prend deux lièvres, met pied à terre, mène lui-même son cheval, ne
veut même permettre que Charlot, l'un de ses valets de pied, le mène;
auquel, pour s'être trouvé seul auprès de lui, il donna un demi-écu.
Il s'en va à Villiers-la-Garenne, chez Mlle Brisset, où il fait sa
collation, entre en la cuisine, met M. le comte de la Rocheguyon à
la porte pour huissier, et lui se fait porter des œufs, ayant été
auparavant au poulailler pour en prendre. Il donne deux écus à une
femme qui lui en apporta six et un poulet, se prend à faire des œufs
perdus et des œufs pochés au beurre noir, et des durs hachés avec du
lard, de son invention. M. de Frontenac, premier maître d'hôtel, fait
une œufmeslette[202]; le Roi commande au petit Humières de prendre
un bâton et de servir de maître d'hôtel, au sieur de Montpouillan
d'huissier, à d'autres de prendre des plats et lui prend le dernier
et marche ainsi à la salle, où étoit M. de Souvré, auquel il avoit
commandé d'attendre ce qu'on alloit lui servir. Il fait l'essai du plat
qu'il portoit, s'assied, goûte de l'omelette, peu, un peu de raisin
noir, pain bis, beaucoup; point bu. Il revient à cinq heures, va en la
galerie de Bourbon jouer au billard. Après souper il va chez la Reine;
M. de Nevers y arrive, il lui fait froid accueil.
[202] C'est ainsi qu'Héroard écrit toujours le mot omelette.
_Le 15, mercredi._—Il va au conseil, monte en sa garderobe, s'amuse
à ses harquebuses; en même temps il arrive dans la cour de la rumeur
entre les pages et laquais de M. de Guise et de M. de Nevers, sur la
préférence que débattoient leurs cochers. M. de la Force, capitaine
des gardes, étant là près du Roi, va dire: «Il me semble que l'on
crie: Tue, tue.» Soudain le Roi dit hardiment: _Chargeons à balle;
pour le moins ils ne nous prendront pas sans verd_. Il descend à la
galerie, s'amuse lui-même à travailler avec le menuisier à dresser le
jeu de billard; sur les six heures M. de Nevers y vient, le supplie
de l'excuser de ce que ses gens avoient fait: _Je le trouve pas bon;
je m'en sens offensé!_—M. de Nevers lui demande s'il lui plaît qu'il
les mettra ès mains de qui il commandera.—_Non, je leur pardonne pour
cette fois, mais que ils ne y retournent plus._
_Le 16, jeudi._—Il va au conseil des finances, en la galerie.
_Le 22, mercredi._—Il va en la galerie jouer au billard; étudié[203].
Il va à la messe en Bourbon, à la forge de Bourbon et à son écurie,
puis au jeu de paume.—A souper, son pourvoyeur se plaignoit de la
perte qu'il faisoit pour la viande qu'il avoit tuée, ne sachant pas que
l'on dût manger du poisson, à cause du jeûne extraordinaire commandé
pour l'assemblée des états; le Roi se retourne à M. Testu, maître
d'hôtel, lui commandant et parlant par compassion: _Que l'on la lui
passe, que l'on la lui passe_.—Le maître d'hôtel répond qu'il n'y a
pas de fonds.—_Vous n'avez que faire de vous en soucier, ce n'est pas
du vôtre._—Le maître d'hôtel vouloit repartir, le Roi reprend, fâché:
_Vous n'avez que faire de vous en soucier, ce n'est pas du vôtre_.
[203] Ce mot revient maintenant très-rarement dans le journal.
_Le 25, samedi._—Joué à la cligne-mussete[204], avec les sieurs de
Termes, de Courtenvaux, premiers gentilshommes de la chambre, et les
sieurs comtes de la Rochefoucauld, maître de la garde-robe, et de la
Rocheguyon.
[204] On dit aujourd'hui _Cligne-musette_ ou _Cache-cache_.
_Musette_, dit M. Littré, est une altération pour _mussette_,
cachette.
