_Le 10, jeudi._—Déjeuné, étudié, etc., il fait armer sa petite

compagnie, et à neuf heures, par la galerie, les fait aller comme

dessus à la foire aux Tuileries. Étudié, goûté, mené à la foire aux

Tuileries; ramené, il va chez la Reine, là où, à six heures et demie,

Mlle Ricassa, l'une des filles italiennes de la Reine, fut fiancée au

sieur de Saint-Germain-d'Apchon. Comme le curé, en sa remontrance, eut

parlé des peines des fornicateurs, l'on demanda au Roi qui étoient

les fornicateurs; le Roi répond soudain: _Ceux qui mettent la pâte au

four_.—Dévêtu, mis au lit, prié Dieu, il dit: _Demain il faira mauvais

temps, je ne pourrai sortir, je veux prendre médecine. Allez dire à

mousseur Hérouard qu'il me fasse donner de ma dragée_, et me l'envoie

commander.

_Le 11, vendredi._—Éveillé à sept heures; à sept et demie il prend

dragée de rhubarbe purgative, une demi-once; il se joue au lit,

s'amuse à peindre, ayant fait venir Bunel[53], l'un de ses peintres et

excellent. A trois heures levé, il prend sa robe; Frédéric Pourbes[54],

flamand, peintre excellent, le tire de sa hauteur pendant qu'il se

joue à des petites besognes. Il s'amuse à faire un potage au lait pour

l'envoyer à Mme de Guise, et autres semblables petits jeux.

[53] Jacob Bunel, né à Blois, en 1558, chargé par Henri IV des

peintures de la galerie du Louvre.—Voy. _Lettres missives_, VII,

481.

[54] Porbus ou Pourbus le jeune s'appelait Franz ou François;

c'est pourtant de lui qu'il s'agit ici. Né à Anvers en 1570, il

mourut à Paris en 1622.

_Le 13, dimanche._—Mené en carrosse aux Célestins, à vêpres; joué au

jardin; il y a goûté. Après souper il joue aux dames rabattues contre

M. de Longueville, qui perdoit, et le Roi lui dit que le Louvre lui

portoit malheur, d'autant que M. de Longueville avoit dit qu'il gagnoit

toujours chez lui.

_Le 14, lundi._—Mené par la galerie aux Capucins; joué au jardin des

Tuileries; il va à la foire comme dessus.

_Le 15, mardi._—A six heures levé, prié Dieu; on lui fait ses cheveux

paisiblement, contre sa coutume; vêtu; à sept heures et demie déjeuné;

il n'étudie point, ayant composé à cette condition pour faire ses

cheveux, et puis dit: _C'est aujourd'hui carême prenant[55]; il

est fête._ Dîné peu, par impatience d'aller à la chasse au bois de

Vincennes; il faisoit fort mauvais temps, inégal, de pluie, grêle et

vent; il étoit gaiement à cheval.

[55] Mardi gras.

_Le 16, mercredi._—Mené par la galerie, à la foire aux Tuileries.

_Le 17, jeudi._—Il s'entretient en soupant des linottes, bruiants[56]

et moineaux qu'il a donnés aux sieurs du Plessis-Praslin, de Humières

et de Bonnenan pour les dresser pour mouches et pour papillons; ils les

tiennent devant lui, sur le poing, chaperonnés.

[56] Ou bréant, oiseau jaune de la grosseur d'un moineau; on le

nomme aussi verdier.

_Le 18, vendredi._—Après dîner il va à la fenêtre pour voir combattre

sans touches (_sic_) un homme contre un lion.

_Le 21, lundi._—Mené par la galerie aux Tuileries, où la foire tenoit

encore.

_Le 22, mardi._—A deux heures botté, mené en carrosse au bois de

Vincennes, à la volerie; il monte à cheval, a pris à l'oiseau une

perdrix en vie; ramené en carrosse, il faisoit grand brouillard.—Il

s'amuse (en soupant) à voir des sauteurs et joueurs de marionnettes.

_Le 24, jeudi._—Mené chez la Reine, au grand cabinet, où il joue à la

mouche. A une heure et demie mené en carrosse au sermon, à Saint-Merry,

puis au faubourg Saint-Germain, chez M. le marquis d'Ancre, où il a

goûté.

