Reine, en la rue de la Croix du Tiroir, pour voir passer l'ambassadeur
d'Angleterre; envoie querir des confitures sèches par le marquis de
Mortemart, en a beaucoup mangé. A six heures trois quarts, milord de
Haïes, ambassadeur d'Angleterre extraordinaire, arrive fort paré et
bien accompagné, et, passant par le Pont-Neuf, va loger à l'hôtel de la
reine Marguerite, au faubourg Saint-Germain.
_Le 7, dimanche._—Vêtu et paré à cinq heures, en sa chambre, il
donne audience au milord de Haïes, ambassadeur pour se réjouir de son
mariage[260].
[260] Jacques Hay, baron de Saley, comte de Carlisle; il venait
aussi entretenir le Roi d'un projet de mariage entre le prince de
Galles et Madame Christine.
_Le 9, mardi._—Il va au manége, où se trouve l'ambassadeur
d'Angleterre.
_Le 1er septembre, jeudi._—Sur les onze heures, M. le prince de Condé
fut arrêté en la chambre de la Reine mère, venant du conseil, par M. de
Thémines, lui disant que c'étoit par commandement du Roi; sur ce que
M. le Prince lui demanda s'il l'osoit bien entreprendre, il le mène
en bas, au logement neuf, que la Reine mère avoit fait accommoder
pour elle-même. Gardé par M. d'Elbène, commandant de la compagnie des
chevau-légers de Monsieur, avec une douzaine de ses compagnons[261]. Le
Roi ne veut pas dîner.
[261] La Reine mère fit arrêter le prince de Condé parce qu'il
continuait ses menées et menaçait de reprendre les armes.—_Voy._
tous les détails dans le Journal d'Arnauld d'Andilly, p. 194 et
195.—Ce jour-là le Roi reçut la cour souveraine, le prévôt des
marchands et les ambassadeurs, pour leur expliquer la cause de
cette mesure.
_Le 2, vendredi._—Il s'amuse à faire la garde lui-même, se couche sur
la paillasse, s'endort. Descluseaux, qui faisoit le caporal, l'éveille,
le tire par les pieds hors de la paillasse, le met en sentinelle, où il
se rendort. Descluseaux le y trouve, le met en prison; ce fut en son
lit.
_Le 7, mercredi._—A onze heures il monte à cheval, accompagné
de la Reine sa mère, et va au Palais, où il parle en ces termes:
_Messieurs, vous saurez par monsieur le garde des sceaux les raisons
pour lesquelles je suis venu m'asseoir en ce lieu._—C'étoit sur
l'emprisonnement de M. le Prince.
_Le 14, mercredi._—Il fait chevalier de l'accolade l'ambassadeur de
Venise, qui prenoit congé pour s'en retourner.
_Le 27, mardi._—Il va chez la Reine sa mère, où il voit danser un
ballet à la Reine.
_Le 8 octobre, samedi._—Ce matin courut un faux bruit que M. de
Vendôme ou M. de Bouillon avoit été tué; quelqu'un le disant devant lui
avec semblant de joie, le Roi dit froidement et sérieusement: _Je ne me
réjouis pas de la mort d'autrui_.
_Le 16, dimanche._—Il va chez la Reine tout élangouri, va à la
chapelle de la Tour, puis chez la Reine sa mère, revient à midi fort
gai et tout changé, et me dit que la Reine sa mère lui avoit dit qu'il
prendroit médecine demain matin, et qu'il y étoit tout résolu puisque
c'étoit avec un lait d'amandes, comme j'avois accoutumé de les lui
faire prendre, et qu'il y avoit quatre jours qu'il sentoit du mal, mais
ne l'osoit dire, de peur de prendre une médecine noire.
_Le 19, mercredi._—Il va le soir à la comédie françoise.
_Le 22, samedi._—Il va chez la Reine sa mère, la trouve à table qui
dînoit, y a mangé beaucoup de pain de Mlle de Vendôme, seul et avec de
la bouillie de la Reine. Il va à la plaine de Grenelle, puis revient
chez sa mère et chez la Reine.
_Le 27, jeudi._—Le soir il recorde son ballet[262].
