[274] Ferdinand Elle, dit Ferdinand, «l'un des plus excellents

peintres de portraits qui ayent paru en France», dit Mariette.

Son fils Louis Ferdinand Elle, connu aussi sous le nom de

Ferdinand, fut l'un des premiers membres de l'Académie royale de

peinture en 1648, et mourut en 1689, âgé de soixante-dix-sept ans.

_Le 4, vendredi._—Il va aux Tuileries, où il fait courir trois renards

par ses petits chiens; l'on y avoit apporté les renards. Le soir il va

chez la Reine.

_Le 15, mardi._—Il va au sermon du P. Arnoux, jésuite, voit la Reine

en la maison où il fait la collation; c'étoit à Saint-Germain.

_Le 25, vendredi._—Il part de Paris pour aller à Lésigny et au bois

de Piple; il arrive à une heure, va aux Fontaines, se trouve las, se

couche sur un matelas, court un blaireau après.

_Le 29, mardi._—Il va sur l'étang (il faisoit une extrême chaleur)

revient à Paris. Il se plaint de tranchées au ventre, ce qui l'empêche

d'aller dîner au faubourg Saint-Honoré, chez M. de Vendôme, et de tenir

à baptême son fils.

_Le 2 septembre, samedi._—Il va chez la Reine, puis part de Paris

pour aller à Nanterre chasser à la garenne du Vésinet, arrive à

Saint-Germain par les terrasses, va jouer à la paume au jeu du bourg,

puis se promener.

_Le 3, dimanche, à Saint-Germain._—Il va au vieux château pour

voir l'endroit où le tonnerre vient de tomber. C'étoit auprès de la

chapelle, au-dessus de la voûte du château, d'où il remonta de la cour

après avoir pirouetté autour de trois ou quatre personnes qui y étoient.

_Le 6, mercredi._—Il va chez la Reine, fait tirer des fusées dans le

préau, joue aux barres, va à l'assemblée à Joyenval, y dîne, ayant fait

quatorze lieues dans le jour sans être aucunement las, ayant chassé

beaucoup.

_Le 8, vendredi, à Saint-Germain._—Confessé par le P. Arnoux, il va

à la chapelle de la terrasse, où il entend la messe, communie, entend

encore la grande messe, puis touche quatre Espagnols malades, par

grâce, à cause des maladies qui avoient cours. Il va chez la Reine

après son dîner, et à deux heures à l'église, au village, au sermon du

frère Paolo di Cesena, Italien, général des Capucins, qui prêcha en son

langage, et y entend vêpres, revient à quatre heures. Il va au préau

jouer aux barres, puis chez la Reine; mis au lit, il écrit lui-même et

donne les relais pour courir le cerf le jour d'après.

_Le 9, samedi._—Il part de Saint-Germain, va à l'assemblée en Vésinet,

où il dîne. A Maisons, le Roi y passe en bac, revient à Paris à quatre

heures. Il va chez la Reine après son souper, revient à huit heures.

_Le 10, dimanche._—Le Roi va voir le général des Capucins.

_Le 11, lundi._—Il va chez la Reine, où se font les fiançailles de

M. de Luynes avec Mlle de Montbazon[275]. M. l'archevêque de Tours,

auparavant évêque de Bayonne, y fit la cérémonie.

[275] Marie de Rohan, fille d'Hercule, duc de Montbazon, et de

Madeleine de Lenoncourt, remariée à Claude de Lorraine, duc de

Chevreuse.

_Le 13, mercredi._—A son lever il monte en la chambre de M. de

Luynes, et à cinq heures le mène à la chapelle de la Tour, près de

l'antichambre de la Reine, où, par M. l'archevêque de Tours, il est

épousé. Après son dîner il va chez la Reine, au conseil, va au souper

que donne M. de Luynes.

_Le 15, vendredi._—Ce jourd'hui, à midi, M. le prince de Condé a

été sorti de la Bastille et mené au bois de Vincennes avec Madame sa

femme[276].

[276] Charlotte-Marguerite de Montmorency, morte le 2 décembre

1650.

