à la messe en Bourbon, revient en la grande galerie, à dix heures et
trois quarts, où il a touché quatre cent quarante malades, et à onze
heures et demie dîné. Il va en carrosse au sermon, aux Carmes, puis à
vêpres à Saint-Victor. A huit heures devêtu, il joue au renard et aux
poules sur ses affaires.
_Le 31, lundi._—Mis au lit, il se lève pour voir l'écurie de la reine
Marguerite qui brûloit devant son logis[179], l'envoie visiter par un
gentilhomme nommé le sieur de la Plasse.
[179] De l'autre côté de la Seine.
_Le 2 avril, mercredi, à Paris._—Mené en carrosse hors la porte
Saint-Michel, il monte à cheval et va à la volerie à Antony et vers
l'étang de Massy, vole et prend deux poulettes d'eau, jette l'oiseau,
les prend, et l'entreprend contre l'opinion d'un chacun. Ce vol n'avoit
jamais été entrepris.
_Le 3, jeudi._—Il va en carrosse hors de la porte Saint-Antoine,
pour voler des poules d'eau qui étoient dans le fossé, puis va au
Mesnil-Montant et de là à Belleville-sur-Sablons, pour y voir les
sources des fontaines qui viennent à Paris.
_Le 6, dimanche._—Il va chez la Reine, puis, à une heure et demie, en
carrosse aux Chartreux, à vêpres, puis à Issy, à la maison de la reine
Marguerite, y tire de la harquebuse et blesse un merle auprès de lui,
comme il chantoit; il demande au sieur Renard, l'un de ses chirurgiens,
s'il guariroit bien, et le lui baille.
_Le 7, lundi._—Mis au lit, l'on lui rapporte le décès de M. le
connétable[180]; il en demeure touché, et dit: _Il y en aura beaucoup
qui demanderont cette charge, mais il ne la faut donner à personne_.
[180] Henri Ier, duc de Montmorency; son successeur, Charles
d'Albert de Luynes, ne fut nommé qu'en 1621.
_Le 10, jeudi._—Il va au Pré-aux-Clercs voir faire monstre à sa
compagnie de chevau-légers.
_Le 11, vendredi._—A dîner le sieur de Blainville, cornette de la
compagnie de Sa Majesté, lui dit: «Sire, la Reine m'a fait l'honneur de
me commander que dorénavant mes compagnons soient en armes quand nous
irons l'accompagner.» Le Roi répond soudain: _Pourquoi? Le peuple de
Paris pensera que j'ai peur quand il verra cela. Je n'ai point peur,
je ne les crains point_, entendant parler des princes qui s'étoient
retirés mal contents de la Cour.—«Sire, j'estime que le peuple en sera
bien aise, voyant le soin que l'on aura de bien conserver la personne
de Votre Majesté.»—_S'ils venoient, les battrions-nous pas?_—«Sire,
ils auroient un grand avantage sur nous.»—_Quel?_—«Autant qu'il y
en a d'avoir un pourpoint de toile à un de fer.» Le Roi, ayant un peu
songé, répond: _Bien, mais dites-leur que, sortant et entrant en la
ville, qu'ils mettent leurs manteaux sur leurs armes_.
_Le 13, dimanche._—Il va à Issy, chez la reine Marguerite, chemine
fort à pied, monte au haut de la montagne.
_Le 15, mardi._—Mis au lit, M. le Grand lui ayant raconté en l'oreille
ce qui s'étoit passé à Soissons pour la paix avec M. le prince de
Condé, il n'en fait paroître en son visage aucune marque de joie ne
de tristesse, et se prend à entretenir la compagnie; et, chacun étant
retiré, il nous dit à M. de Préaux et à moi: _La paix est faite,
je crois que ce sont les prières des quarante heures qui en sont
cause_[181]; le sieur de Préaux, prenant la parole, le confirma en
cette créance.
[181] La paix entre la Reine et les princes fut signée le 15 mai
suivant à Sainte-Ménehould.
_Le 16, mercredi._—Il va chez la Reine, donne audience à l'ambassadeur
de l'Empereur.