_Le 26, dimanche._—A neuf heures et un quart il entre en carrosse, et
va aux Augustins, pour la procession générale, revient à trois heures
et demie. Devêtu, mis au lit, il s'amuse à faire des petits canons
lui-même, et le rouage aussi. A six heures et demie soupé dans le lit;
en soupant quelqu'un dit que MM. du clergé des états avoient prié M.
le cardinal de Joyeuse de présider en leur chambre par honneur; qu'il
étoit le doyen des cardinaux, et que c'étoit une qualité de telle
prééminence que si Sa Majesté étoit à Rome, il la précéderoit. Le Roi,
après avoir un peu ruminé et branlant la tête, dit: _Nous sommes en
France; à Rome comme à Rome!_—Levé en robe et bottines, il va chez la
Reine, revient, s'amuse à faire jouer à _Ma compagnie me déplaît_ et à
faire chanter sa musique.
_Le 27, lundi._—Il va chez la Reine et, à trois heures et un quart,
en la grande salle basse de Bourbon, à l'ouverture des états généraux,
où il a prononcé ces paroles hautement, distinctement et avec une
belle action: «Messieurs, j'ai désiré de voir cette grande et notable
assemblée au commencement de ma majorité, pour vous faire entendre
l'état présent des affaires, pour établir un bon ordre par le moyen
duquel Dieu soit servi et honoré, mon pauvre peuple soulagé, et que
chacun puisse être maintenu et conservé en ce qui lui appartient, sous
ma protection et autorité. Je vous prie tous et vous conjure de vous
employer comme vous devez pour un si bon œuvre. Je vous promets
saintement de faire observer et exécuter ce qui sera résolu sur tout
ce qui sera avisé en cette assemblée. Vous entendrez plus amplement ma
volonté par ce que vous dira monsieur le chancelier.» La Reine étoit à
sa main droite, Monsieur à sa gauche, M. de Mayenne, grand chambellan,
à ses pieds; au-dessous M. de Fronsac, faisant la charge de grand
maître pour M. le comte de Soissons. Le sieur de Marquemont a parlé
pour le clergé, le baron du Pont-Saint-Pierre pour la noblesse, et le
sieur Miron, président aux Enquêtes et prévôt des marchands, pour le
tiers état. A cinq heures et demie le Roi est sorti; à six soupé. Il
va chez la Reine, revient à huit heures trois quarts; mis au lit, il
s'endort au son des régales[205].
[205] De ses orgues. _Voy._ tome I, page 280, note 439, et au 8
novembre suivant.
_Le 29, mercredi._—Il va par la galerie aux Tuileries, fait voler ses
émerillons au premier parterre, va à la messe aux Capucins, puis chez
Haran[206], où il fait cuire des œufs et les donne. Il revient à dix
heures et demie en carrosse, va chez la Reine, se plaint de douleur
de tête, les mains, le nez froids, dit qu'il a peine à respirer, se
couche sur des placets, se met vêtu sous la couverture du lit de la
Reine; dîné avec la Reine. A quatre heures pouls plein, un peu hâté,
par colère passagère[207] du soir précédent, sur ce qu'on lui avoit dit
que M. de Souvré vouloit empêcher que le sieur de Luynes n'entrât en
sa chambre, jusques à prier la Reine de lui ôter M. de Souvré, qu'il
ne pouvoit plus durer avec cet homme-là. Sur les six heures le pouls
ondeux, plus reposé; à neuf heures levé, mené en robe et mis dans son
lit, en la grande chambre.
[206] _Voy._ au 1er octobre précédent.
[207] Héroard dit: _Ephemera ab ira_.
_Le 30, jeudi._—Remis au lit après dîner, il envoie querir des
couleurs chez son peintre Bunel, s'amuse à les faire sur l'ardoise et
à peindre. A quatre heures levé en robe, il fait porter dans sa chambre
le billard qui étoit en la galerie, joue au billard, voit danser un
petit ballet à Madame.