_Le 21, jeudi._—Il va mettre la première pierre au pont Saint-Michel.

En ce temps-là il alloit souvent à l'assemblée de Joyenval.

_Le 22, vendredi._—Mis son habit de satin; il recorde son ballet, va

chez la Reine, va au conseil, puis part pour Saint-Germain.

_Le 23, samedi._—Il va à l'assemblée à Maisons; le Roi passe la

rivière à gué devant la maison de M. le président Chevalier, courant

après le cerf.

_Le 25, lundi._—Il va à l'assemblée à Vaucresson, y dîne, soupe à

Saint-Germain.

_Le 26, mardi._—Il revient à Paris, va chez la Reine.

_Le 8 octobre, dimanche, à Saint-Germain._—Il va par la terrasse à

pied à la garenne, où il chasse aux lapins à coup de sa petite pièce,

en tue un par la tête.

_Le 18, mercredi._—Chez la Reine, dans la chapelle de la Tour, il y

tient à baptême le fils aîné de M. de Vendôme, duc de Mercœur, avec la

Reine[277].

[277] Louis, fils aîné de César, duc de Vendôme. Il était né en

1612, épousa en 1651 Laure Mancini, nièce du cardinal Mazarin,

puis devenu veuf fut créé cardinal en 1667, et mourut en 1669.

_Le 24, mardi._—Il donne audience aux ambassadeurs de Venise et de

Savoie, qui prennent congé.

_Le 27, vendredi._—Il va à l'assemblée à Joyenval, où il a dîné,

arrive à neuf heures et demie, va faire la recette de son poisson, et

donne dix écus au pourvoyeur et une pistole à ses serviteurs.

_Le 1er novembre, mercredi._—Il touche les malades en la galerie; à

onze heures il va chez la Reine.

_Le 11, samedi._—Il va chez la Reine, au conseil; à midi il entre en

carrosse, part de Paris allant à Rouen, arrive à Saint-Germain, il

pleuvoit. Il s'amuse à faire lui-même un petit fourneau de forge, de

brique et de mortier.

_Le 14, mardi._—Il part de Saint-Germain; à l'entrée du bourg, M.

d'Épernon, revenant de Guise, lui fait la révérence. Il soupe à Mantes

pour la première fois, y joue à la paume; il dîne à Fresnède.

_Le 15, mercredi._—Il arrive à Vernon pour la première fois, y dîne,

arrive à Gaillon[278], va soudain à pied visiter le jardin, puis soupé.

[278] Gaillon appartenait aux archevêques de Rouen, et le

cardinal d'Amboise y fit construire un magnifique château entouré

d'un parc. _Voy._ les _Comptes du château de Gaillon_, publiés

par M. Deville dans la collection des _Documents inédits sur

l'Histoire de France_.—Louis XIII trouva le château si beau

qu'il songea à l'acheter.

_Le 16, jeudi._—Il va en son cabinet, au conseil, où il n'y avoit que

le président Jeannin.

_Le 23, jeudi._—Il part de Gaillon et va à Pont-de-l'Arche pour la

première fois; à Rouville dîné. Il va à Pont-de-l'Arche, où le sieur de

Marsillat lui donne la collation de confitures.

_Le 24, vendredi._—Il part de Rouville pour aller à Rouen, la première

fois, à quatre heures, sans cérémonie, va descendre à l'église de

l'évêché, où il fut reçu par M. de Harlay, archevêque. A cinq heures à

Saint-Ouen où il logea[279].

[279] Le Roi refusa le poële et aussi le serment obligé des Rois,

entrant à Notre-Dame de Rouen, de conserver les priviléges du

pays.

_Le 25, samedi._—Il va à la messe et aux vêpres à Saint-Ouen. Il

pleuvoit, il languit et s'amuse à jouer au volant en son cabinet.

_Le 27, lundi._—Il part de Rouen pour aller à Dieppe, dîne à Tote et

soupe à Baqueville, va se promener partout.

_Le 28, mardi._—Il arrive à Dieppe pour la première fois, va au

derrière de son logis pour y voir la mer, va voir le port.

