vincennes, d'où ils étoient partis
à onze heures, conduits par M. de Luynes. D'abord M. le Prince met les
deux genoux en terre, il demande pardon; ce qu'on put entendre du Roi
en le relevant fut qu'il falloit oublier toutes les choses passées, et
que M. le Prince répondit «C'est ce que je demande». Mme la Princesse
en fit autant, mais le Roi la releva, n'attendant pas qu'elle eût
les genoux en terre, et la baisa et Mme de Ventadour, qui l'avoit
accompagnée. Le Roi va montrer à M. le Prince ses oiseaux; à quatre
heures ils se séparent.
_Le 22, mardi._—Retour à Compiègne.
_Le 1er novembre, vendredi._—Il touche trois Portugais malades des
écrouelles, aux Minimes.
_Le 2, samedi._—Revenant au quartier des mulets de Monsieur, son
frère, il reçoit une grande plainte de nombre de paysans contre le
capitaine des mulets, sur ce qu'il ne leur payoit que quatre sols par
mulet, lui qui en avoit vingt. Il le condamne à être pris au corps,
ramené au village, et à payer plus qu'il n'avoit convenu avec les
paysans. Il ordonne pour premier président M. de Tavannes[324], M. de
Grissac, gentilhomme de la vénerie, M. des Chapelles qui avoit le vol
du cahier pour greffier, et quelques autres pour la capture, et assista
à l'exécution; fait fouetter un des garçons de ce capitaine qui faisoit
le rieur et le suffisant[325].
[324] Guillaume de Saulx, comte de Tavannes, fils aîné du
maréchal, chevalier des Ordres et l'un des plus fidèles partisans
de Henri IV, mort en 1631.
[325] Le Roi quitte le 4 Compiègne, et va le 5 à Monceaux; dîne
le 10 à Coupevray, couche à Lésigny, et va le 15 à Fontainebleau:
il va le 21 à Villeroy; la Reine à Paris.
_Le 13, mercredi._—Il va à sept heures du matin chez M. de Luynes,
en sort pour l'accompagner, allant à Paris au parlement, pour faire
enregistrer ses provisions de duc et pair.
_Le 24, dimanche._—Il a bu de l'hypocras de cidre de Vaugrineuse; le
soir il envoya querir un gobelet et une bouteille d'hypocras de cidre,
en boit deux coups, et en fait boire à tous ses gentilshommes présents.
_Le 5 décembre, jeudi._—Il va au conseil, chez la Reine, chez M. de
Luynes. A trois heures il donne audience au comte de Furstemberg[326],
ambassadeur extraordinaire de l'Empereur pour avoir secours contre les
Bohêmes.
[326] Égon, comte de Furstemberg, né le 21 mars 1588, l'un des
principaux généraux de l'Empire, mort le 24 août 1635.—A ce
moment la Bohême était en insurrection par suite de la rébellion
des protestants de ce royaume; la bataille de Prague (1620) mit
fin à ces troubles.
_Le 8, dimanche._—Il va en son cabinet, où il reçoit le serment de
M. du Cadenet[327], frère de M. de Luynes, pour l'état de maréchal de
France. La Reine part pour aller à Paris.
[327] Honoré d'Albert, seigneur de Cadenet, auteur de la branche
des ducs de Chaulnes, dignité qui lui fut conférée en 1621; il
mourut le 31 octobre 1649, ayant épousé Claire d'Ailly, comtesse
de Chaulnes, dame de Péquigny.
_Le 10, mardi._—Il arrive à Paris à quatre heures, et va chez la Reine.
_Le 20, vendredi._—Il donne audience aux députés de l'assemblée de
Loudun lui présentant leurs cahiers.
_Le 25, mercredi._—Il va après dîner à sa petite chambre, où entrent
M. le prince de Condé, les sieurs de Tavannes, d'Andresy, de Flochet,
et se parloient de mots qui dépassoient la gaillardise; le Roi dit: _Je
ne veux point que l'on dise des saletés et des vilainies._—Peu après
il commanda au P. Arnoux de prêcher son sermon.
_Le 27, vendredi._—A cinq heures et demie le Roi voulant souper, M. le
comte de Soissons, grand-maître, voulut présenter la serviette; alors
M. le prince de Condé la lui veut ôter, l'autre s'en défend. Sur ce
différend le Roi envoie querir Monsieur, son frère, auquel M. le Comte
la donna, qui la servit au Roi[328]; il va chez la Reine.
[328] _Voy._ le détail de cette scène dans le Journal d'Arnauld
d'Andilly, page 457.