_Le 31, vendredi._—Il va chez la Reine; à une heure le froid le prend,
avec une légère douleur extrême au côté droit des côtes, va à la
salle du conseil à deux heures, où il donne audience aux députés des
états qui venoient le supplier de se trouver, pour le jour d'après,
à leur communion aux Augustins, là où tous les trois ordres étoient
assemblés. Après il va en sa chambre, est devêtu, mis au lit à deux
heures et demie. A trois heures, le froid passé, il entend vêpres, la
Reine y étant. Peu après il demande à se jouer, dit que s'il ne s'amuse
à quelque chose qu'il deviendra mélancolique; il se fait donner sa
camisole et son petit manteau, et fait porter sa petite table et des
cartes. Il en fait des canons, soudés avec de la cire d'Espagne, les
charge de poudre et de papier, y met le feu; ils tirent sans crever.
_Le 1er novembre, samedi, à Paris._—Éveillé à sept heures et demie,
la langue rouge, gorge sèche; il dormoit la bouche ouverte, le nez
empêché. Il s'amuse à faire des canons et des châteaux de cartes.
Levé, il s'amuse assis à se jouer, va jouer au billard, fait jeter en
fonte[208]. La Reine le vient voir; il joue du tabourin en forme de
tabar, tout en action.
[208] Sans doute par un émailleur. _Voy._ au 4 novembre suivant.
_Le 2, dimanche._—Levé en robe, il fait tirer ses canons faits de
cartes à jouer, de son invention, qui ne crevoient point, chargés de
poudre et de papier, montés sur des affûts de cartes; joue du tambour.
_Le 3, lundi._—Vêtu de son habit de ratine et de sa robe, il joue au
billard, fait voler sa pie-grièche, s'amuse diversement et gaiement.
La Reine le vient voir; ils voient jouer des joueurs de marionnettes.
Il fait faire sur-le-champ un ballet qu'il fait danser, dans une heure
après, à huit de ses petits enfants, devant la Reine. Mis au lit, il
s'endort au son de la lyre par le sieur Bailly.
_Le 4, mardi._—Levé en robe, il joue au billard, fait travailler
un ouvrier en émail, lui fait faire des figures et autres besognes
pour en faire une blanque[209], fait voler des petits oiseaux à ses
pies-grièches. La Reine le vient voir.
[209] Une loterie.
_Le 5, mercredi._—Il se relève de sa maladie, va chez la Reine, puis
à la chapelle de son antichambre. Étudié; il dit qu'étant malade
au lit et faisant voler des petits oiseaux en sa chambre par ses
pies-grièches, il faisoit vœu aux pauvres d'un quart d'écu pour chacun
qu'elles prendroient. Il descend en sa chambre; avant que d'aller jouer
à la paume on lui vient dire que l'ambassadeur de Savoie desiroit de
le voir: _Qu'il attende! Monsieur de Savoie a bien fait attendre mon
ambassadeur monsieur de Rambouillet_. C'est que le soir précédent, peu
devant son souper, M. de Créquy, qui venoit de Dauphiné, lui avoit
raconté comme M. de Savoie avait envoyé dire à M. de Rambouillet qu'il
ne prît point la peine de passer plus outre que Turin, où il étoit
arrivé, craignant qu'il ne reçût de l'incommodité d'aller à son armée
où il étoit, près de Verceil. Il voit l'ambassadeur de Savoie, puis
va au jeu de paume, où il est peu de temps, va jouer au jardin, où il
fait courir un levraut par _Valet_, son bon épagneul, puis va au jardin
devant sa chambre.
_Le 6, jeudi._—Il dit qu'il a songé que le sieur de Luynes, un
gentilhomme qu'il aimoit, étoit habillé à la suisse, avoit des chausses
jaunes découpées, une grosse brayette verte et une grande fraise
pareille à celle des femmes, et qu'il jouoit du fifre; et que sa
maîtresse aussi étoit habillée à la suisse et jouoit du tabourin, et
qu'elle savoit bien jouer l'abattis[210], mais non pas le fredon (ce
qu'il disoit sans dessein). Il le racontoit à tout le monde, et me
commanda de l'écrire. Il va chez la Reine et au conseil, puis va à la
chasse au Roule, où il monte à cheval, fait voler le cochevis[211] par
ses émerillons.