_Le 29, mercredi._—Il monte à cheval, va au-dessus du Pollet, monte au

fort de Lunes, à main gauche sur le bord de la mer, où il fait mouiller

et mouille lui-même, faisant avancer le piquet. M. le duc de Mayenne

rencontra un piquet qui le fit tomber et fut couvert d'eau.

_Le 30, jeudi._—A son dîner, Mathurine[280] y emmène son hôtesse qui

dit au Roi: «Dieu vous donne bonne vie et longue, Sire; autrefois

j'ai baisé votre père, mais je vois bien que je ne vous baiserai pas.

Que Dieu vous bénisse, Sire, et vous maintienne longuement.» C'étoit

l'hôtesse de l'Écu de Bretagne. Il retourne au bord de la mer, fait

jeter dans l'eau le sieur de Frasque, écuyer de la Reine, et le sieur

Bernard, s'amuse, achète beaucoup de petites besognes.

[280] Folle du roi Henri IV.

_Le 1er décembre, vendredi._—Il part de Dieppe, soupe le lendemain à

Rouen.

_Le 4, lundi._—Il va à la messe à Notre-Dame, et puis faire

l'ouverture des Notables qu'il avoit fait venir pour donner ordre

aux affaires de l'État, et prononça ces mots: _Messieurs, j'ai dit

mon intention à monsieur le chancelier; il vous la fera entendre;

asseyez-vous_.

_Le 5, mardi, à Rouen._—Il va au collége des Jésuites, pour voir les

préparatifs qu'ils avoient faits pour jouer des jeux.

_Le 10, dimanche._—Il va chez M. de Luynes, va au conseil, à la messe

à Saint-Ouen.

_Le 12, mardi._—Il entre en carrosse, va à l'hôtel de Ville à sa

collation. Ce jourd'hui M. de Villeroy est décédé, à quatre heures

après midi.

_Le 17, dimanche._—Dîné chez M. de Luynes; il ne boit pas du muscat.

_Le 23, samedi._—Il donne audience à M. le président de

Hacqueville[281], accompagné de M. le président Fayet, députés de

la cour du parlement de Paris, pour faire remontrances pour la

continuation du droit annuel à messieurs des comptes, cour des aides de

Paris et trésorier de France.

[281] Jérôme de Hacqueville, seigneur d'Ons-en-Bray; il devint

premier président du parlement de Paris en 1627, et mourut le 4

novembre 1628.

_Le 26, mercredi._—Il reçoit les avis par écrit des notables. M. le

cardinal du Perron porta la parole.

_Le 28, samedi._—Il va au conseil, où étoient les princes, ducs et

pairs et officiers de la couronne, pour lui communiquer les avis

de l'assemblée et demander le leur. Le lendemain il donne congé à

messieurs les notables, au conseil. A deux heures messieurs de la cour

du parlement prennent congé de lui.

_Le 29, vendredi._—Il part de Rouen après l'assemblée, et dîne à Pont

de l'Arche, revient souper à Gaillon, et y a couché.

_Le 30, samedi._—En chassant il arrive à Mantes, où il soupe et couche.

_Le 31, dimanche._—Il va à la messe à Notre-Dame et à sept heures

entre en carrosse, et part de Mantes; va à Fresne, où il arrive à neuf

heures et où il a dîné: ensuite il va à cheval en chassant jusques

à Saint-Germain-en-Laye, où il arrive à deux heures et un quart. La

Reine, qui ne faisoit que d'arriver[282], le reçoit à l'entrée de la

salle; il va chez la Reine, puis au petit cabinet de la galerie, où il

s'amuse à faire des fusées. A six heures et demie soupé; il va après

chez la Reine, en revient à huit heures trois quarts.

[282] La Reine n'avait pas accompagné le Roi à son voyage de

Normandie.

ANNÉE 1618.

