il se sépare de M. de Vendôme, se prend à pleurer et peu après le va

rejoindre, qui pleuroit aussi.

_Le 10, vendredi._—Éveillé à quatre heures, il ne se vouloit plus

rendormir, par appréhension que, le soir précédent, on lui avoit fait

prendre que Mme de la Renouillère, décédée depuis sept ou huit jours,

avoit été vue revenir à la chambre de la Reine; il se rendort jusques

à huit heures et demie.—Après souper il va chez la Reine, joue à

colin-maillard, y fait jouer la Reine et les princesses et dames.

_Le 17, vendredi._—Mené aux jardins, il tue un moineau, volant, d'un

bâton qu'il tenoit en sa main; à quatre heures il entre en carrosse,

est mené aux toiles; elles étoient tendues sur un morceau de méchant

blé; le paysan à qui il étoit se vient plaindre à lui du dégât de son

blé, qui pouvoit être de cinq ou six boisseaux. Il lui donne cinq écus

gaiement et par compassion, et un écu à une femme qui lui apporta des

cerises, lesquelles il ne mangea point.

_Le 19, dimanche._—Après souper mené chez la Reine, puis à la galerie,

où il entend sa musique de la chambre et chapelle, celle de la Reine et

celle de M. de Nevers.

_Le 20, lundi._—Éveillé à une heure après minuit: _Je ne puis dormir_,

dit-il, _lisez, d'Heurle_ (son valet de chambre). Il se rendort et

s'éveille à trois fois, fait lire encore, rêve en dormant: _Chantez_,

et songe à la musique.—Après souper il va chez la Reine, et revient à

la galerie lambrissée, où il voit jouer une tragédie françoise et une

farce.

_Le 21, mardi._—Étudié, mené à la chasse; à cinq heures mené jouer au

jeu de paume. Après souper il va en la galerie lambrissée, où il voit

jouer une pastorele (_sic_) françoise et une farce.

_Le 22, mercredi._—Mené en carrosse sur la route de Moret, il met pied

à terre et se joue sur le chemin et par les brossailles. Après souper

il va en la galerie lambrissée, où il voit jouer une farce, puis va

chez la Reine.

_Le 24, vendredi._—Après souper il est mené au jardin des fruitiers,

où il court un lièvre avec ses petits chiens; ramené à huit heures et

demie, il fait tirer des fusées en la cour du donjon, puis va chez la

Reine, y joue à _je m'assieds_.

_Le 25, samedi._—Mené aux jardins, il leur va dire adieu[82]; M. de

Souvré lui envoie dire qu'il donne sept ou huit écus au jardinier de

la Reine, qui lui avoit donné des abricots et étoit pauvre: _Je lui en

donne douze_, dit le Roi, et il les lui donne.

[82] Le Roi devait repartir le surlendemain pour Paris.

_Le 26, dimanche, à Fontainebleau._—Dévêtu, il se fait bailler son

réveille-matin, le met à trois heures; je lui dis qu'il étoit bien

matin, il le pousse jusques à la demie, et dit à M. d'Heurles: _D'Hurle

ne y touchez pas, je vous le dis, mais je vous le dis_. Mis au lit, il

se fait lire par M. de Préaux, et s'endort à dix heures.

_Le 27, lundi, voyage._—Éveillé à douze heures et demie après minuit,

doucement, il demande: _Quelle heure est-il?_ C'étoit de soin qu'il

avoit de se lever matin, pour partir de bon matin pour aller à Paris;

il se fait montrer le réveille-matin pour voir si on l'abusoit de lui

avoir dit qu'il n'étoit que douze heures et demie, se rendort à deux

heures jusques à trois heures et demie; éveillé par le réveille-matin:

_Ça, ça, debout, debout_. Levé, vêtu, à quatre heures et demie il va à

la messe en bas, et à cinq monte en carrosse et part de Fontainebleau.

Arrivé à Essonne à huit heures, _au Lion_, il voit un poulain de deux

mois, demande s'il étoit à vendre. L'hôtesse lui dit qu'oui; enquis du

prix (ce fut dix écus), il les donne. Quelqu'un lui dit que c'étoit

trop: _C'est tout un, c'est tout un_; il aimoit naturellement à donner.