_Le 18, vendredi._—Il va en carrosse hors la porte Saint-Michel, où il
monte à cheval et va près de Vaugirard, où il chasse au chien couchant,
tire et tue une perdrix; c'est la première fois qu'il a fait cette
chasse.
_Le 20, dimanche._—A onze heures il va chez la Reine, la voit saigner
et piquer deux fois[182].
[182] «Je fus hier au Louvre, mais je n'y appris rien, à cause
que l'on ne voyoit point la Reine, et n'y entra homme quelconque
que le Roi.» (_Lettre de Malherbe_, du 22 avril.)
_Le 22, mardi._—A trois heures il entre en carrosse, la Reine aussi,
va au Pré-aux-Clercs où il monte à cheval, pour voir le régiment des
gardes en quatre bataillons, puis met pied à terre, et fut bien deux
heures, allant à l'un puis à l'autre, leur voyant faire les exercices.
_Le 26, samedi._—A dîner, il demande s'il a bu, n'a fait que rêver en
dînant, parlant ou chantant.
_Le 28, lundi._—Il va en la galerie, fait les exercices, très-bien,
veut être mousquetaire; il a trente-deux petits gentilshommes. Étant
sur ses affaires, il s'amuse à monter des horloges, qui avoient des
ressorts à faire prendre feu à la poudre.
_Le 1er mai, jeudi, à Paris._—Il va à vêpres aux Bonshommes, puis à
Auteuil, au jardin de M. Brouay, pêcher à un petit vivier et dénicher
des merles.
_Le 2, vendredi._—A huit heures levé, il dit avoir songé que l'on
lui tiroit du sang, mais dit que ce n'étoit que de l'eau; c'étoit sur
le temps que M. le prince de Condé débattoit pour avoir Amboise; M.
Vignier[183] en revient ce matin.
[183] Claude Vignier, président au parlement de Metz, négociateur
de la Reine près du prince de Condé. «Il ne tenoit qu'à Amboise,
que la Reine avoit fait quelque difficulté de bailler.» (_Lettre
de Malherbe_, du 3 mai.)
_Le 3, samedi._—Il va chez la Reine, à la chapelle de son antichambre,
puis au conseil tenu pour savoir si Amboise seroit baillé pour sûreté à
M. le prince de Condé, jusques après la tenue des États. Il fut résolu
qu'il le seroit.
_Le 7, mercredi._—Il va chez la Reine, puis monte en haut, à la
chambre de MM. les premiers gentilshommes de la chambre, où il fait les
exercices de sa compagnie; celui qui les fait faire c'est le sieur de
l'Hostelneau[184], lieutenant au régiment des gardes.
[184] Jean de l'Espez, seigneur de l'Hostelneau, etc., depuis
capitaine major au régiment des gardes françaises.
_Le 15, jeudi._—Éveillé à sept heures et un quart, il raconte comme
il avoit songé qu'il étoit en la petite galerie, où il avoit trouvé le
moine bourré[185], qui tenoit un petit diable noir ressemblant à un
singe par une laisse tenant à un collier qu'il avoit au col; qu'il dit
au moine bourré qu'il lui prêtât ce petit diable pour faire peur à Mme
de Guise; que s'étant approché de lui, lui a commandé de ne s'approcher
pas, lui disant: «Va-t'en au diable»; qu'il s'en va, qu'il alla trouver
la Reine, sa mère, et parla à elle à l'oreille, qui lui commanda
d'aller faire peur à Mme de Guise.
[185] Ou moine bourru, fantôme, revenant, qui était un objet
de superstition. «Ce fantôme, ajoute M. Littré, était ainsi
dénommé parce qu'on le représentait vêtu de bourre ou bure.»
Malherbe écrivait à Peiresc, le 8 janvier 1613: «Nous avons ici
un compagnon du moine _bourré_, à qui l'on avoit donné le nom de
_Tasteur_; l'on dit que c'étoient bons compagnons, qui avoient
des gantelets de fer, et au bout des doigts des ergots de fer, de
quoi ils fouilloient les femmes, et qu'il y en avoit à tous les
quartiers.»