Le journal d'Héroard devient plus concis.—Intimité croissante

avec M. de Luynes.—Le Roi visite Madrid, et y va loger.—Congé

donné aux Notables mandés de Rouen.—Soupers chez M. de

Luynes; remarques d'Héroard.—Ballets.—Incendie au palais de

Justice.—Mort de la duchesse de Nevers.—Uniformité de la

vie du Roi.—Plaintes des ducs et pairs contre le garde des

sceaux.—Le Roi donne la barette à M. de Gondi.—Il va à Grosbois

chez le comte d'Auvergne.—M. de la Rochefoucauld nommé grand

aumônier.—Le Roi à Soissons.—A Coucy.—Le cardinal de Savoie.

_Le 3 janvier, mercredi._—Il va en carrosse à la garenne, où il vole

et court des lièvres avec ses lévriers, revient à cinq heures, par les

terrasses, chez la Reine, où il a goûté d'un gâteau au beurre fait par

Mme Bélier.

_Le 4, jeudi._—A sept heures, éveillé par Beringhen, fort gai, il va à

l'assemblée à Joyenval, y dîne. Courant le cerf, il rencontre un petit

porte-panier, lui fait déployer toute sa marchandise, et l'achète,

laissant le marchand bien joyeux, qui pensoit que ce fussent des

voleurs; il fut bien aise de lui avoir fait cette peine. A onze heures

il va au laissez-courre; il avoit fort gelé; courant, il en voit qui

tremblent, ne court plus, s'en revient et va chez la Reine, se couche à

sept heures trois quarts.

_Le 6, samedi._—Soupé en la chambre de M. de Luynes, il va après à la

comédie françoise.

_Le 10, mercredi._—Il va chez la Reine, puis à la chambre de M. de

Luynes, qui devoit donner la collation de confitures, va à la cuisine,

où se proposoit de souper M. de Luynes, et demande à souper au

cuisinier, se fait porter un couvert, et a soupé.

_Le 11, jeudi._—Il donne audience à l'ambassadeur de Savoie, va chez

la Reine et chez Mme de Conty qui donnoit la collation, où il n'a rien

mangé.

_Le 18, jeudi._—Hors la ville, par la Porte neuve, il va à pied

jusques à Chaillot, faisant mener son petit canon par ses petits

suisses. M. de Castille lui donne des petits canons de fer, faits en

Suisse, et la collation. Il va chez la Reine, soupe, retourne chez la

Reine, chez M. de Luynes; revient à neuf heures et demie.

_Le 19, vendredi._—Il va à Madrid, visite tout le logement du château,

le fait lui-même marquer pour y aller loger, revient chez la Reine; le

soir encore chez la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 23, mardi._—Il va chez la Reine, au conseil, dîne, donne audience

à l'ambassadeur de Venise, puis entre en carrosse et va à Madrid pour y

loger; ce fut la première fois.

_Le 25, jeudi._—Il prend un émérillon sur le poing et va à pied

dans le bois, vers la Muette, revient tout à l'entour de la muraille

du parc, va chez la Reine; va après à la chasse vers la plaine de

Saint-Denis.

_Le 26, vendredi._—Après avoir été au conseil, il va se promener

et faire travailler à un fort qu'il fait faire près de la porte, à

l'avenue du pont de Neuilly.

_Le 28, dimanche._—Il chasse jusque par delà du pont de Saint-Cloud;

il étoit à cheval; il faisoit un extrême froid. Il l'avoue contre sa

coutume, et demande à se chauffer; il va chez la Reine, puis chez M. de

Luynes, où il a soupé; revient à huit heures.

_Le 29, lundi._—Il va travailler à son fort, revient pour le conseil

où il donne congé aux notables qu'il avoit mandés pour l'assemblée

tenue à Rouen; puis retourne travailler à son fort, va lui-même querir

et conduire des gazons; il faisoit grand froid.

_Le 31, mercredi._—Après son dîner, il va travailler à son fort, à

deux heures revient au conseil; à trois s'en va vers Longchamp à la

volerie, revient à quatre heures, travaille encore à son fort, puis va

chez la Reine, où il mange quelques beignets qui se y faisoient.

