_Le 31, jeudi, à Poitiers._—Il va à la messe à Sainte-Croix, va en

sa chambre, chez la Reine; étudié. A trois heures et demie il va

au Palais, voir jouer une pastorelle (_sic_) par les écoliers des

Jésuites, la Reine aussi.

_Le 1er août, vendredi, à Poitiers._—Il va à la messe à Saint-Pierre,

revient à onze heures et un quart chez la Reine, au conseil. Il va

à vêpres aux Jacobins, entre en leur jardin. Mis au lit, il joue au

tric-trac.

_Le 2, samedi, à Poitiers._—Il va en carrosse à la messe, à la

Trinité, revient chez la Reine, va à la chasse, joue à la paume. Après

souper il va chez M. de Souvré, qui se trouvoit mal, y joue au piquet.

_Le 3, dimanche, à Poitiers._—Il va aux Cordeliers en carrosse, va

jouer à la paume, puis à la messe aux Carmes et à vêpres aux Cordeliers.

_Le 4, lundi, voyage._—A sept heures trois quarts il part de Poitiers,

à demi-lieue rencontre le marquis de Cœuvres, revenant de Bretagne,

portant assurance de l'affection et fidélité de M. de Vendôme, et

obéissance au service de Sa Majesté. _Ho! quelle obéissance! il n'a pas

encore désarmé_, dit le Roi. Il reçoit froidement M. de Cœuvres, et,

refusant de recevoir la lettre dudit sieur de Vendôme, la fait bailler

et lire à M. de Souvré, où étoient les mêmes termes, où aussi il redit

les mêmes paroles. Il arrive à neuf trois quarts au Breuil, où il a

dîné, puis à quatre heures entre en carrosse, et à cinq heures et demie

arrive à Mirebeau, va au jeu de paume, au jardin, chez la Reine.

_Le 5, mardi, voyage._—Il va à Notre-Dame, part à huit heures et demie

de Mirebeau, et arrive à dix heures et demie à Aubourg, où il a dîné.

Arrivé à Loudun, il va à l'église et de là, à sept heures et un quart,

chez M. d'Armaignac, l'un de ses premiers valets de chambre, où, de son

mouvement, il voulut aller souper. Il revient en son logis, et va à la

comédie françoise.

_Le 6, mercredi, voyage._—A huit heures déjeuné; il va à cheval à la

messe, à Notre-Dame-de-Recouvrance, puis encore un peu déjeuner chez

le sieur d'Armaignac, ayant su qu'il en donnoit aux sieurs de Termes

et de Courtenvaux, premiers gentilshommes de la chambre. Il entre en

carrosse, et part de Loudun à huit heures trois quarts, et arrive à dix

heures trois quarts à Bellecave, où il a dîné. Il arrive à six heures

et demie à Saumur, va à Notre-Dame de Nantilly et à la ville, va chez

la Reine.

_Le 7, jeudi, voyage._—A neuf heures et demie il entre en carrosse

sans déjeuner, va à Saint-Florent, où il est arrivé à dix heures et

demie, va à la messe, puis, à onze heures et un quart, dîné au lieu du

déjeuner, donné par M. de Souvré, à qui étoit l'abbaye. Il monte au

château, va chez la Reine, et à neuf heures revient à Saumur.

_Le 8, vendredi, voyage._—Il va à Saint-Pierre, à la messe, puis

en carrosse jusques au-dessous du pont où, pour la première fois

qu'il a fait voyage sur l'eau, il entre dans le bateau à six heures

et demie et part de Saumur. Il arrive à onze heures et un quart à

Saint-Mathurin-sur-Loire; durant le chemin il ne fut jamais assis ni

en repos, fait charger ses pistolets, tire et les baille à tirer en

salve contre d'autres de sa suite qui étoient en autres bateaux; il

fait faire et fait lui-même de petites fusées qu'il fait tirer dans

le bateau et dans l'eau. Le peuple étoit amassé à diverses troupes

sur les bords de la rivière, avec larmes et grandes acclamations de

joie et de _Vive le Roi_; un peu au-dessous de Roziers, il s'avança

environ cinquante ou soixante femmes dans l'eau jusques au genou, pour

approcher plus près du bateau et le voir. Il arrive à quatre heures

et un quart au Pont-de-Cé, va chez le sieur Bodinet, où il change de

chemise et d'habit, entre en carrosse et, à une maison de la ville,

monte à cheval, et arrive à Angers à six heures et un quart. Après

avoir ouï toutes les harangues, il va à l'évêché, puis en son logis, et

après souper chez la Reine.

