_Le 4, vendredi._—Il va à midi en carrosse chez la Reine, sa mère,

ne veut pas aller aux Jésuites pour y voir représenter en comédie _le

mariage de Salomon_, va à la chasse, revient chez sa mère.—Pendant que

le soir il étoit sur sa chaise percée, M. d'Elbeuf lui demanda s'il

avoit vu les jeux des Jésuites?—_Non, j'aime bien leurs jeux quand ils

prêchent bien, mais je n'aime pas ces petites badineries._

_Le 5, samedi._—Il va chez la Reine, puis chez la Reine, sa mère, et

au conseil.

_Le 6, dimanche._—Il va chez la Reine, à l'hôtel de ville, où

messieurs de la ville lui donnèrent une belle collation de confitures.

Il en mangea peu.

_Le 8, mardi._—Il va chez le sieur de Bissouze, hors la ville, pour

voir des feux d'artifice qui y avoient été faits sur des bateaux par

Gerumeau et par Bagaud, artilliers du Roi. Il revient chez la Reine à

six heures.

_Le 10, jeudi._—A dix heures et demie il monte à cheval sur celui qui

se nommoit _le Soleil_, cheval de couleur isabelle et lequel, du vivant

du feu Roi, il nomma _le beau cheval de papa_, va au Parlement tenir

son lit de justice, accompagné des ducs d'Elbeuf, d'Uzès, d'Épernon,

du comte de Saint-Paul, des maréchaux de Brissac et de Souvré. Il fut

plaidé une cause de fermiers du pied fourchu, qui vouloient faire

payer les nouveau-nés; le Roi décida de son mouvement en faveur des

innocents, disant: _Je veux que mes sujets le gagnent contre moi_.

_Le 12, samedi._—Il donne audience, à trois heures, à un ambassadeur

du Moscovite, venant rechercher l'amitié du Roi et lui offrir la

sienne; l'ambassadeur demande avant que parler que le Roi se lève et

puis lui donne sa main à baiser; le Roi fait l'un et l'autre.

_Le 14, lundi._—Il se va jouer à la galerie vers dix heures, va à la

cour, prend plaisir à y courir, se mouille à la pluie à patouiller, et

entre à l'office de son pâtissier; le trouvant travaillant, il y fait

une petite tarte au coing et une autre à la pomme, y prend de la farine

et se joue à fariner aucuns des passants.

_Le 17, jeudi._—Il part de Bordeaux par la porte de Salinières, à neuf

heures, et va souper à Créon.

_Le 18, vendredi._—Il va dehors par le village et mauvais chemin, en

son écurie, va par toutes les chambres portant lui-même un flambeau;

il pleuvoit, va à l'étable, trouve le maréchal qui ferroit un cheval,

y met lui-même trois clous, retourne en son logis. Le lit de la Reine

mère n'étoit pas arrivé au soir à Libourne; il lui envoie le sien, et

se fait tendre un petit lit de camp, porté par les mulets, y travaille

lui-même. Il n'y avoit pas de draps, il fait prendre les couvre-chefs

et en fait coudre huit ensemble, faisant mettre pour couverture une

courtepointe de taffetas en double et le tapis de velours de sa table

par dessus; il s'y couche.

_Le 19, samedi._—M. le cardinal de Sourdis est venu, et, à deux

genoux, lui a demandé pardon[244]. Le Roi lui dit: _Oui je vous

pardonne, à la charge de ne faire plus telles choses_.

[244] _Voy._ au 17 novembre précédent.

_Le 21, lundi._—Chaque jour après son dîner il va chez la Reine sa

mère et chez la Reine sa femme. Il soupe d'une olla-podrida, faite à

l'espagnole de plusieurs sortes de viandes, beaucoup.

_Le 22, mardi._—Il part de Libourne, arrive à Coutras, va voir le

champ où fut donnée la bataille de Coutras, gagnée sur M. le duc de

Joyeuse par le Roi son père[245]. Le soir chez la Reine et chez sa mère.