_Le 2 février, vendredi._—Il va à confesse au père Arnoux[283],

à la messe à la chapelle de la Tour, où il communie, et, dans la

grande galerie, touche cent six malades; va au sermon et aux vêpres à

Saint-Séverin, puis chez la Reine.

[283] Luynes voulant avoir quelqu'un à lui auprès du Roi fit

congédier en 1617 le père Coton, confesseur du Roi et de la

Reine mère, et choisit le père Arnoux pour le remplacer.

Fontenay-Mareuil et le marquis de Montpouillan ne l'épargnent pas

dans leurs Mémoires.

_Le 4, dimanche._—Il va chez la Reine, puis va souper chez M. de

Luynes et les princes et autres seigneurs avec lui, revient à neuf

heures.

_Le 11, dimanche._—Soupé chez M. de Luynes; _confusion_[284].

[284] _Voy._ au 18 février suivant. Héroard a mis cette mention

en marge.

_Le 12, lundi._—Il va chez la Reine, chez M. de Luynes, y recorde son

ballet.

_Le 15, jeudi._—Il va chez la Reine et chez M. de Luynes qui soupoit,

y recorde son ballet, revient à minuit.

_Le 18, dimanche._—Soupé chez M. de Luynes; un peu de confusion.

_Le 20, mardi._—Il va chez la Reine et chez M. de Luynes, où il

recorde son ballet à neuf heures trois quarts; il revient en la salle,

où il voit danser un ballet fait par M. de Nemours; revient à une heure

et demie.

_Le 22, jeudi._—Soupé chez M. de Luynes et dansé son ballet.

_Le 25, dimanche._—Il monte dans la chambre de M. de Luynes, où Mme de

Luynes donna à souper à la Reine, laquelle à minuit y dansa son ballet.

A deux heures après minuit le Roi s'en revient.

_Le 27, mardi._—Le soir chez la Reine et chez M. de Luynes, où il

danse encore un petit ballet, appris en trois jours.

_Le 28, mercredi._—Il va chez la Reine, au sermon du P. Arnoux en

la grande salle; amusé ensuite diversement jusques à six heures; il

retourne chez la Reine après son souper jusques à huit heures et demie.

_Le 2 mars, vendredi._—Il donne audience aux ambassadeurs de Mantoue

et de Savoie.

_Le 7, mercredi._—Éveillé à cinq heures et demie par M. Beringhen,

son premier valet de chambre, pour bailler les clefs des reliques qui

sont à la Sainte-Chapelle, de peur du feu qui s'étoit mis au Palais,

et brûlé toute la grande salle. Il commença à deux heures après minuit

par le logis du prévôt de l'île[285]. Levé en robe, il va en la galerie

pour voir le feu; remis au lit à six heures. Dans la journée, il va en

carrosse à l'Arsenal.

[285] Le feu dura de quatre à six heures du matin; la grande

salle fut en totalité détruite, avec la première chambre des

enquêtes.

_Le 13, mardi._—Il va chez M. de Mayenne le visiter sur la mort de Mme

de Nevers, sa sœur, s'étant vêtu de deuil noir pour le gratifier.

_Le 22, jeudi._—Il entre en carrosse, va à la chasse vers les plaines

de Saint-Cloud, par la pluie, la grêle et le tonnerre et éclairs; il

entre dans une ferme, où quelques-uns s'étoient retirés, qui mangeoient

du pain bis et du beurre salé de la fermière. Il revient ses bottes

pleines d'eau, qu'il fallut fendre pour le débotter, va après chez la

Reine.

_Le 30, vendredi._—Il va en la cour, où il voit un présent de la reine

d'Angleterre: c'étoient six chevaux et une meute de quarante chiens. Il

va après chez la Reine et au conseil; le soir encore chez la Reine[286].

[286] Chaque matin le Roi va au manége, chaque jour au conseil,

plusieurs fois dans le jour chez la Reine, presque chaque soir

chez M. de Luynes. Il ne se trouve plus d'indications d'études;

le Roi ne s'occupe que de chasse et d'armes. «En ce temps là,

dit Bassompierre, le Roi qui étoit fort jeune, s'amusoit à faire

petits exercices de son âge, comme de peindre, de chanter,

d'imiter les artifices des eaux de Saint-Germain par de petits

canaux de plumes, de faire des petites inventions de chasse, de

jouer du tambour, à quoi il réussissoit fort bien.»

