_Le 22, lundi, à Paris._—A sept heures déjeuné, étudié, écrit, tiré

des armes, dansé; il se met en mauvaise humeur pour ce que M. de Souvré

le vouloit mener à Notre-Dame; il ne vouloit pas, à cause, disoit-il,

qu'il y auroit une grande messe. «Oui, Sire, lui dit M. de Souvré,

mais il y aura de la musique, que vous aimez tant.»—_Oui, mais il

y en a de deux sortes, il y en a une que j'aime point_; c'étoit le

plain-chant. M. de la Noue, gentilhomme, heurta pour entrer, M. de

Souvré commande de lui ouvrir la porte! _Hé! mousseu de Souvré, je

vous prie que non._—«Pourquoi, Sire?»—_Pource qu'il me verroit en

mauvaise humeur._ Enfin mené en la galerie, puis en carrosse à la messe

à Notre-Dame, à son corps défendant. A trois heures, après avoir donné

audience à l'ambassadeur de Mathias, roi de Hongrie, il est mené en

carrosse à vêpres, aux Augustins.

_Le 24, mercredi, à Paris._—Mené à la galerie et à la boutique d'un

marchand qui avoit des besognes de la Chine; ramené à dix heures, il

entend la messe en son cabinet, puis va au conseil et en sort à onze

heures. A cinq heures il va en la galerie, y fait atteler ses dogues à

son petit carrosse, et fait du carrossier[41]; il va chez la Reine, y

joue au poirier, au grand cabinet.

[41] Contrefait le carrossier.

_Le 26, vendredi, à Paris._—Il s'amuse à peindre en étudiant.

_Le 27, samedi, à Paris._—Éveillé à deux heures après minuit, en

sursaut, criant fort haut: _Madame de Guise!_ Il se rendort jusqu'à

six heures trois quarts. A onze heures dîné, bu du vin blanc; peu

après il demande encore à boire, puis dit tout à coup: _Non, non, j'en

veux point_; il rêvoit quelquefois ainsi en mangeant. A trois heures

goûté, mené en carrosse chez la reine Marguerite, joué, couru, sauté

au jardin. Ramené à cinq heures, il va chez la Reine, revient en sa

chambre, y voit jouer un Espagnol joueur de gobelets; il découvre une

partie de ses jeux.

_Le 30, mardi, à Paris._—A onze heures dîné; tout le long du dîner et

du souper il s'amuse à jouer du tambour avec son couteau et la queue de

sa cuiller, battant sur la table, sur les vaisselles, sur l'assiette,

sur le cadenat[42].

[42] Coffret d'or ou de vermeil, contenant le couteau, la

cuiller, etc., qu'on servait à la table du Roi.

_Le 1er décembre, mercredi, à Paris._—A sept heures et demie, étudié,

écrit, tiré des armes, dansé. A huit heures mené en la galerie, puis en

la chambre d'un marchand qui avoit des marchandises de la Chine. A deux

heures et demie mené en carrosse au bois de Vincennes; il faisoit grand

froid. Il chasse au parc, à cheval, est ramené et a goûté en carrosse.

Pendant son souper il me raconte comme il s'étoit échauffé, puis en

revenant mis du long du carrosse[43]: _Je me suis couvert des mandilles

de mes laquais, qui étoient doublées de frise; cela est chaud; j'étois

si à mon aise!_

[43] Il s'était étendu dans le carrosse.

_Le 2, jeudi, à Paris._—A sept heures et un quart il part aux

flambeaux, entre en carrosse, va aux Capucins, où il entend la messe,

puis arrive à Ruel, où il a dîné à onze heures, y ayant donné à dîner à

Madame, à Mme Christienne et à Mlle de Vendôme. Ramené en carrosse, il

arrive à quatre heures et demie; à six heures et demie soupé. Il va en

son cabinet, commande à l'huissier de ne laisser entrer personne sans

lui demander son nom et le lui venir dire; il aimoit quelquefois être

en particulier. Il se fait donner des cartes et des ciseaux dont il les

coupe en diverses façons, va donner le bonsoir à la Reine.

