Pavé-de-la-Place-Maubert, et de l'autre côté à celles de Bièvre et de la
Tournelle. Ce nom lui vient d'un grand degré par lequel on descendoit à
la rivière, et qui n'a été détruit qu'à la fin du siècle dernier. Les
titres de Sainte-Geneviève en font mention au treizième siècle:
_Gradus... domus juxta Secanam prope gradum._ Cette rue faisoit partie
du port que la ville fit faire en 1366; alors on la nomma _rue
Saint-Bernard_; depuis _rue Pavée_, lorsqu'on y eut bâti les maisons qui
forment aujourd'hui la _rue de la Tournelle_. Enfin elle a pris son
dernier nom au commencement du dix-huitième siècle.
_Rue Dervillé._ Elle traverse de la rue du Champ de l'Allouette à celle
des Filles-Angloises. Elle ne porte aucun nom sur les plans de Paris; et
Jaillot dit l'avoir trouvée désignée, sans doute dans quelques actes,
sous ceux de _ruelle_ ou _petite rue des Filles-Angloises_, et de
_petite rue Neuve-Saint-Jean-de-Latran_. Elle a pris le nom qu'elle
porte maintenant d'un particulier qui l'habitoit il y a environ
cinquante ans.
_Rue de l'Épée-de-Bois._ Cette rue aboutit d'un côté à la rue Moufetard,
et de l'autre au Champ d'Albiac. C'est parce qu'elle y conduit que
plusieurs topographes la nomment _rue du Petit-Champ_, quoiqu'une
enseigne de l'épée de bois lui en eût fait donner le nom long-temps
auparavant. On la trouve ainsi indiquée dès l'an 1603.
_Rue Neuve-Saint-Étienne._ Elle aboutit d'un côté à la rue des
Fossés-Saint-Victor, de l'autre, tournant en équerre, à la rue
Coupeaux. Le plus ancien nom qu'elle ait porté est celui de _chemin du
Moulin-à-Vent_, parce qu'elle conduisoit à un moulin situé sur une
éminence où l'on bâtit depuis un manoir, appelé le _château de
Montauban_. On trouve en 1539 cette rue désignée sous le nom _de
Puits-de-Fer_ ou _des Morfondus_; 1º à cause d'un puits public qui
avoit été construit au carrefour qu'elle forme avec la rue
Contrescarpe et celle des Fossés-Saint-Victor; 2º parce qu'il y avoit
dans cette rue une maison appelée _des Morfondus_ ou _des Réchauffés_.
La partie en retour d'équerre qui va à la rue Coupeaux se nommoit _rue
de Montauban_. Cette portion avoit été formée du reste d'une ancienne
rue qui se terminoit au coude que fait la rue des Boulangers, et qu'on
trouve dans plusieurs anciens titres sous la dénomination de _rue
Tiron_, parce qu'elle conduisoit à un clos de ce nom. Lorsqu'elle fut
fermée, on prolongea celle de Montauban pour la faire aboutir à la
rue des Fossés-Saint-Victor; et depuis, cette dernière rue se
confondit dans la rue Neuve-Saint-Étienne.
_Rue de Fer_ ou _des Hauts-Fossés-Saint-Marcel._ Cette rue commence au
carrefour de Clamart, et aboutit à la rue Moufetard. Elle étoit jadis
divisée en deux parties, dont la première, depuis le carrefour de
Clamart jusqu'à la rue des Francs-Bourgeois, se nommoit _rue de Fer_,
l'autre _rue des Fossés_ et _des Hauts-Fossés-Saint-Marcel_. Cette
dernière dénomination provenoit de ce qu'elle avoit été bâtie sur les
fossés qui environnoient le territoire de Saint-Marcel. Près de
l'endroit où elle se réunit à la rue des Francs-Bourgeois étoit une
porte nommée _de La Barre_, qui avoit donné son nom à une rue voisine; à
l'autre extrémité, la rue de Fer touchoit à une autre porte qu'on
appeloit dans les derniers temps la _fausse porte Saint-Marcel_, et
qu'on trouve désignée, en 1304, sous le nom de _porte Poupeline_[444].