[210] L'_abattis_ et le _fredon_ doivent signifier diverses
manières de battre du tambourin, et l'équivoque faite sans
dessein par Louis XIII, mais remarquée par Héroard, justifie
l'opinion de M. Littré, qui voit dans _fredon_ l'étymologie de
_fredaine_.
[211] L'alouette.
_Le 8, samedi._—Il va chez M. de Souvré pour y voir faire des
émeraudes, se y plaît et en toutes sortes de besognes et inventions,
fait un cabochon de rubis fort bien et beau, revient à deux heures au
conseil. Mis au lit, il dit tout son service (divin) ayant à communier
le jour suivant pour toucher les malades, s'endort au son de ses orgues.
_Le 9, dimanche._—A neuf heures et demie il va à la messe en Bourbon,
communie, et à dix heures trois quarts, en la grande galerie du Louvre,
touche trois cent vingt malades. A onze heures et demie dîné; à deux
heures et demie il entre en carrosse, va à vêpres aux Jésuites, rue
Saint-Antoine.
_Le 11, mardi._—Il va à Notre-Dame-des-Vertus, à vêpres, fait voler
ses émerillons.
_Le 12, mercredi._—A une heure il va chez M. le commandeur de Sillery,
qui faisoit festin à la Reine, où il mangea des abricots secs et autres
confitures, puis s'en alla aux Tuileries.
_Le 16, dimanche._—Il va à vêpres à Saint-Germain-de-l'Auxerrois, puis
va voir la reine Marguerite.
_Le 17, lundi._—Il s'amuse diversement, monte en sa garde-robe, où il
fait nettoyer toutes ses harquebuses, pour les montrer à M. le Grand,
qui devoit arriver, revenant de Bourgogne. Après souper il va chez la
Reine et à la comédie françoise.
_Le 18, mardi._—Il va au conseil, s'amuse, avec la plume et l'encre, à
faire des chevaux qui tirent un canon, à faire des arbres et une petite
église, et une mariée de village, et ne laisse pas d'écouter et faire
rallumer par plusieurs fois les chandelles éteintes, sur l'adjudication
d'un office de trésorier de France à Montpellier.—Mis au lit, il
s'endort à la musique des voix et des luths.
_Le 21, vendredi._—Étudié; la leçon lui semblant trop longue,
il demande à M. de Fleurence: _Si je vous donne une évêché,
accourcirez-vous mes leçons?_—«Non, Sire.» Il ne répondit rien.—M.
le grand écuyer arrive au souper du Roi, revenant de son gouvernement
de Bourgogne; il le reçoit avec une allégresse non pareille, s'avance
au-devant de lui: _Il y a longtemps que je vous attends_, lui dit-il,
l'ayant embrassé un coup sur l'autre, et il le mène chez la Reine.
_Le 28, vendredi._—Il va à Gaigny voir une maison qu'il avoit achetée
3,500 écus et donnée à Haran, qui avoit ses chiens.
_Le 1er décembre, lundi._—Il va en la galerie, chez le marchand de la
Chine, où il a acheté des étoffes et des meubles; va chez la Reine,
puis au conseil.
_Le 2, mardi._—Il va au logis de M. de Souvré, rentre en carrosse, et
va à la messe aux Jésuites, en la rue Saint-Antoine, puis revient au
bois de Vincennes, va à Villemunde, où il dîne chez M. Leclerc[212].
[212] M. Leclerc était fils de Mme Leclerc, veuve d'un meunier
des environs d'Ivry, et qui, en 1590, donna au Roi une forte
somme avec laquelle il put payer les Suisses, qui menaçaient de
s'éloigner, et gagner cette bataille décisive. Henri IV anoblit
ce jeune homme et lui donna une charge de conseiller au parlement
de Paris. Ce fut la souche des Leclerc, marquis de Lesseville,
qui subsistent encore en Champagne aujourd'hui.