_Le 31, mardi._—A deux heures il entre en carrosse, et va aux
Augustins pour faire les chevaliers du Saint-Esprit[329].
[329] La promotion fut de cinquante-neuf chevaliers
ANNÉE 1620.
Festin des Rois.—Le Roi manque de se noyer.—Mariage de M. de
Cadenet.—Ballet.—Indisposition de la Reine.—Le Roi fait une
omelette.—Il tue un aigle.—_Ballet des ivrognes._—Mariage
de M. de Liancourt.—Le Roi va à Amiens.—Fiançailles du jeune
duc de Guise et de Mlle de Bourbon, et de son frère avec Mlle
de Luynes.—Jubilé.—Conte du Roi.—Il est mordu par un de ses
chiens.—Il couche avec M. de Canaples.—Baptême de Mlle de
Bourbon.—Feu de la Saint-Jean.—Départ pour Rouen.—Le duc de
Longueville.—Siége de Caen.—Prise du château.—Le Mans.—Le
Roi fait arborer sa cornette.—Combat du Pont-de-Cé.—La
Reine mère se soumet.—Séjour à Tours; la Reine s'y
rend.—Revue.—Saintes.—Bordeaux.—Navarreins.—Le gouverneur
de Sale.—Bazas.—Voyage à Abbeville.—Offrande due par les
habitants.—Calais.
_Le 1er janvier, mercredi._—Il va encore aux Augustins pour les
chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit, à deux heures et demie, y a
dîné, au festin royal.
_Le 2, jeudi._—Il va encore aux Augustins, à la messe des chevaliers
pour les morts[330], y a dîné au festin, et après le dîner va tenir le
chapitre.
[330] La fête de l'ordre du Saint-Esprit se tenait tous les ans,
le 1er janvier, et le lendemain un service était célébré pour les
chevaliers morts dans l'année.
_Le 4, samedi._—Après son souper il joue au hère avec quelques princes
et plusieurs seigneurs.
_Le 5, dimanche._—A six heures trois quarts il va chez M. de Luynes,
où il a soupé, au festin des Rois.
_Le 13, lundi._—Il va chez la Reine, où il assiste aux fiançailles de
M. de Cadenet et de Mlle de Péquigny, faites par Mgr le cardinal de
la Rochefoucauld, et monte après chez M. de Luynes, où il recorde son
ballet.
_Le 23, jeudi._—Il part de Lésigny et va à Gros-Bois, où M. le comte
d'Auvergne lui a fait le festin, revient à Paris et le soir recorde son
ballet chez M. de Luynes. Il va chez la Reine à huit heures.
_Le 28, mardi._—Il va à pied jusqu'à l'île vis-à-vis des Bonshommes,
où il tue une quantité de gibier à l'harquebuse, va chez la Reine, puis
chez M. de Luynes, où il recorde son ballet.
_Le 29, mercredi._—Il reçoit en son cabinet M. le maréchal de
Lesdiguières; il recorde son ballet chez M. de Luynes, et le soir voit
danser chez lui un ballet de la ville[331].
[331] Il mange fort souvent des truffes à l'huile, beaucoup
de fruits confits, boit toujours du houblon, prend beaucoup
d'exercice, et s'amuse encore comme un enfant.
_Le 30, jeudi._—A une heure il va par la galerie aux Tuileries à pied
et en l'île devant les Bonshommes, passe à Grenelle, revient pour
passer l'eau, fait dételer un cheval aveugle d'un chariot, l'attache
à son petit bateau, qu'il faisoit toujours porter dans une charrette,
se met dedans, le fait tirer par le cheval allant amont la rivière;
le cheval se sentant battu aux jambes, se prend à courir et à prendre
l'écart, de telle façon que le bateau se fût renversé dans la rivière,
n'eût été que le sieur de Réaux, lieutenant des gardes du corps, coupa
promptement la corde.
_Le 2 février, dimanche._—Il va chez la Reine, en son cabinet des
armes. A deux heures il entre en carrosse, va aux Feuillants, au
sermon et à vêpres, où le chevalier Helver, ambassadeur d'Angleterre,
renouvelle l'alliance avec le Roi, offensive et défensive. Le soir chez
la Reine et chez M. de Luynes.
_Le 5, mercredi._—Il va chez la Reine qui étoit fort malade de fièvre
continue, double, tierce, n'en veut aucunement sortir pour aller
prendre l'air. Il revient souper, va encore chez la Reine, monte après
chez M. de Luynes, revient à dix heures se coucher.