_Le 26, samedi._—A sept heures et demie mené en carrosse à la messe

aux Augustins et à la chasse à Meudon, où il a dîné; il monte à cheval,

court le chevreuil et chasse jusques à quatre heures; est ramené à

cheval.

_Le 27, dimanche._—Mené en carrosse à Saint-Étienne-du-Mont, au

sermon, puis se jouer au clos de Sainte-Geneviève.

_Le 1er mars, mardi, à Paris._—A une heure botté, mené en carrosse à

la volerie; monté à cheval, il va par delà le Bourget; ramené à cinq

heures et demie, il va chez la Reine, et à six heures et demie en la

galerie, avec la Reine, aux fiançailles de Mlle de Liancourt et de M.

le comte de la Rochefoucauld[57], d'où il s'en va fâché en son cabinet

pour ce que l'on ne l'avoit pas fait signer. A sept heures soupé; en

soupant il se parloit des fiançailles: _Moi_, dit-il, _quand j'ai vu

qu'on me faisoit pas signer, je m'en suis fort bien allé à mon cabinet;

je suis fondu comme une pierre_.

[57] François de la Rochefoucauld, Ve du nom, depuis duc de

la Rochefoucauld, mort en 1650. De sa femme Gabrielle du

Plessis-Liancourt, il eut douze enfants, dont l'aîné fut l'auteur

des _Maximes_.

_Le 3, jeudi._—Il s'amuse, en soupant, à voir des joueurs de

marionnettes; va chez la Reine.

_Le 4, vendredi._—Son précepteur lui racontoit que Atlas avoit porté

le monde sur ses épaules, le Roi dit soudain: _Je le porterois bien_,

et il prend sur ses épaules un des tomes où étoient les cartes du

monde: _Voyez je porte le monde en France_, et prenant l'autre tome:

_J'en porterois bien un autre_[58].

[58] Il est probable que le mot _atlas_ s'appliquait déjà à un

recueil de cartes géographiques.

_Le 6, dimanche, à Paris._—Il envoie à Saint-Germain quatre dogues

équipés en mulets et chargés de coffres, comme si c'étoient les mulets

de sa chambre. A deux heures mené au sermon à Saint-André des Ards,

puis aux Tuileries.

_Le 7, lundi._—A midi il entre en carrosse, et monte à cheval au Roule

pour aller à Saint-Germain-en-Laye; ce fut la première fois qu'il y

alla roi[59]. Il chasse en chemin à la volerie, et à quatre heures et

demie arrive à Saint-Germain, où il est reçu par Messieurs et Mesdames;

soudain il se va promener partout.

[59] La Reine était aussi de ce voyage. _Voy._ la lettre de

Malherbe du 8 mars.

_Le 8, mardi, à Saint-Germain._—A déjeuner il s'entretient de la

chasse et à quoi il emploiera le temps: _Nous irons ce matin au parc,

où je fairai bien des choses_. Il vouloit aller à la garenne; en

étant refusé, il se consent d'aller au parc; jamais il n'étoit oisif.

Étudié, mené au parc, à dix heures à la messe, à la chapelle du vieux

château, ramené à dix heures et demie chez la Reine. Après dîner il

va au jardin, s'amuse à piocher et râteler[60]; à deux heures mené

en carrosse à la forêt, il est monté à cheval, court deux cerfs, les

prend, se treuve à la mort de l'un sans brosser[61].

[60] A râtisser; le mot râteler vient plus directement de râteau.

[61] Sans passer dans les _brossailles_, comme dit Héroard au 22

juin suivant.

_Le 10, jeudi, à Saint-Germain._—Éveillé, fouetté[62], étudié; il va

chez la Reine.

[62] Il y a cinq lignes laissées en blanc dans le manuscrit

original. Héroard était parti la veille et le journal est

continué par Guérin jusqu'au 19 mars, date du retour d'Héroard.

_Le 11, vendredi._—Il va au vieux château[63] voir Madame. Il va à la

chasse, part de Saint-Germain, et arrive à Paris à quatre heures.

[63] Ce détail prouve que le jeune Roi demeurait alors au château

neuf de Saint-Germain.

