cent sept malades; sur le midi vient un grand orage de pluie; il étoit
couvert de son parasol et ne laisse pas de continuer (il y en avoit
près du quart), bien aise de patrouiller dans l'eau et du désordre.
Changé de chemise et d'habit.
_Le 28, mardi._—Il va au conseil pour Mantoue[154], où la Reine
prononce la résolution de guerre.—_Madame_, dit-il, _je suis bien
aise, il faut faire la guerre_.
[154] François III, duc de Mantoue, étant mort le 22 décembre
1612, son frère, le cardinal Ferdinand, s'empara de la tutelle de
sa nièce Marie: le duc de Savoie, aïeul de celle-ci, en profita
pour réclamer le Montferrat; on prit les armes, et les hostilités
durèrent jusqu'en 1617. Ferdinand demeura paisible souverain du
duché usurpé, se fit relever de ses vœux, se maria deux fois
et mourut en 1626 sans enfants. Son frère Vincent, cardinal
lui-même, lui succéda.
_Le 6 juin, jeudi._—Il va au jardin; mené à la procession, à la messe
dans la salle du Cheval, où tout étoit fermé, et y faisoit si grand
chaud qu'il lui en prit une foiblesse; il ne laisse pas d'achever.
_Le 10, lundi._—Il part de Fontainebleau, dîne à Melun, attend
Monsieur; la Reine le lui avoit donné à charge. Il dit qu'il a mal aux
dents, ne se veut point coucher, prend du vinaigre et de l'eau tiède.
_Le 21, vendredi._—Il va aux Tuileries par la galerie, à cinq heures
et un quart va jouer à la paume. Essuyé, bu de la tisane, changé de
chemise; il monte à la chambre de M. de Châteauvieux pour voir jouer
une belle partie à la paume.
_Le 24, lundi._—Il va en carrosse avec la Reine aux Capucins, pour
faire baptiser trois Topinambous par M. l'évêque de Paris; ils furent
nommés Louis.
_Le 2, mardi._—Arrive en la chambre de la Reine, pour épouser, M. de
Montmorency, amiral de France[155].
[155] Il s'agit du mariage de Marie-Félice des Ursins, fille du
duc de Bracciano, avec Henri de Montmorency, amiral, décapité à
Toulouse, en 1632.
_Le 7, dimanche._—Il va chez la Reine à deux heures, entre en
carrosse, va aux vêpres aux Chartreux, en part à quatre et va à Issy,
à la maison de la reine Marguerite, s'amuse à pêcher et à se jouer de
diverses façons. Ramené pour souper.
_Le 10, mercredi._—Il va à Grenelle, chez M. Leclerc, secrétaire du
Roi, va à Gentilly en la maison de M. le président Chevalier.
_Le 13, samedi._—A huit heures il entre en carrosse, va à Roungy[156]
pour les sources de la fontaine et le travail par où on la conduit
à Paris, de là à Cachan, où il a dîné en la maison de M. le prince
de Conty; monté à cheval, il va au parc, y court une biche, brosse
hardiment, se jette en l'eau, bien avant; la biche prise, il lui donne
la vie, disant: _On la courra une autre fois_. Il va à Arcueil chez Mme
de Moisse, où il a soupé. Arrivé à huit heures et demie, il va chez la
Reine et à la comédie françoise; ramené dans sa chambre, il prend la
bougie et s'amuse à lire les billets qui étoient en une bergerie en
tapisserie que l'on avoit, sur le jour, tendue en sa chambre[157]; il
étoit si gai qu'il ne se pouvoit coucher.
[156] Rongy ou Rungis, dont les sources sont conduites à Paris
par l'aqueduc d'Arcueil.
[157] Sur les tapisseries représentant des bergeries (entre
autres celle des amours de Gombaut et Macée) se trouvaient des
légendes ou inscriptions par fois très-libres, indiquant le sujet.