_Le 3, vendredi, à Paris._—A sept heures trois quarts, déjeuné;

il monte en son étude, se fait lire _la Gazette_ apportée de Rome,

l'écoute attentivement, demande ce qu'il n'entend point. Il y avoit une

clause parlant bien de Sa Majesté: comme il réussissoit; prompt; d'un

esprit vif; amateur des armes et des lettres, et desireux de savoir

toutes choses selon les occurrences et tout au grand contentement des

gens de bien; son précepteur lui demanda s'il lui plaisoit qu'il la

lût encore: _Non, non_, répond le Roi, témoignant (ce qui étoit de son

naturel) de n'aimer pas la flatterie.

_Le 4, samedi, à Paris._—A trois heures goûté; mené à la galerie, là

où l'on fait les doubles[44].

[44] Où l'on fabriquait les doubles louis.

_Le 5, dimanche, à Paris._—A dix heures trois quarts dîné; il va à la

fenêtre pour voir entrer en garde les compagnies; à deux heures mené en

carrosse aux Bonshommes, ramené de même.

_Le 7, mardi, à Paris._—Il va à la messe en la chapelle de

l'antichambre de la Reine, puis va sur la balustre de la galerie voir

passer les compagnies qui entroient et sortoient de garde. Étudié; mené

en carrosse à la verrerie, il y fait plusieurs besognes.

_Le 8, mercredi, à Paris._—Mené en carrosse à vêpres, à

Saint-Germain-de-l'Auxerrois.

_Le 10, vendredi, à Paris._—Il est mené chez la Reine, puis va à la

messe à la chapelle de l'antichambre de la Reine. Joué en la galerie;

il va chez le marchand qui a des besognes de la Chine. Il va donner le

bonsoir à la Reine; mis au lit, il fait chanter des noëls.

_Le 11, samedi, à Paris._—Éveillé à cinq heures et demie, il se veut

lever à toute force; M. de Souvré l'empêche; enfin, levé à sept heures,

blême, le visage abattu, enrhumé. Étudié; mené par la galerie aux

Feuillants, joué aux Tuileries, ramené en carrosse. Mené en carrosse à

la Roquette, il monte à cheval, y court un cerf privé. Mis au lit il

fait chanter des noëls.

_Le 12, dimanche, à Paris._—A sept heures et demie déjeuné; il monte

au cabinet des livres, s'amuse à petites choses. A trois heures mené

en carrosse aux Jésuites de Saint-Louis, au sermon et à vêpres.

Ramené, il va chez la Reine; à six heures et un quart soupé. Peu après

il s'endormoit sur sa chaise en attendant M. de Souvré; l'on prend la

chaise à bras et on la fait sauter allant par la chambre; il dit _qu'il

va à courbettes_.

_Le 13, lundi, à Paris._—Mené à la volerie, vers les Ternes; il y est

monté à cheval, y a goûté à la campagne. Ramené en carrosse et à six

heures soupé; peu après il s'endormoit, il est éveillé à poursuivre une

chauve-souris qui étoit entrée dans sa chambre. Il va chez la Reine;

mis au lit il fait chanter et chante des noëls.

_Le 14, mardi, à Paris._—Mené en carrosse au parc de l'hôtel de

Luxembourg, au faubourg Saint-Germain, il y court un lièvre. A

six heures et demie soupé, peu, par impatience de voir jouer des

marionnettes. Il va chez la Reine.

_Le 15, mercredi, à Paris._—Éveillé à cinq heures, il est levé, gai et

joyeux de ce qu'il lui avoit été permis de se lever, d'autant que sur

l'empêchement il se fâchoit, il en pleuroit et disoit que l'on diroit

qu'il est paresseux. A sept heures déjeuné, étudié; à dix heures mis

en carrosse, botté, mené au bois de Boulogne courir le loup, il y en

a pris deux. Ramené à cheval, il parle à tous ceux qu'il rencontre,

demande qui ils sont, où ils vont, etc., comme faisoit le feu Roi. Il

ne y eut jamais enfant qui eût tant d'actions de père qu'il en avoit du

feu Roi.

_Le 17, vendredi, à Paris._—Étudié, écrit, tiré des armes, dansé; il

va chez la Reine, qui étoit au conseil.