Il veut aussi acheter un ânon et un jeune pourceau: _Nous mettrons

tout ensemble_, dit-il en se jouant. Pendant son dîner il fait mener

devant lui le poulain, lui fait donner de la paille, du foin, du

pain, du lait, et commande à un des garçons de sa chambre de le mener

à Corbeil, de le y embarquer et qu'il lui baillera de l'argent pour

faire sa dépense et du poulain. Il va aux galeries, y fait monter

l'ânon et monter dessus M. le chevalier de Vendôme, fouette l'ânon

qui court, et quelque coup échappe sur le Chevalier. A trois heures

goûté, monté en carrosse. Le baron de Vitry, sortant de l'hôtellerie,

avoit pris des cerises et les mangeoit dans le carrosse; le Roi l'en

reprend aigrement: _Comment, Vitry, voulez-vous faire des vilainies

ici et gâter mon carrosse!_ Peu après M. de Vendôme se met à manger

des abricots tirés de sa pochette: _Quoi, voulez-vous faire un cabaret

de mon carrosse!_ Il arrive à Paris à six heures et demie, ne se veut

point débotter pour souper.

_Le 28, mardi, à Paris._—Étudié, mené chez la Reine, puis à la

chapelle de l'antichambre de la Reine.

_Le 29, mercredi._—Mené promener en la galerie, puis en carrosse à la

première messe de M. de Champvallon, abbé de Saint-Victor à Paris et

depuis archevêque de Rouen[83], qui fut chantée [en Sorbonne].

[83] François de Harlay, abbé de Saint-Victor, ne fut archevêque

de Rouen qu'en octobre 1615. Quelques parties du Journal

d'Héroard ont été recopiées par lui après coup (Ms. de la

Bibliothèque impériale), ainsi que le prouve ce passage.

_Le 6 juillet, mercredi, à Paris._—Étudié, etc.; à trois heures et

demie goûté, puis il va chez la Reine, lui demande congé d'aller à

Saint-Germain-en-Laye, et dit avoir prié Mme de Guise de l'obtenir.

La Reine lui répond: «Je le veux bien pour l'amour de vous; ce que

je fairai pour vous, je ne le fairai pour personne; mais il faut que

vous demeuriez ici demain pour répondre le cahier[84] de ceux de la

Religion».—_Madame, vous le fairez bien sans moi; aussi je suis trop

jeune._ Il va en Bourbon voir sa petite écurie.—Mis au lit, il se

fait apporter ses montres et son réveille-matin pour les mettre à

six heures, qu'il se vouloit lever pour aller à Saint-Germain voir

Messieurs et Mesdames.

[84] Les cahiers de doléance de l'assemblée de Saumur.

_Le 7, jeudi._—Éveillé à six heures au son du réveille-matin, levé,

etc., déjeuné, mené à la messe en Bourbon, puis à sept heures et demie

il monte en carrosse et à cheval au delà du port de Neuilly, arrive à

neuf heures et trois quarts à Saint-Germain; à quatre heures il part à

cheval et arrive en carrosse à Paris à sept heures.

_Le 11, lundi._—A sept heures levé, il va voir mettre l'eau dans la

cuve pour se baigner; à sept heures et demie baigné, il fait porter des

petits bateaux, les fait voguer, les charge de roses rouges qui étoient

éparses sur le bain. A sept heures trois quarts sorti du bain, mis au

lit[85].

[85] Le Roi dîne au lit, y reste jusqu'à cinq heures et va

seulement jouer en la galerie; il ne sort ni ce jour là ni le

jour suivant, à cause du bain, qui est une exception dans ses

habitudes.

_Le 12, mardi._—Il va voir mettre l'eau dans son bain, en sa chambre,

y entre à sept heures, éparpille les roses rouges sur l'eau, fait

porter de ses petits bateaux, les charge de ses roses mouillées, dit

que ce sont navires qui viennent des Indes, de Goa.

_Le 15, vendredi._—Étudié, etc.; à deux heures botté, il entre en

carrosse, va à la chasse au parc du bois de Vincennes, y court un

lièvre avec des chiens courants.