[262] Même mention pour le jour suivant.
_Le 31, lundi._—Il étoit malade, dit qu'il sent ses pieds comme s'il
les avoit enflés, se plaint de la colique; bu de l'eau cuite avec du
julep rosat, mis une éponge abreuvée de décoction sur sa douleur.
Un quart d'heure après je l'entends râler et ronfler fort haut, j'y
accours; je le trouve la bouche en bas, contre son bras, je le lève,
le porte en terre, et le doigt en la bouche pour lui ouvrir les dents,
tant que le sieur de Piolive lui met le manche de son couteau en la
bouche; perd les sens; vin, eau-de-vie, promené, eau-de-vie, toujours
promené; l'accès dure environ un demi quart-d'heure; remis au lit;
c'étoit une convulsion. A huit heures soupé en présence de la Reine sa
mère.
_Le 1er novembre, mardi._—Il est saigné pour la première fois, à la
basilique du bras droit, par Ménard, chirurgien de la Reine sa mère.
_Le 2, mercredi._—Il continue à se plaindre, est entretenu par des
contes que lui fait sa nourrice, se fait changer de lit.
_Le 5, samedi._—Levé en robe et en bottines, il va faire lever M.
de Luynes au cabinet, et se couche sur son matelas, où il s'amuse
sans dormir jusques à près de trois heures, se plaint en se couchant,
disant: _Je ne saurois dormir, je vois bien que je rêve_; soudain il
s'endort jusques à une heure après minuit.
_Le 9, mercredi._—Levé en robe, il promène un peu. Remis au lit, il
s'amuse à écrire lui-même le ragoût des mauvais bouffons de la cour.
_Le 10, jeudi._—Sa première sortie; il va par la galerie aux
Tuileries, puis chez la Reine et chez la Reine sa mère; va en son
cabinet des armes.
_Le 22, samedi._—Il va en la grande galerie, accompagné d'un exempt
des gardes, du sieur de Mataret, gouverneur de la ville et château
de Foix, et d'un autre. Regardant à tout s'il étoit suivi, il se met
assez avant en l'une des fenêtres qui regardoit sur la rivière, quand
le maréchal d'Ancre entra, accompagné de plus de cent personnes, et
s'arrêta aussi à une des fenêtres sans aller vers le Roi, se faisant
faire la cour par tous, tête nue; mais il savoit bien que le Roi étoit
là, car on lui avoit dit, l'ayant demandé en la chambre. Il s'en va aux
Tuileries, le cœur plein de déplaisir.
_Le 27, dimanche._—Il monte en la chambre du sieur de Luynes, où il
s'habilla de l'habit et pantalon qu'il devoit porter à son ballet. Ce
ballet fut le premier qu'il dansa étant Roi. A six heures un quart il
soupe avec les onze qui étoient de son ballet avec lui. Il se met au
milieu de la table. Il s'amuse à railler premièrement à table avec la
compagnie, peu après se met sur le lit où il s'endort doucement environ
deux heures. Éveillé en sursaut, en colère, demandant son épée pour
combattre Abimélech, et crioit: _Ça, ça! Abimelech_;[263] il se prit à
rire. Dansé à onze heures trois quarts son ballet, sa musique s'étant
fait attendre deux heures, ce dont il étoit fort fâché. L'entrée étoit
de Pantalon; il en étoit. Il dansa son ballet extrêmement bien, alla
prendre la Reine, la mena danser aux branles et se retira à deux heures
et demie après minuit.
[263] En rêvant à Abimélech, le Juge féroce d'Israël, le Roi
est peut-être encore sous l'impression du _déplaisir_ que lui a
laissée, quelques jours avant, l'insolence du maréchal d'Ancre.
_Le 2 décembre, vendredi._—Il va chez la Reine à sept heures du soir,
et y joue à divers jeux jusqu'à neuf; il chante souvent des psaumes le
soir.
_Le 5, lundi._—Il va à la chasse aux plaines du Roule, où il monte
à cheval; vole le cochevis qui se sauve dans un grenier, où il monte
par une échelle et sa troupe aussi, y font des embûches, et prennent
l'oiseau qui se sauve dans son chapeau. Il revient chez la Reine et
chez sa mère. Le soir il va encore chez la Reine; en se couchant il
chante des Noëls.