_Le 17, mercredi._—Il va en carrosse aux fontaines de Roungy, où
arrive la Reine. Le Roi mit la première pierre à l'embouchure de
l'aqueduc et cinq médailles d'or et d'argent, de sa face, avec cette
lettre: _Ludovicus XIII Francorum et Navarræ rex christianissimus_,
et au revers étoit un arc-en-ciel, la figure d'une femme assise en
dessus représentant la Reine régente, sa mère, avec cette lettre: _Dat
peccatum omnibus ather_. Il pleuvoit fort, et c'étoit sur les trois
heures. Soupé à Gentilly, chez M. le président Chevalier.
_Le 21, dimanche._—En l'exhortation le sieur de Fleurence lui explique
ce qu'antérieurement, en la loi mosaïque, signifioient les sacrifices
du veau, du chevreau, de l'agneau, du gâteau, des colombes et des
tourterelles.
_Le 27, samedi._—Il va à Bagnolet. Il s'amuse à imprimer de ses leçons
aux presses d'imprimerie qu'y avoit le cardinal du Perron, à qui
étoit la maison[158]. Il va à la comédie françoise.—M. l'amiral de
Montmorency arrive en poste, lui quarantième, au Louvre.
[158] Malherbe parle de cette imprimerie du cardinal Du Perron
dans sa lettre du 13 janvier 1614.
_Le 29, lundi._—Il se trouve au coucher de Mme Marie des Ursins avec
l'amiral de Montmorency. Le petit Souvré, chevalier de Malte, s'étoit
caché sous le lit et fut fouetté.
_Le 19 août, lundi._—Il part à cheval de Monceaux et tout le matin
chasse aux perdreaux, part de Meaux, va à Fresne.
_Le 21, mercredi._—Il s'amuse à faire des cartes avec le compas de M.
d'Épernon.
_Le 24, samedi, à Saint-Germain._—Il monte à cheval, court un cerf,
le premier qu'il a tué, lui ayant donné un coup d'épée dans le cœur.
Il fait porter le cerf dans la salle, de peur du serein, le fait
dépouiller et en fait faire la curée.
_Le 28, mercredi._—Il voit jouer des artifices à feu sur la tour
de Nesle, de la porte d'en face, et d'une tourelle dressée sur la
muraille du parterre devant son cabinet, faits par Jumeau, l'un de ses
artilleurs.
_Le 31, samedi._—Éveillé à une heure après minuit, en sursaut, et
avant que de s'éveiller, il plaignoit, pleuroit, et disoit: _Eh mon
Dieu! hé mon Dieu, prenez ces mille anneaux, prenez-en quarante pour la
Reine, ma mère, et vingt pour moi_. Il s'éveille, et se rendort jusqu'à
neuf heures et demie.
_Le 2 septembre, lundi._—A une heure dîné chez M. Zamet, la Reine
aussi; il va en carrosse à la Roquette, où il a chassé, revient à
six heures trois quarts chez le sieur d'Outreville, receveur général
du clergé, où il a soupé. Il va en carrosse chez M. Phélypeaux[159],
trésorier de l'Épargne, pour voir les artifices à feu qui furent faits
dans l'île qui est tout devant la maison; il aimoit cette distraction.
[159] Raymond Phélypeaux, seigneur d'Herbaut et de la Vrillière,
né en 1560, trésorier des parties casuelles en 1591, de l'épargne
en 1599, puis secrétaire d'État après son frère Paul Phélypeaux
de Pontchartrain, en 1621, mort à Suze, le 2 mai 1629. Ce feu,
qui représenta un char triomphant qui alla, de l'Arsenal, se
poser quai des Célestins, fut fait par Morel, commissaire de
l'artillerie, qui s'y défendit lui-même contre des assaillants.
Malingre en donne la description. _Voy._ aussi la lettre de
Malherbe du 6 septembre.
_Le 10, vendredi._—Pendant qu'on fait ses cheveux, il envoie querir
une petite viole pour s'amuser, ne pouvant jamais rester oisif. Le soir
il va chez la Reine, à la comédie des Italiens.
_Le 17, mardi._—Allant à Fontainebleau, il va à la messe au village;
dîne à Chailly, passant par Essonne, se fait donner des petits pâtés
qu'il voit à l'hôtellerie du Lion; il descend à pied la descente
d'Essonne; il arrive à Fontainebleau à trois heures; la Reine arrive et
le vient voir à huit heures et demie.