_Le 9, samedi, à Angers._—Il va à la messe aux Carmes, au jardin, chez

la Reine, puis jouer à la paume.

_Le 10, dimanche, à Angers._—Il va à la messe à Saint-Maurice, puis

va voir le château. A trois heures il va à vêpres, puis voir un combat

naval et des artifices à feu.

_Le 11, lundi, voyage._—A sept heures il entre en carrosse et part

d'Angers, va à la messe à la Bamette, entre en bateau, et à deux heures

trois quarts, par mauvais temps de vent et de pluie, il arrive à

Ingrande. Dans le bateau il mange du pain bis du batelier et du bœuf

bouilli pris à un cabaret, sur le bord de l'eau; il met dix pistolets

sur une petite planche, comme canons en batterie, accommode des mèches

au bout des fourchettes, et y met le feu, les faisant tirer en salve.

Le vent étoit si contraire qu'il sort du bateau, et ayant envoyé devant

ses carrosses, il trouve celui de M. le marquis de Saint-Chamond, se

met dedans, part d'Ingrande, et avant que se mettre dans le carrosse,

se voyant mal accompagné, ses gendarmes et chevau-légers étant allés

devant, il charge lui-même deux pistolets de deux balles chacun. A sept

heures il arrive à Ancenis, au château.

_Le 12, mardi, voyage._—A huit heures il part d'Ancenis en carrosse,

est mis à cheval pour le mauvais chemin, et arrive à midi à Maulve, où

il a dîné. A trois heures il rentre en carrosse, et à six heures arrive

à Nantes, au château; après souper il va chez la Reine.

_Le 13, mercredi, à Nantes._—Il va chez la Reine, puis à la messe aux

Minimes, va en bateau voir pêcher.

_Le 14, jeudi, à Nantes._—Il va à la messe aux Minimes, va chez la

Reine, étudie, puis va aux Chartreux.—Mis au lit à neuf heures, il dit

son office pour communier le jour suivant.

_Le 15, vendredi, à Nantes._—Il va à la messe à Notre-Dame par la

poterne, revient à onze heures et demie, et dans la cour du château

touche six cents malades. A trois heures il va en carrosse à vêpres,

aux Chartreux. Mis au lit, à dix heures et demie, il s'endort en rêvant

et parlant: _Donnez-moi mon horloge, et tôt_; et autres propos jusques

à une heure, sans s'éveiller.

_Le 16, samedi, à Nantes._—Il va, par la poterne, à la messe aux

Minimes, va chez la Reine, puis sur l'eau, aux îles, et à onze heures

arrive sur la fosse, à la maison des marchands, où il a dîné. Il

regarde de ses fenêtres le préparatif qui se faisoit pour son entrée.

A côté de son logis il y avoit un petit échafaud couvert, où il étoit

assis dans sa chaise, et là les corps de la ville lui faisoient les

harangues. A cinq heures monté à cheval, mis sous le dais, il fait son

entrée par la porte Saint-Nicolas, et va à Saint-Pierre. A sept heures

il arrive au château, va jouer à la paume.

_Le 17, dimanche, à Nantes._—Il va à vêpres aux Minimes, puis jouer à

la paume; à six heures il va sur la rivière, descend jusqu'à la fosse

et revient à sept.

_Le 18, lundi, à Nantes._—Il va à la messe aux Minimes et de là entre

en carrosse, va à Chassay, maison de M. l'évêque de Nantes, où il a

dîné. Il revient à six heures et un quart à Nantes, va chez la Reine.