_Le 12, samedi, à Paris._—Mené à Piquepusse à vêpres, et pour mettre

la première pierre à l'église, où il est longtemps à maçonner.

_Le 15, mardi._—Il dit qu'il a rêvé en dormant et songé que M. de

Souvré le fouettoit.

_Le 18, vendredi._—Étudié, etc.; son précepteur lui dit assez bas

qu'il n'étoit possible pas des plus savants, mais toutes fois qu'il

n'étoit pas un homme du commun ne du vulgaire, car on ne l'eût pas mis

auprès de Sa Majesté[64].

[64] Des Yveteaux parle de lui-même et répond sans doute à une

observation que lui a faite le jeune Roi, car Guérin a écrit en

marge: _facetum_.

_Le 19, samedi._—A une heure monté en carrosse; hors la ville il monte

à cheval, est mené à la garenne de Colombes, voit courir un loup. Après

souper il va chez la Reine.

_Le 20, dimanche, à Paris._—Mené en carrosse au sermon à

Saint-Barthélemy, puis allé aux Tuileries.

_Le 23, mercredi, voyage._—Mené à la chapelle de Bourbon, puis à six

heures trois quarts monté en carrosse; il part de Paris, va dîner à

Essonne, où il arrive à dix heures. A une heure et demie il entre en

carrosse, arrive à quatre heures et demie à Fontainebleau; c'est la

première fois qu'il y est arrivé roi. Mené chez la Reine, qui arriva à

sept heures et demie; à neuf ramené en sa chambre, qui regarde sur le

jardin de la Reine et est contre la chambre ovale en laquelle il naquit.

_Le 26, samedi, à Fontainebleau._—Mené à la chasse du cerf, à trois

lieues de Fontainebleau; ramené à six heures, soupé. Joué à cachette;

il y fait jouer M. de la Curée, lieutenant de sa compagnie de

chevau-légers.

_Le 27, dimanche._—Mené promener aux jardins et à dix heures à la

messe avec la Reine, à la chapelle de la salle du bal; il va à la

procession. A trois heures il va au sermon à la salle du bal; mené au

grand canal, il entre en sa galiote, fait tirer la rame à ceux qui

étoient avec lui; ramené par le chenil et les jardins.

_Le 28, lundi._—A quatre heures monté en carrosse pour aller à la

chasse, où, étant arrivé, M. de Souvré lui demande s'il veut pas

monter à cheval, et qu'il y a deux haquenées; qu'il choisira.—_Pour

qui sera l'autre?_—«Ce sera pour moi.»—_Je suis bien aise d'être en

carrosse_, et il n'en voulut point sortir. C'étoit à dessein, afin que

M. de Souvré ne montât point sur sa haquenée; c'étoit l'une de ses

plus fortes jalousies.—Mis au lit, il parloit des Égyptiens[65] qu'il

avoit rencontrés, revenant de la chasse, et dit: _Si on voloit pour

Égyptien, le grand prévôt seroit un bon gerfaut_. M. d'Aiguillon et M.

le marquis d'Ancre y étoient, sa nourrice aussi; M. le marquis d'Ancre

lui dit, mettant la main sur la nourrice: «Sire, il faut que les femmes

qui sont à votre coucher couchent avec M. d'Aiguillon, qui est un grand

chambellan, et avec moi qui suis premier gentilhomme de votre chambre;

le Roi le regardant en colère, lui tourne le dos, disant ces mots: _Ouy

les vilaines_[66].

[65] Des bohémiens.

[66] Héroard a écrit en marge: «_Nota, nota. Serium et pudicum

responsum._»

_Le 31, jeudi._—Mené à neuf heures au sermon, qui fut fait par M.

l'évêque de Montpellier[67], puis il lava les pieds aux pauvres.

Pendant la cérémonie ou un peu après, il voit un archer de ses

gardes qui tirailloit de la toile (_sic_) avec un gentilhomme de

ses ordinaires nommé le sieur de Maivre[68], commande au sieur de

Nérestang, capitaine de ses gardes: _Allez tancher_ (tancer) _cet

archer, qui se prend à un de mes gentilshommes_.

[67] Pierre Fenouillet.

[68] Peut-être de Maure.