_Le 22, dimanche._—Il va en la galerie, où il fait faire les exercices

lui-même à ses petits suisses; à quatre heures trois quarts il revient

en la ruelle de son lit, reçoit la plainte de certains ducs sur leur

préséance avec M. le garde des sceaux, et la plainte particulière de M.

d'Épernon contre le garde des sceaux[287].

[287] Du Vair, qui avait repris les sceaux de Claude Mangot à la

mort du maréchal d'Ancre.—Ce jour là le Roi était souffrant.

_Voy._ dans les Mémoires de Bassompierre le récit de cette scène.

_Le 24, mardi._—Il va chez la Reine, où, dans le cabinet, il entend un

évêque grec célébrant la messe à la grecque. Il va ensuite au jeu de

paume, revient au conseil, puis dîne, va après chez la Reine, puis aux

Tuileries par la galerie. A quatre heures il retourne au conseil, soupe

à sept heures, après va paître ses émérillons, et revient se coucher à

neuf heures.

_Le 25, mercredi._—Il va chez la Reine, et à une heure entre en

carrosse, et part de Paris. Il va à Vanves, loge en la maison de M.

Prévost, seigneur de Saint-Germain[288], soupe et couche à Vanves.

[288] Président au parlement de Paris.

_Le 10 mai, jeudi._—Dans la forêt de Saint-Germain il court le cerf,

le prend à quatre heures et demie, et se trouvant seul, accompagné

seulement de M. du Hallier-Vitry[289], capitaine de ses gardes du

corps, et du baron de Palluau, son premier maître d'hôtel, il dit:

_Puisque je suis seul à la mort du cerf, c'est à moi à aller querir

une charrette pour le porter_. Il pique, et s'en va vers le bourg, en

arrête une et la ramène, fait donner la curée en la cour; il va chez la

Reine avant son souper.

[289] François de l'Hôpital, connu depuis sous le nom de maréchal

de l'Hôpital.

_Le 20, dimanche._—Il va en carrosse à Notre-Dame pour donner le

bonnet de cardinal à M. Henri de Gondi, évêque de Paris[290].

[290] Le Roi retourne à Saint-Germain, et y reste jusqu'au 13

juin.

_Le 1er juin, vendredi._—Il va à l'assemblée à Herbelay; il est

mouillé et, à la chapelle de la terrasse, se trouve pris de foiblesse.

_Le 3, dimanche._—Il va à la chapelle de la terrasse, a froid, se fait

faire du feu, et touche pourtant treize cent dix malades en l'allée du

palemail.

_Le 11, lundi._—A une heure il donne audience au colonel Stechimbourg,

colonel de la cavalerie légère de Hollande, venant de la part du comte

Maurice, prince d'Orange.

_Le 18, lundi._—Il part de Paris et va à Gros-Bois, où M. le comte

d'Auvergne lui a fait donner à dîner.

_Le 30, samedi._—Il va jouer en son antichambre au billard; à onze

heures va à l'étang; il faisoit grand chaud. M. le duc d'Uzès vient à

lui de la part de la Reine; il entre en la boue pour le faire aller à

lui, et le fit[291].

[291] Le Roi était allé à Lésigny le 23. Il partit le 12 juillet

pour Saint-Germain.

_Le 1er juillet, dimanche._—Il va à onze heures trois quarts au devant

de la Reine, qui vient dîner ici; à cinq heures la Reine s'en retourne

à Paris. Il soupe chez M. de Luynes[292].

[292] Il est à remarquer qu'Héroard devient de plus en plus

insignifiant; il raconte minutieusement les chasses et les

promenades du Roi, ses repas, mais ne donne plus que rarement un

détail digne d'être relevé.