_Le 8, lundi._—Il monte au cabinet des livres, s'amuse à faire des
vers sur le nez de M. de Luynes[213].
[213] C'est la première fois qu'Héroard n'écrit pas Loynes.
_Le 12, vendredi._—Il mange presque tous les jours du beurre de
Bretagne donné par M. de Montmartin. Il va au conseil, joue au billard,
travaille peu.
_Le 19, vendredi._—Il va à Auteuil, pour voir la maison qu'il vouloit
acheter, où il se joue longtemps, va au parc de Madrid, rentre en
carrosse. En revenant, au droit des Ternes, le carrosse se rompt, il va
un long temps à pied, rentre dans le même carrosse racoustré, rentre et
joue à un petit billard qu'il avoit fait faire. Le soir il va chez la
Reine.
_Le 21, dimanche._—Il va à deux heures au sermon, à
Saint-Jacques-la-Boucherie, puis à l'hôtel de Bourgogne, où il a mangé,
comme il m'a dit, quatre ou cinq petits choux, achetés par M. de Luynes
chez le pâtissier.
_Le 30, mardi._—Il va chez la Reine, va par la galerie aux Tuileries;
il y faisoit mol. Chaussé, séché, il revient par le même chemin, va
chez la Reine. Le soir encore chez la Reine et à la comédie françoise.
_Le 31, mercredi._—Il va chez M. de Souvré, joue à la paume, va aux
vêpres aux Cordeliers. Le soir il va chez la Reine, puis revient en son
petit cabinet; confessé par le père Coton.
ANNÉE 1615.
Le jour de l'an.—M. de Bonneval et le lieutenant général de
Luzarches.—Ballet de M. le Prince.—Clôture des États.—Discours
du Roi.—Soupé du Roi à Pétonville.—Inondation de la Seine
dans le jardin des Tuileries.—Le Roi va constamment à la
comédie et danse des ballets.—Congé des États.—Mort de la
reine Marguerite.—Son enterrement.—La paulette.—Remontrances
du parlement.—Première pierre de la statue de Henri IV au
Pont-Neuf-des-Augustins.—Procession de Sainte-Geneviève à cause
de la sécheresse.—Le Roi commence à apprendre l'équitation.—Il
visite la Bastille.—Dîné aux champs avec des seigneurs de la
cour.—Voyage de Guyenne pour son mariage.—Il dîne à Amboise,
chez M. de Luynes.—Chenonceaux.—Poitiers.—Le Roi joue
encore aux petits soldats.—Ruffec.—Angoulême.—Réception
des députés du parlement de Bordeaux.—Arrivée en bateau
à Bordeaux.—Fiançailles, par procuration, de Madame
avec le roi d'Espagne.—Séjour.—Échange de princesses à
Saint-Jean-de-Luz.—Hardie entreprise du cardinal de Sourdis
pour sauver un condamné.—Entrée du Roi et de la Reine.—Cadeau
et chevaux du roi d'Espagne.—Ballet espagnol.—Les deux époux
jouent aux petits jeux.—Le Roi ferre un cheval.—Excuses
du cardinal.—L'olla podrida.—Le champ de bataille de
Coutras.—Fêtes de Noël à Aubeterre.—La vie du Roi toujours la
même.
_Le 1er janvier, jeudi._—Levé, bon visage; il va à la messe à Bourbon,
revient en la galerie où il touche deux cent trente malades. Il va au
sermon et aux vêpres à Saint-Louis.
_Le 3, samedi._—Il va chez la Reine botté, à onze heures trois quarts
chez M. de Souvré pour le hâter à dîner. A midi il entre en carrosse,
va à la volerie, monte à cheval à la plaine de Grenelle jusques auprès
du Bourg-la-Reine, vole et prend le milan, le héron et la corneille,
dit au sieur de Luynes, gentilhomme qu'il aimoit: _Loïnes, dites à
monsieur de Plainville_ (capitaine des gardes) _qu'il ne laisse pas
approcher de moi beaucoup de personnes quand je chasse; pourtant
dites-lui qu'il ne se fâche pas, si je me mets quelquefois en colère_,
puis le lui dit à lui-même, lui disant qu'il y a accoutumé son
compagnon.