_Le 19, mardi, à Nantes._—Il va sur la terrasse où est la treille, y

a déjeuné. Vêtu pour aller ouvrir les États de la province, il va chez

la Reine, où les députés des États le viennent prendre. Il y va à dix

heures et un quart, accompagné de la Reine, où il prononça ces mots du

sien, et autres que ceux qu'on lui avoit baillés par écrit: _Messieurs,

je suis venu ici avec la Roine, ma mère, pour votre soulagement et

repos. Monsieur le chancelier vous témoignera le demeurant_. Il en

revient à douze heures et un quart; dîné.—Après souper il va en sa

chambre, fait danser les passepieds et branles de Bretagne aux violons

qui étoient venus jouer devant lui.

_Le 20, mercredi, à Nantes._—A cinq heures il va à la fosse, pour voir

le combat de deux galiotes et autres petits vaisseaux.

_Le 22, vendredi, à Nantes._—Étudié, etc.; il va à la messe aux

Jacobins, revient à onze heures et demie chez la Reine, où M. de Retz

arrive, lui fait la révérence, s'excusant si plus tôt il n'étoit venu

lui faire la révérence. Le Roi ne lui répond rien; le général des

galères remarquant cela dit audit de Retz qu'il falloit passer outre

et demander pardon; M. de Retz en prend l'occasion au sortir de la

chambre, et lors le Roi lui répond: _Quand vous me le témoignerez par

effets, je vous aimerai aussi_. A deux heures et demie il entre en

carrosse, et va à Chassay.

_Le 23, samedi, à Nantes._—A deux heures et demie il va en carrosse à

la Touche, où il a goûté.

_Le 24, dimanche, à Nantes._—Il va jouer à la paume, est un peu blessé

d'un coup de balle sur l'orbite de l'œil droit par le chevalier de

S....[197], puis va à la messe aux Minimes. A deux heures et demie il

va en carrosse se promener, tire de la harquebuse et tue un oiseau dans

la rivière, par-dessus le cheval.

[197] Le nom est resté en blanc.

_Le 25, lundi, à Nantes._—Éveillé à trois heures, doucement, il ne se

peut rendormir, fait lire, enfin à quatre heures se rendort jusques à

huit. Il va jouer à la paume, puis à la messe à Saint-Pierre; à deux

heures et demie il va à vêpres, puis au bal à l'hôtel de ville, où il

a vu danser avec plaisir les danses du pays. A huit heures et demie

il voit, de sa chambre, jouer les artifices à feu faits sur un petit

bateau par le sieur Morel.

_Le 26, mardi, à Nantes._—A onze heures et demie dîné; M. de Vendôme

arrive sur son dîner. Le Roi le salue froidement, et comme il eût fait

un simple gentilhomme, sans se retourner. «Sire, lui dit M. de Vendôme,

je n'ai voulu faillir à venir trouver Votre Majesté, aussitôt que j'en

ai reçu le premier commandement, et pour l'assurer que je n'ai point

d'autre volonté que d'être son très-humble et très-obéissant serviteur,

désirant de le témoigner par le sacrifice de ma vie». Le Roi, la voix

tremblante et la face blême de colère, lui répond: _Servez-moi mieux

pour l'avenir que vous n'avez fait par le passé, et sachez que le plus

grand honneur que vous ayez au monde c'est d'être mon frère._—«Je le

crois ainsi», dit M. de Vendôme. Le Roi va en sa chambre puis chez la

Reine, où il mène M. de Vendôme, revient en sa chambre, change d'habit,

est botté, entre en carrosse, et va en la plaine Saint-Julien pour y

voir (lui à cheval) le régiment nouveau des Suisses.

_Le 27, mercredi, à Nantes._—Il va hors la ville, à cheval, faire

voler ses émerillons, fait plusieurs autres chasses à la harquebuse,

aux grenouilles, revient à quatre heures trois quarts, donne audience à

l'ambassadeur d'Espagne.