_Le 24, mardi._—Étudié; M. le chancelier y assiste, le Roi l'ayant
envoyé querir pour cet effet. Le soir chez la Reine, puis à la comédie
italienne.
_Le 29, dimanche._—En se levant il dit qu'il a chaud et toutefois
qu'il tremble, c'étoit d'appréhension du fouet, sur ce que le jour
précédent il avoit répondu à la Reine que de deux jours il ne la
verroit point, à cause qu'elle ne lui avoit point voulu permettre
d'aller voir le rut; pource que ses gendarmes et ses chevau-légers
faisoient fuir les bêtes. Il en avoit demandé et obtenu pardon, mais il
ne se tenoit point assuré; il va chez la Reine, et demande de nouveau
pardon[160].
[160] Il est à remarquer combien malgré son âge on le traite
toujours avec la même rigueur et comme il était resté aussi
craintif que quand Mme de Montglat le fouettait.
_Le 9 octobre, mercredi._—M. de Courtenvaux, pour la première fois,
donne la chemise au Roi comme premier gentilhomme de la chambre, à la
survivance de son père.
_Le 16, mercredi._—Il va chez la Reine, qui partit pour aller à Paris
y voir Monsieur, qui étoit malade, et lui entre en carrosse pour aller
à l'assemblée à Blanchefort, où il a dîné.
_Le 17, jeudi._—Il va en son cabinet, écrit à la Reine à Paris par M.
de Bonneuil, pour la première fois depuis qu'il est Roi. Il étudie. M.
le chancelier, M. de Villeroy viennent le voir étudier; il leur montre
la lettre qu'il a écrite à la Reine par leur avis, la souscrit: _Votre
très-humble et très-obéissant fils.—Louis._ Il trouve son seing bien
fait: _Voilà_, dit-il, _un bon Louis_.
_Le 19, samedi._—Il va en son cabinet, écrit à Paris, à la Reine, par
M. le comte de Rocheguyon, puis s'en va au parc, à cheval et à pied.
_Le 20, dimanche._—Il va au-devant de la Reine, revenant de Paris.
_Le 31, jeudi._—A neuf heures un quart, il monte à cheval, va au parc
dehors, y trouve un pauvre homme qui avoit fait une maison de gazon,
et y logeoit avec sa vache, et vivoit du lait qu'il en tiroit et d'un
peu de choux qu'il avoit semés; il vouloit s'étendre pour planter des
arbres, quelques-uns l'empêchoient. Il s'arrêta et s'informa de la vie
de ce pauvre homme, lui donna l'aumône, et commanda qu'on n'eût point à
l'empêcher de planter, et avec passion. Il étoit extrêmement charitable.
_Le 12 novembre, mardi._—Il va en son cabinet; il faisoit un
très-mauvais temps de pluie; il dit: _Ah! que voilà un beau temps pour
étudier; quand je n'aurois pas envie d'étudier, voilà un temps qui me
la feroit venir. M. de Souvré, étudions, devenons savants._
_Le 19, mardi._—Il va chez la Reine, où M. le marquis d'Ancre prête
le serment de maréchal de France, où il étoit parvenu deux jours
auparavant, par la mort de M. de Fervaques. Il lui dit par discours
qu'il avoit grand sujet d'être son serviteur, lui qui étoit étranger
venu en France sans rien, où il avoit reçu tant de bienfaits de Sa
Majesté et de la Reine, sa mère, que cela l'obligeoit à demeurer son
serviteur tant qu'il vivroit, et qu'il seroit bien misérable s'il n'en
ressentoit l'obligation. M. de Montmorency, amiral de France, prend
congé du Roi pour aller en Languedoc voir M. le connétable, son père.
_Le 28, jeudi._—Il va en carrosse au faubourg Saint-Germain voir
Monsieur, en l'hôtel du Luxembourg, puis chez la reine Marguerite.
_Le 8 décembre, dimanche._—Il va à la salle du conseil pour assister
aux fiançailles du marquis de Sablé et de Mlle de Souvré[161], revient
en courant pour ne point baiser Mme de Guémené, qui n'avoit plus vingt
ans[162].