[Note 444: Sauval, t. III, p. 69.]
_Rue du Fer-à-Moulin._ Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, de
l'autre à celles de la Muette et du Pont-aux-Biches. Elle s'étendoit
autrefois sous ce nom jusqu'au carrefour de Clamart. Le plus ancien nom
qu'elle ait porté est celui de _rue du Comte de Boulogne_, parce que ces
seigneurs y avoient leur hôtel. Suivant Sauval[445], elle a porté aussi
le nom de _Richebourg_, et l'a communiqué à un petit pont sur la Bièvre
nommé depuis le _Pont-aux-Tripes_. Les anciens titres désignent ce pont
sous le nom de _Tripiers_ et de _Pont-Saint-Médard_. Quant à celui de
_Richebourg_, il appartenoit au territoire sur lequel cette rue étoit
située, et il le portoit dès le treizième siècle.
[Note 445: _Ibid._, t. I, p. 133.]
_Rue de la Fontaine._ Elle conduit de la rue d'Orléans à la place ou
rue du Puits-l'Ermite. Sauval[446] met au rang des rues qui ne
subsistent plus la rue _Jean-Mesnard_, appelée depuis _Jean-Mollé_, et,
suivant d'autres, _Jean Mol_ et _Mole_. Cependant, si l'on consulte les
plans du dix-septième siècle, on reconnoît que c'étoit la même que celle
dont nous parlons. Elle doit ce dernier nom à une maison qui y étoit
située, et que l'on appeloit _la Grande-Fontaine_.
[Note 446: Sauval, t. II, p. 66.]
_Rue Françoise._ Elle aboutit d'un côté à la rue de la Clef, et de
l'autre aux rues Gratieuse et du Noir. Dans les titres de
Sainte-Geneviève, elle est nommée, en 1588, rue Françoise, autrement
dite _la Clef_; et en 1603, rue Françoise, autrement dite _le clos du
Chardonnet_ ou _Villeneuve-Saint-René_[447]. On la désigne encore sous
le nom de _carrefour du Puits-de-l'Ermite_. Tout ceci prouve qu'elle a
été quelquefois confondue avec la rue de la Clef, et même avec la rue
Gratieuse. Quant au nom qui lui est resté, elle l'a reçu pour avoir été
ouverte sur le Champ d'Albiac vers la fin du règne de François Ier[448].
[Note 447: Terrier de Sainte-Genev., 1603, fol. 320 et 330.]
[Note 448: Cette rue a pris le nom de celle du Puits-l'Ermite.]
_Rue des Francs-Bourgeois._ Elle aboutit d'un côté au cloître
Saint-Marcel, et de l'autre à la rue de Fer. Ce nom peut lui être venu,
suivant Jaillot, de ce que les habitants de la _ville_ Saint-Marcel
étoient exempts de payer les taxes auxquelles les bourgeois de Paris
étoient imposés, ainsi qu'il fut décidé par un arrêt du parlement de la
Toussaint 1296, lequel déclara que le territoire de Saint-Marcel ne
faisoit point partie des faubourgs de Paris[449].
[Note 449: Dans cette rue est un cul-de-sac nouveau nommé _des Soeurs_;
le cloître Saint-Marcel se nomme _place de la Collégiale_. La petite
place qui est située vis-à-vis l'église a pris le nom de _place
Saint-Marcel_. Les deux rues qui communiquent de la place à la rue
Moufetard sont appelées _rue Pierre-Lombard_ et _rue Saint-Marcel_.
(Voyez _rues nouvelles_).]
_Rue Gautier-Renaud._ Elle aboutit d'un côté a la rue des
Hauts-Fossés-Saint-Marcel, de l'autre au chemin de Villejuif. Elle ne
paroît sur aucun plan avant 1714. C'étoit alors un simple chemin qui
faisoit la continuation de la rue Moufetard, et dont l'abbé de La Grive,
dans son plan de 1737, a fait deux rues; l'une, sous le nom de
_Gobelins_, qu'il fait aboutir aux Gobelins; l'autre, qui existe
réellement, et qui a pris celui de Gautier-Renaud, du nom d'un
particulier qui y avoit une maison.
