[31] _Q. Horatii Flacci emblemata, imaginibus in æs incisis,

notisque illustrata, studio Othonis Vœni.—Antuerpiæ_, 1607,

in-4º. A la fin du livre, l'approbation donnée à Anvers le 15

mars 1607 est accompagnée de cette indication: _Privilegiis

Pontifico, Cæsareo, Regum Hispaniæ et Galliœ, et Principium

Belgii, cautum est, ne quis hæc emblemata aut alia ejusdem

auctoris opera imitetur_. L'exemplaire conservé au cabinet

des Estampes de la Bibliothèque Impériale (nº T a 11) est aux

armes de Louis XIII et porte cette correction faite à l'encre:

_Privilegiis Pontifico, Cæsareo, Regum Galliæ et Angliæ,

Principium Belgii, etc_.

_Le 1er octobre, vendredi, à Paris._—A sept heures, déjeuné, étudié,

écrit, tiré des armes, dansé; mené par la galerie aux Feuillants,

ramené en carrosse à dix heures et demie chez la Reine. A onze heures,

dîné, étudié, etc. A trois heures, goûté, mené en carrosse chez la

reine Marguerite, ramené à six heures et demie.

_Le 2, samedi, voyage._—Éveillé à cinq heures, levé avec allégresse

et impatience de partir pour aller à son sacre. A six heures et demie,

déjeuné; botté à sept heures, il entend la messe en Bourbon. A sept

heures trois quarts il entre en carrosse et part de Paris pour aller

à Reims. Dîné à dix heures à Livry; peu après il monte à cheval, est

allé à la chasse. A trois heures goûté à la campagne; arrivé à Fresne

par les allées, il se y promène à pied et à cheval. La Reine, qui avoit

dîné à Bondy, arrive à cinq heures et demie. A sept heures soupé; il

s'amuse en son cabinet à peindre, fait lui-même ses couleurs sur le

cuivre, peint sur la toile l'Avarice et la Prudence, vêtues, assez

bien, y est attentif, fait toutes les actions que sauroit faire un

peintre, à la fin serre lui-même ses couleurs et ses pinceaux.

_Le 3, dimanche, voyage._—A sept heures trois quarts il part de Fresne

en carrosse et va à Meaux, c'est la première fois, où il a dîné. Peu

après il monte à cheval, vient chassant par Trie-le-Port et arrive à

quatre heures à Monceaux. Il se va promener par les allées dans l'étang

vidé, va jusques à la bonde; M. de Souvré lui dit par diverses fois

qu'il ne donnoit pas de louanges aux belles choses et mêmement à celles

qu'il venoit de voir; se sentant pressé, il répond: _Mais, mousseu de

Souvré, savez-vous pas bien que je suis pas grand parleur?_

_Le 4, lundi, à Monceaux._—A sept heures et demie déjeuné, étudié,

etc. Mené à la chapelle puis au parc; mené à la chasse en carrosse.

_Le 5, mardi, à Monceaux._—A sept heures et demie déjeuné, étudié;

son précepteur lui commença sa leçon par la louange des romans, et lui

demanda s'il pensoit pas que la lecture des romans fût pas suffisante

pour instruire un prince: _Non_, répond le Roi.

_Le 6, mercredi, à Monceaux._—En étudiant il s'amuse à dresser des

escadrons en diverses sortes avec ses hommes de plomb, sur la table

percée; son précepteur lui dit que, selon Platon, les dieux étoient par

dessus les rois comme les rois étoient par dessus les hommes et les

capitaines. Il répond soudain: _Oui, mais il n'y a qu'un Dieu, il y a

plusieurs rois_. Mené en carrosse ouïr la messe aux Bonshommes, où lui

sont offerts des raisins par eux; ramené à onze heures et demie, dîné;

peu après il va jouer à la balle en la galerie.

_Le 7, jeudi, à Monceaux._—Mené en carrosse à la chasse du cerf, hors

du bois il monte à cheval, le voit prendre dans la rivière.

_Le 8, vendredi, à Monceaux._—Il disoit à M. de Bellegarde, grand

écuyer, qu'il avoit une arbalète: «Sire, dit-il, vous en tirez

bien.»—_Non, je tire pas bien, mais peu à peu nous apprendrons._—Il

avoit un jeune garçon nommé César qui avoit été laquais; il le fit

cocher de son petit carrosse à bidets et l'aimoit, en parloit souvent.