_Le 1er avril, vendredi, à Fontainebleau._—A huit heures et demie mené

au sermon et au service, où il est jusques à midi. Après dîner mené à

ténèbres, et à quatre heures au jeu de paume.

_Le 2, samedi._—Il s'amuse à tirer contre un chardonneret que l'on lui

avoit apporté en sa chambre, avec son arbalète à argelet, le frappe en

l'aile par deux fois. Mené à la messe, à la salle du Cheval, conduit

par M. le marquis d'Ancre. A trois heures et un quart, il va dans la

chambre de la Reine; elle étant près de lui, en la ruelle du lit,

reçoit le marquis Spinola, qui passoit, s'en allant en Espagne.

_Le 3, dimanche._—A huit heures il va à confesse, en sa chambre, au

P. Coton, jésuite; à neuf heures à la messe, en la salle du Cheval, où

il fait ses Pâques; à onze heures en la cour des Fontaines, et touche

les malades pour la deuxième fois; il y en avoit six cent soixante[69].

A midi dîné; à deux heures il monte en carrosse, va ouïr vêpres à la

chapelle Saint-Louis.

[69] _Voy._ au 22 mai suivant.

_Le 4, lundi._—Éveillé à huit heures, et sachant qu'il étoit si tard,

il pleure, dit que l'on l'appellera paresseux.

_Le 5, mardi._—Mené à vêpres que l'on a fait dire avant le sermon pour

l'amour de lui, qui vouloit aller à la chasse; botté, mené en carrosse

jusques au lieu de l'assemblée, monté à cheval à quatre heures et

demie, ramené à six heures.

_Le 8, vendredi._—Étudié; M. le chancelier et M. le président Jeannin

le viennent voir; il leur montre ses petites besognes, et au départ

leur donne à chacun un œuf d'autruche.

_Le 9, samedi._—Il va au jardin de la Reine, s'amuse à faire des

ponts sur l'eau qui étoit au bassin de la fontaine, y travaille lui

même.

_Le 15, vendredi[70]._—Le Roi s'est éveillé à sept heures et demie,

s'est fâché et a grondé de ce qu'on l'avoit laissé dormir si longtemps.

[70] Héroard a écrit en regard: «M. le Maistre, médecin du Roi,

a recueilli ce qui s'ensuit pendant que je suis à Paris dès ce

jourd'hui.» L'absence d'Héroard dure jusqu'au 30 avril.

_Le 16, samedi._—Il s'est promené aux jardins et est allé en carrosse

à la Héronnière pour voir la galère neuve et les matelots, équipée de

tout, que M. le général des galères[71] lui a fait venir de Marseille,

est revenu à pied par le parc des canaux.

[71] Philippe-Emmanuel de Gondi, marquis de Belle-Isle.

_Le 17, dimanche._—M. le premier président de Verdun[72] et autres

conseillers du Parlement le sont venus trouver et faire la révérence

au milieu de son déjeuner, desquels il auroit ouï la harangue et leur

auroit fait sa petite réponse, courte et grave, pour les remercier et

continuer à faire leurs charges et la justice; ce qu'il fait le chapeau

au poing, et ne l'avoit que levé légèrement de dessus sa tête et remis

aussitôt, à leur arrivée. Il est à présumer que, songeant à sa réponse,

il s'oublia de son déjeuner.

[72] Nicolas de Verdun, premier président du parlement de Paris.

_Le 18, lundi._—M. le premier président de Verdun est venu prendre

congé de lui, et a été prié par M. de Souvré d'interroger S. M.,

laquelle a dit à M. de Souvré qu'elle en savoit plus que lui en cas de

petits discours.

_Le 20, mercredi._—Promené aux canaux, il y a fait mettre sa galère

dedans l'eau, avec cérémonie, fait tirer les canons, trompettes sonner,

et les forçats tirer la rame tout nus; S. M. toutesfois n'y est point

entrée, encore qu'elle l'ait demandé.

_Le 21, jeudi._—Sur la fin de son dîner, il a baillé et fait présent

d'un cheval à Augustin, turc de M. de Guise.

_Le 23, samedi._—Il est allé voir jouer au tripot[73], et de là en la

grande galerie voir tirer la bague.

[73] Au jeu de paume.

