I. Convocation des notables.--Retour à Paris.--Mort de Mme de
Monconseil.--II. Demande en mariage de M. de Gouvernet
agréée.--Préliminaires.--Visite de Mme d'Hénin.--La signature des
articles.--Toilette le jour des fiançailles.--La politesse de cette
époque.--La politique.--Les quatre frères de Lameth.--_Les
faiseurs_.--III. Premiers bonheurs.--La reine et Mme de Duras.--Scène de
violence de Mme de Rothe évitée.--Le contrat.--IV. Le comte et la
comtesse de La Tour du Pin.--Deux visites.--Chez la reine.--V. À
Montfermeil.--Le trousseau et la corbeille.--Appartement de la mariée.
I
On n'aura pas de peine à croire que j'avais un désir très vif de
retourner à Paris, où mon sort devait se décider. Nous nous mîmes en
route plus tôt même que je ne le pensais. Mon oncle m'avait promis de
passer cette année par Marseille et Toulon en revenant à Paris. Cette
excursion n'aurait fait durer le voyage que quelques jours de plus et
m'aurait permis de voir des choses bien curieuses que je désirais
beaucoup connaître. Nous serions restés un jour, au lieu de huit, chez
un vieil évêque de Nevers, qui m'ennuyait beaucoup, et le voyage ainsi
n'aurait pas été plus long.
Je me réjouissais donc de cette combinaison, lorsqu'arriva un courrier
avec la nouvelle de la convocation de la première assemblée des
notables. Mon oncle en faisait partie. Il fallut repartir le lendemain
de la clôture des États pour retourner à Paris et renoncer de voir
Marseille et Toulon. Je date de ce jour la Révolution. Elle commença
pour moi par une vive contrariété. Elle a fait mieux que cela par la
suite.
Mon oncle, se sentant un peu souffrant, voulut coucher à Fontainebleau,
pour ne pas arriver trop fatigué à Paris et pouvoir aller le lendemain
matin à Versailles. Nous trouvions toujours la maison préparée comme si
on ne l'avait pas quittée. Fatigués ou non, il fallait que les gens
fussent à leurs places, habillés, poudrés et tenus comme à l'ordinaire.
Je faisais de même; et arrivées à deux heures, ma grand'mère et moi,
nous paraissions à trois dans le salon pour nous mettre à table, sans
prêter attention aux 210 lieues que nous venions de parcourir.
Le soir, il vint des visites. La première fut un vieux comte de
Bentheim, gros Allemand, dont la femme, qu'on nommait _la Souveraine_,
était amie de ma grand'mère. Après les lieux communs sur la mauvaise
saison, la fatigue et les chemins, mon oncle dit au comte: «Eh! bien,
monsieur le comte, quelles nouvelles à Paris?»--Oh! répond le gros
Allemand, il y en a une pour la société: Mme de Monconseil est morte.»
L'effet que me fit ce peu de paroles ne saurait se peindre. Je pâlis, et
mon oncle, craignant que mon émotion ne me trahît, dit que j'étais
fatiguée et qu'il valait mieux que je me retirasse, ce que je fis à
l'instant. Mais lorsque je pris la main de mon oncle pour la baiser,
comme je faisais tous les soirs, il me dit en anglais que cela ne
dérangerait rien à nos projets.
Pendant quelques jours, on s'entretint uniquement de cette mort de Mme
de Monconseil, de la douleur de sa fille, Mme d'Hénin, qui demeurait
avec elle, de celle de M. de Gouvernet, qui l'avait soignée d'une
manière admirable. Je devais écouter tout cela d'un air indifférent,
quoique je fusse vivement intéressée. Heureusement je pouvais en parler
avec ma cousine, Charlotte Jerningham, qui venait de quitter le couvent
des Ursulines de la rue Saint-Jacques, où elle avait passé trois ans
sans en sortir une seule fois. Sa mère était venue la chercher à Paris,
mais elles restèrent jusqu'après mon mariage.