[161] Madeleine, fille du maréchal de Souvré, mariée à
Philippe-Emmanuel de Laval-Bois-Dauphin, morte le 16 janvier
1678, à soixante-seize ans. C'est sa vie qu'a écrite M. Cousin.
[162] Madeleine de Lenoncourt, veuve de Louis de Rohan, duc de
Montbazon, et première femme de Hercule de Rohan-Guémené, son
frère; elle était fille de Henri de Lenoncourt et de Françoise de
Laval-Bois-Dauphin.
ANNÉE 1614.
Les arquebuses du roi, ses étrennes.—L'émailleur et le
tourneur du Roi.—Le Roi n'apprend plus le latin.—Chasses,
comédies et ballets.—Affaire de M. de Livarot.—Le vin
bourru.—Audience de M. de Thou.—Vers du Roi.—Incendie chez
la reine Marguerite.—Mort du connétable de Montmorency.—Revue
au Pré-aux-Clercs.—Affaires et paix des princes.—Le moine
bourru.—Le Roi blessé au jeu de paume.—Mort du chevalier de
Guise.—Baptême de Monsieur et de Madame Henriette.—Chasses à
Saint-Germain.—Voyage du Roi.—Séjours à Orléans, à Blois, à
Tours.—Les goinfres de la Cour.—Séjour à Poitiers.—Passage
à Angers.—Séjour à Nantes.—États de Bretagne.—Arrivée de
M. de Vendôme.—Retour par Angers.—Hommage d'un habitant
de Malicorne.—Les ardents.—Séjour au Mans.—Visite du Roi
à Vaugrigneuse, maison d'Héroard.—Rentrée à Paris.—Retour
du prince de Condé.—Majorité du Roi.—Collation à
Villiers-la-Garenne.—États-Généraux de Paris.—Maladie du
Roi.—Affection croissante pour M. de Luynes.—L'ambassadeur de
Savoie.—Adjudication d'un office en présence du Roi.
_Le 1er janvier, mercredi, à Paris._—Il va au cabinet, où il fait
porter toutes ses harquebuses; il y en avoit quarante. La Reine lui
fait apporter grande quantité et de diverses sortes de bagues, de
diamants et de fort belles pièces, et à mesure qu'il ouvre les étuis,
il dit: _Ha! Madame, velà qui est trop pour nous_; c'est qu'il eût
mieux aimé trouver des bagues de moindre valeur et que c'eût été
quelque figure.
_Le 2, jeudi._—Il s'amuse à faire travailler son émailleur.
_Le 3, vendredi._—On lui dit qu'il y avoit une médecine à lui donner,
le voilà fâché. A sept heures et demie la Reine y vient; à neuf heures
il prend la médecine, par crainte de la Reine, qui l'avoit menacé du
fouet.
_Le 4, samedi._—Il va en sa chambre faire travailler son émailleur.
_Le 5, dimanche._—A son souper il fait couper le gâteau des Rois; il
est le roi, en fait donner aux sieurs de Souvré, de Courtenvaux, de la
Curée et de Tresmes.
_Le 7, mardi._—Il étudie en l'histoire, n'apprend plus le latin[163].
[163] «Sa Majesté est hors du latin», écrit Malherbe à la date du
16 janvier.
_Le 8, mercredi._—M. de Souvré lui fait prendre une jupe de chasse,
fourrée de martre; il la prend à regret, disant que tous ceux qui le
verront se moqueront de lui, qu'il est habillé en paysan. Il conteste
jusques à une heure et demie, entre en carrosse et va voler le milan à
la plaine de Grenelle, où il monte à cheval, prend le milan.
_Le 10, vendredi._—Il va chez la Reine puis au cabinet des livres, où
il fait venir un jeune homme allemand, excellent tourneur, fait dresser
un tour, y travaille.
_Le 12, dimanche._—A neuf heures il monte à la chambre de Mme la
marquise de Guiercheville, au-dessus de la sienne, et la Reine aussi,
où ils voient danser un ballet[164].