_Le 12, lundi._—Il va chez la Reine et chez la Reine sa mère, fort
blême, revient et me dit qu'il avoit failli à tomber chez sa mère, s'il
ne se fût appuyé.
_Le 15, jeudi._—Il entre en carrosse et s'en va aux Ternes, qu'il
avoit achetés. Le soir il revient en sa chambre où il fait danser un
ballet que la Reine faisoit faire à ses filles. Il va chez la Reine sa
mère, où il voit encore danser.
_Le 18, dimanche._—Il va à Courcelles, près du pont de Neuilly, qu'il
vouloit acheter du sieur Galand, avocat au parlement.
_Le 19, lundi._—Impatient pour aller à Courcelles, il y fait porter
des mousquets pour un fort qu'il y vouloit faire bâtir; il fut d'abord
en toile cirée et en bois.
_Le 20, mardi._—Il vient dans la galerie, ayant mandé à venir tous les
colonels, capitaines, lieutenants, enseignes et quarteniers pour les
assurer de sa volonté, contraire à ce que, par bruit commun, on leur
faisoit croire qu'il les vouloit désarmer; il va chez la Reine après.
_Le 22, jeudi._—Impatient pour aller à sa maison de Courcelles, à midi
il entre en carrosse. Arrivé à Courcelles, il monte sur la butte, où
il avoit fait un fort; il n'y avoit que la charpenterie qu'il avoit
fait couvrir d'une toile cirée, en attendant l'ardoise. Il s'arme d'un
corselet et d'un morion, et d'une pique. La Reine y étoit venue; elle
y monte et le trouve en faction; il lui donne la collation après lui
avoir fait voir tout l'ordre de la garde du fort, revient à cinq heures
à cheval chez la Reine sa mère.
_Le 23, vendredi._—Il monte au cabinet des armes, où il s'amuse à des
modèles de quelques machines pour tirer et pour hausser, que l'on y
montroit. Il va après chez la Reine sa mère, où il donne audience à un
Turc portant des lettres du Grand-Seigneur pour demander la justice
des Morisques Gravatins chassés d'Espagne, qui furent volés et fort
maltraités, passant par la France. Ce Turc étoit natif de Valence en
Espagne et renégat. Le soir il apprend son ballet pour danser au jour
de carême-prenant.
_Le 24, samedi._—Confessé par le P. Coton, à onze trois quarts il va à
la chapelle de la Tour, où il entendit les trois messes et communia.
_Le 26, lundi._—Il va encore à Courcelles, s'amuse avec ses petits
gentilshommes à faire la garde du fort, y a goûté, revient chez la
Reine.
_Le 27, mardi._—Il s'amuse à chanter en concert et avec les régales,
sur lesquelles jouoit le sieur de la Chapelle.
_Le 29, jeudi._—Il va chez la Reine, puis chez la Reine sa mère, entre
en carrosse à douze heures et demie, et va à Courcelles, où il fait
ses exercices. Il y a goûté, va sur le bord de la rivière à pied, tire
à des oies avec un canon sur une fourchette, en tue une, en blesse
une autre, va à pied au long de l'eau, tire sur des pigeons, en tue
et continue au long de la muraille jusques aux vignes, où il monte à
cheval et s'en revient.
ANNÉE 1617.
Ballets.—Chasses.—Mariage de Mlle de Soissons avec M.
de Longueville.—Baptême de Mlle de Pluvinel.—Retour du
chancelier de Sillery.—Jeux militaires du Roi.—Meurtre du
maréchal d'Ancre.—La Reine mère.—Courses à Saint-Germain
et à Fontainebleau.—Mort de la maréchale d'Ancre.—Portrait
du Roi par Fernand.—Nombreuses courses du Roi aux environs
de Paris.—Il touche par grâce quatre Espagnols.—Mariage de
M. de Luynes.—Le prince de Condé sort de prison.—Départ
pour Rouen.—Mantes.—Gaillon.—Pont-de-l'Arche.—Entrée à
Rouen.—Dieppe.—L'hôtesse de l'Écu de Bretagne.—Retour
à Rouen.—Mort de M. de Villeroy.—Réception des cours
souveraines.—Assemblée des Notables.—Retour à Saint-Germain.