_Le 18, dimanche._—A neuf heures levé, vêtu, il va à la messe en
Bourbon, revient à dix heures trois quarts; entrant à la cour du
Louvre, il prend du pain, boit du vin fort trempé, touche huit cent
sept malades. A midi dîné; il va chez la Reine. A deux heures il entre
en carrosse, va au sermon et à vêpres aux Cordeliers[186], puis se
promener à Issy.
[186] «Dimanche dernier, le comte de Crissey vint apporter au Roi
une lettre de M. le Prince. Le Roi étoit tout au haut du Louvre,
en une fenêtre qui regarde sur la cour; comme on le lui vint
dire, il commanda qu'on allât querir M. de Souvray, qui étoit
allé dîner et n'étoit point revenu, afin qu'il le lui présentât.
M. de Souvray venu, on fit entrer cet ambassadeur, qui dit au
Roi que M. le Prince lui baisoit très-humblement les mains et
lui avoit baillé cette lettre pour lui rendre, avec commandement
de l'assurer qu'il étoit son très-humble serviteur. Le Roi
répondit: «Que fait-il? Comme se porte-t-il?» Et là-dessus lut la
lettre; puis dit à M. de Souvray qu'il vouloit aller ouïr vêpres
aux Cordeliers, ce qu'il fit sans dire autre chose au comte de
Crissey.» (_Lettre de Malherbe_, du 20 mai.)
_Le 19, lundi._—Il va en carrosse aux Chartreux, où il fait hâter ses
vêpres, puis va à Vanves, au logis du sieur de Montescot, où il court
un chevreuil.
_Le 23, vendredi._—Il va par la galerie aux Tuileries, où il a tiré
au blanc avec la harquebuse; à six heures et demie il y a soupé, au
pavillon ancien.
_Le 25, dimanche._—Il va au sermon en la chapelle de Bourbon, puis
en carrosse à Vanves, chez le sieur Prevost, puis chez le sieur
de Bevilliers et après chez le sieur Du Tillet; goûté chez M. de
Bevilliers.
_Le 28, mercredi._—A sept heures et un quart il entre en carrosse,
va à la messe aux Bonshommes, puis à Saint-Cloud où il arrive à dix
heures. A dix heures et un quart dîné au logis de M. de Gondi; il va
par les jardins, aux fontaines, aux grottes; tiré et tué beaucoup de
petits oiseaux à la harquebuse. A une heure et demie il va au bois
de Boulogne, où il a chassé, tiré, tué des oiseaux, entre autres un
auriol[187] et une orfraie.
[187] Nom vulgaire du loriot.
_Le 30, vendredi._—Il va en son cabinet des livres, où il s'amuse à
faire diverses figures de bataillons avec des figures de plomb, sur une
table percée.
_Le 31, samedi._—Après dîner il va en la galerie, va faire ses
exercices en armes. A sept heures M. le duc de Longueville arrive de
Soissons, après la paix, lui fait la révérence. Soupé, il va chez la
Reine, revient à huit heures trois quarts[188].
[188] «M. de Longueville est arrivé aujourd'hui sur les cinq ou
six heures du soir; il est allé descendre chez M. le comte de
Saint-Pol, et de là s'en sont venus, sur les sept heures, chez le
Roi. Sa Majesté étoit sur le perron qui est au bout de la galerie
dorée, où vous vîtes recevoir les ambassadeurs d'Espagne pour le
mariage. Comme M. de Longueville est entré dans la galerie, il
n'y a pas eu fait une douzaine de pas, que le Roi est sorti du
perron et est venu au-devant de lui, et l'a rencontré plus près
de la porte que de là où il étoit parti... M. de Longueville a
fait quelque petite harangue, et le Roi une réponse encore plus
courte... Le Roi lors s'en alloit souper; M. de Longueville a été
à la moitié de son souper, où il ne s'est parlé que de propos
communs. De là M. de Longueville s'en est allé aux Tuileries
voir la Reine; cela m'a trompé, car je m'imaginois qu'il seroit
avec le Roi jusques au retour de la Reine, et que de là le
Roi allant chez la Reine, comme il fait tous les soirs après
souper, le mèneroit avec lui... Comme M. de Longueville eut vu
le Roi, et lui eut tenu compagnie jusques à la moitié de son
souper, il s'en alla aux Tuileries trouver la Reine; elle étoit
au bout de la grande allée, où elle oyoit chanter le Villars et
un page que la reine Marguerite y avoit amenés; la Reine étoit
debout. M. de Longueville, après deux grandes révérences, lui
baisa le bas de la robe. Elle lui fit signe avec la main qu'il
se relevât, ce qu'il fit et se retira deux pas en arrière, sans
dire mot quelconque. Lors la Reine lui dit: «D'où êtes-vous parti
aujourd'hui?» Il répondit qu'il étoit parti de Trie, à cinq
postes d'ici. Puis elle lui dit que la barbe lui étoit venue, et
qu'il la falloit couper: ce fut là tout le discours. La Reine
étoit masquée, qui fut cause que l'on ne put rien juger de sa
passion par son visage.» (_Lettres de Malherbe à Peiresc_, des 31
mai et 1er juin.)