[245] Henri IV n'était que roi de Navarre lorsqu'il remporta, le

20 octobre 1587, la victoire de Coutras, où le duc de Joyeuse

perdit la vie.

_Le 24, jeudi._—Il part de la Rochechalais, et arrive à Aubeterre. Il

se met vêtu sur son lit pour dormir, jusques à la messe de minuit.

_Le 27, dimanche._—Il va chez la Reine sa mère, puis chez la Reine

sa femme, va à la cuisine de bouche, et fait dresser lui-même

l'olla-podrida pour son dîner. Il va chez la Reine avant de se coucher.

_Le 29, mardi._—A trois lieues avant la Rochefoucauld le carrosse du

Roi verse; il n'y eut pas de mal, que M. de Souvré qui se blessa au

bout du nez contre une pierre.

_Le 30, mercredi._—Il va chez la Reine, puis à la chasse à l'oiseau,

revient donner audience aux députés de la Religion sur la demande

qu'ils faisoient de la paix[246].

[246] Les journées sont absolument les mêmes depuis son mariage.

Il continue à prendre ses repas seul et à dormir seul.

_Le 31, jeudi._—Il va à la messe, puis à la garenne, où il court et

prend cinq lapins, avec des lièvres, revient à dix heures chez la

Reine, dîne ensuite. Il va après chez la Reine, au conseil, goûte à

trois heures et demie, va promener aux jardins, revient à cinq heures

chez la Reine sa mère. A six heures soupé; le soir il va chez la Reine

sa femme; revient à huit heures.

ANNÉE 1616.

Retour du chevalier de Vendôme à Suivray.—Accident au carrosse

du Roi.—Tours.—Accident à Tours, dans la salle du Conseil où se

tenait la Reine mère.—Heureux hasard qui préserve le Roi.—Le

cardinal Ubaldini.—Le Roi joue aux petits soldats.—Conférences

de Loudun.—Intimité croissante de M. de Luynes.—Blois.—M.

Brulart remet les sceaux au Roi.—Entrée à Paris.—La Reine

va à Saint-Germain.—Retour du prince de Condé.—Ambassade

du roi d'Angleterre.—Le Roi a une convulsion.—Arrestation

du prince de Condé.—Ballet.—Acquisition du domaine de

Courcelles.—Le Roi reçoit les officiers des milices de Paris

pour les rassurer contre des bruits de désarmement.—Il chasse

très-souvent.—Envoyé turc.

_Le 1er janvier, vendredi, à Verneuil._—Il communie, puis touche

soixante-huit malades dans la cour du château. Il va chez les Reines,

retourne chez les Reines après son dîner, va au sermon, aux vêpres,

goûte, va à la chasse. Le soir il retourne chez les Reines.

_Le 4, lundi, à Suivray._—M. le chevalier de Vendôme revient de son

voyage de Malte; le Roi lui fait bonne chère, ne le peut laisser aller

changer d'habits, pour être tout mouillé de la pluie.

_Le 7, jeudi._—Il arrive à Poitiers avec les deux Reines.

_Le 10, dimanche, à Poitiers._—Il va en la grande place pour voir

passer le régiment et la compagnie de gendarmes de M. du Bellay.

_Le 17, dimanche, à Poitiers._—Il va chez la Reine sa mère, va tenir

avec elle à baptême le fils de M. le comte de la Rochefoucauld, le

nomme Louis[247], va chez le comte à quatre heures, à la collation.

[247] Fils du premier duc de la Rochefoucauld et de Gabrielle

du Plessis-Liancourt; il devint évêque de Lectoure et abbé de

Saint-Jean-d'Angely, et mourut le 5 décembre 1654.

_Le 22, vendredi._—Départ de Poitiers.

_Le 23, samedi, à Châtellerault._—Il va à la messe, puis va tendre des

piéges aux petits oiseaux, à la neige; il faisoit un extrême froid, y

dure patiemment. Après son dîner il va chez sa mère et au conseil, sur

le retour de M. de Nevers, M. de Boissac[248] et M. de Villeroy devers

M. le Prince. Il monte en sa chambre à sept heures et demie.

[248] Pierre de Boissat, gentilhomme ordinaire de la chambre du

Roi, marié en 1610 à Charlotte de Villars.