_Le 16, samedi._—Un certain peintre lui apporte un portrait de cire de

son visage; le Roi lui demande: _Combien en voulez-vous?_—«Sire, il

vaut bien deux pistoles.»—_En velà sept._—«Sire, ma pauvre femme est

bien malade; s'il vous plaît de me donner quelque chose pour la faire

assister?»—_Tenez, je vous donne tout ce que j'ai_, dit le Roi en

vidant sa bourse; il y avoit encore sept pistoles.

_Le 19, mardi._—Mené en carrosse, puis monté à cheval, il va au

derrière de Montmartre voler le perdreau et courir le lièvre.

_Le 21, jeudi._—Mené au jeu de paume couvert, en la rue de Grenelle.

Étudié, etc., goûté, mené à la blanque au bout du Pont-Neuf, il tire

une aiguière d'argent.

_Le 22, vendredi._—Il joue en soupant à _Je vous prends en ce point_,

avec ses gentilshommes servants et autres de ses officiers, et à la fin

_Je vous prends tous en ce point_, M. d'Elbeuf le y prend en buvant;

un de ses petits gentilshommes l'en ôta[86].

[86] Les enfants disent aujourd'hui _jouer à la position_, parce

que la règle est de garder la position dans laquelle on est

surpris.

_Le 25, lundi, à Paris._—A dix heures et demie il va chez la Reine, où

elle lui dit qu'elle lui ôte M. Des Yveteaux, son précepteur, pour lui

donner M. Le Fèvre. Mené en carrosse à vêpres à Saint-Victor, puis au

jardin de M. Voisin.—Dévêtu, mis au lit, M. Des Yveteaux vient prendre

congé de lui; il en a du déplaisir, et l'ayant supplié de lui donner

quelque bague, lui dit qu'il le faut savoir de M. de Souvré[87].

[87] «M. Le Fèvre fut en ce temps fait précepteur du Roi, et M.

Des Yveteaux, que le Roi aimoit, congédié pour avoir babillé

entre autres de M. d'Ancre et dit que si le Roi pouvoit une fois

être majeur, il leur donneroit gens en tête qui auroient plume et

poil.» (_Journal de Lestoile._)

_Le 26, mardi._—A deux heures il entre en carrosse pour aller à

Saint-Germain-en-Laye, arrive à cinq heures. Après souper il va chez la

Reine.

_Le 27, mercredi, à Saint-Germain._—Étudié, etc.; mené au parc, il va

chez la Reine, puis à la chapelle des Grottes. A deux heures mené à la

chasse, par la Muette, monté à cheval au bois.

_Le 28, jeudi._—Il écrit à M. de Villeroy pour le prier de faire en

sorte que M. Le Fèvre, retenu pour être son précepteur, ne vienne point

pendant qu'il sera à Saint-Germain. Étudié, etc.; il va promener, à la

messe, chez la Reine, qui lui parle de M. Des Yveteaux et lui demande

ce qu'il avoit dit en prenant congé de lui: _Il étoit bien en colère;

il me dit qu'il en avoit eu la peine et un autre en auroit l'honneur_.

_Le 29, vendredi._—A six heures il va chez la Reine, où il voit

achever _la Bradamante_[88], représentée par Madame et autres; à sept

heures et un quart soupé.

[88] Tragédie de Garnier. _Voy._ au 27 avril 1609 et au 2 août

suivant.

_Le 30, samedi._—Éveillé à trois heures après minuit en crainte du

fouet, pour s'être, le jour précédent, opiniâtré contre M. de Souvré,

sur la réponse qu'il avoit à faire aux députés de ceux de la Religion

assemblés à Saumur. M. d'Heurles, valet de chambre, l'assure que M. de

Souvré ne s'en ressouvient point.—_M'en asseurez-vous?_—«Oui, Sire»;

là-dessus il s'endort jusques à sept heures.

_Le 31, dimanche._—Il se fait apporter ses arbalètes et va au parc, y

tire à des oiseaux, puis, monté sur un petit bidet, il va au galop; M.

de Frontenac, son premier maître d'hôtel et capitaine de Saint-Germain,

le mène à la chasse, lui fait voir des chevreuils.

