Tout le reste du Sahara, toute la partie occidentale au delà du Fezzan
est un monde à part qui a de grands traits généraux communs. Il est tout
entier dominé au nord par la chaîne de l’Atlas, à la vie de laquelle il
est plus ou moins associé. Les grandes tribus nomades, Arabes et
Berbères, qui habitent l’Atlas d’une part et le Sahara de l’autre, se
sont prêté à travers l’histoire un appui mutuel. Ici le désert est en
communication largement ouverte avec des steppes étendues, réservoir de
races nomades méditerranéennes. D’autre part la structure même du Sahara
Occidental, le grand développement des vallées quaternaires et, par
conséquent, des pâturages, offre à la vie nomade des facilités
d’expansion. Sur toute son étendue, jusqu’aux lisières du Soudan et même
au-delà, le nomade domine sans difficulté le sédentaire et le tient
étroitement assujetti. C’est une situation exactement inverse de celle
qu’on a vue au Sahara égyptien. Parmi ces nomades, les Arabes jouent un
rôle important, mais limité à la périphérie : on les trouve au pied de
l’Atlas saharien et en Maurétanie. Mais le cœur du Sahara Occidental
appartient aux Berbères et particulièrement à la curieuse tribu des
Touaregs. Pour la commodité de l’exposition et pour souligner un
phénomène remarquable de géographie humaine on peut convenir de donner
au Sahara Occidental le nom de Sahara touareg.
Son originalité tient à son altitude massive. Il est vrai que le sommet
le plus élevé du Sahara est l’Emi Koussi du Tibesti, dans le Sahara
Oriental. C’est que l’Emi Koussi est un volcan tout frais, intact. Les
volcans du Sahara Occidental sont plus vieux, dégradés et usés. Mais le
Tibesti par sa masse n’est pas comparable au puissant massif Touareg. Il
se dresse isolément et brusquement au milieu de dépressions immenses, le
Fezzan, le Borkou, le désert libyque. Ce sont les dépressions qui
tiennent dans tout le Sahara Oriental de beaucoup la plus grande place.
Dans le Sahara Occidental, ce sont au contraire les massifs en saillie.
Le nom de Hoggar (ou Ahaggar) s’applique au sommet du massif. Il y a là
une sorte de plateforme érodée où les champs de laves tiennent une
grande place, qui a 250 kilomètres de grand diamètre, où l’altitude se
maintient partout supérieure à 2.000 mètres, et sur laquelle les volcans
démantelés font saillie jusqu’au voisinage de 3.000 mètres. Cette
plateforme s’appelle l’Atakor du Hoggar ; autour d’elle, l’altitude
reste élevée, elle diminue progressivement par des pentes insensibles à
l’œil. Le Hoggar se prolonge au nord par d’autres massifs touaregs très
étendus, où l’altitude se maintient largement au-dessus de 1.000
mètres : le Tassili, le Mouidir, l’Ahnet. Plus au nord encore, le
Tinr’ert, les Matmatas, le Tadmaït, la chaîne d’Ougarta, en saillie
accusée jusqu’à 700 mètres, vont rejoindre l’Atlas. Au sud du Hoggar,
les massifs de l’Aïr (jusqu’à 1.700 mètres) et de l’Adrar des Iforas (un
millier de mètres) établissent la liaison avec le Soudan. Du côté de
l’Océan, la côte est dominée à distance par d’autres massifs, les Eglabs
(700 mètres), l’Adrar de Mauritanie (500 mètres). Tout le Sahara
Occidental est parsemé d’un hérissement de massifs puissants qui se
continuent ou se touchent. S’il était possible de calculer en chiffres
son altitude moyenne, elle s’avèrerait certainement bien supérieure à
l’altitude moyenne du Sahara Oriental.
[Illustration :LE HOGGAR