_Le 25, lundi._—Il part de Sainte-Maure, arrive à Confrères, où il

a goûté, fait faire des beignets et une omelette au lard par le P.

Barthélemy de Crochart, cordelier, natif de Bedarride en Provence, y

aide lui-même et mange un peu de l'un et de l'autre. Il rentre en son

petit carrosse, le conduit lui-même plus d'une lieue. Le carrosse se

rompt, il se met dans celui de M. le comte de la Rocheguyon. Arrivé à

Tours, il va au jardin, au lieu de se chauffer; il faisoit un extrême

froid.

_Le 29, vendredi, à Amboise._—Il se va promener, faisant tirer à ses

chiens d'Artois des petits canons achetés à Tours, à l'inventaire de la

Bourdaisière.—Il entend la messe, dîne à dix heures et demie, promène,

voit ses petits chevaux attelés au carrosse, pour ce qu'il ne vouloit

partir qu'à une heure, et qu'un mauvais orage de neige survint, qui

les fait remettre dans l'écurie.—L'on a remarqué que ce fut un coup

de Dieu, d'autant que s'il fût parti à cette heure-là, sans doute il

fût été descendre à Tours, chez la Reine sa mère, et s'y fût trouvé

entre deux et trois heures qu'elle étoit au conseil, que le plancher

de sa chambre fendit. Elle se trouva sur l'endroit de la poutre, M. le

chancelier derrière elle, MM. le comte de Soissons, d'Épernon et M. de

Villeroy à côté, qui tombèrent sans beaucoup se blesser, et d'autres,

comme les sieurs de Bassompierre[249], marquis de Villaines[250],

marquis de Sablé, marquis de Nangis et autres.—A une heure il entre en

carrosse, le conduisant par la ville, et arrive à trois heures un quart

à Tours, va chez la Reine, sa mère puis chez la Reine.

[249] «La Reine, dit Bassompierre, vint après son dîner en sa

chambre, où arrivèrent peu après MM. le Comte (de Soissons), de

Guise et d'Épernon, et tant d'autres après eux qu'ils firent

enfoncer le plancher de la chambre, où je tombai avec vingt-sept

autres personnes, du nombre desquels MM. le Comte, d'Épernon, de

Villeroy, d'Aumont, et plusieurs autres tombèrent aussi. La Reine

demeura sur une poutre, qui tint ferme, et, passant par dessus

son lit, sortit de la chambre. Je fus blessé à l'épaule et à la

cuisse, et eus deux des petites côtes enfoncées, dont je me suis

senti longtemps depuis.»

[250] Brandelis de Champagne, marquis de Villaines, conseiller

d'État, reçu chevalier du Saint-Esprit en 1599.

_Le 31, dimanche, à Tours._—Il donne à dîner au cardinal Ubaldini,

auquel il venoit de donner le bonnet[251], avant de se coucher, vêtu de

ses habits de ratine. Il s'amuse diversement dans son cabinet.

[251] Il était alors nonce en France.

_Le 3 février, mercredi._—Il dresse une petite collation de confitures

sèches pour la Reine, qui le devoit venir voir à deux heures. Après,

remis au lit, il s'amuse à faire des bataillons de diverses sortes,

avec ses petits hommes d'argent.

_Le 6, samedi._—La Reine sa mère logée à la Bordesiaire[252]; il va la

voir; M. d'Épernon prend congé de lui malcontent, ce disoit-on.

[252] La Bourdaisière, château appartenant à Marie Babou, fille

de Georges Babou, comte de Sagonne, chevalier des Ordres, mariée

en février 1602 à Charles Saladin de Savigny d'Anglure, vicomte

d'Étoges. Elle était dame de la Bourdaisière par la mort de son

neveu Georges II, tué en duel à Bordeaux, en 1615, par le comte

de Barrault, étant capitaine de cent hommes d'armes de la maison

du Roi.