_Le 5, lundi._—Il va chez la Reine, à deux heures au conseil, où M.
l'évêque d'Angers parla contre l'autorité du parlement; il tire les
Rois, donne la fève à Dieu, puis à soi, avec les sieurs de Grammont, de
la Curée et Despréaux.
_Le 6, mardi._—Il va au conseil, où le clergé, par l'évêque d'Angers,
demandoit que le parlement ne connût plus des affaires d'État, que le
premier avocat général fût ecclésiastique, que l'arrêt donné le jour
précédent au conseil fût cassé, qui portoit que S. M. évoquât à soi
en affaires, et cependant défend au parlement de signer leurs arrêts:
qu'ils ne partiroient pas de là qu'en leur présence il ne fût cassé.
M. le prince de Condé en voulut parler. Le cardinal du Perron lui dit
qu'il le récusoit; et comme il voulut répondre, le Roi se lève de sa
chaise et va au sieur Prince, et lui dit: _Monsieur, je vous prie,
n'en parlez plus_, et se retournant à d'autres: _puisqu'ils récusent
Monsieur le Prince, ils me voudront aussi récuser_[214].
[214] «Les députés des états parlèrent derechef au Roi avec
une insolence effroyable.» _Voy._ dans le _Journal d'Arnauld
d'Andilly_, le récit de cette séance, page 25.
_Le 22, jeudi._—La Reine le vient voir, et lui apporte les provisions
pour le château d'Amboise, que M. le Prince, auquel il avoit été baillé
en garde jusques à la tenue des États, lui avoit renvoyées par M. le
duc de Ventadour[215]. Il les reçoit en claquant des mains et disant:
_J'en suis bien aise_.
[215] Anne de Lévis, gouverneur du Limousin, lieutenant général
en Languedoc, mort en 1622.
_Le 31, samedi._—Il étudie et reste en la galerie, il pleuvoit; à
trois heures le fils du landgrave de Hessen le vient saluer[216]. Il va
au conseil, à six heures chez la Reine, le soir aussi, et à la comédie
françoise.
[216] Probablement Othon, fils de Maurice, landgrave de
Hesse-Cassel et d'Agnès de Solms, lui-même administrateur
de Hirschfeld, né le 25 décembre 1594, mort le 7 août 1617,
sans postérité, quoiqu'ayant été marié deux fois.—Son frère
Guillaume, qui succéda à son père, ne naquit que le 14 février
1602.
_Le 4 février, mercredi._—Il va chez la Reine à deux heures et demie,
donne audience à messieurs du tiers état, faisant plainte de ce que le
sieur de Bonneval en Limosin avoit battu à coups de bâton le lieutenant
général du Luzerche[217] au sortir des Augustins, où les états généraux
se tenoient. Le roi le renvoya au parlement. Il va après en carrosse
à la foire Saint-Germain-des-Prés, où il a acheté quatre harquebuses,
ayant méprisé toutes autres sortes de marchandises. Le soir il va chez
la Reine et à la comédie françoise.
[217] Henri, seigneur de Bonneval, trouvant M. de Chavailles,
lieutenant général d'Usarche en Limousin, élu malgré lui aux
États, à la sortie des Augustins, le 3 février, le roua de coups
de bâton, puis se retira chez M. d'Épernon et retourna chez lui
en Limousin. Malgré les réclamations du Tiers et du Parlement,
cette affaire n'eut pas de suite et Bonneval eut un régiment en
1615.
_Le 11, mercredi._—A quatre heures et demie après minuit, éveillé
doucement; il étudie ce qu'il devoit prononcer pour la clôture des
états. Levé à six heures, il monte au cabinet des livres, étudie
l'espagnol[218].
[218] Le 12, le Roi mande au Louvre le président du Parlement et
quelques conseillers, pour les interroger sur les démarches de M.
le Prince près d'eux et leur défendre de le recevoir à l'avenir
aux enquêtes et de le laisser parler au Parlement d'affaires
d'État. (_Arnauld d'Andilly._)—Le 25 M. le Prince va s'excuser
près du Roi.