_Rue de la Montagne-Sainte-Geneviève._ Elle commence à la place
Maubert, et aboutit au carré Sainte-Geneviève. Au treizième siècle on
la nommoit simplement _Sainte-Geneviève, vicus Genovefeus_. On l'a
nommée ensuite _rue Sainte-Geneviève-la-Grant_, _du Mont_, et _de la
Montagne-Sainte-Geneviève_. Le procès-verbal de 1636 lui donne le nom
de _rue des Boucheries_, à cause de plusieurs étaux qu'on permit d'y
établir à la fin du douzième siècle et dans le suivant.
_Rue des Gobelins._ Elle aboutit d'un côté à la rue du
Faubourg-Saint-Marcel, de l'autre à la rivière de Bièvre, à l'extrémité
de la rue des Marmouzets. Sur tous les plans du dix-septième siècle et
même du commencement du dix-huitième, elle porte le nom de rue de
Bièvre; cependant dès 1636 on l'appeloit aussi rue des Gobelins. Elle
doit ce dernier nom à la manufacture dont elle est voisine.
_Rue Gratieuse._ Elle aboutit d'un côté à la rue Coupeaux, de l'autre à
celle de l'Épée de Bois. Sauval prétend, par d'assez mauvaises raisons,
que son premier nom étoit Courtoise; Jaillot n'en trouve aucune preuve.
Dans le censier de 1646 elle est appelée _rue Gratieuse, alias du Noir_.
«Le premier nom, dit ce critique, pouvoit venir des descendants de Jean
Gratieuse, dont la maison étoit située en cet endroit en 1243[450], et
le second, de la maison de Jacques Pays, avocat, où pendoit pour
enseigne la Tête Noire. On a confondu quelquefois cette rue avec celles
du Battoir et de la Clef[451].»
[Note 450: Cart. Sainte-Genev., fol. 1 et 12.]
[Note 451: En entrant dans cette rue par la rue Coupeaux on trouvoit
autrefois à gauche une ruelle nommée _Sainte-Anne_, laquelle, suivant
les apparences, faisoit la continuation de la rue d'_Ablon_, et étoit la
même ou du moins sur la même ligne que la ruelle _Denys-Moreau_;
celle-ci étoit parallèle à la rue Tripelet. Elles sont comprises
maintenant dans les enclos de Sainte-Pélagie et de la Pitié.]
_Rue du Gril._ Elle traverse de la rue d'Orléans à la rue Censier.
Plusieurs nomenclateurs la confondent avec la rue du Battoir, dont elle
fait la continuation. Sur le plan de Boisseau, gravé en 1642, elle porte
le nom _du Gril-Fleuri_, qui paroît avoir été celui d'une enseigne.
_Rue Saint-Hippolyte._ Elle conduit de la rue de Lourcine au carrefour
et à l'église Saint-Hippolyte, qui lui a donné son nom. On voit par le
plan de Dheulland qu'on l'appeloit rue _des Teinturiers_ dans sa plus
grande partie, à cause des teintures des Gobelins, qui se faisoient sur
la Bièvre, près de cette rue; mais dans sa partie supérieure elle
conservoit l'ancien nom de Saint-Hippolyte.
_Rue du Jardin du Roi._ Elle commence au carrefour de la Pitié, et
finit à celui de Clamart. Comme c'étoit le chemin de la butte, du moulin
et du territoire de Coupeaux, elle en portoit d'abord le nom. Les
papiers terriers de Sainte-Geneviève la nommoient, en 1603, _rue des
Coipeaux_. Elle reçut sa dernière dénomination en 1636, époque à
laquelle le jardin du Roi fut formé[452].
[Note 452: Vers le côté oriental du Jardin du Roi on a percé une rue
nouvelle qui se nomme _rue de Buffon_. La place située vis-à-vis le
jardin, du côté de la rivière, est nommée _place Valhubert_.]