_Le 1er août, lundi, à Saint-Germain._—Monté à cheval, mené au parc, à

la chasse, il ne veut jamais permettre que M. d'Aiguillon le suivît à

cheval; il fut contraint de renvoyer son cheval et de s'en retourner;

le Roi n'est suivi à cheval que de M. de Souvré et de M. de Pluvinel.

Joué, étudié, etc.; goûté, mené en carrosse aux toiles, il prend un

grand sanglier. Après souper il va sur la terrasse, fait jeter des

fusées, va chez la Reine, revient à huit heures et demie, se moque de

M. de Verneuil, qui avoit été à la chasse: _Mon frère de Verneuil, qui

a mis la main à l'épée d'une lieue loin et crioit à mon sanglier: A

moi, sanglier, je te tuerai!_

_Le 2, mardi._—A trois heures mené en carrosse au vieux château, en

la salle du bal, où, en sa présence, celle de la Reine, des princes,

princesses et seigneurs, de M. le chancelier et président Jeannin,

a été représentée sur le théâtre tout accommodé la tragi-comédie de

_Bradamante_ par ces personnages: Madame représentoit _Marphise_;—Mme

Christienne, _Léonor_, fille de Charlemagne;—_Bradamante_, Mlle

de Vendôme;—le baron de Palueau, _Charlemagne_;—Mlle de Renel,

_Aimon_;—Mlle de Vitry, _Béatrix_;—Françoise Lecœur, _Nimes_, duc de

Bavière;—M. d'Aubasine, _Léon_;—Mlle d'Harambure, _Renaud_;—Nicole

Du Tost, _Roger_;—Mlle de Frontenac, _Basile_, duc d'Athènes;—Barbe

Talon, _la Roque_;—Mlle Mercier la petite, _l'ambassadeur de

Bulgarie_;—Mlle de Verneuil, _l'ambassadeur de Grèce_;—Mlle Sauvat,

_Hypalque_;—Mlle de Frontenac la petite, _Mélisse_[89].

[89] _Voy._ la lettre de Malherbe du 4 août 1611.

_Le 3, mercredi._—Étudié, etc.; il s'amuse à faire prendre feu à un

pistolet et refusoit à danser; M. de Souvré l'en presse: _Ce sera donc

à la charge que je tirerai encore un coup_. Il se joue en la galerie, à

cause de la pluie et du tonnerre.

_Le 4, jeudi._—Il fait apporter ses marmousets d'argent, les range

sur son lit[90], dit que c'est la foire Saint-Germain, que ce sont

marchandises qui viennent d'Allemagne, de la Chine. Étudié contre son

intention, en est en colère contre M. de Souvré. Environ une heure

arrive M. le chevalier de Vendôme, pleurant, se jeter à genoux devant

le Roi, et qui venoit d'en faire autant à la Reine, la suppliant qu'il

mourût aux pieds du Roi et des siens, et de n'aller point à Malte: «Ha!

Sire, lui dit-il, ayez pitié de moi; la Reine me veut ôter d'auprès

de Votre Majesté pour m'envoyer à Malte!»—_Hé! qu'avez vous fait à

la Reine ma mère?_—«Rien, sire.»—_Quoi! irez-vous toujours sur la

mer?_—«Oui, sire.»—_Gardez-vous bien et soyez le plus fort quand vous

irez à la guerre, et écrivez-moi souvent._ C'étoit une grande pitié

de ouïr ses plaintes et ses larmes pour l'amitié qu'il lui portoit

et l'appeloit: _Zagaye_ (sic): _on me le veut ôter pource que je

l'aime_. On ne le pouvoit apaiser; la Reine y arrive, il redouble ses

pleurs; elle tâche de le divertir. Sur les deux heures M. le Chevalier

dit adieu, les plaintes redoublent; la Reine fait ce qui se peut

pour l'apaiser et le divertir; on met tout à l'heure le Chevalier en

carrosse, et il est conduit à Paris.—Après souper la nourrice du Roi

lui fait des contes; il y prend plaisir.

[90] Le Roi a une tumeur qui l'empêche de se lever.