_Le 1er janvier, dimanche._—Confessé, communié, touché quatre cent six
malades.
_Le 4, mercredi._—Il va chez la Reine, y recorde son ballet.
_Le 12, jeudi._—Vêtu de son habit de ratine et de sa robe, il s'amuse
à dresser une batterie de petits canons qu'il avoit lui-même fondus à
sa forge, dresse la garde autour des canons et fait tout ainsi que s'il
eût été à une armée.
_Le 15, dimanche._—Paré pour aller au bal chez la Reine sa mère, il y
descend à neuf heures et demie, où il y eut bal et y dansa, et revint à
deux heures après minuit.
_Le 19, jeudi._—Il recorde son ballet deux fois dans la journée.
Entretenu le soir en se couchant, il dit qu'il n'aime plus la chasse;
les deux jours précédents, il n'y avoit point eu de plaisir. Il faisoit
mauvais temps.
_Le 22, dimanche._—A neuf heures et demie il va chez la Reine sa
mère, pour y voir le ballet de M. le comte d'Auvergne, en revient à une
heure et demie après minuit.
_Le 29, dimanche._—Il va souper en la chambre de M. de Luynes, aux
Tuileries, qui boit à sa santé. Le soir il donne son ballet, qui ne
commence, par suite de difficultés, qu'à deux heures et demie, et entre
dans la salle de bal avec beaucoup de peine, à cause de la foule du
monde, où il se trouve une demoiselle qui se prend à ses chausses,
disant: «Si vous entrez, j'entrerai».—Il entre, et danse le ballet
dont le sujet étoit _les Amours d'Armide et de Renaud_; cela dure
jusques à cinq heures[264].
[264] «Discours au vrai du ballet dansé par le Roi le dimanche
29e de jour janvier 1617, avec les dessins, tant des machines et
apparences différentes que de tous les habits des masques;» par
Durand, Paris, P. Ballard 1617, in-4º. L'auteur était un poëte
qui finit, peu après, en place de Grève pour un pamphlet contre
le duc de Luynes.
_Le 2 février, jeudi._—Mis au lit, il s'amuse à faire habiller huit ou
dix des siens de certains habits qui avoient servi à d'autres ballets,
les fait danser au violon, lui jouant du tambour.
_Le 4, samedi._—Il va à la volerie, en l'étang de Massy et à
Longjumeau, où il prend le héron dans le jardin de maître Jehan
Philippy, chirurgien ordinaire de Sa Majesté. Le soir il va voir jouer
une tragi-comédie espagnole par les filles de la Reine.
_Le 6, lundi._—Il fait encore la collation chez le sieur Philippy,
mange des cerises sèches, en met dans sa pochette. Après son souper il
va chez la Reine, où il s'endort, sur deux escabeaux qui plient et un
oreiller, jusques à près d'onze heures; à minuit il va chez la Reine sa
mère, où il voit danser un ballet de la Reine; revient à une heure.
_Le 7, mardi._—Il va chez la Reine sa mère, où il voit danser le
ballet du prince de Joinville, en revient à deux heures après minuit.
_Le 11, samedi._—Il va aux Tuileries où il court un chevreuil avec
ses petits chiens, va aux Feuillants. En dînant il me dit qu'il ne se
trouve pas bien, qu'il râle, a l'estomac pesant, et est dégoûté; il
étoit enrhumé, dit qu'il pense qu'il auroit besoin de prendre quelque
chose. Après son dîner il va chez sa mère, chez la Reine, retourne aux
Tuileries. Avant de se coucher il va chez la Reine sa femme, jusques à
onze heures.
_Le 19, dimanche._—Il s'amuse doucement, gaiement, fait battre à coups
de poing les petits pages de la musique, et puis leur donne un écu à
chacun.