[164] «Il y eut hier un ballet au Louvre, en la salle de Mme de
Guiercheville; mais ce ne furent que quelques domestiques du
Roi.» (_Lettre de Malherbe_ du 13 janvier 1614.)
_Le 13, lundi._—Il entre en carrosse, va à la chasse à la plaine
de Grenelle, où il monte à cheval; la Reine y vient, il vole de ses
émerillons, et fait tout ce qu'il peut pour donner du plaisir à la
Reine, et tant que ses émerillons en devinrent rebutés; ce dont il fut
extrêmement marri, n'eût été que c'étoit pour donner du plaisir à la
Reine.
_Le 15, mercredi._—Il va à la comédie italienne.
_Le 21, mardi._—Il va en son cabinet, puis chez la Reine et à la
comédie italienne.
_Le 23, jeudi._—Il va chez la Reine et, à dix heures, en la salle du
ballet, en revient à deux heures et demie après minuit[165].
[165] «Nous vîmes jeudi au soir le ballet attendu si longtemps,
duquel la vue ne répondit pas à la dépense qui en avoit été
faite, que l'on estime à plus de dix mille écus... Je ne vous en
dirai autre chose, sinon que ce fut un désordre le plus grand du
monde, de quoi toutefois les balletants ont occasion de remercier
Dieu, car toute l'invention n'en valant guère l'argent, la
faute du mal est rejetée sur le peu de place qu'il y avoit pour
le danser. M. de Plainville, capitaine des gardes, ne voulant
désobliger personne, laissa entrer tout ce qui se présenta, et se
trouva l'enceinte des barrières si pleine, qu'un seul homme eût
eu de la peine à y passer. La Reine à son arrivée, voyant cette
multitude, se mit en la plus grande colère où je la vis jamais,
et s'en retourna, résolue qu'il ne seroit point dansé: là-dessus
on fit retirer et coucher le Roi. Toutefois pour ce qu'à
quelques-uns il fut dit à l'oreille que cette retraite n'étoit
que pour faire sortir le monde, et que s'il se trouvoit place,
on le danseroit; peu de gens prirent l'alarme, et fallut qu'à la
fin les archers dissent tout haut que tout le monde sortît et
que le Roi étoit au lit. Cela ayant fait faire quelque place,
mais bien éloignée de ce qu'il eût fallu pour tant de danseurs
et de machines, la Reine revint, et le Roi aussi, qui étoit déjà
couché, et alors le ballet fut donné tellement quellement, et
non comme il est décrit dans le discours qui s'en est imprimé.»
(_Lettre de Malherbe_ du dimanche 26 janvier.) Cette lettre porte
par erreur la date du dimanche 27e de janvier.
_Le 24, vendredi._—A une heure il entre en carrosse, va à la rue
Saint-Merry, chez M. l'évêque de Beauvais[166], voir son cabinet.
[166] René Potier de Blancmesnil.
_Le 26, dimanche._—Après souper il va en son cabinet, chez la Reine,
puis à la comédie italienne, et après voit un petit ballet de la ville,
dansé en sa chambre.
_Le 28, mardi._—A six heures soupé; il mange du veau rôti de quatre
mois, nourri de lait au jus d'orange[167]; c'est la première fois. Il
va chez la Reine, à la comédie italienne, revient à huit heures trois
quarts.
[167] Dans un poëme manuscrit qui a pour titre: _Explication de
toutes les grottes, rochers et fontaines du château royal de
Versailles_, dédié à Louis XIV (Bibl. Imp., fonds de Versailles,
nº 168), l'auteur de ce poëme, C. Denis, dit en parlant de la
Ménagerie de Versailles:
Pour la bouche du Roi l'on y nourrit des veaux
De lait et jaunes d'œufs, excellents et fort beaux.
_Le 30, jeudi._—L'ambassadeur d'Angleterre prend congé de lui
pour s'en retourner et porter l'accord fait du mariage de Mme
Christienne[168]; M. d'Épernon et ses trois fils le viennent voir.—Il
va chez la Reine, à la comédie italienne, et à neuf heures et demie
va à la salle voir un ballet de dix de ses petits enfants d'honneur,
appelé les Divers.
[168] Ce mariage ne se fit pas.