_Le 1er juin, dimanche, à Paris._—Il va en carrosse au jeu de paume
de Grenelle, où il est frappé sur les dents d'un coup de balle, par le
chevalier de Souvré; il saigna un peu.
_Le 4, mercredi._—A cinq heures levé, impatient de partir pour aller
à Ruel; à six heures déjeuné, à six et demie il entre en carrosse, va
à la messe aux Feuillants, arrive à neuf heures et demie à Ruel, où
il a dîné, s'amuse dans la maison. A quatre heures il monte à cheval,
tire de la harquebuse tout à cheval, tue quantité de petits oiseaux, va
chez un menuisier, y fait faire deux petits châssis de son dessein, y
travaille lui-même, puis y pend tous les petits oiseaux.
_Le 5, jeudi._—On lui dit la mort du chevalier de Guise[189]; il en
blêmit, dit en être fort marri, et un témoignage de son intérieur fut
qu'il dit: _Il étoit toujours auprès de moi; je n'allois jamais à la
chasse qu'il ne vînt avec moi._—Il va par la galerie à vêpres, aux
Feuillants; joué aux Tuileries, puis il va en carrosse à l'hôtel de
Guise.
[189] François-Alexandre-Paris de Lorraine, tué le 1er juin 1614,
à Baux en Provence, par l'explosion d'une pièce de canon.
_Le 7, samedi._—Il fait ses exercices en armes, à la galerie; étudié.
Il va jouer en son jeu de paume couvert; ce fut la première fois après
avoir été couvert[190].
[190] C'est-à-dire depuis que ce nouveau jeu de paume avait été
couvert.
_Le 12, jeudi._—Il va en carrosse chez la reine Marguerite[191].
[191] Même mention pour le lendemain 13 juin.
_Le 15, dimanche, à Paris._—A onze heures et demie il va chez la
Reine, puis dîné. MONSIEUR est baptisé et la petite MADAME en la
chapelle qui est dans la tour de l'antichambre de la Reine, sur le
midi, par M. le cardinal de Bonzy. Les parrain et marraine de MONSIEUR
ce fut M. le cardinal de Joyeuse et la reine Marguerite, et son nom
_Gaston-Jean-Baptiste_; de MADAME ce fut MADAME, sœur aînée du Roi,
et M. le cardinal de la Rochefoucauld, et son nom _Henriette-Marie_. Il
va à vêpres à Saint-Eustache, puis joue en son jeu de paume.
_Le 21, samedi._—Il part à six heures et un quart en carrosse,
va à la messe aux Feuillants, et, chassant en chemin, tire de la
harquebuse tout à cheval, aux petits oiseaux; arrive à neuf heures
à Saint-Germain-en-Laye.—Il va au jeu de paume, puis au fossé du
bâtiment, où il fait un terrier. A cinq heures et demie soupé; peu
après il monte à cheval, passe la rivière, va à la garenne, chasse aux
panneaux et aux levriers, revient à huit heures, écrit à la Reine. Peu
après devêtu; étant sur ses affaires, il s'amuse à imprimer sur de la
cire d'Espagne la gravure d'un Hippocrate et d'un lion, que j'avois en
bague[192].
[192] _Voy._ au 26 avril 1608.