_Le 28, jeudi, à Nantes._—Il va à la messe à Saint-Pierre et à onze

heures et demie chez la Reine, où l'évêque de Dol parle au nom des

États, qui remercient LL. MM. et font don de 400,000 livres au Roi et

de 50,000 à la Reine. A midi dîné; il va chez la Reine, donne audience

à tous les députés particuliers des États, selon les bailliages. Il va

jouer à la paume, fait courir par ses bassets un jeune cerf dans les

fossés du château.—Mis au lit, il s'endort au luth et à la voix du

sieur Bailly.

_Le 29, vendredi, à Nantes._—Dormi avec inquiétude, par impatience

de lever matin pour aller à la chasse; il va à la chasse avec ses

émerillons.—Après souper il va en sa chambre, où Messieurs des Comptes

viennent prendre congé de lui; M. de Souvré l'instruisant de ce qu'il

avoit à leur répondre, ayant su qu'ils devoient venir, lui dit de leur

répondre qu'il étoit fort content de leur service, et qu'ils eussent à

continuer: _Bien, bien, mousseur de Souvré_, lui répond le Roi, puis

il se retire à part, et dit au sieur de Heurles, l'un de ses premiers

valets de chambre: _Monsieur de Souvré me baille des harangues que je

ne veux pas dire comme il me les dit. Je doute que tous m'ayent bien

servi._

_Le 30, samedi, voyage._—A sept heures et demie il entre en carrosse

par le petit pont, va à la messe aux Bonshommes et part de Nantes en

carrosse. Il va à la tour d'Oudon, où il a dîné. A cinq heures il

arrive à Ancenis, est débotté, va jouer au jeu du billard au village,

revient à six heures; la Reine arrive. Mis au lit, il fait chanter deux

pages de la musique pour s'endormir; M. de Vendôme vient pour le voir

et demande à M. de Pluvinel si le Roi dormoit; M. de Heurles, premier

valet de chambre, va ouvrir doucement le rideau pour le savoir; le Roi

lui demande tout bas: _Qu'est-ce?_—«Sire, c'est M. de Vendôme qui

vient voir Votre Majesté.»—_Dites que je dors._

_Le 31, dimanche, voyage._—A sept heures il monte à cheval, part

d'Ancenis et va jusques à Ingrande, où il entre en carrosse jusqu'à

Saint-Georges, où il a dîné et goûté. A trois heures il entre en

carrosse et part de Saint-Georges; en chemin, à cause de la chaleur

fort grande, il se fait descendre dans la forêt pour prendre le frais.

Près d'Angers il monte à cheval, et entre à Angers à sept heures, me

dit qu'il avoit mal à la tête, qu'il eût mieux aimé se coucher que

souper, si son lit eût été arrivé.

_Le 1er septembre, lundi, à Angers._—Éveillé à sept heures et un

quart, levé, etc., il reçoit le sieur de Bonnevau, gouverneur du

Pont-de-Cé, contre qui il avoit été fâché. Il va en carrosse jouer

à la paume, puis à la messe aux Cordeliers, revient à onze heures

chez la Reine, s'amuse sur une tringle du lit de la Reine, revêtue de

velours, à danser dessus comme s'il eût dansé sur la corde, en tenant

la pareille aux mains, pour le contrepoids. A deux heures il entre en

carrosse, et va au Pont-de-Cé, au château, où il a goûté, se promène

partout, revient à six heures trois quarts.

_Le 2, mardi, voyage._—Il entre en carrosse à six heures et demie,

va hors la ville à la messe à Saint-Cyre, puis part en carrosse

d'Angers, passe par le verger pour voir la maison, et à onze heures

et un quart arrive à Duretal, où M. le comte de Schomberg lui fait

festin. Il va chez la Reine, puis à la galerie, où il s'amuse à faire

et à faire faire des fusées avec des tuyaux de chaume; et parce que le

vent qui venoit d'une porte ouverte remuoit les fusées mises sur des

planches où il faisoit la traînée pour leur donner le feu, il ferme la

porte lui-même et commande à un archer du corps de ne laisser entrer

personne, qui que ce soit. Il advient qu'il donne passage au sieur

Emmanuel, gentilhomme aragonois et l'un de ses ordinaires, de façon que

le vent passant remue ses fusées; il part de la main, va à l'archer:

_Pourquoi avez-vous ouvert la porte? je le vous avois défendu! je

vous fairai casser._—L'archer s'excusant dit que c'étoit un de ses

compagnons qui venoit de sortir et, sur cette occasion, ce gentilhomme

étoit entré.—_Mais je vous avois défendu de laisser entrer personne_;

et se tournant au sieur Emmanuel, mettant son chapeau au poing, il lui

dit gracieusement: _Ce n'est pas que je ne veuille bien que vous ne

soyez entré, j'en suis bien aise, mais c'est que je lui avois défendu

de laisser entrer personne_. A six heures il entre en carrosse, et

arrive à six heures à la Flèche, va au jardin, chez la Reine.

_Le 3, mercredi, à la Flèche._—Il va au jardin voler des petits

oiseaux avec ses émerillons, va à la messe, puis au collége des

Jésuites, où, en la grande salle, fut représentée la tragédie de

_Godefroy de Bouillon_, et à quatre heures en la grande allée du parc,

devant la Reine, la comédie de _Clorinde_, revient à cinq heures, joue

à la paume.

_Le 4, jeudi, voyage._—A huit heures il entre en carrosse, part de la

Flèche et arrive à dix heures et un quart à Malicorne. Un habitant de

Malicorne lui baille un arc de Brésil et six flèches, pour un hommage

dont il avoit titre, qui portoit qu'autrefois un roi de France, passant

et logeant à Malicorne, donna à un de ses prédécesseurs quelque devoir

qu'il devoit au Roi, lequel le lui quitta le lui ayant demandé, à la

charge qu'au lieu dudit devoir il payeroit un arc et six flèches.—Il

va chez la Reine, joue aux échecs en sa chambre, va à la pêcherie à un

quart de lieue, court, va longtemps à pied.

_Le 5, vendredi, voyage._—On lui raconte comme le corps de garde des

François avoit été en alarme, pour un nombre infini d'ardents qui

paroissoient en diverses figures de batailles et approchant jusques

auprès de la sentinelle qui faillit à tirer, disparurent peu après;

qu'un pourvoyeur se trouva parmi ces ardents avec toutes les frayeurs

du monde. Autres disoient que c'étoient des sorciers et qu'il y en a

beaucoup en cette contrée-là[198]. A sept heures déjeuné; il va en

carrosse à la messe, et part après de Malicorne et va à Nages, où il a

dîné. Il se met à la fenêtre et se joue, jetant des petites pommes à

ceux qui passoient. A trois heures il entre en carrosse, et, par le

faubourg de la Couture, fait son entrée au Mans, reçoit les harangues,

et à sept heures va à Saint-Julien, puis en sa chambre.

[198] «Il parut audit Malicorne, la nuit que le Roi y fut, plus

de huit cents feux qui avançoient et reculoient comme si c'eût

été un ballet.» (_Mémoires de Bassompierre._)

_Le 6, samedi, au Mans._—Il va jouer à la paume, va en carrosse

à Saint-Vincent, abbaye de moines où l'élection s'observe par

triennalité; aussitôt que le Roi eut vu l'abbé, il observa qu'il

n'avoit point de suite et le dit à M. Des Maretz, son aumônier, qui lui

en rend soudain la raison. A deux heures il entre en carrosse, et va à

Beaulieu, abbaye où il tire de la harquebuse aux lapins.

_Le 7, dimanche, au Mans._—Il va au jeu de paume, puis à la messe, à

l'abbaye de la Couture. Après dîner il va en sa chambre, y fait monter

un fort petit mulet qu'on lui avoit donné, fait porter de l'avoine et

lui en donne lui-même. Il va chez la Reine à deux heures, au sermon à

Saint-Julien, puis en carrosse à Notre-Dame-des-Prés, à vêpres, s'amuse

à tirer de la harquebuse aux oiseaux.—Mis au lit, il est entretenu par

le sieur de Palmot-Sancy des singularités de la mer Australe, parlant

des poissons volants et comme ils se prenoient.