_Le 1er février, samedi, à Paris._—Il s'amuse à tourner des petites
pièces d'ivoire sous un excellent ouvrier allemand[169] qui lui avoit
dressé un tour.—Mis au lit, il dit tout son office, pour gagner temps
pour le matin suivant qu'il avoit à communier.
[169] _Voy._ au 10 janvier précédent.
_Le 2, dimanche._—A neuf heures trois quarts il va à la messe, en
Bourbon, revient à dix heures trois quarts en la grande galerie, où il
touche quatre-vingts malades.
_Le 3, lundi._—Il va chez la Reine, et à dix heures trois quarts
à la salle du bal y voir danser un ballet de la ville, de Guitrot
l'espagnol, et le combat des chats et des rats.
_Le 4, mardi._—Il va à la foire Saint-Germain et à la comédie
italienne.
_Le 6, jeudi._—Il s'amuse à tourner de l'ivoire, fait des vases.—Il
va à la comédie italienne.
_Le 10, lundi._—Il va à la messe en Bourbon, puis en carrosse jouer à
la paume, au jeu de Grenelle.
_Le 12, mercredi._—A une heure et demie il entre en carrosse, va à la
foire.—Mis au lit, il envoie quérir ses harquebuses à sa garde-robe,
pour les faire voir à M. de Termes[170]; il y en avoit cinquante-cinq.
[170] «M. de Termes, le vendredi 7e de ce mois, fit serment de
premier gentilhomme de la chambre.» (_Lettre de Malherbe_, du 13
février.)
_Le 13, jeudi._—Il va en son cabinet, prend une cresserelle[171] sur
son poing, et va en la galerie lui faire voler un moineau. Mis au lit,
il envoye à sa garde-robe pour quérir ses armes et les montrer à M. le
Grand; il s'endort à sa musique de voix et de luths.
[171] Oiseau de proie, du genre faucon.
_Le 16, dimanche._—A huit heures et un quart déjeuné; il n'y eut
point d'exhortation. Le jour précédent, la Reine le défendit au sieur
de Fleurence[172].—Après souper il va chez la Reine, puis revient en
sa chambre où se présente le sieur de Liverot, de la maison d'Oraison
en Provence, pour le remercier de la grâce qu'à sa prière il avoit
obtenu de la Reine, sur ce qu'il avoit querellé dans sa chambre; le
Roi lui dit gravement: _La Reine ma mère vous a donné la grâce, vous
ne l'eussiez pas eue sans moi, mais soyez une autre fois plus sage_;
paroles dites de son mouvement[173].
[172] Précepteur du Roi.
[173] Voici comment ce fait est raconté par Malherbe: «M. de
Lyvarrot, dont vous aviez pu ouïr l'emprisonnement à la Bastille,
pour un souffle qu'il avoit donné dans l'antichambre de la Reine
(à un nommé La Ferté-Silly, de Normandie), a eu aujourd'hui sa
grâce, et est venu dans le cabinet remercier Sa Majesté. Le
Roi s'étoit allé coucher, et n'y avoit au cabinet que Mme la
princesse de Conty et Mme de Guise. M. de Souvray s'est approché
de la Reine et lui a dit quelque chose à l'oreille, et lors il
s'est tourné vers M. de Lyvarrot qui s'est jeté à deux genoux aux
pieds de la Reine et a parlé fort bas. Il n'a guère parlé, que la
Reine lui a dit: «Levez-vous»; il a toutefois toujours continué
à genoux. Comme il a eu fort peu parlé, la Reine lui a dit: «Une
autre fois soyez plus sage.» Il a encore dit quelque chose, à
quoi la Reine a répondu par deux fois: «Je sais bien cela.»
Voilà tout ce que j'en ai ouï, encore que je fusse tout auprès,
sinon qu'il la supplioit très-humblement de lui pardonner: aussi
n'a-t-il dit autre chose, car je l'ai su de lui-même, lorsqu'il
a été hors de la présence de la Reine.» (_Lettre à Peiresc_ du
16 février 1614.) M. L. Lalanne ajoute en note: «L'affaire ne se
termine pas là; le 17 janvier 1615, un duel eut lieu à Bicêtre
entre La Ferté et Lyvarrot qui y fut blessé à mort.»