_Le 22, dimanche, à Saint-Germain._—Il va à la chapelle de la
terrasse, puis monte à cheval et va surprendre M. de Souvré et M. de
Frontenac qui déjeûnoient à la petite maison du côté de Carrières. A
une heure et demie botté, il monte à cheval, va au parc, y court un
cerf et le prend. C'est la première fois qu'il a couru le cerf dans le
parc, guidé par M. de Frontenac, premier maître d'hôtel et capitaine de
Saint-Germain.—La Reine arrive, il va au-devant.
_Le 23, lundi._—Il va chez la Reine, étudié. A trois heures il passe
l'eau, va chasser à la garenne en carrosse. Après souper il se va
promener sur les terrasses, va voir le feu de la Saint-Jean, sur le
pavé du préau.
_Le 25, mercredi._—Botté à douze heures et demie, il entre en carrosse
jusques au laissez-courre, guidé par le sieur baron de Palluau, fils du
sieur de Frontenac, court le cerf, le voit plusieurs fois, et se trouve
à la mort. C'est la première fois qu'il a couru le cerf dans la forêt;
il courut, sans relayer, deux heures et plus.—Après souper il va chez
la Reine, au parc, fait faire la curée du cerf, jette des fusées sur la
terrasse.
_Le 26, jeudi._—Après souper il va au parc, au-devant de la Reine, et
à neuf heures à la comédie italienne, dans la galerie du côté du parc.
_Le 28, samedi._—Étudié, goûté, il va au parc, à la comédie italienne.
_Le 29, dimanche._—Il va à la comédie italienne, à l'entrée de l'allée.
_Le 30, lundi._—Il va à la galerie, au conseil.
_Le 1er juillet, mardi, à Saint-Germain._—A dix heures et demie il va
chez la Reine et au conseil, en la galerie, là ou il fut résolu qu'il
partiroit demain pour aller à Paris et de là à Orléans.
_Le 2, mercredi._—Il va chez la Reine et chez le sieur Francino,
fontainier. Il part de Saint-Germain-en-Laye, en carrosse, à trois
heures et demie, et, par les bacs, va à Surênes, en la maison du sieur
Parfait, l'un des contrôleurs de sa maison, où il a soupé. A huit
heures et demie il entre en carrosse, et arrive à Paris à neuf heures
et un quart, va chez la Reine.
_Le 4, vendredi, à Paris._—A onze heures il va chez la Reine, au
conseil, en la galerie, où les corps des compagnies furent mandés pour
leur commander d'avoir soin de la ville pendant son voyage.
_Le 5, samedi, voyage._—A sept heures et demie il entre en carrosse,
part de Paris pour aller à Orléans, arrive à dix heures et demie à
Longjumeau, où il a dîné, va à Chanteloup, voir les chevaux de M. de
Brèves, qui lui donne une haquenée, puis arrive à cinq heures et demie
à Olinville.
_Le 6, dimanche, voyage._—A une heure parti d'Olinville en carrosse,
arrivé à Etampes à quatre heures et un quart. A sept heures et demie la
Reine arrive, il y va.
_Le 7, lundi, voyage._—Il va à la messe à Notre-Dame, puis à huit
heures part d'Étampes, arrive à dix heures et un quart _au Bardé_[193],
à Angerville, où il a dîné. Parti à deux heures et demie, il arrive à
Toury à six heures, _à l'Écu de France_.
[193] Nom de l'enseigne d'une auberge.
_Le 8, mardi, voyage._—A huit heures il part de Toury, arrive à
Langallerie à dix heures. Dîné; il va au jardin tirer de la harquebuse
aux petits oiseaux; M. de Souvré le mène jouer aux cartes dans une
grange, il s'y ennuie. Il n'aimoit pas les jeux oisifs, s'en va faire
traire les vaches; il ne pouvoit demeurer oisif. Il part de Langallerie
à trois heures en carrosse, monte à cheval en chemin, rencontre bien
six mille hommes en armes, par troupes, arrive à cinq heures trois
quart à Orléans, va à Sainte-Croix, où le _Te Deum_ fut chanté, revient
loger à la grande maison.