_Le 22, dimanche._—A onze heures et demie il va en la salle pour voir
le ballet de M. le Prince, après avoir dormi longtemps chez la Reine.
_Le 23, lundi._—A trois heures et demie, accompagné de la Reine, il
part et va en la salle de Bourbon pour la clôture des États, où parla
pour le clergé M. de Richelieu, évêque de Luçon; M. le baron de Seneçay
pour la noblesse, et M.[219], prévôt des marchands et président aux
enquêtes pour le tiers état. Le Roi leur dit ces paroles: _Messieurs,
je vous remercie de vos tant bonnes volontés. Je fairai paroître par
les réponses qui vous seront faites le désir que j'ai de servir Dieu et
soulager mon peuple, de protéger un chacun, de rendre la justice à tous
mes sujets et de faire en sorte que vous soyez tous contents_[220]. Il
se couche à neuf heures, et s'endort jusques à cinq heures et demie
après minuit.
[219] Robert Miron, président aux requêtes du Palais, ambassadeur
en Suisse, intendant du Languedoc, mort en 1641, à soixante-douze
ans; il était frère de François Miron, également prévôt des
marchands en 1604, lieutenant civil, mort le 4 juin 1609.
[220] _Voy._ le _Mercure françois_, t. III, p. 463, pour les
détails de cette séance.
_Le 26, jeudi._—Il va par la galerie aux Tuileries, conduit sa chelyte
(_sic_), tirée par un cheval, au harnois semé de sonnettes, fait mettre
dedans M. le maréchal de Souvré, et M. le Grand, y prend grand plaisir
et à se renverser sur la neige. Le soir chez la Reine, à la comédie
françoise.
_Le 4 mars, mercredi._—Le soir, à sept heures trois quarts, il
s'habille en masque, fait des ballets à cheval, monté sur des escabeaux
qui plient, puis danse à pied, puis fait jouer la comédie des Juifs.
_Le 6, vendredi._—Il va chez la Reine à midi, entre en carrosse, va
à la chasse, monte à cheval hors la porte Saint-Martin, vole et prend
la corneille, arrive au Bourget, et à l'entrée du bourg, entre en la
maison du sieur de Hurles, nommée Petonville, se chauffe. Il faisoit
grand froid; il va en la cuisine, fait faire des omelettes, des
beignets, des œufs perdus; ce fut lui qui les fit et en mange un peu,
dont il a goûté. Puis il remonte à cheval, et va jusqu'au Pontyblon,
où il vole le héron et le prend.
_Le 19, jeudi._—Il va aux Tuileries, tire des harquebuses à des petits
oiseaux; la rivière étoit si grosse qu'elle étoit dans le jardin, il y
fait venir un bateau, se met dedans et se fait conduire, se met dans
son carrosse et se fait tirer par quatre boucs. Le soir il va chez la
Reine, puis s'en va avec elle, pour voir danser le ballet de Madame que
la Reine faisoit faire. Il revient à quatre heures après minuit.
_Le 24, mardi._—Il va chez la Reine, au conseil, où les états des
trois ordres ont leur congé.
_Le 27, vendredi._—Ce jour mourut la reine Marguerite, entre onze
heures et minuit, en son hôtel, rue de Seine, au bord de l'eau; on lui
a trouvé une grosse pierre dans le fiel[221].
[221] Elle laissa 100,000 livres aux pauvres et 200,000 écus
de dettes; ses bijoux valaient 30,000 écus, et le reste de ses
meubles 6,000 à peine. «Ce matin, dit Malherbe, à la date du 28
mars, la chambre de la Reine étoit si pleine de ses créanciers,
que l'on ne s'y pouvoit tourner.»
_Le 28, samedi._—Vêtu de deuil violet, pour la mort de la reine
Marguerite de Valois.
_Le 2 avril, jeudi._—Il va aux Tuileries, revient à deux heures au
conseil, où l'on répondoit les cahiers des États.