_Le 21, mardi._—A une heure et demie il entre en carrosse, va vers les
Bonshommes, où il fait conduire des petites pièces de canon et tire aux
corneilles. Il en tue une; c'étoit une nouvelle sorte de chasse.
_Le 2 mars, jeudi._—Il va à sa forge, puis aux Tuileries, puis en la
place Royale, voir la compagnie de la Reine sa mère.
_Le 4, samedi._—Il s'amuse à faire son équipage pour ce qu'il veut
partir pour son voyage. Le soir il va chez la Reine.
_Le 5, dimanche._—Il va chez la Reine sa mère, où se passa le contrat
de mariage de Mlle de Soissons avec M. le duc de Longueville[265].
[265] Louise, fille de Charles de Bourbon, comte de Soissons, et
de Anne de Montafié, mariée le 30 avril à Henri d'Orléans, duc de
Longueville, né en 1595, mort le 11 mai 1663; elle mourut le 9
septembre 1637; sa fille unique épousa le duc de Savoie-Nemours,
et son mari se remaria avec Anne-Geneviève de Bourbon-Condé.
_Le 2 avril, dimanche._—Il va chez la Reine, chez la Reine sa mère,
va chez M. de Pluvinel, l'un de ses écuyers près de sa personne, en
l'absence de M. de Souvré, et de là à Saint-Thomas du Louvre pour tenir
à baptême sa fille avec Madame[266]; y a goûté à la collation.
[266] Gabrielle de Pluvinel, fille du premier écuyer et de Marie
de Mancel, mariée: 1º à Simon Marion, baron de Druy, fils du
contrôleur général des finances; 2º à Charles de Biancourt, fils
de M. de Potrincourt, gouverneur du Canada; 3º à Charles de Poix;
ces deux derniers furent «écuyers en chef d'académie», comme M.
de Pluvinel.
_Le 13, jeudi._—Il va au conseil et deux fois chez M. de Luynes, en sa
chambre.
_Le 17, lundi._—Il va chez la Reine, laquelle ce jourd'hui fut saignée
du pied droit, en présence du docteur de la Serva, son premier médecin,
et du médecin du duc de Mantoue. Le Roi va la voir le soir.
_Le 24, lundi._—Le maréchal d'Ancre tué sur le pont du Louvre entre
dix et onze heures du matin[267].
[267] Héroard a laissé dans son journal une page en blanc.
_Le 25, mardi._—M. le chancelier de Sillery[268] arrive, et, mandé par
le Roi, va chez la Reine. Il se rend seul au conseil, pour la première
fois avec ses secrétaires.
[268] Il fut mis alors à la tête du conseil par suite du
changement de politique extérieure, dont M. de Luynes devint le
maître.
_Le 28, vendredi._—Il va à la chambre de M. de Luynes, chez la Reine
chez sa mère.
_Le 3 mai, mercredi._—A deux heures et demie le Roi descend dans
l'antichambre de la Reine sa mère, pour lui dire adieu. Elle part pour
Blois, et lui pour le bois de Vincennes[269].
[269] La Reine mère, en apprenant le meurtre du maréchal, avait
dit: «J'ai régné sept ans; il ne faut plus penser à d'autre
couronne qu'à celle du ciel.» Elle demeura quelques jours encore
au château, mais se voyant abandonnée, elle demanda à se retirer
à Blois, où Richelieu, alors secrétaire d'État, l'accompagna.
Elle y fut bientôt tenue prisonnière et s'échappa, grâce au duc
d'Épernon, dans la nuit du 21 au 22 février 1619; elle se retira
alors à Angers, et se déclara pour les mécontents.—Le Roi vit
sa mère dans l'antichambre le jour de son départ; elle pleura,
ils se parlèrent assez vivement, et le Roi se retira «de peur de
faiblir». Il alla coucher à Vincennes «extrêmement accompagné».
Héroard a encore laissé ici une page blanche.
_Le 7, dimanche._—Il voit Mesdames, ses sœurs, qui étoient venues le
visiter. Il s'amuse à voir combattre des dogues et des ours. Il va chez
la Reine le soir, revient chez lui, et s'amuse à démonter des canons de
harquebuses.
_Le 8, lundi._—Il va au conseil, puis au parc, à son fort.