_Le 24, dimanche._—Environ les sept heures il monte en carrosse et

va à Arvane, maison de M. de Loménie, près de Moret; là il se joue à

passer son temps à pêcher. Après dîner il retourne pêcher, et de là va

à la chasse aux toiles, prend un chevreuil en vie et un marcassin d'un

an qui fut tué à coups d'épée, ce dont il fut fort fâché. Il revient à

Fontainebleau à six heures et demie, va voir la Reine.

_Le 25, lundi._—Il va au jardin de la Reine, puis aux canaux et sur

l'eau, en la galère.—Après souper il est allé en sa chambre avec M.

d'Épernon, qui l'a entretenu tout le long de son souper.

_Le 27, mercredi._—A huit heures et demie soupé; il a fort ri à table,

entretenant M. de Montmorency, M. d'Elbeuf et autres seigneurs; neuf

heures ont sonné lui étant encore à table. Il est allé chez la Reine,

et s'est retiré à dix heures.

_Le 29, vendredi._—Après souper il va chez la Reine, se retire à dix

heures; il s'étoit blessé au genou en tombant à la chambre de la Reine.

_Le 30, samedi._—Ressentant plus de douleur en son genou que le soir

précédent et ayant de la peine à s'y bien appuyer, S. M. demeure au lit

pour ce jour-là. A onze heures dîné dedans le lit; il a été servi par

M. de Vendôme[74].

[74] Héroard a écrit à la fin de cette journée: «Je reprends ici

la suite; j'arrivai à la fin de son dîner.»

_Le 1er mai, dimanche, à Fontainebleau._—A huit heures et demie

déjeuné; il se fait servir des aulx, fait semblant d'en vouloir manger,

en fait le bon compagnon[75], et tout à coup: _Je n'en mangerai pas,

mais je m'en frotterai le nez pour baiser madame de Guise_, et il s'en

frotte le nez.—Mis au lit, M. d'Épernon prend congé de lui pour aller

en Angoumois; il l'embrasse et le baise par plusieurs fois.

[75] Pour imiter son père. _Voy._ au 1er mai 1606.

_Le 5, jeudi._—Mené en l'hôtel de Navarre, où il fait courir des

marcassins qu'il y avoit fait apporter. Il commande à un harquebusier

de ses gardes de tirer un oiseau; il tire, l'affût se rompt, puis le

harquebusier dit au sieur Dauger qu'il eût bien voulu que le Roi lui

eût donné de l'argent pour le refaire. Dauger le dit au Roi, qui lui

demande: _Le vous a-t-il dit?_—«Oui, Sire.»—_Je lui en donnerai

quand il ne y pensera pas[76]._—Après souper il va chez la Reine, se

déguise, danse le Pantalon devant elle.

[76] _Voy._ au 16 mai suivant.

_Le 6, vendredi._—Mis au lit, il se fait apporter ses petits moines de

poterie, s'amuse à leur faire des capuchons, les taille, les coud et

dextrement.

_Le 7, samedi._—Il se plaint de douleur au ventre, me commande à lui

faire donner un clystère, signe qu'il sentoit bien de la douleur; on

lui porte le clystère, il marchande avec l'apothicaire. La Reine y

vient, les persuasions n'ont point de lieu; M. de Souvré le menace du

fouet, il prend le clystère; c'est le deuxième qu'il a pris[77].

[77] _Voy._ au 15 mai 1608.

_Le 10, mardi, à Fontainebleau._—Mené en carrosse aux toiles, il y

voit prendre deux ou trois bêtes de compagnie; on lui vient demander

s'il les vouloit voir tuer.—_Non! si on les veut tuer, que ce ne soit

pas devant moi!_ M. de Préaux me l'a dit.

_Le 11, mercredi, voyage._—Éveillé à quatre heures et demie, il

demande quelle heure il est, et lui ayant été dit: _Je me veux pas

encore lever, je veux pas dormir, je me reposerai; dites-moi quand il

sera cinq heures et demie_. Il ne dort point; l'heure venue, il dit:

_Levez moi et faites-moi venir tous les garçons de la chambre, je

leur veux commander à chacun ce qu'ils auront à faire_. Il les envoie

aux uns et aux autres de ceux qu'il lui plut, pour les éveiller et

leur dire qu'il s'alloit lever: à M. de Vendôme, à M. le Chevalier,

son frère, à M. le comte de la Rochefoucauld. A sept heures et demie

il entre en carrosse et part de Fontainebleau pour aller à Paris; il

arrive à Tigery, près de la forêt de Sénart, à dix heures trois quarts;

y a dîné. A deux heures il part, et à Conflans monte à cheval, arrive à

Paris à cinq heures et demie.