_Le 6 août, mercredi._—Il se baigne dans la rivière à Asnières, et

soupe à la Planquette.

_Le 8 septembre, samedi._—A une heure dîné, où M. le cardinal de la

Rochefoucauld dit le _Benedicite_ comme grand aumônier, dont, le matin

du jour précédent, il avoit prêté le serment.

_Le 10, lundi._—Il donne l'ordre du Saint-Esprit à M. de la

Rochefoucauld, qu'il avoit fait grand aumônier[293].

[293] Le Roi va le 11 à Lésigny et le 15 à Monceaux.

_Le 15, samedi._—Il dîne à Monceaux; la Reine y arrive pour la

première fois.

_Le 25, mardi._—Il va à Villers-Cotterets pour la première fois avec

le cardinal de Retz.

_Le 28, vendredi._—Il va à la messe aux Chartreux à Bourg-Fontaine, a

visité toute la maison et le lieu, y a dîné.

_Le 1er octobre, lundi._—Il arrive à Soissons pour la première fois,

va à l'église Notre-Dame, revient au château, où il a logé, va de là

visiter les retranchements faits durant le siége; à six heures il va

souper au logis de M. de Luynes.

_Le 4, jeudi._—Il quitte Soissons, dîne à Chavignan et soupe à Laon

pour la première fois, va à l'église et se promener.

_Le 5, vendredi._—M. de Luynes me dit que le Roi lui avoit dit le soir

avant que de s'endormir que depuis quelques jours en se couchant, ou

aussitôt qu'il étoit couché, il avoit froid.

_Le 6, samedi._—Il part de Coucy, en chemin mange du raisin en un

village où l'on faisoit la vendange, et a tâté un peu du vin doux[294].

[294] Le 9 le Roi retourne à Coucy, et revient le 12 à Soissons.

_Le 10, mercredi._—Il va en l'église, où il eut un peu de foiblesse,

blêmit, sua à la figure, revient, chauffé, blême[295].

[295] Le Roi part le 16 de Soissons, couche à Villers-Cotterets,

le 17 dîne à Nanteuil et couche à Dammartin.

_Le 18, jeudi._—Il arrive à Paris[296].

[296] Le 24 le Roi va à Saint-Germain, et en revient le 26.—Le

28, comédie chez la Reine.

_Le 6 novembre, mardi._—Le cardinal de Savoie arrive peu accompagné,

venant pour remercier le Roi pour le secours qu'il avoit reçu pour les

événements de Verceil[297].

[297] Il venait en France non-seulement pour remercier Louis XIII

des secours envoyés contre les Espagnols à Verceil, mais aussi

pour conclure le mariage de son frère avec Madame Christine,

sœur du Roi.

_Le 7 novembre, mercredi._—Il donne audience au duc de Montéléon, qui

prend congé pour s'en retourner en Espagne; va chez la Reine, à deux

heures, en sa chambre, donne audience au cardinal de Savoie[298].

[298] Le Roi mène M. le cardinal de Savoie à Saint-Germain le 13,

et lui fait tout visiter, le mène à la chasse et lui fait courir

un cerf avec cent veneurs et cent chiens. Le 28 le Roi retourne à

Saint-Germain jusqu'au 10 décembre.

_Le 15, jeudi._—Il va à l'assemblée à Forqueil, y mène le cardinal de

Savoie, qui a dîné et couru avec lui.

_Le 29, jeudi._—Il va par la galerie aux Tuileries, où il s'informe,

d'un archer des gardes du corps, de la comète qui avoit été vue le

matin avec une longue queue.

_Le 21 décembre, vendredi._—Il va aux Feuillants, où il se fait un

grand concert de musique.

_Le 29, samedi._—Il va à la volerie vers Massy, fait volerie plénière,

y mène M. de Vaudemont[299] et le cardinal de Savoie, revient chez la

Reine, soupe, monte chez M. de Luynes, où il voit jouer une comédie

françoise.

[299] François de Lorraine, comte de Vaudemont, fils du duc

Charles II et de Claude de France.

ANNÉE 1619.

Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628) · 第 16 / 37 段