_Le 10, mercredi._—A son parc, il fait sentinelle sur le bord du
fossé, à l'avenue de la porte, le mousquet sur l'épaule. Il devoit
défendre le fort, et M. de Rohan le devoit attaquer; cela est diverti
et la trêve publiée à son de trompe.
_Le 12, vendredi._—Il donne audience au nonce[270].
[270] Le Roi revient de Vincennes le 13, se confesse au père
Arnoux, touche des malades, reçoit le compliment des cours
souveraines pour la mort du maréchal d'Ancre.
_Le 14, dimanche._—Il va à la messe à la chapelle de Bourbon,
communie, touche sept cent quatre malades. Il va chez la Reine à deux
heures, puis au sermon. Le soir encore chez la Reine.
_Le 17, mercredi._—Il va chez la Reine, en la galerie, où il donne
audience à des ambassadeurs, va au conseil après. Le soir chez la
Reine; il revient à onze heures trois quarts.
_Le 27, samedi._—Il part de Paris et va à Saint-Germain en Laye,
arrive à deux heures au château neuf, va se promener partout, va par
les terrasses, et à pied à la garenne. Il revient à huit heures trois
quarts, décrit de sa main et donne les relais, pour le lendemain, à
courre le cerf.
_Le 29, lundi._—Il revient à Paris, soupe à la Chaussée, maison de M.
le président Chevalier, va trouver la compagnie qui soupoit, se met
entre M. de Mayenne et M. de Nevers. A sept heures et un quart il entre
en carrosse à Paris, va chez la Reine à huit heures et demie, puis va
se mettre au lit à neuf heures trois quarts[271].
[271] Le 30 il reçut dans la grande galerie du Louvre M. de Guise
fort accompagné et lui dit: «Mon cousin, vous m'aviez bien dit
qu'il fallait nous défier du maréchal d'Ancre; mais il n'était
pas encore temps.»
_Le 1er juin, jeudi._—A Rueil dîné; il va s'asseoir à table avec la
compagnie, y mange peu, va aux grottes, y mouille, y est mouillé,
revient à six heures chez la Reine, puis va souper et revient chez la
Reine.
_Le 4, dimanche._—Comme on lui reprochoit de ne pas aller voir la
Reine, il répondit que cela l'_échauffoit_.
_Le 5, lundi._—Il avoit cessé de jouer à la paume pendant quelque
temps; il s'y est remis.
_Le 6, mardi._—Il ordonne de son équipage de canons qu'il veut faire
mener à Fontainebleau; va en son écurie, au conseil, chez la Reine. Le
soir il va chez la Reine.
_Le 7, mercredi._—Il entre en carrosse à cinq heures et part de Paris
pour aller à Fontainebleau, arrive à huit heures et demie à Essonne,
où il dîne. A dix heures et un quart il rentre en carrosse jusqu'à
Pont-Thierry, où il prend le petit, à quatre personnes, et le conduit
lui-même au grand trot jusques à la forêt, et de là par ses petits
cochers jusques à Fontainebleau, où il arrive à une heure et demie.
Débotté, il va jouer à la paume, puis se va promener jusques à cinq
heures, puis soupé. Il va encore se promener; à huit heures mis au lit.
_Le 8, jeudi._—Il se va promener derrière le chenil, à travers les
blés et les sables, à pied, va chez la Reine; va en carrosse, à la
garenne d'Avon, fouiller aux renards et aux blaireaux, de là fait tout
le tour du parc à pied, peu dedans le carrosse, revient et se met dans
une nacelle sur l'étang. Il va chez la Reine, puis se promener.
_Le 20, mardi._—Il va chez la Reine, au conseil, puis en la chambre
ovale, donne audience au marquis de Lancy, ambassadeur extraordinaire
de Savoie pour le remercier de sa bonne volonté à son secours. Après
son souper, mis au lit, levé, vêtu légèrement, il descend au jardin,
s'amuse à faire la garde, se fait mettre en sentinelle, reçoit le
commandement du sergent (c'étoit Descluseaux), y est jusques à une
heure après minuit.