_Le 5, vendredi._—Mené à la chasse du cerf en carrosse, monté à cheval

au laisse-courre; la Reine y va aussi. Ramené à six heures et demie, la

Reine revenant, treuve Monsieur au palemail, au droit de la chapelle,

le monte à cheval devant elle, et le mène jusqu'au bâtiment neuf; le

Roi marchoit à son côté. Il s'amuse à acheter des petits couteaux d'un

petit mercier, pour les donner aux femmes et filles de la Reine.

_Le 6, samedi._—Le Buisson, qui avoit ses oiseaux pour les champs,

lui apporte deux perdreaux et les veut bailler à M. de Souvré; il les

prend et les met à sa ceinture disant: _Je les veux donner à la Reine,

ma mère; c'est que vous les voulez manger_. M. de Souvré se retire pour

s'asseoir (_sic_): _Ho! velà mousseu de Souvré qui va dire au Buisson

qu'i les y apporte une autre fois, et non pas à moi_, dit le Roi, et en

mangeant ses cerises, il lui en tiroit les noyaux. A sept heures soupé;

parlant à un de ses officiers, il lui dit: _Je vous vis tous l'autre

soir après un mort; qui étoit-ce?_—«C'étoit, sire, un délivreur de

vin.»—_Comment s'appeloit-il?_—«Toussaint.»—Le Roi s'adressant à un

de ses pâtissiers, qui étoit présent, lui dit: _Vous ne y étiez pas_;

il l'avoua.

_Le 7, dimanche._—A midi il va chez M. de Frontenac, son premier

maître d'hôtel et capitaine du château de Saint-Germain; il y a dîné

avec la Reine, Madame, Mme la princesse de Conty, Mme la comtesse de

Soissons, Mme la duchesse de Guise, Mme la douairière de Guise, Mlle

de Vendôme, Mme la marquise de Guiercheville, Mme la comtesse de la

Rochefoucauld, Mme de Ragny, Mme de Frontenac. Il avoit une grande

impatience pour être si longtemps à table, mais le respect de la Reine

le retenoit; il disoit: _Je ne mange rien; puisque je ne mange point,

il faut boire_. Il boit de la tisane, puis demande à la Reine: _Madame,

vous plaît-il que j'alle là-haut jouer de l'épinette de madame de

Frontenac_. Enfin, comme la Reine eut achevé, il dit: _Madame, je suis

prêt_; la Reine se lève, il saute à bas; peu après il va en la grande

salle du château, avec la Reine et sa suite, pour y voir jouer une

farce par des valets de Messieurs.

_Le 9, mardi._—M. de Fleurence le fait étudier en attendant M. Le

Fèvre.

_Le 10, mercredi, à Saint-Germain._—Après déjeuner, il entre en son

cabinet, on lui discourt; M. de Souvré étoit assis sur un bahut, le Roi

se va asseoir près de lui; c'étoit pour le faire lever. M. de Souvré

se lève, le Roi se va remettre en sa chaise, M. de Souvré se rassied.

Il se va asseoir près de lui; M. de Souvré lui dit alors: «Vous êtes

revenu ici vous asseoir pour me faire lever, mais je ne me lèverai pas

pour tout cela.»—_Vous ne devez point faire de comparaison avec moi_,

lui répond le Roi. Repris par M. de Souvré de ce qu'il s'amusoit à des

jouets d'enfant, il lui promet de ne le faire plus et va fouiller dans

ses coffres lui-même, les met à part, et commande à M. d'Heurles, l'un

de ses premiers valets de chambre, de les porter à Monsieur, son frère.

Il va chez la Reine, où il rencontre le sieur de Poutrincourt[91], qui

racontoit nouvelles du Port Royal, où il se tenoit en Canada.

[91] Jean de Biencourt, seigneur de Poutrincourt, avait obtenu

par lettres patentes la propriété de Port-Royal en Acadie

(aujourd'hui Annapolis). De retour en France en 1611, il fut tué

le 5 décembre 1615 en défendant pour le Roi Méry-sur-Seine, dont

il était gouverneur.

_Le 11, jeudi._—A trois heures et demie il entre en carrosse, part de

Saint-Germain et arrive à Paris à six heures. Après souper il va chez

la Reine.