On lui demanda pourquoi il l'aimoit, il répond soudain: _Pource qu'il

est homme de bien_. Mené au parc à cheval, il prend un chevreuil, fait

ce qu'il peut pour faire ruer le petit mulet sur quoi étoit monté M. de

Souvré, tâchant d'une houssine à atteindre la croupe. M. de Bonnivet le

suivoit à cheval, et il n'y avoit autre que lui; le Roi se retournant

lui dit: _Pourquoi allez-vous à cheval?_—«Sire, pource que je n'ai pas

bonnes jambes.»—_Il ne faut donc pas que vous veniez ici après moi._

_Le 9, samedi, à Monceaux._—Mené à la messe en la galerie, il donne

le bonjour à la Reine. A une heure et demie il entre en carrosse, va

à l'abbaye de Jouarre contre son gré et bien forcé; M. de Souvré le y

porta[32]; il faisoit fort mauvais temps de vent et de pluie. Ramené

à cinq heures, il se va promener dans le parc, dans son petit carrosse

à six bidets, que le sieur Constance, écuyer ordinaire, avoit fait

couvrir; à cinq heures trois quarts il va chez la Reine. A huit heures

et demie il étoit las; dévêtu, mis au lit, il ne veut pas que l'on

ouvre le pied du lit quand il se couche, pour n'être vu du monde qui

étoit en sa chambre, que l'on fait sortir.

[32] L'y décida.

_Le 10, dimanche, à Monceaux._—Il s'amuse à mettre en diverses figures

de bataillons ses hommes de plomb sur la table percée, n'en peut partir.

_Le 11, lundi, voyage._—A sept heures déjeuné, mené à la messe, puis

monté à cheval, mené à la Trousse, maison du capitaine de la porte; il

y a dîné à dix heures trois quarts. A une heure il monte à cheval, et à

quatre heures et demie arrive au château de Gandeleu. A six heures et

demie soupé; il va chez la Reine. A huit heures et demie mis au lit, il

se fâche de ce qu'il y avoit trop de monde en la chambre et dit: _On y

laisse entrer toute sorte de personnes_.

_Le 12, mardi, voyage._—Mené à la messe, puis à huit heures il entre

en carrosse et part de Gandeleu; il va au Buisson, maison de M. le

vicomte d'Ouchy[33], près de Coincy. A une heure il part du Buisson,

est mené en carrosse et arrive à quatre heures à Fère en Tardenois,

est logé au bourg, chez le grenetier. Il s'en va au château, le visite

tout, va au parc après les daims; ramené à six heures, il va au-devant

de la Reine, qui arrivoit.

[33] Eustache de Conflans, chevalier d'honneur de la reine Marie

de Médicis; mort en 1628.