_Le 9, mercredi, à Orléans._—Il va aux Capucins, va chez la Reine,
puis jouer à la paume.
_Le 10, jeudi, à Orléans._—Il va à la messe à Sainte-Croix, va chez la
Reine; à quatre heures et demie il entre en carrosse et va au Poutil,
maison du sieur d'Escures, où il a soupé, la Reine aussi. A neuf heures
il rentre en carrosse, revient à Orléans.
_Le 11, vendredi, à Orléans._—Il va à la messe aux Récollets, puis
jouer à la paume. Étudié; à trois heures et demie il entre en carrosse,
va au Poutil, où il a goûté, revient à sept heures et demie, va chez la
Reine.
_Le 12, samedi, à Orléans._—Il tire au blanc, à la harquebuse, avec
les harquebusiers de la ville, donne au rond noir, autour de la
cheville, du premier coup; va au jeu de paume.
_Le 13, dimanche, à Orléans._—Il va chez la Reine, au jeu de paume,
puis à la messe à Sainte-Croix.
_Le 14, lundi, voyage._—Il va à la messe, puis à la porte d'Illier,
monte à cheval et part d'Orléans à neuf heures et un quart, et va, pour
être mal guidé, jusques au faubourg de Meung, revient à Saint-Til, où
son dîner étoit prêt. A deux heures il entre en carrosse et à cinq
heures et un quart arrive à Beaugency, va jouer à la paume, revient au
château à six heures.
_Le 15, mardi, voyage._—A huit heures et un quart il entre en carrosse
et va à Chambord; à demi-chemin il est monté à cheval et a chassé.
Arrivé à onze heures et un quart, dîné, il va visiter le château, fut
partout, le trouve beau, va pêcher. A deux heures et demie il entre en
carrosse, et à six heures arrive à Blois, va à l'église, en fut fâché
pour ce qu'on lui dit après que ce n'étoit point un évêché. On lui dit
que c'étoit une église de fondation royale; il se contente, puis va au
château.
_Le 16, mercredi, à Blois._—Il va par la grande allée, à pied, à la
Noue, où s'étoit logée Mme de Guise la douairière, pour n'avoir voulu
loger au château, à cause de feu M. son mari[194]; le Roi commanda que
l'on ne dît pas qu'il y eût été. Il revient à la messe aux Capucins,
puis à onze heures chez la Reine, où se tenoit le conseil. Après dîner,
il va chez les horlogers, la Reine aussi.
[194] Henri Ier de Lorraine, dit _le Balafré_, assassiné au
château de Blois, le 23 décembre 1588.
_Le 17, jeudi, à Blois._—Soupé en la salle des États; peu après
il monte à cheval, et va au-devant de la Reine, qui étoit allée au
promenoir[195] à la Noue.
[195] A la promenade.
_Le 18, vendredi, voyage._—Il va à la chapelle du château, à huit
heures et un quart entre en carrosse, part de Blois, et à onze heures
arrive à Pont-Levoy, où il a dîné. Parti à une heure, il arrive à
quatre heures à Montrichard, va se promener, tire de la harquebuse, va
chez la Reine.
_Le 19, samedi, voyage._—A huit heures et demie il part de
Montrichard et va à la Bourdaisière, où il a dîné à midi. Il part à
trois heures en carrosse, à un quart de lieue monte à cheval, ayant
trouvé en chemin plus de six mille habitants en armes. Entré à Tours,
il va à Saint-Gatian, et puis, à sept heures et un quart, loger en
l'hôtel de Samblançay.
_Le 20, dimanche, à Tours._—Il va en carrosse jouer au palemail, puis
à Saint-Gatian. Il va à vêpres au Plessis; M. de Lansac, capitaine du
château, donnoit la collation. Il revient en carrosse; à sept heures
soupé, il va en sa chambre, puis à l'abbaye Saint-Julien, ouïr la
comédie françoise, donnée par M. de Courtenvaux qui y logeoit.
_Le 21, lundi, à Tours._—Il va chez la Reine, puis en carrosse à
Saint-Martin, revient à onze heures. Étudié, etc.; il va en carrosse
au Plessis et à Saint-Côme, où il a fait terrir des blaireaux, a fort
travaillé. Après souper il va à Saint-Julien, à la comédie françoise
donnée par M. de Courtenvaux.
