CHAPITRE XIII

I. Examen de conscience.--II. Les vexations de la route en

France.--Installation à Passy.--Les relations de M. Dillon avec les

Girondins et Dumouriez.--Le 21 janvier 1793.--III. M. de La Tour du Pin

père à la Commune de Paris.--Portrait de M. Arthur Dillon.--Retraite au

Bouilh. Bonheur intérieur.--IV. Bordeaux et la Fédération.--La baronnie

de Cubzaguès.--Arrestation de M. de La Tour du Pin père.--Son fils et sa

belle-fille se réfugient à Canoles, chez M. de Brouquens.--Les Bordelais

et l'armée révolutionnaire.--Atroce exécution de M. de Lavessière à La

Réole.--La guillotine à Bordeaux.--V. Naissance de Séraphine.--Fuite de

M. de La Tour du Pin.--Le médecin accoucheur Dupouy.--Mme Dudon et le

représentant Ysabeau.--VI. Arrestation de M. de Brouquens. Sa garde et

sa cave.--Perquisition à Canoles.--Où se loge la pitié!--Passe-temps de

Mme de La Tour du Pin et de M. Dupouy à Canoles.--VII. La confrontation

de la reine et de l'ancien ministre de la guerre.--Départ précipité de

son fils du Bouilh.--Incident de route à Saint-Genis.--Trois mois de

retraite forcée à Mirambeau.

I

En Hollande, j'avais été gâtée, admirée, encensée. À ma rentrée en

France, la frontière à peine franchie, la Révolution avec tous ses

dangers m'était apparue sombre et menaçante.

C'était, il est vrai, dans la même chambre d'où j'étais partie quinze

mois auparavant, l'esprit libre de soucis, de préoccupations, que je me

retrouvais aujourd'hui, mais combien mes sentiments différaient

maintenant de ceux que j'éprouvais alors!

Jetant un coup d'oeil sévère sur les années écoulées, je me reprochais

l'inutilité de ma vie passée, et, inspirée pour ainsi dire par le

pressentiment que d'autres destinées m'attendaient, je résolus fermement

de rejeter loin de moi pour toujours les pensées d'une jeunesse

insouciante, les flatteries intéressées du monde et les succès trompeurs

que j'avais jadis ambitionnés.

Une amère tristesse s'empara peu à peu de mon coeur quand je constatai la

frivolité de la vie que j'avais jusqu'à ce moment menée. Il me sembla

que je possédais en moi de quoi fournir une carrière plus utile. Aussi,

loin de me décourager, je sentis, au contraire, que, dans des temps si

désastreux, mon être devait chercher à se retremper, à se relever.

Je me plaisais à imaginer toutes les circonstances où je serais appelée

à déployer un grand courage. Tous les dévouements, toutes les

entreprises hasardeuses se présentèrent à mon esprit. Je n'écartai

aucune de ces éventualités, estimant que leur réalisation rendrait ma

vie meilleure, en me permettant de la consacrer à l'accomplissement de

mes devoirs, quelque pénibles ou dangereux qu'ils fussent.

J'avais le sentiment de rentrer ainsi dans la voie qui m'avait été

tracée par la Providence. Dieu, dans ces jours troublés, éclaira mon âme

à mon insu. Mais, plus tard, quand il m'accorda la grâce de me

rapprocher de Lui et de Le connaître, je me rappelai le changement que

provoquèrent en moi ces heures de réflexions sérieuses. À partir de ce

moment, ma vie fut autre, mes dispositions morales se transformèrent.

Que Dieu soit béni pour m'avoir jugée digne de le servir, pour m'avoir

donné ensuite la force et la constance de me soumettre toujours, sans

murmure, à sa volonté!

Journal d'une femme de cinquante ans (1/2) · 第 84 / 105 题