Ici comme là, la composition géologique est la même dans les grandes
lignes, pénéplaines de vieilles roches, souvent recouvertes de plateaux
gréseux ou calcaires. Mais ici tout cet ensemble a été soulevé,
dénivelé, basculé, et des conditions nouvelles sont nées. C’est la
partie du Sahara où les réseaux d’oueds quaternaires, encore
reconnaissables et presque cohérents, couvrent de beaucoup les plus
grands espaces. Le Sahara Occidental a conservé bien plus que l’autre un
modelé désertique jeune ; nous avons dit que c’était une condition
favorable à la diffusion des pâturages et par conséquent de la vie
nomade.
LE SAHARA ALGÉRIEN. — Il faut mettre à part la partie du Sahara qui
s’étend entre l’Algérie-Tunisie et le coude du Niger. Elle est de
beaucoup la mieux connue, parce que, dans le dernier quart du siècle,
elle a été militairement occupée ; et elle a d’ailleurs son originalité
propre. Ici comme ailleurs, le nomade ne peut pas vivre sans l’appui que
lui fournit l’oasis, et nous avons ici les oasis les mieux étudiées et
les plus intéressantes de tout le Sahara peut-être, les oasis
égyptiennes mises à part.
R’ADAMÈS ET R’AT. — Un petit groupe oriental d’oasis est d’affinités
indécises : ce sont R’adamès et R’at. A considérer le réseau des oueds
fossiles, elles appartiennent toutes les deux au bassin de l’Igharghar,
et leurs liens avec le Sahara algérien ne sont pas niables. Mais,
d’autre part, leurs liens avec le Sahara tripolitain ne le sont pas
davantage. R’adamès et R’at jalonnent exactement la frontière politique,
du côté tripolitain.
R’adamès est à la lisière orientale du grand erg de l’Igharghar ; dans
le lit d’un oued qui descend du djebel Nefoussa, et qui, avant
l’enfouissement sous les dunes, allait certainement rejoindre le Bas
Igharghar. Les conditions géologiques ont été étudiées par
Pervinquières. Nous savons par lui que l’eau de R’adamès est artésienne
comme celle du Djerid et de l’oued R’ir, sur l’autre lisière tunisienne
et algérienne du grand erg. Mais ce n’est pas de l’eau de puits, c’est
une belle source naturelle à la disposition de l’homme depuis toujours,
sans recherche et sans effort.
Il y a là probablement une relation avec l’antiquité historique de
R’adamès. Elle a été plus ou moins Carthaginoise et Romaine, sous son
nom de Cydamus, aisément reconnaissable. On y a trouvé une inscription
en caractères grecs et en langue inconnue ; une inscription latine qui
mentionne la garnison romaine, un détachement de la IIIe légion Augusta.
On y a trouvé aussi des ruines d’un caractère indécis, mais que
Duveyrier rapproche d’autres ruines analogues à Garama-Djerma dans le
Fezzan. Le même Duveyrier a été frappé de trouver en usage chez les
R’adamésiens non seulement leur dialecte berbère propre et l’arabe, mais
aussi le haoussa. Il a admiré leur esprit d’entreprise et leur
organisation commerciale, attestant des relations régulières avec le
Tchad et le Niger. Evidemment il y a là un legs du passé. En un lieu dit
Tabelbalet, sur la lisière de l’erg, très loin dans le désert, presqu’à
mi-chemin entre R’adamès et In Salah, on a trouvé un lot de pierres
taillées en forme de pain de sucre, avec figuration grossière d’une face
humaine, évoquant l’idée de bétyles phéniciens ; apparemment une trace
de rayonnement carthaginois, avec R’adamès pour base. Il y a eu là
évidemment un poste avancé du commerce méditerranéen à travers le
Sahara.
R’at est très loin dans l’intérieur, sous le parallèle et non loin du
Fezzan. Elle ne semble pas avoir de passé ; elle aurait gardé le
souvenir de sa fondation il y a quatre ou cinq siècles. Elle a des
sources dont le caractère artésien est attesté par le voisinage de
puits. R’at est d’ailleurs dans une vallée encaissée dans les plateaux
gréseux touaregs, réservoir naturel de nappes aquifères ; au bas de
leurs pentes, à 700 mètres d’altitude seulement. L’orientation de la
vallée et celle des crêtes qui la longent sont nettement nord-sud. Le
prolongement d’une ligne R’at-R’adamès passe exactement par la côte de
la Tunisie sur la petite Syrte, c’est-à-dire par l’extrémité orientale
de l’Atlas. Y a-t-il là un grand accident sub-méridien, une des failles
le long desquelles le massif touareg s’effondre vers le Fezzan ? Et cet
accident a-t-il un rapport avec l’émergence de nappes artésiennes dans
les deux oasis ?
[Illustration : _Cliché du service photographique du Gouvernement
Général_