_Le 18, samedi, à Paris._—Il fait courir par ses petits chiens un

lièvre dans sa chambre. Mené en carrosse au faubourg Saint-Germain, en

l'hôtel de Luxembourg; il y monte à cheval, et court un lièvre dans

le parc. A cinq heures il va chez la Reine aux fiançailles de M. de

Guise et de Mme Henriette-Catherine de Joyeuse, fille de feu Henri de

Joyeuse, dit _Père Ange_, capucin, et veuve de feu M. de Montpensier.

_Le 19, dimanche._—M. l'évêque de Bayonne[45], premier aumônier, le

veut dissuader d'entendre au Louvre le sermon du P. Coton pour aller

ouïr celui d'un jeune docteur à Saint-Paul, où il vouloit aussi aller

ouïr vêpres et de là après aller à la Roquette. Il résiste tant qu'il

peut, dit que _ces docteurs sont si longs_, jusques à ce que le dit

sieur évêque lui eût promis qu'il seroit plus court de la moitié que

celui du P. Coton. Alors il consent, et à deux heures est mené en

carrosse à Saint-Paul; à l'entrée de la porte il dit à M. de Bayonne:

_Souvenez-vous bien de ce que vous m'avez promis_. Il y entend le

sermon et vêpres, puis est mené en carrosse à la Roquette, y monte à

cheval, et court un cerf privé dans le parc, avec ses chiens.

[45] _Voy._ au 5 septembre précédent.

_Le 20, lundi, à Paris._—Mené par la galerie aux Feuillants; il

se joue au jardin des Tuileries, où il se trouve un chien enragé,

qui pilla plusieurs de ses chiens et entre autres son chien favori,

_Gayan_, et celui qui avoit la charge de ses chiens. Il donne un grand

coup de houssine à ce chien enragé, lequel peu après s'en venoit tout

droit à lui sans qu'il fût arrêté par le sieur de Meurs, enseigne aux

gardes écossois, qui l'arrêta avec son bâton et le vouloit tuer, si

le Roi, par sa naturelle humanité, ne lui eût commandé de ne le faire

pas. Ramené à dix heures et demie en carrosse chez lui, il raconte

la déconvenue de ses chiens et supplie la Reine de les faire envoyer

à la mer. Sa Majesté fait expédier à l'heure une ordonnance pour le

veneur[46]; à onze heures il vient pour dîner, me fait l'honneur de

m'en dire autant, mais la larme à l'œil, parlant de son veneur et de

_Gayan_, disant: _Je voudrois ne avoir point mené Gayan aujourd'hui aux

Tuileries_.

[46] Qui avait été mordu.

_Le 21, mardi, à Paris._—Mené à la salle, au sermon du P. Coton, puis

aux Tuileries par la galerie.

_Le 22, mercredi, à Paris._—Étudié, écrit, tiré des armes, dansé; à

deux heures goûté. Il est botté, entre en carrosse pour aller à la

volerie; hors la ville, il monte à cheval, vole la corneille, en prend

cinq, vole un chat-huant, qui fut pris.

_Le 23, jeudi, à Paris._—Mené en carrosse au bois de Madrid, il y

est monté à cheval, chasse deux loups, vole une corneille, est ramené

en carrosse. Il va chez la Reine; à six heures et demie, soupé; il se

chauffe, et, de peur de s'endormir, se fait porter dans sa chambre,

dans sa chaise, en faisant danser ceux qui le portoient.

_Le 26, dimanche, à Paris._—Il est mené en carrosse à Saint-Étienne du

Mont, à vêpres, puis va au parc Sainte-Geneviève, où il court un lièvre

avec ses petits chiens.

_Le 27, lundi, à Paris._—Son aumônier, Bologne, lui demandoit où il

lui plaisoit d'entendre la messe. Il répond: _Aux Feuillants_. Il avoit

neigé; il reconnoît que son aumônier se souriant, faisoit le rétif:

_Ho! ho! mon aumônier, vous êtes paresseux, je le vois bien. Vous

craignez la neige et moi je y prends plaisir._ Mené par la galerie aux

Feuillants, couru au jardin des Tuileries; ramené en carrosse, il va

chez la Reine. A deux heures mené en carrosse à Saint-Jean en Grève au

sermon et à vêpres, puis chez M. de Roquelaure; il se joue au jardin,

court par la neige, s'en joue.