_Le 7, dimanche._—Il va à midi, à cheval, à Saint-Gatian, à Tours,

en cérémonie, et la Reine aussi, dans sa litière découverte, pour y

recevoir l'épée et le chapeau que le Pape lui avoit envoyés et à elle

_la Rose d'or_.

_Le 8, lundi._—Il écrit à Mme la princesse d'Espagne, sa sœur.

_Le 9, mardi._—Il va à la chambre de M. de Luynes, le trouve à table.

_Le 11, jeudi._—Les bouchers d'Amboise lui viennent présenter un bœuf

gras, dû au seigneur par eux tout à pareil jour.

_Le 14, dimanche._—Il fait danser un ballet par cinq ou six de ses

enfants d'honneur; la Reine y vient.

_Le 15, lundi._—Il danse un ballet lui-même devant la Reine.

_Le 28, dimanche._—Il va au manége, M. de Pluvinel ayant été mandé

exprès.

_Le 9 mars, mercredi._—Il va à cheval à la chasse, au Plessis, demande

au sieur du Fay, l'un de ses gentilshommes ordinaires, quelle heure

il étoit; il répond qu'il n'étoit qu'une heure.—_Vous me dites qu'il

n'est qu'une heure pour ne point rompre mon plaisir; il y a plus de

demi-heure qu'elle est sonnée. Je m'en veux aller, il faut que je

sois à deux heures au conseil_, pour la résolution des articles de la

conférence de Loudun[253].

[253] On devait traiter à Loudun de l'accommodement avec le

prince de Condé, qui, ligué avec les Réformés, avait commencé les

hostilités; les conférences s'ouvrirent le 30 février 1616, et

aboutirent à l'édit de pacification de Blois, du mois de mars,

scellé le 2 mai, jour de la rentrée du Roi à Paris.

_Le 16, mercredi._—Il va en carrosse chez la Reine sa mère, puis au

Plessis où il se met en caleçons pour crosser dans le préau du parc,

fait crosser M. le prince de Joinville et M. d'Elbeuf.

_Le 18, vendredi._—Il va au Plessis, où, dans la basse-cour, il

joue à la balle forcée, puis s'amuse à conduire son petit carrosse

avec deux de ses six petits chevaux fauves, les fait tourner autour

d'un puits couvert en ardoises et d'une grosse balle de plomb sur

de vieilles charpenteries. En conduisant ce carrosse, il s'amuse à

regarder le sieur de Liancourt, son premier écuyer, qui s'amusoit à en

conduire un autre; la flèche va donner et heurter l'un des piliers de

la charpenterie si fort qu'elle tombe et le comble sur un des chevaux

qui étoit à droite, qui se trouva enseveli dessous, et le Roi se jeta

dextrement au côté gauche du carrosse, si dextrement qu'il se garantit

du danger avec la grâce de Dieu et fut recueilli par le capitaine la

Tour, Corse de nation et l'un de ses ordinaires; car sans cela il se

trouvoit dessous la ruine. Soudain, sans apparence d'étonnement, il se

jeta à terre en disant: _Ce n'est rien_.

_Le 23, mercredi._—Il va au conseil, tenu sur la dernière résolution

des articles de la conférence, portés et remportés par M. de

Pontchartrain, secrétaire d'État. Le soir il s'amuse à faire et à

écrire lui-même un rôle de capitaine de carabins.

_Le 24, jeudi._—Il va jouer au palemail, joue quatre parties contre M.

le chevalier de Vendôme. Le soir il s'amuse à faire les exercices des

gens de pied.

_Le 27, dimanche._—Entretenu avec M. d'Elbeuf, qui lui représentoit

le contentement qu'il avoit à la guerre, et de se voir à la tête d'une

armée de trente mille hommes, le Roi dit: _Oui pour un prince_. Il se

parloit alors de la paix avec le prince de Condé.

_Le 5 avril, mardi._—Il va chez M. de Luynes, où dînoit M. de Souvré,

y mange des poulets lardés, boit très-bien et à diverses fois de

l'hypocras tout pur. Il retourne, après la chasse, en haut du château,

à la chambre de M. de Luynes, où il a goûté, part d'Amboise et arrive à

Tours à sept heures, chez la Reine sa mère.