_Le 13, mercredi, voyage._—Déjeuné, étudié, mené à la messe, puis en

carrosse au parc, où il est mis à cheval, court les daims, en fait

prendre un pour le faire nourrir. A une heure il part de Fère, entre en

carrosse et arrive à Fismes à quatre heures, est débotté; demi-heure

après M. de Souvré lui demande s'il vouloit aller se promener?—_Oui,

mais je ne saurois aller à cheval sans bottes._—«Vous irez à pied, il

fait beau aller.»—_Ho! non; velà qui seroit beau, j'irois à pied et

l'on me suivroit à cheval!_—«Il faut reprendre la botte.»—_J'aime

donc mieux que l'on me botte._ A cinq heures et un quart il monte

à cheval, est promené dehors. A huit heures dévêtu, mis au lit, il

dit à M. de Souvré, qui tenoit la bougie: _Mousseu de Souvré, sautez

pour voir si le plancher branle_; il étoit pesant, et pour couvrir la

raillerie il dit: _Si j'étois debout je sauterois, je le ferois bien

branler._

_Le 14, jeudi, voyage._—Éveillé à cinq heures, doucement, il dit qu'il

n'a point dormi, qu'il a entendu courir la poste toute la nuit, et les

charretiers qui crioient: _Dia_. A sept heures et demie il entre en

carrosse et part de Fismes, se trouve mal en chemin, a mal au cœur; ce

dit, il s'appuye sur M. de Souvré. Il étoit légèrement vêtu, il faisoit

bien froid et il avoit mal reposé la nuit. Il arrive à deux lieues de

Reims à.....[34], où il a bien dîné; à une heure il entre en carrosse,

et à une demi-lieue de la ville monte à cheval pour son entrée; et,

après avoir entendu patiemment toutes les harangues, il entre à Reims,

va à Notre-Dame environ les cinq heures trois quarts. On lui prend son

cheval; c'étoit un barbe blanc, il le veut ravoir. A sept heures soupé.

[34] Héroard a laissé ce nom en blanc.

_Le 15, vendredi, à Reims._—A sept heures et demie déjeuné, étudié;

mené en carrosse à Saint-Remy, ramené à onze heures, il va chez la

Reine, puis à onze heures et un quart dîné. A deux heures et demie mené

à Saint-Pierre, où il a goûté; ramené à cinq heures, il va à vêpres à

Notre-Dame. A huit heures trois quarts devêtu, mis au lit; l'on parloit

d'une querelle qu'il y avoit entre quelques-uns de la musique et

demandoit-on comment ils se battroient; il répond: _Il faut qu'ils se

battent avec des luths_.

_Le 16, samedi, à Reims._—Il blâme Outrebon, l'un des musiciens de sa

chambre; c'est celui qui le jour précédent avoit pris querelle contre

Guédron, autre musicien et qui avoit montré à Outrebon: _Mais velà qui

est beau! Outrebon qui se veut battre contre Guédron, et Guédron lui

a montré tout ce qu'il sait_, et le trouvoit fort mauvais. Mené en

carrosse à Saint-Nicaise, ramené à dix heures trois quarts. A trois

heures mené en cérémonie à Notre-Dame pour ouïr vêpres et recevoir

l'ordre de confirmation; il est confessé par le P. Coton, de la

compagnie des Jésuites, puis à cinq heures et demie reçoit l'ordre de

confirmation par M. le cardinal de Joyeuse. Ramené à six heures, il se

joue à atteler ses petits gentilshommes l'un à la suite de l'autre et

les touche devant soi[35].

[35] C'est-à-dire qu'il les touche du fouet en les conduisant.

_Le 17, dimanche, à Reims._—Éveillé à cinq heures, levé, mené et

couché en son cabinet, dans son lit de parade, où MM. les pairs le

sont venus trouver pour le mener à Notre-Dame pour le sacrer. Il entre

en l'église à neuf heures et demie, est reçu par l'illustrissime

François, cardinal de Joyeuse; MM. les princes de Condé, de Conty et

comte de Soissons représentoient les ducs de Bourgogne, de Normandie

et d'Aquitaine, MM. les ducs de Nevers, d'Elbeuf et d'Épernon les

comtes de Flandre, de Champagne et de Toulouse. Sur les onze heures

fut conduite la sainte ampoule par MM. les marquis de Sablé, baron de

Biron, baron de Nangis et baron de Rabat, portée par Dom Lépagnol,

grand prieur de Saint-Remy; sur midi, il reçoit l'onction, est conduit

sur le pupitre. Les pairs le baisent par deux diverses fois; il donne

un petit soufflet à M. d'Elbeuf, gaiement, et essuie sa joue. Il fut

remarqué que, aux deux fois qu'il fut baisé par M. d'Épernon, il

porta ses deux mains à sa couronne pour l'assurer en sa tête. Il va à

l'offrande, communie; en marchant il tâchoit d'attraper la queue du

manteau de M. de la Châtre, qui marchoit devant lui, faisant l'office

de connétable. Il supporta fort vertueusement toute la fatigue de cette

cérémonie qui se termina à deux heures et un quart. Ramené, on le

vouloit faire reposer dans un lit; encore qu'il fût un peu las, il dit

qu'il avoit faim. A deux heures et demie dîné de la viande de MM. de la

ville, apprêtée et servie par ses officiers, M. le maréchal de Lavardin

faisant la charge de grand maître; bu du vin blanc, il boit à la santé

de MM. les pairs. Il va en sa chambre, se fait mettre au lit, se fait

apporter sa table percée et s'amuse à dresser des bataillons avec ses

hommes de plomb, puis à faire des engins de cartes. A six heures M. de

Souvré le fait lever et vêtir un habillement neuf, dont il entre en

mauvaise humeur et s'apaise à la fin. Mené chez la Reine; à huit heures

et demie mis au lit.