_Le 28, mardi, à Paris._—Il est mené par la galerie aux Feuillants,

puis passe le temps au jardin des Tuileries à coups de pelotes de neige.

_Le 30, jeudi, à Paris._—Il va chez la Reine, où, environ une heure,

il blêmit fort et soudain, disant qu'il brûle à la gorge et au ventre,

demande à se coucher. Mis au lit, il s'amuse à jouer aux cartes avec M.

de Vendôme. Amusé à voir un joueur de gobelets, il se fait apprendre

les tours. A cinq heures levé, mené chez la Reine, il se joue dans

le grand cabinet avec ses petits, à la chaîne et à d'autres jeux; à

six heures et un quart soupé. Étant sur sa chaise percée, il se fait

mettre sa petite table sur un escabeau, devant, et joue aux cartes, au

reversis, contre M. de Vendôme et M. son frère, le Chevalier. Il va

chez la Reine, lui donne le bonsoir.

_Le 31, vendredi, à Paris._—Mené en carrosse à la Roquette, où il a

couru un cerf privé.

ANNÉE 1611.

Passetemps du Roi.—Peu de goût pour la danse.—Le gâteau des

Rois.—Crainte de passer pour paresseux.—Querelle du comte de

Soissons et du prince de Conty; insolence de celui-ci.—Tir

à l'arbalète.—Le Roi en sentinelle.—Ignorance de l'évêque

de Soissons.—Mot du Roi sur la démission de Sully.—Dîner

à Ruel.—Les chiens pour larron.—La foire Saint-Germain

tenue aux Tuileries.—Le comédien grimacier.—La compagnie de

petits gentilshommes.—Préférence donnée aux tableaux sur les

diamants.—Fiançailles de Mlle Ricassa; les fornicateurs.—Le

peintre Bunel; portrait du Roi par Porbus.—Les dames

rabattues.—Peu de goût du Roi pour l'étude.—Oiseaux dressés

pour le vol.—Sauteurs et joueurs de marionnettes.—Goûter

chez Concini.—Fiançailles de Mlle de Liancourt.—Plaisanterie

sur Atlas.—Séjour à Saint-Germain.—Le Roi fouetté.—Retour

à Paris.—Première pierre de l'église de Picpus.—Moquerie du

Roi envers son précepteur.—Départ pour Fontainebleau.—La

galiote du Roi.—Jalousie du Roi.—Les Égyptiens ou

bohémiens.—Familiarité de Concini; pudeur du Roi.—Cérémonie

du Jeudi saint.—Audience du marquis Spinola.—Pâques du Roi;

il touche 660 malades.—Galère neuve du Roi.—Audience du

parlement de Paris.—Le turc de M. de Guise.—Le Roi n'aime

pas l'ail comme son père.—Congé de M. d'Épernon.—Moines de

poterie.—Retour de Fontainebleau à Paris.—Crainte des esprits

depuis la mort de Henri IV.—Souvenir de la promesse faite

à un soldat.—Visite à M. et Mme Concini malades.—Fête de

la Pentecôte; le Roi touche 1,100 malades.—Mot du Roi à Des

Yveteaux.—Départ pour Fontainebleau.—Le nain Dumont.—Maladie

de M. de Souvré.—La châsse de sainte Geneviève.—Chanson d'un

ballet de Henri IV; pleurs du Roi et de M. de Vendôme.—Croyance

aux esprits.—Le jeu de colin-maillard.—Compassion pour un

paysan.—Tragédies et farces jouées à la Cour.—Générosité

envers un jardinier.—Le réveille-matin.—Départ pour Paris;

le Roi à l'hôtellerie d'Essone.—Réprimande au baron de

Vitry et au chevalier de Vendôme.—Portrait en cire du Roi;