_Le 12, jeudi, à Paris._—Mené à vêpres aux Chartreux, il y tire de

l'eau au grand puits, en fait tirer à l'âne, y fait combattre _Gayan_,

son chien, contre une fouine.—Mis au lit, il commande à deux valets de

chambre de se mettre chacun à l'un des côtés de son lit, pendant qu'il

s'endormiroit. Il craignoit les esprits depuis la mort du Roi son père,

et en avoit ainsi usé depuis ce temps-là quand il se vouloit endormir.

_Le 13, vendredi._—Étudié, etc.; il donne audience aux ambassadeurs

d'Espagne, Angleterre et Venise. A cinq heures il est mis sur un bateau

et conduit jusques à l'île des Bonshommes[78].

[78] Appelée depuis l'île des Cygnes.

_Le 14, samedi._—Étudié, etc.; mené par la galerie aux Feuillants[79],

joué aux Tuileries, ramené en carrosse, il va chez la Reine. A onze

heures et un quart dîné; il va jouer en la galerie, étudié. Il demande

à M. Beringhen, l'un de ses premiers valets de chambre, un anneau de

cuivre où il y avoit un cadran; M. de Souvré lui remontre qu'il ne le

falloit pas redemander et le service que Beringhen lui rendoit. Il

écoute et ne dit mot, et longtemps après il appelle: _Beringhen, je le

vous donne; si je l'eusse fait quand mousseur de Souvré me l'a dit,

vous lui en eussiez eu de l'obligation et non pas à moi_. Il va voir

la reine Marguerite, puis entre en un bateau couvert, est mené jusques

près des Bonshommes; ramené en carrosse.

[79] «Le samedi 14 furent faits par toutes les paroisses de

Paris les services pour l'âme du feu Roi. LL. MM. le firent

aux Feuillants, où elles assistèrent. La cour de Parlement ne

laissa d'entrer et de travailler à l'ordinaire, et n'alla point

à Notre-Dame. Quelque forme de cérémonie, mais piétre, se fit à

Saint-Denis, où le prince de Conti, seul des princes, se trouva.»

(_Journal de Lestoile._)

_Le 16, lundi._—Il va en carrosse à la messe aux Feuillants, puis va

à Saint-Germain-en-Laye, pour voir ses frères et sœurs; y a dîné. Il

va partout, aperçoit le soldat qui avoit rompu l'affût de sa harquebuse

à Fontainebleau, le 5me de ce mois, l'appelle: _Tenez, velà pour faire

remonter votre harquebuse_. A trois heures goûté avec Messieurs; il ne

veut point boire, dit qu'il boira au Pecq, entre en carrosse, arrive à

Paris à six heures trois quarts.

_Le 17, mardi._—Mené en carrosse à la verrerie, au faubourg

Saint-Germain.

_Le 19, jeudi._—Éveillé à sept heures et demie, il se fait entretenir,

demande si le marquisat de Saluces est plus grand que la Bresse.

_Le 20, vendredi._—Mené en carrosse au faubourg Saint-Germain, visiter

M. et Mme Conchino, malades, puis au parc de l'hôtel de Luxembourg.

_Le 22, dimanche._—Il va à la messe en Bourbon, et à onze heures

touche les malades; il y en avoit environ onze cents. Dévêtu, mis

au lit et demi-heure après levé, dîné. A deux heures et demie mené

aux Jacobins, où il entend vêpres et la dispute; ils tenoient leur

assemblée générale[80].