_Le 18, lundi, à Reims._—A huit heures et demie déjeuné, étudié; à dix

heures et un quart il monte à cheval, vêtu de satin blanc en broderie

d'argent, sur un cheval blanc, est mené à la messe à Saint-Remy. A

trois heures trois quarts mené à Notre-Dame pour être fait chevalier du

Saint-Esprit, il entend les vêpres; à cinq heures trois quarts il est

fait chevalier par M. le cardinal de Joyeuse, puis fait chevalier M.

le prince de Condé. Le cardinal de Joyeuse ne le voulut pas être après

lui, bien qu'il eût été autrement résolu et qu'il l'eût consenti; il

(le cardinal) eut dans l'église une longue conférence avec le cardinal

de Gondi: l'on eut opinion qu'il lui avoit fait changer d'avis. Quand

le Roi lui demanda pourquoi il le refusoit, il répondit d'autant qu'il

étoit le premier prince de l'Église et qu'il plût à Sa Majesté de le

conserver en son droit; le Roi lui dit: _Il faut parler à la Reine ma

mère, je puis pas résoudre cela_; il ne fut pas fait chevalier. Le Roi

reçoit les chevaliers gaiement; comme ils le vont baiser, il prend la

barbe à M. le Grand en riant, en disant: _Velà un honnête homme_.

_Le 19, mardi, à Reims._—A huit heures et demie il entre en carrosse

pour aller dîner à Cosson, maison du baron du Tour, à deux lieues

de Reims; il monte à cheval, vole la perdrix, en prend six. Mis

en carrosse, il revient à Reims à cinq heures trois quarts; amusé

doucement chez la Reine jusques à huit heures et demie. Dévêtu, il

feint de dormir pendant qu'on le devêtoit; mis au lit, comme M. de

Souvré eût dit: «C'est à cette heure à bon escient qu'il dort,» il

s'ébouffe de rire.

_Le 20, mercredi, voyage._—A sept heures déjeuné; il ne veut point

aller à la messe à pied et dit: _Velà qui est beau que j'aille à pied

par les rues!_ Et toutefois M. de Souvré insistant, il va à pied à la

messe à Saint-Pierre pour favoriser l'abbesse. A huit heures et demie

il part de Reims à cheval et s'en va dîner à quatre lieues de là, à

Cormicy. A une heure et demie il monte à cheval et, chassant par le

Pont-à-Vesle, arrive à quatre heures trois quarts à Saint-Marcoul[36],

se va jouer sur le préau. A six heures et trois quarts soupé.

[36] Bourg de France en Picardie, au diocèse de Laon. «Il dépend

de l'église de Saint-Remi de Reims: on tient que les rois de

France y doivent faire un voyage aussitôt qu'ils sont sacrés et

que c'est en ce lieu là qu'ils reçoivent le pouvoir de guérir des

écrouelles.» (_Dictionnaire géographique_ de La Martinière.)

_Le 21, jeudi, à Saint-Marcoul._—Il va à confesse en son cabinet au P.

Coton, jésuite, puis à huit heures et demie déjeuné. Il va à la messe

et à dix heures un quart revient en la cour du logis où il y avoit

neuf cents et tant de malades des écrouelles qu'il a touchés aussi

sûrement et dextrement comme s'il s'y fût souvent exercé; il se repose

quatre fois, mais peu, ne s'assit qu'une seule fois. Il blêmissoit un

peu de travail, et ne le voulut jamais faire paroître, ne voulut pas

prendre de l'écorce de citron. Il demande à un malade d'où il étoit,

lui paroissant étranger; le malade répond: «De Lorraine.»—_Donnez-lui

un quart d'écu._ C'étoit pour être étranger et qu'il avoit entendu que

l'on en donnoit autant aux étrangers. A onze heures et demie parachevé;

à onze et trois quarts dîné. Il monte à cheval, est mené à la chasse.