_Le 23, vendredi._—Il voit jouer les artifices faits pour la
Saint-Jean.
_Le 24, samedi._—Il s'amuse le soir à des fusées et à chanter, va chez
la Reine et en revient à minuit.
_Le 26, lundi._—Le soir il se va promener, fait mettre le feu à toute
la paille vidée des paillasses, va chez la Reine, à neuf heures fait
descendre son lit, ne se couche point, descend au jardin, où il est
jusques à une heure trois quarts, se jette sur une paillasse, où il est
dormant légèrement, tout vêtu.
_Le 27, mardi._—Il part de Fontainebleau, arrive à Paris à dix heures
et demie[272].
[272] Jamais la cour n'avait été si grosse; on y compta
trente-quatre princes et princesses.
_Le 30, vendredi._—Il va enfin chez la Reine de huit heures à minuit
et demi.
_Le 2 juillet, dimanche._—Il va à Saint-Germain-en-Laye.
_Le 5, mercredi._—A trois heures il donne audience à M. l'ambassadeur
d'Espagne, puis va jusques au clos de M. de Frontenac.
_Le 6, jeudi._—Il va courir le cerf, revient disant qu'il a grand
faim, va chez la Reine, qui n'avoit pas dîné et y a mangé et encore
dîné. Le soir il retourne chez la Reine, et vient se mettre au lit à
huit heures trois quarts.
_Le 8, samedi, à Saint-Germain._—Il va à l'assemblée à Maisons,
ensuite à la chasse voir mourir le cerf, puis va chez la Reine; à
huit heures pansé, mis au lit. A pareille heure la maréchale d'Ancre
décapitée et brûlée en Grève, à Paris; on lui en parla si souvent et si
longtemps qu'il fut en continuelle appréhension[273], sans se pouvoir
endormir jusques à trois heures et demie après minuit, qu'il s'endort
jusques à huit heures un quart.
[273] Un passage de la lettre que Malherbe écrivait à Peiresc
le 25 juin 1617 peut donner une idée du ton, à la fois ironique
et cruel, avec lequel on parlait au jeune Roi du supplice de la
maréchale d'Ancre. Peiresc était attendu de Provence à Paris et
Malherbe lui disait, près de quinze jours avant son arrivée et
avant l'exécution: «Pour la Conchine, je crois que vous aurez
loisir de la voir _en ses beaux atours_, car, à ce que m'ont
dit des gens qui le doivent bien savoir, la chose ira jusques à
samedi.»
_Le 10, lundi._—Éveillé à six heures après minuit comme il l'avoit
commandé, il va à Saint-Germain-en-Laye où il a dîné; revient en
carrosse à Paris à dix heures et demie. Débotté et, jusques à une
heure, amusé, il va au conseil, au jeu de paume, chez la Reine; à cinq
heures et demie soupé, puis chez la Reine, il en revient à neuf heures
et demie, et est mis au lit.
_Le 15, samedi._—Il va chez la Reine, et donne audience aux
ambassadeurs de Venise et de Savoie, va au parc, y fait mettre son
petit canon et fait mettre un chapeau contre une motte de terre, y
pointe sa petite pièce de deux cents pas, donne demi-pied à côté, main
droite, et à la deuxième fois donne dedans. Il va vers les Bonshommes,
où il a goûté; bu dans son chapeau du vin clairet et de l'eau; il fait
boire ainsi M. de Guise et d'autres.
_Le 24, lundi._—Il va sur la rivière faire pêcher le cormoran, le soir
chez la Reine, à la comédie en la galerie.
_Le 25, mardi._—Il va chez la Reine, puis va vers les Bonshommes;
baigné à la rivière, la première fois depuis qu'il est Roi, enroué
après.
_Le 27, jeudi._—Il va à Saint-Germain, se baigne à la rivière à main
droite, vers la pointe de l'île de la Garenne, y est un quart d'heure.
_Le 31, lundi._—Le matin baigné en sa chambre. Le soir il entend la
comédie en sa chambre.
_Le 2 août, mercredi._—Au bain en sa chambre, il est peint par
Fernand[274], peintre excellent, étant dans l'eau. Le soir il voit
jouer la comédie.