[80] «Le Roi, avec une patience merveilleuse, a ce jourd'hui

(jour de la Pentecôte) touché les malades, que l'on tient avoir

été jusques au nombre de onze cents. La dernière fois qu'il

toucha, pour éviter que quelque malheureux ne fît rien de mal à

propos, les malades, à mesure qu'il les touchoit, étoient tenus

par des archers qui étoient derrière eux; mais cette fois, pour

ne faire paroître la défiance, on s'est contenté de leur faire

joindre les mains. Il y avoit eu avis qu'avec cette occasion un

coquin devoit entreprendre contre la personne du Roi; et l'avis

venoit du sieur de Vouzay, lieutenant de M. de Châteauvieux à la

Bastille; si bien que ce M. de Vouzay a toujours été derrière

le Roi pour prendre garde s'il verroit quelque visage semblable

à celui que l'on avoit dépeint. Tout s'est bien passé, grâce

à Dieu. Leurs Majestés sont allées cette après-dînée voir les

disputes des Jacobins, qui sont ici en nombre infini pour leur

chapitre général.» (_Lettre de Malherbe_, du 22 mai.)

_Le 23, lundi._—Il va en carrosse aux Feuillants, après monte à cheval

au Pont l'Évêque et va à Saint-Germain-en-Laye, y a dîné. A quatre

heures il entre en carrosse, arrive à Paris à sept heures.

_Le 28, samedi, à Paris._—M. Des Yveteaux, son précepteur, lui

racontoit comme, le jour précédent, en l'assemblée des Jacobins,

la Sorbonne s'opposa contre un bachelier qui soutenoit que le pape

étoit par dessus le concile, et dit qu'il y avoit grande apparence de

croire, comme elle faisoit, que le concile étoit par dessus le pape:

_Et moi non_, répond le Roi, _je crois que le pape est par dessus le

concile_[81].

[81] «Depuis ce 15 jusqu'au 20, on ne disputa point, pour ce

que tous n'étoient point arrivés. Le 20 on recommença, et

continua-t-on jusques au dernier du mois, qui étoit le mardi,

sans interruption que de deux jours, à cause des thèses: _An

papa super concilium, aut concilium super papam?_» (_Journal de

Lestoile._)

_Le 30, lundi, voyage._—A six heures trois quarts il entre en

carrosse, part de Paris et arrive à Tigery à dix heures, y a dîné.

Parti à trois heures et demie et arrivé à Fontainebleau à six heures et

demie.

_Le 31, mardi, à Fontainebleau._—Mené à dix heures et demie à la

chapelle de la salle du bal, il va chez la Reine.

_Le 1er juin, mercredi, à Fontainebleau._—Mis au lit, il s'amuse à

se faire entretenir et à jouer d'une petite raquette avec de petites

balles d'or.

_Le 2, jeudi._—A dîner il mange un peu d'un petit oiseau rôti, que

son nain, Dumont, avoit tué le jour précédent. Mené promener au grand

canal, il va voir la Reine puis M. de Souvré, malade d'une jambe,

s'assied en une chaire près de lui et lui raconte tout ce qu'il sait.

_Le 5, dimanche, à Fontainebleau._—Mené promener vers le canal, ramené

à huit heures et un quart; il sait que la Reine étoit à la fontaine du

Tibre (l'on y faisoit de la musique), il y va, est ramené à neuf heures

et un quart, s'amuse à jouer au trictrac.

_Le 6, lundi._—Il va sur le passage du cabinet à la galerie

lambrissée, où il faisoit faire un four pour y faire cuire des

confitures, s'amuse à le voir faire. A huit heures et demie il va voir

M. de Souvré, malade.

_Le 8, mercredi._—Il y avoit plus de trois mois qu'il n'avoit plu; ce

matin il plut un peu. Quelqu'un dit qu'à Paris l'on alloit descendre

la châsse de Sainte-Geneviève.—_Pourquoi?_—«Pour faire venir la

pluie.»—_Ho! astheure qu'il pleut_, dit le Roi en souriant. Après

dîner il va chez la Reine, qui faisoit et s'amusoit à faire faire des

parfums; il y travaille aussi.

_Le 9, jeudi._—Après souper il va jouer en la galerie de la Reine, y

entend la musique; M. de Vendôme revient d'Anet. Le Roi étant seul près

de lui, l'on se prend à chanter une chanson d'un ballet du feu Roi, et

à ces mots:

Dessous la loi

D'un si grand Roi,

Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628) · 第 4 / 37 段