_Le 22, vendredi, voyage._—A huit heures et demie il monte à cheval,

part de Saint-Marcoul et, par le Pont-à-Vesle, va dîner à Missy; à une

heure il remonte à cheval et va chassant, arrive à cinq heures à Brene.

_Le 23, samedi, voyage._—A sept heures et un quart déjeuné; il va

à la messe à l'abbaye, puis, à huit heures part de Brene, entre en

carrosse, va à Auchy-la-Ville, où il arrive à dix heures trois quarts;

à onze heures il y a dîné. Peu après il entre en carrosse, et à quatre

heures et demie arrive à la Ferté-Milon; il va aussitôt aux jardins. Il

s'amuse à faire des paniers de menu jonc, en fait faire à M. le Grand.

_Le 24, dimanche, voyage._—Il va à la messe à la petite chapelle de

la maison qui étoit à M. le marquis de Noirmoustier, puis, à huit

heures et un quart, part de la Ferté-Milon en carrosse et va à Tresmes,

maison de M. de Gesvres, secrétaire d'État, où il arrive à dix heures

trois quarts. Il va aux jardins, aux allées; à une heure trois quarts

il monte à cheval, et par le bac de Tancrou arrive à quatre heures à

Monceaux.

_Le 25, lundi, à Monceaux._—Déjeuné, étudié, mené à la messe à la

chapelle, puis au parc. Mené en carrosse à la garenne, il passe le bac

à Trie-le-Port, monte à cheval, voit prendre un loup et une louve.

_Le 26, mardi, à Monceaux._—Dîné avec impatience pour la chasse; à une

heure il part en carrosse avec la Reine pour aller à la chasse du cerf.

_Le 27, mercredi, à Monceaux._—A dix heures et demie dîné, joué,

étudié; à deux heures il entre en carrosse avec la Reine, est mené à la

volerie, où il monte à cheval.

_Le 28, jeudi, à Monceaux._—Mené en carrosse ouïr la messe aux

Bonshommes. A une heure il entre en carrosse avec la Reine pour aller à

la chasse du cerf; il faisoit grand froid.

_Le 29, vendredi, voyage._—A huit heures il monte à cheval et va

dîner à Meaux. A une heure il monte à cheval, va à la chasse au loup,

et à quatre heures trois quarts arrive à Fresne; débotté, il va aux

jardins. A cinq heures et demie il va au-devant de la Reine, monte en

sa chambre, joue avec elle; elle lui prête de l'argent et lui en donne

le gain pour le donner aux pauvres. Il gagne cinquante écus, les prend,

dit que son souper est sur la table et s'en va[37], son argent dans un

mouchoir; il arrive en sa chambre, montre son gain, s'en réjouit, et

dit que c'est pour donner aux pauvres.

[37] Héroard a mis en note en marge: «Coupe-queue au jeu»; c'est

ce que l'on a nommé depuis: faire Charlemagne, se retirer du jeu

avec tout son gain.

_Le 30, samedi, voyage._—Il est mené à la chapelle, puis entre en

carrosse et, par Mongeay, est mené au bois de Vincennes. A deux

heures il entre en carrosse jusques à Piquepusse, où il trouve ses

grands chevaux, monte à cheval et arrive à cinq heures à la porte

Saint-Antoine. Le prévôt des marchands et tous les officiers de la

Ville furent au-devant de lui; il fut tiré cent canonnades de cent

canons, que M. de Sully avoit fait mettre sur les remparts. Il arrive

à sept heures au Louvre, est débotté, dévêtu, se fait mettre au lit.

Soupé; il se lève, prend sa robe et ses bottines et se va coucher en la

chambre de la Reine, où il souloit coucher depuis la mort du Roi.