_Le 12, vendredi, à Paris._—Il va chez la Reine, et en montant au

petit cabinet se heurte au genou contre une marche; peu après M.

le chancelier emmène et présente M. Le Fèvre à la Reine pour être

précepteur du Roi; sur ce la Reine le présente au Roi, disant ces

mots: «Mon fils, velà monsieur Le Fèvre, que je vous donne pour votre

précepteur.»—_Madame, j'en suis bien aise._—«Il faut que vous lui

obéissiez, et faire tout ce qu'il vous dira.»—_Je le fairai aussi,

Madame._—«C'est un fort homme de bien et bien savant; il faudra bien

apprendre.»—_Je le fairai aussi, Madame._ M. le chancelier, prenant la

parole, en dit beaucoup de bien, et ayant parlé de le loger où souloit

loger M. Des Yveteaux, le Roi dit: _Non, non; il seroit pas bien, il

faut monter trop haut. Il faut le loger à la chambre où souloit loger

mon frère de Verneuil, dans la tour._ M. Le Fèvre entend donner leçon

au Roi par M. de Fleurence pour essayer à reconnoître sa portée[92].

[92] _Voy._ la lettre de Malherbe du 14 août 1611.

_Le 15, lundi._—Confessé par le P. Coton, jésuite; à neuf heures et un

quart mené en carrosse aux Augustins, où il a ouï la messe, communié

et à onze heures, dans le cloître, touché quatre cent cinquante

malades. Il se treuve foible; il faisoit une extrême chaleur; lavé

les mains avec du vin pur et senti du vin, il revient à lui. Ramené à

onze heures et demie; dîné; peu après, pour le délasser, dévêtu, mis

au lit. A une heure et demie levé, vêtu, mené en carrosse au sermon à

Saint-André-des-Arcs, puis à vêpres aux Cordeliers[93]. Ramené à cinq

heures, devêtu, mis au lit, soupé; il se joue doucement, fait fermer

les fenêtres et fait poursuivre des chauves-souris qui étoient entrées.

On veut lui persuader de coucher en la grande chambre, lui représentant

que couchant dans son cabinet, faisant si chaud, il seroit en danger

de pleurésie, de fièvre continue, ou d'une grande maladie; il n'avoit

point voulu coucher dans la grande chambre depuis la mort du Roi, où il

l'avoit ainsi vu, et l'appréhension lui en étoit toujours demeurée.

[93] «Le lundi 15, le Roi aux Augustins touche les malades; le

comte de Soissons et le cardinal Du Perron y sont. Le père Cotton

tient le Roi une heure à confesse, et au sortir de là le Roi

fut mis au lit, tant il étoit las; l'après-dînée il retourne à

Saint-André ouïr le sermon de l'abbé de Bourgueil, dort tout du

long. M. de Souvré l'éveille, mais pour néant, et demande s'il

n'y a pas moyen de faire porter son lit au sermon.» (_Journal de

Lestoile._)

_Le 17, mercredi._—Après dîner, il va chez la Reine, revient en sa

chambre; les nouveaux échevins lui prêtent le serment. Il monte au

cabinet des livres; à trois heures goûté. M. Le Fèvre lui donne la

première leçon sur l'institution de l'empereur Basile[94].

[94] Basile I, dit _le Macédonien_, empereur grec, mort en 886.

On a de lui un traité de _l'Art de régner_, traduit en français

par Porcheron en 1590.

_Le 21, dimanche._—Mené en carrosse, il voit tirer l'anguille au pont

Notre-Dame.

_Le 22, lundi._—Il commande à son nain Dumont d'aller à Villecraine,

lui donne pour le conduire Descluseaux, porte-manteau, pour faire venir

le sieur de Bogne, sieur de Villecraine, devers lui, sur une plainte

qui lui avoit été faite par La Court, valet de chambre de S. M.; c'est

le premier commandement en commission qu'il a donné.

_Le 25, jeudi._—Mené en carrosse à la messe à la chapelle Saint-Louis

des Jésuites; à une heure mené au bois de Vincennes à la chasse.

_Le 27, samedi._—Mené en carrosse au marché aux chevaux, où il demande

d'aller pour y acheter un bidet noir, puis aux Tuileries.