_Le 7, jeudi._—Il fait cardinal de Lorraine l'archevêque de Reims[254].

[254] Louis de Lorraine, fils de Henri _le Balafré_, tué à Blois;

né le 22 janvier 1575, archevêque de Reims après son oncle,

mort le 21 juin 1621; il eut plusieurs enfants de Charlotte des

Essarts, depuis femme du maréchal de l'Hôpital.

_Le 9, samedi, au Plessis._—Il achève son fort, et y fait venir des

petits canons tirés par des chiens, l'un desquels fait difficulté

de passer outre sur une planche qui faisoit du bruit. Il le bat

rudement et en colère; l'ayant quitté, le reprend: le chien passe

sans difficulté; lors il dit froidement et de façon sérieuse: _Voilà

comme il faut traiter les opiniâtres et les méchants_, et, lui donnant

du biscuit, _et récompenser les bons, les hommes aussi bien que les

chiens_.

_Le 14, jeudi._—Sur les trois à quatre heures les Reines le viennent

voir; il leur fait voir son fort, dont il n'avoit pas bougé, encore

qu'il eût fort plu et grêlé, s'étant mis à couvert sous une table qu'il

y avoit fait porter et élever. Son humeur étoit infatigable.

_Le 16, samedi._—Il va au conseil, donne audience à l'ambassadeur du

duc de Neubourg, revient à son fort, fait toutes sortes d'exercices. La

Reine sa mère y vient; il tire et salue à son arrivée, y donne lui-même

le morion à M. le duc d'Elbeuf.

_Le 18, lundi._—A sept heures et demie soupé, et la Reine avec lui;

c'est la première fois qu'ils ont mangé ensemble. Il ramène la Reine en

sa chambre, revient en la sienne à huit heures trois quarts[255].

[255] Le Roi et la Reine mère vont à Amboise et à Blois, à cause

de la maladie qui régnait à Tours.

_Le 20, mercredi._—Il va chez M. de Luynes, qui donne à dîner à la

compagnie, y fait ripaille et donne sur l'hypocras assez mal trempé.

A trois heures et demie il va au clos, où le sieur de Luynes donne la

collation au Roi et à la Reine. Il va, il vient, il travaille fort, et

passe trois fois la rivière à pied, sans s'essuyer ni sécher; le soir

il s'amuse à faire jeter des fusées sur la terrasse par ses fenêtres.

_Le 21, jeudi._—Il arrive à Blois; à cinq heures la Reine arrive, et

le vient voir dans sa chambre, accompagnée de la Reine sa mère.

_Le 28, jeudi._—Il entre dans une colère extrême de ce qu'on lui avoit

dérobé sa linotte extrêmement brune, a opinion que c'étoient quelques

Espagnoles qui étoient à la Reine; fait rouler son petit canon par

le cabinet pour leur faire du bruit, et dit que, n'étoit la crainte

d'éveiller la Reine sa mère, qu'il le tireroit contre la porte de la

chambre, qui étoit celle même de son cabinet; envoie acheter un cadenas

et l'attache à la porte.

_Le 29, vendredi._—Il va à l'assemblée à Burie, où il a dîné. Il se

met à jouer aux cartes, à cause de la pluie et de la grêle.

_Le 1er mai, dimanche._—Il va à la chambre de la Reine sa mère, où

messire Nicolas Brulart, fait chancelier de France par le feu Roi,

remet les sceaux entre les mains du Roi[256]; il n'y avoit qu'eux

trois, ayant fait sortir tous ceux qui étoient dedans.

[256] Il avait été fait garde des sceaux en décembre 1604, et

devint chancelier, le 10 septembre 1607. Il les reprit le 23

janvier 1623 et les rendit le 2 janvier suivant. Il mourut au

château de Sillery, près de Reims, le 1er octobre 1624. Il eut

pour successeur Guillaume du Vair, qui ne garda les sceaux que

peu de mois et devait ses disgrâces au maréchal d'Ancre.—On

prétend qu'en rapportant les sceaux le chancelier Brulart fit

pleurer le Roi, en lui exprimant ses regrets.