_Rue de Lourcine._ On devroit écrire et prononcer _Lorcines_. Elle
aboutit d'un côté à la rue Moufetard, de l'autre à la barrière de
Gentilly. L'orthographe de ce nom a beaucoup varié: Sauval[453] écrit
_Loursine_, _l'Oursine_ et _Lorsine_; Corrozet _l'Orsine_; Gomboust et
Jouvin _de l'Ursine_; Dheulland la nomme _rue des Cordelières_. L'abbé
Lebeuf[454] a trouvé dans les titres de Sainte-Geneviève cette rue
désignée _in Lorcinis, de Laorcinis_ en 1248 et 1250, et _apud Lorcinos_
en 1260, d'où il conjecture «que ce nom a été fabriqué sur le françois
Lorcines; car j'ai vu, dit-il, un titre de 1245, peut-être le plus
ancien qu'on ait sur ce lieu, où il est nommé _Locus cinerum_.» Il se
livre là-dessus à des idées assez singulières, dont Jaillot prouve le
peu de solidité en citant un cartulaire de Sainte-Geneviève de 1243,
dans lequel le _Locus cinerum_ et la terre de _Laorcinis_ sont énoncés
comme deux endroits différents. Le nom de _Laorcinis_ lui semble même
être le plus ancien, parce qu'on le trouve dans l'acte de vente que
Thibauld le riche et Pétronille sa femme firent, en 1182, aux frères de
l'hôpital de Jérusalem, d'une grange située _propè ulmum de Laorcinis_.
C'est là que fut depuis l'hôtel du fief de Lorcines appartenant à
Saint-Jean-de-Latran. Ce nom primitif de _Laorcinis_ s'est conservé dans
ceux de _Lorcinis_ et _Lorcines_ ou Lourcine: celui de _Locus cinerum_ a
subsisté long-temps dans le nom de _rue de la Cendrée_, appelée
aujourd'hui Poliveau ou des Saussaies.
[Note 453: Tome I, p. 148.]
[Note 454: Tome I, p. 159 et 160; t. II, p. 414.]
_Rue Maquignonne._ Cette rue commencée la rue des Saussaies et finit au
marché aux chevaux. Elle doit son nom aux maquignons qui se rendent à ce
marché, et fut percée vers le milieu du dix-septième siècle.
_Rue des Marmouzets._ Cette rue aboutit d'un côté à la rue
Saint-Hippolyte, de l'autre à celle des Gobelins. Elle portoit ce nom
dès 1540, et le devoit à une enseigne. Vers la même temps on l'appela
rue des _Marionnettes_, et La Caille lui donne encore ce nom.
_La place Maubert._ Elle est située au bas de la montagne
Sainte-Geneviève. Le Maire et Piganiol cherchent l'étymologie de son nom
dans une opinion populaire, qui dit que maître Albert _Groot_ (en
allemand _Grand_), célèbre dominicain, ne trouvant point de salle assez
vaste pour contenir le nombre infini de ses auditeurs, prit le parti de
donner ses leçons dans la place publique; qu'en conséquence on l'appela
_place de Maître-Albert_, et par contraction de _Malbert_ et _Maubert_.
L'abbé Lebeuf[455] prétend que ce nom vient d'un évêque de Paris nommé
Madelbert, à qui, suivant les apparences, la place appartenoit; et que
les anciens manuscrits la nomment _platea Madelberti_. Jaillot au
contraire trouve le nom de _platea Mauberti_ dans des titres qui
remontent jusqu'en 1225, 1243 et 1248[456], et ne voit pas qu'on puisse
prouver que le terrein en question ait appartenu à cet évêque, en tout
ou en partie, ce qui seroit cependant nécessaire. Il croit plus naturel
d'en attribuer l'origine à _Aubert_, second abbé de Sainte-Geneviève.
Cette place étoit dans la censive et justice de cette abbaye; ce ne fut
que dans le douzième siècle qu'on bâtit des maisons entre la montagne et
la rivière; ce fut cet abbé Aubert qui permit de construire des étaux de
boucherie en cet endroit; d'ailleurs l'évêque Madelbert étoit mort vers
le milieu du huitième siècle, et par conséquent plus de quatre cents ans
avant que ce terrein fût couvert de bâtiments; et nous prouverons par la
suite que le clos Mauvoisin ou de Garlande, qui confine à cette place,
ne fut bâti qu'en 1202.