_Le 30, mardi._—Il s'amusoit à des petits jouets; M. de Souvré lui

dit: «Sire, ne voulez-vous pas quitter ces jeux d'enfant? Vous êtes

déjà si grand.»—_Mousseu de Souvré, je le veux bien, mais il faut que

je fasse quelque chose; dites-le moi, je le fairai._ Mené au jeu de

paume de Verdelet.

_Le 31, mercredi._—A six heures et demie il entre en carrosse, va

ouïr la messe aux Capucins pour aller à Saint-Germain-en-Laye par la

chaussée, y arrive à neuf heures et demie, au vieux château. A onze

heures dîné avec Monsieur, Madame, Mme Christienne et Mlles de Vendôme

et de Verneuil. Ramené à sept heures à Paris. Mis au lit, il se fait

apporter une petite arbalète à argelet et, avec une petite balle de

plomb, tire pour éteindre les flambeaux.

_Le 3 septembre, samedi, à Paris._—Mené en carrosse chez la reine

Marguerite, puis à la verrerie.

_Le 8, jeudi._—Mené à la messe à Notre Dame, et au sermon et à vêpres

aux Carmes.

_Le 10, samedi._—Mené en carrosse à Conflans, M. de Villeroy le

supplie de cueillir un fort gros poncire[95]; il ne le voulut point

faire, par discrétion.

[95] Citron ou limon fort gros et fort odorant.

_Le 11, dimanche._—A deux heures mené en carrosse à Piquepusse, à

vêpres, ramené à l'hôtel de Bourgogne, et à six heures trois quarts

soupé; il me dit qu'il avoit mal au pied droit, que le mal lui avoit

pris à la comédie. Mis au lit, il se fait porter sa caille privée, lui

donne de la mangeaille.

_Le 12, lundi._—Mené en carrosse chez la reine Marguerite. A souper

il se joue d'une balle[96] que lui-même fait treuver dans son couvert,

puis dans son pain, puis dans un plat, par habileté.

[96] Probablement une balle de plomb.

_Le 13, mardi._—Il va chez la Reine, y a étudié[97].

[97] Circonstance exceptionnelle qu'Héroard note en marge.

_Le 14, mercredi._—Entretenu sur le catéchisme, mené par la galerie

aux Feuillants, joué aux Tuileries.—Mené en carrosse à Saint-Eustache,

puis à l'hôtel de Bourgogne.

_Le 15, jeudi._—Mené en Bourbon à la messe, puis au petit jeu de paume

à la rue du Champfleury.

_Le 17, samedi._—Après souper il se fait armer des armes complètes

jusques aux pieds, que le prince Maurice lui avoit envoyées, et tout

armé s'en va trouver la Reine.

_Le 18, dimanche._—Exhorté par le sieur de Fleurence sur le

catéchisme; à trois heures goûté, mené à la comédie à l'hôtel de

Bourgogne. A sept heures soupé; il va chez la Reine, qui étoit en son

petit cabinet; il heurte fort; elle ne le trouve pas bon, croyant que

ce fût faute de respect.

_Le 19, lundi._—M. de Souvré lui remontre ce qu'il avoit fait le soir

précédent, et pour ce sujet il est fouetté.

_Le 21, mercredi._—Mené en carrosse à vêpres à Piquepusse, puis à la

comédie de l'hôtel de Bourgogne.

_Le 22, jeudi._—Ce matin la Reine reçut la nouvelle du décès de Mme la

duchesse de Mantoue, sa sœur aînée[98]; le Roi en pleura.

[98] Éléonore de Médicis, née en 1566, seconde femme de Vincent

de Gonzague, duc de Mantoue.

_Le 23, vendredi._—En soupant il parloit d'oiseaux, d'une pie-grièche

qu'il avoit, et dit qu'il la vouloit dresser pour voler le moineau,

et un moineau pour le roitelet, et le roitelet pour mouche. Je lui

demande: «Et la mouche, sire, que lui fairez-vous voler?»—_Je lui

fairai voler le moucheron._

_Le 24, samedi._—Joué en la galerie, il y fait courir devant lui un

chameau que M. de Nevers lui avoit donné, lui fait faire quatre tours

d'un bout à l'autre.

Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628) · 第 5 / 37 段