_Le 31, dimanche, à Paris._—A huit heures déjeuné; mené par la galerie

aux Feuillants et joué aux Tuileries; ramené en carrosse à dix heures

trois quarts, il va en la galerie où étoit la Reine et, à onze heures

et un quart les députés de la cour de Parlement, MM. les présidents de

Blancmesnil (qui porta la parole) et Molé, avec quatre conseillers, le

vinrent saluer; et aussitôt MM. des Comptes firent de même. M. Nicolaï,

premier président, porta la parole, accompagné de M. le président de

l'Aubespine. Mené à vêpres à Saint-Germain-des-Prés, puis mené aux

Tuileries; ramené à cinq heures et demie, il va chez la Reine, où il

fait la guerre à M. de Courtenvaux, nouvellement marié, auquel il veut

faire baiser sa femme[38] en présence de la Reine et lui dit: _Non, je

croirai pas que vous soyez marié, que je ne vous aie vu baiser votre

femme._

[38] Catherine de Neufville, qui avait épousé, par contrat du

3 mai 1610, Jean de Souvré, marquis de Courtenvaux, fils du

gouverneur de Louis XIII. Elle fut depuis dame d'atours de la

reine Anne d'Autriche, et mourut en 1657.

_Le 1er novembre, lundi, à Paris._—A neuf heures mené en carrosse à la

messe, à Notre-Dame, ramené à midi; à deux heures mené en carrosse au

sermon et à vêpres à Saint-Eustache puis aux Tuileries.

_Le 2, mardi, à Paris._—Éveillé à cinq heures il se fait entretenir

tout bas, de peur d'éveiller la Reine, par Catherine, femme de chambre,

jusques à six heures. Il donne le bonjour à la Reine, va en sa chambre,

entretient sérieusement M. le comte Henri de Nassau, frère du prince

Maurice, de la chasse, des lieux où il y a plaisir à la chasse, comme

Saint-Germain. Mené en carrosse à trois heures chez la reine Marguerite.

_Le 3, mercredi, à Paris._—A sept heures mis en carrosse, mené à la

messe aux Feuillants puis à Ruel, où il arrive à dix heures; Messieurs,

ses frères, et Mesdames, ses sœurs, y arrivent, et à onze heures ont

dîné avec lui. A trois heures remis en carrosse, Messieurs et Mesdames

retournent à Saint-Germain et lui à Paris; il y arrive à cinq heures et

demie.

_Le 4, jeudi, à Paris._—A six heures trois quarts déjeuné, écrit, tiré

des armes, dansé; son précepteur étoit malade.

_Le 6, samedi, à Paris._—A trois heures et demie il donne audience

au clarissime Vénier, ambassadeur extraordinaire de Venise, pour le

compliment de son avénement à la couronne; il va en la galerie, où il

se met dans son petit carrosse et le fait tirer par deux de ses dogues.

_Le 7, dimanche, à Paris._—Mené par la galerie aux Tuileries, où il

fait courir un loup qui se jeta dans l'étang, où il fut pris.

_Le 8, lundi, à Paris._—Il va en la galerie donner le bonjour à la

Reine; on lui présente un caméléon. A onze heures trois quarts dîné; il

dit qu'il aimera à bâtir, voyant de la table travailler les ouvriers

qui couvroient le pavillon des Tuileries du côté de la rivière.

_Le 9, mardi, à Paris._—A sept heures et demie il entre en carrosse

pour aller à la chasse au loup, à Colombes, où il a dîné à onze heures.

Une heure après il monte à cheval, va courir le loup, le prend, en

court un autre, qui se sauve; ramené et arrivé au Louvre à trois heures

et demie. A six heures et trois quarts soupé; il me dit qu'il n'a pas

envie de manger et qu'il voudroit bien avoir un lait d'amandes; il

étoit las et avoit envie de dormir. Il monte en son cabinet des livres

pour se y jouer avec des petits hommes du palais que M. le marquis

d'Ancre lui avoit donnés, mais il défend de dire que ce fût pour cela;

il y fait monter sa musique de luths, et les fait jouer pendant qu'il

se joue, _quasi aliud agens_. A huit heures trois quarts il va donner

le bonsoir à la Reine.

_Le 10, mercredi, à Paris._—Mené par la galerie aux Feuillants, il

court et prend un chevreuil porté aux Tuileries.

_Le 11, jeudi, à Paris._—A trois heures mené en carrosse à l'Arsenal,

il se joue et court beaucoup au jardin.