_Le 22, mardi, à Tours._—Il va à la messe aux Capucins et à vêpres à
Marmoutiers, puis au Plessis trouver la Reine, où Mme de Lansac lui
donnoit la collation. Après souper il va à Saint-Julien, à la comédie
françoise.
_Le 23, mercredi, à Tours._—Il va en carrosse aux Jacobins, puis au
clos de la Bourdaisière, et après jouer au palemail. A quatre heures et
demie il va en carrosse sur le quai de la Fère tirer de la harquebuse,
au blanc, avec les harquebusiers de la ville, gagne le blanc. Mis au
lit, il s'endort à la musique de luths et de voix.
_Le 24, jeudi, à Tours._—Il va aux Carmes, au palemail; à trois heures
et demie mené en carrosse au Plessis, où il fait chasser ses petits
chiens. Après souper il va chez la Reine, puis à la comédie françoise.
_Le 25, vendredi, à Tours._—Il va à la messe à Saint-Martin; à deux
heures et demie il va en carrosse pour mettre la première pierre à la
porte de...[196] sur la rivière, puis à Marmoustier.
[196] Ce nom est resté en blanc.
_Le 26, samedi, voyage._—Il part de Tours, va à Cousières, où il a
dîné à dix heures. A trois heures il entre en carrosse, et à six heures
arrive à Sainte-Maure.
_Le 27, dimanche, voyage._—Il va en carrosse à l'église, puis part et
arrive à onze heures au port de Piles, où il a dîné. A une heure et
demie il entre en carrosse, et à Ingrande, à trois heures et demie,
goûté; il monte à cheval, et à six heures arrive à Châtellerault, va
jouer à la paume. Après souper il va chez la Reine, achète beaucoup de
besognes de coutellerie et de diamants du pays, disant que c'étoit pour
envoyer à ses enfants qui étoient à Saint-Germain-en-Laye; c'étoient
Monsieur, son frère, et Mesdames, ses sœurs.
_Le 28, lundi, voyage._—Éveillé à quatre heures par le bruit des
passants et du charroi, il entend les injures qu'ils s'entredisoient,
s'en rit. A sept heures et trois quarts il entre carrosse; à une lieue
environ, dans la garenne, il y a la fontaine de Nerpuis, sur la main
droite, où le sieur de l'Isle-Rouët donnoit à déjeuner à plusieurs
de ses amis de la Cour, bons compagnons. Le Roi les voyant, demande
que c'est; on lui dit: «C'est l'Isle-Rouët qui donne à déjeuner aux
goinfres de la Cour.»—_Je y veux aller_, dit-il; il met pied à terre,
et dit gaiement, faisant du bon compagnon: _Çà, j'en veux être des
goinfres de la Cour_, se prend à déjeuner, mange deux perdreaux,
l'estomac de deux poulets, un peu d'une langue de bœuf; M. de la Curée
servoit les plats à cheval. Le Roi dit en sautant: _Adieu, mon hôte_,
rentre en carrosse, et arrive à Jaulné, où, à une heure, il a dîné. Il
entre à cheval, sous le poële, à six heures et demie à Poitiers, va à
Saint-Hilaire.
_Le 29, mardi, à Poitiers._—Éveillé à une heure en sursaut, il se veut
lever sans dire la cause; ses valets de chambre, les sieurs de Heurles
et Armaignac, l'en veulent empêcher, croyant qu'il rêvât: _Laissez-moi,
laissez-moi_, dit-il; il se lève en chemise et ainsi veut aller à
la salle. Remis au lit, il se rendort jusques à neuf heures et un
quart. Levé, bon visage, etc., il va chez la Reine, puis en carrosse à
Saint-Pierre, revient à onze heures, ne sort point du logis, à cause de
la chaleur, jusques à cinq heures et demie, va jouer à la paume.
_Le 30, mercredi, à Poitiers._—Il va tirer au prix des harquebusiers
de la ville, donne du premier coup dans la cheville; il donne le prix,
c'étoit une écharpe, à celui qui avoit fait le meilleur coup après lui.