sa générosité envers l'artiste.—Le jeu _Je vous prends

en ce point_.—Des Yveteaux remplacé comme précepteur du

Roi.—Séjour à Saint-Germain.—_La Bradamante_ jouée par les

enfants de France.—Départ du chevalier de Vendôme.—Dîner

chez M. de Frontenac.—Dispute avec M. de Souvré.—M. de

Poutrincourt.—Retour à Paris.—Arrivée du nouveau précepteur

Le Fèvre.—Fête de l'Assomption; le Roi touche 450 malades,

en est incommodé.—Serment des échevins de Paris.—Première

leçon de M. Le Fèvre.—Première commission donnée par le

Roi.—Le Roi va à la comédie à l'Hôtel de Bourgogne.—Tours

d'escamotage.—Le Roi fouetté.—Mort de la duchesse de

Mantoue.—Un chameau dans la galerie du Louvre.—Dispute avec

M. de Souvré; mot du Roi à son précepteur.—Anniversaire de la

naissance du Roi.—Les ortolans des Tuileries.—Départ pour

Fontainebleau.—Le royaume des sots.—Bonnet donné au cardinal de

Bonzi.—Mme de Ragny et les guenons du Roi.—Arrivée du prince

de Condé.—Les arquebuses du Roi; première arquebusade.—Dicton

de Bourgogne sur les clystères.—Timothée, arquebusier de

Rouen.—Adresse du Roi au tir.—Combat des dogues anglais

contre un ours.—Arrivée de la duchesse de Lorraine.—Le jeu

de remue-ménage.—Arrivée du cardinal de Gonzague.—Départ de

Fontainebleau pour Paris.—Gasconnade de M. de Souvré.—Mort de

la reine d'Espagne.—Une chèvre savante.—Mort de Monsieur, duc

d'Orléans.—Le jeu de _quillebouquet_.—Le duc d'Anjou prend le

titre de Monsieur.—Première mention du nom de Luynes.—Départ de

la duchesse de Lorraine.—Comédies à l'Hôtel de Bourgogne.—Le

jeu de billard.—Mots du Roi sur M. de Nevers et sur le prince de

Condé.—Scène avec M. de Souvré.—Chasses au vol.—Les faiseurs

d'almanachs.—Mot du Roi sur M. de Vastan; sa discrétion au

secret.

_Le 1er janvier, samedi, à Paris._—Mené à la chapelle Saint-Louis des

Jésuites, au sermon et à vêpres.

_Le 5, mercredi._—Monté au cabinet des livres, il s'amuse à tirer un

petit canon lequel il a chargé lui-même de ses carreaux de velours et

d'autres manteaux, se met seul dans le timon et tire. Écrit, dansé à

regret; il n'aimoit pas la danse de son naturel, et si il faisoit bien;

il le fait pour faire les révérences à M. de Souvré, qui le forçoit à

les bien apprendre.—A quatre heures il va chez la Reine; il joue dans

le grand cabinet, met deux flambeaux allumés au milieu de la place, et,

allant à passades, passe entre deux avec M. le chevalier de Vendôme

et trois ou quatre de ses petits gentilshommes. Il va dans le petit

cabinet, où étoit la Reine, qui fit couper un gâteau des Rois; M. de

Souvré, qui y étoit seul homme, fut le Roi. A six heures et demi soupé;

il fait couper le gâteau des Rois; l'on demandoit l'endroit de la fève

pour la lui faire tomber: _Non je veux pas, il le faut faire comme il

viendra_; Dieu fut le roi[47].

[47] La part de Dieu ou des pauvres.

_Le 6, jeudi._—Étudié sans savoir qu'il fût fête. Mené en carrosse à

Saint-Séverin, au sermon et à vêpres, puis au faubourg Saint-Germain,

en l'hôtel de Luxembourg; il court dans le parc.

_Le 8, samedi._—Éveillé à sept heures, il se plaint, jusques à peu

près des larmes, de ce qu'on l'avoit laissé dormir si tard[48]. _Hé

quoi, l'on dira que je suis un paresseux; je me veux pas habiller en

ma chambre, je veux pas que tant de monde me voie, l'on diroit que je

suis paresseux._ Mené en carrosse à la plaine de Grenelle, il monte à

cheval, vole la corneille; il faisoit froid, il met pied à terre, et

chemine longtemps.