_Le 8, lundi, au Mans._—Il raconte comme il avoit songé qu'il voyoit

des poissons volants et appeloit de Heurles, son premier valet de

chambre; il dormoit et parloit; il étoit hors des draps sur le milieu

du lit, se vouloit élancer pour en aller prendre; remis au lit sans

s'éveiller jusques à sept heures trois quarts. Il va chez la Reine,

puis à la messe à Saint-Julien, va jouer à la paume, va à vêpres aux

Augustins.

_Le 9, mardi, voyage._—Il monte à cheval, et part du Mans à sept

heures, va chassant, et arrive à onze heures à Connaré, où il a dîné. A

sept heures et un quart il fait son entrée, à cheval, sous le poële, à

la Ferté-Bernard.

_Le 10, mercredi, voyage_[199].—Il part de la Ferté-Bernard, et à

onze heures arrive à Nogent-le-Rotrou, où il a dîné. Il va jouer à la

longue paume.

[199] «M. Bodinet, apothicaire du Roi, a recueilli ceci, à cause

de mon indisposition,» dit Héroard à cette date. Il partit sans

doute le même jour pour Vaugrigneuse, où le Roi lui fit une

visite le 15 septembre suivant. Héroard ne reprend lui-même son

journal que le 29 septembre.

_Le 11, jeudi, voyage._—Il va à la messe, entre en carrosse, part de

Nogent et arrive à onze heures à Champron, où il a dîné. A trois heures

il monte à cheval, et en chassant arrive à sept heures à Courville;

après souper il va chez la Reine.

_Le 12, vendredi, voyage._—Il part de Courville à cheval, et à cinq

heures et demie fait son entrée à Chartres, va à la grande église. A

sept heures soupé; il va chez la Reine.

_Le 13, samedi, à Chartres._—Il va jouer, va à la messe, chez la Reine.

_Le 14, dimanche, voyage._—Il va à la messe, monte à cheval, part

de Chartres, va au gué de Loré, où il a dîné, arrive à six heures à

Saint-Arnoul.

_Le 15, lundi, voyage._—A sept heures et un quart il part de

Saint-Arnoul en carrosse, passe par Angervilliers et là nous fait

l'honneur non espéré ne attendu, et de son propre mouvement, de venir

à Vaugrigneuse, l'ayant résolu au partir de Saint-Arnoul et ne l'ayant

voulu remettre à l'après-dînée. Il arrive à neuf heures et demie, va

au jardin, au clos; déjeuné de ce qui se trouva de prêt: des raisins

noirs, d'une fricassée de poulet, assez; la chair de trois côtelettes

de mouton en carbonade; d'un pâté de lièvre, beaucoup; pain de la

maison, beaucoup (il le trouva si bon qu'il en fit prendre et emporter

trois); bu du vin clairet fort trempé. A dix heures trois quarts il

entre en carrosse, et s'en va à Limours où, environ midi, il a dîné.

A deux heures il rentre en carrosse, et, par Brys, va à Chilly sur

Longjumeau.

_Le 16, mardi, voyage._—A sept heures et demie il entre en carrosse

et va au Bourg-la-Reine, où il a dîné. A trois heures il monte à

cheval, et à cinq heures arrive aux faubourgs de Paris, parmi une

multitude de peuple incroyable des deux côtés, jusques auprès du

Bourg-la-Reine, va à Notre-Dame, et au Louvre à huit heures.

_Le 18, jeudi, à Paris._—A deux heures il va à Madrid, où il a goûté.

_Le 20, samedi._—Il va à Saint-Germain-en-Laye voir Monsieur et

Mesdames, ses sœurs.

_Le 29, lundi, à Paris._—Il va au bois de Vincennes, revient, et sur

les cinq heures, à l'entrée de la rue de la Tixeranderie, rencontre

M. le prince de Condé, qui revient en poste, le fait entrer en son

carrosse. Je reviens à quatre heures et reprends.