_Le 12, vendredi, à Paris._—A deux heures mené en carrosse à la

Roquette, où il a couru un cerf qu'il y faisoit nourrir; ramené à

cinq heures, et à six heures soupé. Il va chez la Reine, est amusé

jusques à huit heures et un quart, a envie de dormir, donne le bonsoir

à la Reine et va en sa chambre, où il est dévêtu, puis en son cabinet

joignant la chambre de la Reine, où il a couché. Amusé pour l'empêcher

de dormir, il prie Dieu, fait jouer de l'épinette La Chapelle,

excellent joueur qui étoit à lui, fait chanter le Bailly et jouer du

luth.

_Le 14, dimanche, à Paris._—Éveillé à six heures, levé, vêtu, il donne

lui-même à manger à ses petits oiseaux; à sept heures et demie déjeuné;

il va en la galerie, où il se joue, fait tirer son petit carrosse par

ses chiens, lui dedans. A huit heures mis au lit; il demande à jouer et

sa musique de peur de s'endormir si tôt; joué à gillet[39], aux cartes,

et en jouant il commandoit à sa musique. Quand ils cessoient: _Chantez,

chantez_, disoit-il, ainsi que souloit faire le feu Roi son père,

duquel il avoit toutes les mêmes actions.

[39] Les règles de ce jeu de cartes sont encore indiquées dans

l'_Académie universelle des jeux_, édition de 1730, page 333.

_Le 15, lundi, à Paris._—A six heures et trois quarts déjeuné, étudié,

écrit, dansé; il se ceint d'un cimeterre avec la ceinture à la Turque,

faite d'un tissu et se panadoit; il se met en posture disant: _Je veux

avoir ainsi ce cimeterre quand l'ambassadeur d'Espagne me viendra

voir_. Il demande à jouer au volant en attendant son tireur d'armes.

Mené en carrosse à la plaine de Grenelle, où il monte à cheval et court

un lièvre; ramené à cinq heures, il joue à la poule, jeu de cartes,

avec la Reine.

_Le 16, mardi, à Paris._—Mené en carrosse à Meudon, où il a dîné,

au château; à une heure il va au parc courir un chevreuil. Ramené

en carrosse, il va chez la Reine, et à six heures soupé. Il étoit

las, à demi endormi; il avoit fait tout ce jour un grand brouillas

(_sic_) et mouillant comme de la pluie. Le duc de Feria, ambassadeur

extraordinaire d'Espagne, lui envoie deux pleins bassins de petits

gants d'Espagne par des valets; il le remarqua, car aussitôt qu'ils

furent sortis il dit: _Voyez quelles gens ce sont; ce sont des

estafiers._

_Le 19, vendredi, à Paris._—Il fait chevalier de l'accolade

l'ambassadeur de Venise, venu ambassadeur extraordinaire devers Sa

Majesté, avec une incroyable adresse, en présence de la Reine, qui

voulut y assister; ce fut le premier qu'il aye fait, qui s'en alla si

content qu'il ne pouvoit faire partir sa vue de dessus lui. A huit

heures dévêtu, mis au lit, il se fâche contre M. de Souvré et lui

dit: _Vous ne m'aimez pas aujourd'hui, vous m'avez dit que j'étois un

enfant._

_Le 20, samedi, à Paris._—Son précepteur lui demande: «Sire, sur quel

prince ou roi commencerez-vous un jour à faire la guerre? Je sais bien

que le Turc est infidèle, mais sur quel autre roi?»—_Je vous le dirai

pas_, répond le Roi, gravement[40]; il mettoit en bataille ses hommes

de plomb sur la table verte percée. Il s'amuse à courir après ses

petits oiseaux, qu'il avoit mis dehors dans son cabinet des livres.

A huit heures mené par la galerie aux Capucins et aux Tuileries; il

voit courir deux loups qu'il avoit fait porter dans la carrière de

l'écurie, puis un chevreuil dans le jardin. Ramené en carrosse chez la

Reine à onze heures, puis dîné; il est mené en carrosse à la plaine

de Grenelle, où il est monté à cheval pour courir le lièvre; il court

beaucoup.

[40] Héroard dit: _Graviter, subito et aliud agens_.

_Le 21, dimanche, à Paris._—Mené en carrosse à vêpres pour la veille

de la Sainte-Cécile. Il va chez la Reine, y joue à gillet, gagne six

écus.

Journal de Jean Héroard - Tome 2 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628) · 第 2 / 37 段