FIG. 10.]

Ici comme là, la composition géologique est la même dans les grandes

lignes, pénéplaines de vieilles roches, souvent recouvertes de plateaux

gréseux ou calcaires. Mais ici tout cet ensemble a été soulevé,

dénivelé, basculé, et des conditions nouvelles sont nées. C’est la

partie du Sahara où les réseaux d’oueds quaternaires, encore

reconnaissables et presque cohérents, couvrent de beaucoup les plus

grands espaces. Le Sahara Occidental a conservé bien plus que l’autre un

modelé désertique jeune ; nous avons dit que c’était une condition

favorable à la diffusion des pâturages et par conséquent de la vie

nomade.

LE SAHARA ALGÉRIEN. — Il faut mettre à part la partie du Sahara qui

s’étend entre l’Algérie-Tunisie et le coude du Niger. Elle est de

beaucoup la mieux connue, parce que, dans le dernier quart du siècle,

elle a été militairement occupée ; et elle a d’ailleurs son originalité

propre. Ici comme ailleurs, le nomade ne peut pas vivre sans l’appui que

lui fournit l’oasis, et nous avons ici les oasis les mieux étudiées et

les plus intéressantes de tout le Sahara peut-être, les oasis

égyptiennes mises à part.

R’ADAMÈS ET R’AT. — Un petit groupe oriental d’oasis est d’affinités

indécises : ce sont R’adamès et R’at. A considérer le réseau des oueds

fossiles, elles appartiennent toutes les deux au bassin de l’Igharghar,

et leurs liens avec le Sahara algérien ne sont pas niables. Mais,

d’autre part, leurs liens avec le Sahara tripolitain ne le sont pas

davantage. R’adamès et R’at jalonnent exactement la frontière politique,

du côté tripolitain.

R’adamès est à la lisière orientale du grand erg de l’Igharghar ; dans

le lit d’un oued qui descend du djebel Nefoussa, et qui, avant

l’enfouissement sous les dunes, allait certainement rejoindre le Bas

Igharghar. Les conditions géologiques ont été étudiées par

Pervinquières. Nous savons par lui que l’eau de R’adamès est artésienne

comme celle du Djerid et de l’oued R’ir, sur l’autre lisière tunisienne

et algérienne du grand erg. Mais ce n’est pas de l’eau de puits, c’est

une belle source naturelle à la disposition de l’homme depuis toujours,

sans recherche et sans effort.

Il y a là probablement une relation avec l’antiquité historique de

R’adamès. Elle a été plus ou moins Carthaginoise et Romaine, sous son

nom de Cydamus, aisément reconnaissable. On y a trouvé une inscription

en caractères grecs et en langue inconnue ; une inscription latine qui

mentionne la garnison romaine, un détachement de la IIIe légion Augusta.

On y a trouvé aussi des ruines d’un caractère indécis, mais que

Duveyrier rapproche d’autres ruines analogues à Garama-Djerma dans le

Fezzan. Le même Duveyrier a été frappé de trouver en usage chez les

R’adamésiens non seulement leur dialecte berbère propre et l’arabe, mais

aussi le haoussa. Il a admiré leur esprit d’entreprise et leur

organisation commerciale, attestant des relations régulières avec le

Tchad et le Niger. Evidemment il y a là un legs du passé. En un lieu dit

Tabelbalet, sur la lisière de l’erg, très loin dans le désert, presqu’à

mi-chemin entre R’adamès et In Salah, on a trouvé un lot de pierres

taillées en forme de pain de sucre, avec figuration grossière d’une face

humaine, évoquant l’idée de bétyles phéniciens ; apparemment une trace

de rayonnement carthaginois, avec R’adamès pour base. Il y a eu là

évidemment un poste avancé du commerce méditerranéen à travers le

Sahara.

R’at est très loin dans l’intérieur, sous le parallèle et non loin du

Fezzan. Elle ne semble pas avoir de passé ; elle aurait gardé le

souvenir de sa fondation il y a quatre ou cinq siècles. Elle a des

sources dont le caractère artésien est attesté par le voisinage de

puits. R’at est d’ailleurs dans une vallée encaissée dans les plateaux

gréseux touaregs, réservoir naturel de nappes aquifères ; au bas de

leurs pentes, à 700 mètres d’altitude seulement. L’orientation de la

vallée et celle des crêtes qui la longent sont nettement nord-sud. Le

prolongement d’une ligne R’at-R’adamès passe exactement par la côte de

la Tunisie sur la petite Syrte, c’est-à-dire par l’extrémité orientale

de l’Atlas. Y a-t-il là un grand accident sub-méridien, une des failles

le long desquelles le massif touareg s’effondre vers le Fezzan ? Et cet

accident a-t-il un rapport avec l’émergence de nappes artésiennes dans

les deux oasis ?

[Illustration : _Cliché du service photographique du Gouvernement

Général_

Le Sahara · 第 53 / 81 题