[48] Il se levait ordinairement à six heures.

_Le 9, dimanche._—Mené au sermon et à vêpres à Saint-Merry.

_Le 12, mercredi._—A cinq heures il va chez la Reine, où l'on étoit

après pour accorder la querelle de M. le comte de Soissons, du jour

précédent, avec M. le prince de Conty, sur la rencontre inopinée de

leurs carrosses, et avec M. de Guise, qui avoit répondu pour ledit

sieur prince son beau-frère; il écoute tout, retient tout, sait tout,

n'en fait pas le semblant.

_Le 13, jeudi._—A onze heures et demie dîné; il sort de la table

par impatience d'aller voir sortir et entrer les gardes, et aima

mieux se hâter que de les faire attendre, car on lui demanda s'il le

vouloit.—Après souper il va chez la Reine, qui étoit en son petit

cabinet, en peine pour accommoder la querelle de M. le comte de

Soissons avec M. de Guise; M. le prince de Condé y entre brusquement,

sans aucun respect, et se couvre tout aussitôt sans saluer le Roi

autrement, et s'assied; il parle assis à M. de Bouillon. Le Roi va à M.

de Souvré: _Mousseu de Souvré, voyez, voyez Mousseu le Prince; il est

assis devant moi, il est insolent._—«Sire, c'est qu'il parle à M. de

Bouillon, et ne vous voit pas.»—_Je m'en vas mettre près de lui pour

voir s'il se lèvera_; il s'approche près, puis encore plus près, et ne

se levant point, le Roi va à M. de Souvré: _Mousseu de Souvré, avous

pas vu qu'il s'est pas levé; il est bien insolent._

_Le 15, samedi._—Éveillé à sept heures et demie, il se plaint de ce

que l'on l'a laissé dormir si tard, en vient presque aux larmes, disant

que tout le monde dira qu'il est paresseux.

_Le 16, dimanche._—Il monte au cabinet des livres, tire au blanc avec

une arbalète à argelet (_sic_), tire droit et avec jugement. Mené jouer

à la galerie, à cause de la neige, et à la messe en Bourbon. A deux

heures mené en carrosse avec la Reine au parc de Madrid.

_Le 19, mercredi._—Étudié, etc.[49]; il se joue en la galerie, fait

voler le moineau par un perroquet jaune qui étoit à lui.

[49] Le Roi étudie deux fois par jour: après son déjeûner, de

huit à neuf heures, et après son dîner, de midi à une heure.

_Le 20, jeudi._—A deux heures mené en carrosse chez la reine

Marguerite.

_Le 21, vendredi._—Mené par la galerie aux Feuillants; il geloit fort

et faisoit grand froid; avant que de sortir de son cabinet, il tira de

six pas d'une arbalète à argelet, contre un petit oiseau, qu'il tua,

l'ayant frappé au milieu de la poitrine; il tiroit justement et avec

jugement.

_Le 22, samedi._—Il s'amuse (pendant son dîner) à voir sauter une

fille de cinq ans[50]. Mené en carrosse au parc de Madrid, où il a vu

pour la première fois faire la monstre à sa compagnie de gendarmes,

qu'il avoit étant Dauphin et laquelle fut entretenue.

[50] Une faiseuse de tours.

_Le 23, dimanche._—Après déjeuner il monte au cabinet des livres,

prend un bâton, se fait mettre en sentinelle par le jeune Loménie,

qu'il fait caporal, fait demander à M. de la Curée par M. de Préaux

s'il connoît point ce soldat. M. de la Curée répond que non.—«Il a été

aux guerres de Flandres,» dit M. de Préaux.—«Il a bonne mine,» répond

M. de la Curée, puis adressant la parole au sentinelle: «Mon compagnon,

d'où êtes-vous?»—_De Gâtinois_, répond le Roi.—«Comment vous

appelez-vous?»—_Capitaine Louis._—«Vous êtes bien habillé; il y a

quelque sergent qui est votre camarade, qui vous fournit ce qu'il vous

faut?»—_Oui._—A trois heures et demie il va voir passer la compagnie

de gendarmes allant en garnison à Saint-Denis.