_Le 8, dimanche._—Il arrive à Fontainebleau à onze heures; à cinq

heures la Reine arrive; il la reçoit, la mène en sa chambre et à la

salle du bal.

_Le 16, lundi._—Il quitte Fontainebleau, dîne à Bourg-la-Reine, y

trouve la Reine, s'habille, se pare; botté, il monte à cheval sur

_Soleil_, son beau cheval et celui du feu Roi, voit un bataillon de dix

mille hommes parisiens qui étoient venus au-devant pour le recevoir.

M. de Liancourt, premier écuyer et gouverneur de Paris, et M. Miron,

prévôt des marchands, lui disent seulement: «Que Sa Majesté soit la

bien venue!» Il entre à Paris à sept heures et demie, va à Notre-Dame,

où le clergé le reçoit et une partie du parlement; rend grâces à Dieu,

remonte à cheval, arrive au Louvre à huit heures, chez la Reine sa

mère. Le soir il fait sceller en sa présence la commission de garde des

sceaux pour M. du Vair, et en reçoit le serment.

_Le 20, vendredi._—Il va courir un chevreuil aux Tuileries, avec ses

petits chiens. A neuf heures le duc de Mayenne lui fait la révérence,

la face pâle; les ducs de la Trémouille, de Bouillon présents. M. de

Mayenne, portant la parole, lui dit: «Sire, nous venons nous jeter

entre vos bras, suppliant très-humblement Votre Majesté de croire

que nous sommes ses très-honorés, très-obéissants et très-fidèles

sujets.»—_Venez, soyez les bienvenus, je suis bien aise de vous voir_;

et soudain il change de propos en disant: _Je courrai un chevreuil_.

_Le 22, dimanche._—Il va à la messe à Bourbon, revient en la grande

galerie, où il touche mille soixante-six malades. La Reine le voit pour

la première fois.

_Le 26, jeudi._—Il va à Issy, voir l'une des maisons de feu la reine

Marguerite, qu'il avoit achetée.

_Le 29, dimanche._—Il va au sermon à Saint-Germain-l'Auxerrois, où il

avoit fait présenter le pain bénit, le matin, à la première messe.

_Le 6 juin, lundi._—M. le maréchal d'Ancre arrive revenant d'Amiens,

le salue; le Roi le fait mettre dans son carrosse à Neuilly, et arrive

à Paris à sept heures chez la Reine sa mère; puis il va chez la Reine.

_Le 7, mardi._—Il donne audience à messieurs du parlement et à

l'ambassadeur de Malte. Il va aux Tuileries, y court à pied un

chevreuil, à outrance.

_Le 8, mercredi._—Il va chez la Reine sa mère, puis chez la Reine,

enferme à la clef les femmes espagnoles, pour avoir, le soir précédent,

ôté les clefs des coffres à Louise, fille de sa nourrice.

_Le 14._—A midi il donne audience à la cour de parlement, en corps,

faisant plainte de ce que les prisons du grand Châtelet avoient été

rompues par le comte de Vitry, capitaine des gardes, la nuit, et

en avoit enlevé le sieur de Beauvau, accusé et convaincu de fausse

monnoie[257].

[257] Le sieur de Beauvau était fils d'un gentilhomme lorrain,

qui eut la tête tranchée aux grands jours, à Poitiers. Defontis,

lieutenant criminel, le saisit et le mit au Châtelet; le Roi

donna un ordre à M. de Vitry pour l'en retirer; le geolier

refusa, et à minuit Vitry alla avec des gardes forcer l'entrée.

Beauvau fut gracié, et le parlement en fut pour ses plaintes.

_Le 17, vendredi._—Il va à la foire du Landit, à Saint-Denis.

_Le 19, dimanche._—Il va à Saint-Germain-en-Laye; Monsieur, son frère,

dîne avec lui. Il lui donne de ses viandes avec un soin et action de

père.