_Le 18, mardi._—Après souper il va en sa garde-robe choisir les armes
qu'il veut porter[174].
[174] «Le Roi montre une extrême envie d'aller à la guerre,
et devant hier il se fit armer de toutes pièces, avec un tel
contentement de se voir en cet équipage, que s'étant mis au lit,
il ne voulut pas laisser son casque, et disputa longtemps qu'il
dormiroit mieux avec ce casque qu'avec son bonnet de nuit; mais
enfin il se laissa aller aux remontrances qu'on lui fit de le
quitter.» (_Lettre de Malherbe_, du 20 février 1614.)
_Le 28, vendredi._—Il va aux Tuileries puis au jeu de paume de
Grenelle; essuyé chez M. Leclerc, il y a goûté, a bu du vin blanc
bourru, trempé, et du vin clairet trempé, trouve l'un et l'autre bien
fort[175].
[175] Héroard note en marge: «Vin bourru, première fois.» Le vin
bourru est du vin blanc nouveau. Malherbe écrit à la date du 1er
avril 1614: «Depuis que le Roi a pris le vin et quitté le latin,
sa santé et son embonpoint croissent à vue d'œil.»
_Le 1er mars, samedi._—M. le président de Thou, prenant congé de lui,
s'en allant député vers M. le prince de Condé à Mézières, le Roi lui
dit, mettant ses deux mains sur ses épaules: _Allez, et dites à ces
messieurs-là qu'ils soient bien sages_.
_Le 6, jeudi._—M. Beringhen me racontoit que le Roi parloit en
dormant, au commencement de son dormir[176], et disoit: _Jetez ce
chapeau par dessus la muraille; hé! jetez, jetez par dessus la rivière
qui passe à Bayonne; que ne l'a-on mis à la Bastille_. Le Roi l'entend,
et dit: _C'est que je demandois pourquoi on n'avoit pas mis mon frère
de Vendôme dans la Bastille; il a ouvert mes dépêches que j'envoyois à
M. de Montbazon, il les a ouvertes[177]!_
[176] C'est-à-dire la veille au soir.
[177] «M. de Vendôme est à sa maison d'Anceny, sans aucune
troupe; cette maison est à dix lieues par delà Angers, sur la
rivière de Loire, où il a mis un petit bateau pour apprendre ce
qui passera sur la rivière, sans toutefois faire jusqu'ici autre
mal. Vous savez qu'il avoit fait détrousser un paquet du Roi à
M. de Montbazon; il s'en est excusé à la Reine par une lettre
qu'il lui a écrite; mais je ne crois pas qu'elle en soit fort
satisfaite: la Reine dit tout haut qu'il s'est fait criminel de
lèse-majesté pour un morceau de papier.» (_Lettre de Malherbe_,
du 10 mars 1614.)
_Le 10, lundi._—Mis au lit, il s'amuse à faire des vers et donne
le sujet pour en faire aux sieurs de Termes, de Courtenvaux et de
Montglat, sur une marcassine nourrie à sa cuisine par Bonnet, porteur
d'eau, qui se tua d'une chute. La marcassine coucha toute la nuit
contre le corps (du porteur d'eau), et le cherchoit toujours depuis
être enterré; elle se laissa mourir de faim, n'ayant jamais voulu
manger, quelque soin que l'on en prît. Le Roi fit ces quatre vers:
Il y avoit en ma cuisine
Une petite marcassine,
Laquelle est morte de douleur
D'avoir perdu son gouverneur.
_Le 20, jeudi._—Il va au jeu de paume de Grenelle, puis voir le
cabinet du sieur de La Chapelle, son joueur d'épinette.
_Le 24, lundi._—Il va à la volerie au delà du Bourget, à cheval, à
pied.—Mis au lit, il s'amuse à jouer au trictrac.
_Le 27, jeudi saint._—Il va au sermon, en la salle, fait par M.
l'archevêque d'Aix[178], lave les pieds aux enfants, va à la messe en
Bourbon.
[178] Paul Hurault de l'Hôpital.