_Le 1er octobre, mercredi, à Paris._—Il va par la galerie aux

Tuileries et à la messe aux Feuillants, puis chez Haran, qui avoit ses

chiens, qui avoit préparé le déjeuner, y a mangé d'un pâté de lièvre et

une saucisse. Il revient à dix heures à la galerie, au conseil, et y

tient le conseil comme majeur[200]; ce fut le premier.—Mis au lit, il

fait vœu à Notre-Dame-des-Vertus s'il peut, le lendemain, au Palais,

prononcer sans faire faute ses paroles pour sa majorité.

[200] Le roi était entré le 28 septembre dans sa quatorzième

année.

_Le 2, jeudi._—Il va chez la Reine, est fort résolu, et à dix heures

monte à cheval pour aller à la cour de Parlement, pour se déclarer

majeur, où il prononça hautement, fermement et sans bégayer, ces

paroles à l'assemblée: «Messieurs, étant parvenu en l'âge de majorité,

j'ai voulu venir en ce lieu pour vous faire entendre que, étant majeur

comme je suis, j'entends gouverner mon royaume par bon conseil,

avec piété et justice. J'attends de tous mes sujets le respect et

l'obéissance qui est due à la puissance souveraine et à l'autorité

royale que Dieu m'a mise en main; ils doivent aussi espérer de moi

la protection et les grâces qu'on peut attendre d'un bon roi, qui

affectionne sur toutes choses leur bien et repos. Vous entendrez plus

amplement quelle est mon intention par ce que vous dira monsieur le

chancelier.»

_A la Reine_: «Madame, je vous remercie de tant de peine que vous

avez prinse pour moi; je vous prie de continuer, et de gouverner et

commander comme vous avez fait par ci-devant. Je veux et entends que

vous soyez obéie en tout et partout, et qu'après moi et en mon absence

vous soyez chef de mon conseil.»

Il revient en carrosse à trois heures et demie, fort gai, se veut

coucher, ne veut point dîner. Mis au lit, il se fait apporter des

petits jouets; goûté; il s'amuse à peindre sur des fonds de boîtes de

sapin. A neuf heures et un quart, il s'endort à la musique.

_Le 3, vendredi, à Paris._—A trois heures il dit qu'il a en

l'imagination les cérémonies du jour précédent: l'ordre, les rangs, les

allées, les venues des uns et des autres, en dormant, que cela trouble

son dormir; il se rendort jusques à six heures. Levé, déjeuné, il va

jouer à la paume, va à la messe en la chapelle de Bourbon, puis chez la

Reine, au cabinet des livres.

_Le 5, dimanche._—Il va accomplir le vœu qu'il avoit fait mercredi,

à son coucher, à Notre-Dame-des-Vertus[201], y va en chassant, revient

à cinq heures, va chez la Reine. Mis au lit, il s'endort à dix heures

jusques à onze; éveillé en sursaut, à demi, il se lève sur le lit,

disant: _Je le veux, je le veux, mais Soupite_ (le nom de son premier

valet de chambre en quartier).—«Mais, que voulez-vous, sire?»—_Aller

à mes affaires_; il s'éveille, et rit de son songe.

[201] Aujourd'hui Aubervilliers, près de Saint-Denis.

_Le 10, vendredi._—A sept heures et un quart déjeuné; il voit en la

cour des cuisines le pourvoyeur, qui délivroit le poisson, y va, voit

faire la délivrance, en fait passer, encore qu'ils ne fussent pas de la

mesure, donne deux écus à l'huissier du bureau.

_Le 11, samedi._—Étudié, etc.; il va chez la Reine, est botté, va

voler hors la porte Saint-Martin, revient au jeu de paume, va sur le

gué de Grève, où l'on avoit commencé le pont, y plante la première

pierre, y met deux pièces d'or et autant d'argent, avec ces devises:

l'une d'un pont commencé et imparfait: _Ripa regnaturus utraque_; et

l'autre d'un pont heurté des flots, pour la Reine: _Sic illa immota

procellis_.

_Le 12, dimanche._—Il va à la galerie, où il joue au billard.

Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628) · 第 11 / 37 段