_Le 20, lundi._—Il va au parc, et, à l'exemple de quelques-uns de ses

petits gentilshommes, quitte son pourpoint, se coiffe de son mouchoir,

débride et desselle son cheval, lui donne à manger du foin nouveau pris

dans le pré, tout cela par galanterie.

_Le 26, dimanche._—Il reçoit en sa chambre, à cinq heures et demie, le

comte d'Auvergne sortant des prisons de la Bastille après douze ans;

le genou en terre, il lui demande pardon. Le Roi le veut faire lever,

il ne veut point; le Roi lui dit: _Vous avez failli deux fois; je vous

pardonne_; le comte lui demande une épée, le Roi la lui donne.

_Le 1er juillet, vendredi._—La Reine ce jour, pour la première fois,

se fait servir à la françoise.

_Le 4, lundi._—Il va à la rue de Jouy, chez M. de Fourcy, intendant

des bâtiments, où il a goûté; puis va à Saint-Gervais, où il a posé la

première pierre du portail de l'église[258].

[258] Élevé sur les dessins de Salomon de Brosse, architecte

général des bâtimens du Roi et de la Reine mère. C'est par erreur

que l'on donne à cet architecte le prénom de Jacques.—_Voy._ A.

JAL, _Dictionnaire critique de biographie et d'histoire_, page

285.

_Le 8, vendredi._—La Reine vient pour la première fois à

Saint-Germain-en-Laye trouver le Roi, qui y étoit depuis le matin; elle

étoit avec la Reine mère.

_Le 9, samedi._—Il mène la Reine aux grottes pour la première fois, y

fait mouiller quelques Espagnoles et Espagnols. Il se va promener, fait

jeter des fusées, va à la rivière; on le rencontre presque toujours

courant sans se lasser; il avoit chaud et étoit sur les dents.

_Le 11, lundi._—Il va à l'assemblée à Joyenval, en passant par le

bourg de Saint-Germain.

_Le 13, mercredi._—Il va à l'assemblée à Maisons, où il dîne, va

courir un cerf à cheval, le réduit à non-plus, et s'il eût eu un cheval

frais, il l'eût tué, l'ayant couru plus de trois cents pas l'épée à la

main. Il court plus de trois heures, va aux toiles, va à Chambourcy, où

il a goûté. Le soir il va chez la Reine sa mère.

_Le 15, vendredi._—LL. MM. quittent Saint-Germain.

_Le 18, lundi._—Il va au logis du sieur de Maisonnette, capitaine du

jardin des Tuileries, où il fait la cuisine, va au conseil ensuite.

_Le 20, mercredi._—Ce jour, avant midi, le corps de Marguerite de

Valois, dernière du nom, appelée la Reine Marguerite, fut enlevé de la

chapelle qu'elle avoit fait édifier derrière sa maison, au faubourg

Saint-Germain, sur la rivière, et porté à Saint-Denis, accompagné

seulement de deux archers de la garde du corps du Roi. Les moines

faisoient difficulté de le recevoir, craignant que ce ne fût une

feinte, à cause du peu de compagnie; enfin il fut reçu et mis dans

la chapelle des Valois, que la reine Catherine de Médicis a fait

construire, où son corps a été mis, et celui du roi Henri III.

_Le 27, mercredi._—Le prince de Condé arrive à Paris après la paix; à

six heures il arrive au Louvre; on ne l'attendoit que le jour suivant.

Le Roi va chez la Reine mère, et il le trouve chez la Reine[259]. Le

soir il va chez la Reine sa femme.

[259] Héroard a laissé ici une ligne en blanc.

_Le 28, jeudi._—Le Roi va chez la Reine mère, M. le Prince y vient; le

Roi s'y trouve mal, étourdi par la grande chaleur qu'il faisoit dans

la chambre de la Reine. A quatre heures il va chez la Reine sa femme,

qui lui avoit préparé la collation, ne y touche point en tout; mais se

couche et se repose. A quatre heures et demie il se trouve mieux, va

aux Tuileries, y court un faon de biche avec ses petits chiens.

Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628) · 第 14 / 37 段