_Le 25, mardi._—A huit heures et demie mis en carrosse pour aller à

la volerie au Bourget, où pour la première fois il a dîné; il faisoit

brouillard et grand froid; à une heure il monte à cheval, vole pour

héron et pour rivière. Ramené à quatre heures trois quarts, il va chez

la Reine.

_Le 27, jeudi._—Étudié, etc.; M. l'évêque de Soissons, de la maison

des Hennequins à Paris[51], le vient voir; l'on disoit qu'il ne savoit

pas beaucoup. Le précepteur du Roi le lui dit à l'oreille, et l'induit

à faire prendre un livre latin, et, le lui présentant lui-même, lui en

demander l'interprétation; il se y laisse aller.

[51] Jérôme Hennequin, évêque de Soissons de 1585 à 1619.

_Le 29, samedi._—M. de Sully fut, ce jourd'hui, démis de la garde

de la Bastille et de la surintendance des finances; le Roi dit à

M. de Souvré: _L'on a ôté Mousseu de Sully des finances?_—«Oui,

Sire.»—_Pourquoi?_ demande-t-il avec contenance d'étonnement.—«Je

n'en sais pas les raisons, mais la Reine ne l'a pas fait sans beaucoup

de sujet, comme elle fait toutes choses avec grande considération. En

êtes-vous marri?»—_Oui._

_Le 1er février, mardi, à Paris._—Mené par la galerie aux Feuillants,

puis monté à cheval; il vole en chemin et à dix heures, arrive à Ruel,

où Madame et Mlles de Vendôme et de Verneuil arrivent, et à onze heures

ont dîné avec lui. Joué au jardin; il fait voler ses émérillons devant

Madame; à trois heures elles s'en retournent à Saint-Germain en Laye,

et lui arrive à Paris en carrosse à quatre heures trois quarts.

_Le 2, mercredi._—Mené en carrosse à vêpres, à

Saint-Jacques-de-la-Boucherie.

_Le 5, samedi._—L'on parloit (à son souper) de certains chiens

d'Angleterre, nommés _tommelins_, qui endorment les lapins et d'autres

chiens qui treuvent les larrons, les suivant et les sentant sans les

voir; il dit en s'égayant: _Il faut avoir une meute de chiens pour

larron, nous en prendrons bien._

_Le 7, lundi._—A huit heures trois quarts mené, par la galerie, en

la salle des Tuileries, où se tenoit la foire Saint-Germain pour les

joailliers, peintres et marchands de Flandre et d'Allemagne, d'autant

qu'elle étoit défendue au faubourg Saint-Germain, à cause des querelles

de la Cour, et les autres sortes de marchands étoient en autres et

divers lieux[52]. Ramené à dix heures et demie, il va à la messe à la

chapelle de l'antichambre de la Reine, puis chez la Reine et à onze

heures et demie dîné, étudié, goûté. Mené par la galerie à la foire en

la salle des Tuileries, ramené par le même chemin à cinq heures. Il

s'amuse (pendant son souper) à voir jouer un comédien qui représentoit

seul plusieurs personnages, va chez la Reine.

[52] «En ce mois, la foire Saint-Germain ne se tint point à

Paris, à cause de la mort du Roi, ce qui ne s'étoit point vu

depuis la Ligue.» (_Journal de Lestoile._)

_Le 8, mardi._—Mené par la galerie aux Feuillants, puis à la foire

aux Tuileries, comme dessus. Après dîner il fait armer ses petits

gentilshommes, qu'il appelle sa compagnie, comme il le souloit faire,

et par la galerie s'en va, tabourin battant, enseigne déployée, à la

foire comme dessus, aux Tuileries, la met en garde pour empêcher, ce

dit-il, le désordre. Ramené à cinq heures par le même chemin et en la

même façon.

_Le 9, mercredi._—Mené par la galerie aux Feuillants, puis à la foire

comme dessus. A deux heures et demie goûté, mené par la galerie à la

foire aux Tuileries; la Reine y étoit, lui veut donner une chaîne de

diamants du prix de sept à huit cents écus; il n'en veut point, dit

mieux aimer des tableaux.

Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628) · 第 3 / 37 段