[Note 455: Tome I, p. 190 et 191.]
[Note 456: Cart. Sorbon., fol. 37 et 140.--Gall. Christ., t. VII, col.
734.]
_Rue du Pavé-de-la-Place-Maubert._ Elle commence au bout de la rue de la
Bûcherie, et aboutit à la place dont elle porte le nom. Sauval l'a
confondue avec la rue du Fouare, et d'autres avec le cul-de-sac
d'Amboise, erreurs que Jaillot a rectifiées[457].
[Note 457: Dans cette rue est un cul-de-sac nommé d'_Amboise_, d'un
hôtel qui y étoit situé, et que cette famille y a conservé jusqu'au
milieu du quatorzième siècle.]
_Rue Neuve-Saint-Médard._ Cette rue, qui traverse de la rue Moufetard à
la rue Gratieuse, se nommoit anciennement d'_Ablon_. Ce nom lui vient du
territoire où elle étoit située, lequel est connu dès le douzième
siècle. Vers la fin du règne de François Ier il fut couvert de maisons.
Jaillot prétend n'avoir point trouvé de vestiges de l'hôtel d'Ablon,
qui, selon Sauval, existoit au commencement du seizième siècle. Du
reste ce lieu ne fut d'abord habité que par des gens de la plus vile
populace, et il s'y passoit de telles abominations qu'après même qu'on
eut fait cesser ces désordres infâmes, on voulut en éteindre jusqu'au
souvenir en donnant un autre nom à la rue où ils s'étoient commis. C'est
alors qu'elle reçut le nom de rue Neuve-Saint-Médard.
_Rue du Petit-Moine._ Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, de
l'autre à celle de la Barre. Elle devoit ce nom à une enseigne et le
portoit dès l'an 1540[458], ainsi qu'il est prouvé par plusieurs actes
de cette même année.
[Note 458: Rec. de Blondeau, t. XXIV, 1er cahier.]
_Rue Montigny._ Elle a été ouverte au côté oriental de la halle aux
Veaux, lors de la construction de cet édifice[459].
[Note 459: On la nomme maintenant _rue de Poissy_.]
_Rue Moufetard._ Elle commence à la rue Contrescarpe, au bout de la rue
Bordet, et finit aux Gobelins. Quelques nomenclateurs la font finir au
Pont-aux-Tripes, et depuis cet endroit jusqu'aux Gobelins la nomment
_rue du Faubourg-Saint-Marcel_. Sauval[460] et plusieurs autres suivent
cette opinion; cependant tous les titres la désignent sous le nom de rue
Moufetard. L'ignorance des copistes a extrêmement défiguré ce nom, tour
à tour présenté sous les variantes suivantes: _Monfetart_, _Maufetard_,
_Mofetard_, _Moufetart_, _Mouflard_, _Mostart_, _Moftart_, etc. Sauval
et ceux qui l'ont copié disent que dès 1230 elle étoit déjà ainsi
appelée: il seroit difficile d'en donner la preuve. Ce n'étoit au
treizième siècle qu'un chemin qui traversoit un territoire nommé par les
titres de ces temps-là _Mons Cetarius et Mons Cetardus_[461]. L'abbé
Lebeuf en a conclu avec raison que le nom de _Mont-Cétard_ a été altéré
et changé en celui de _Moufetard_. Dans les terriers de l'abbaye
Sainte-Geneviève postérieurs à 1243, ce nom est écrit _Montfétard_. Il
est bien question d'un particulier nommé Étienne _Moufetard_, et dans un
autre endroit _Mouflard_, qui dans cette même année possédoit une maison
_in Monte Cetardo_; mais la différence de ces deux noms prouve assez que
le territoire[462] où elle étoit située existoit sous sa dénomination
propre avant que ce particulier vînt l'habiter, et que c'est uniquement
dans cette source qu'il faut chercher l'étymologie du nom de la rue.
Elle a été aussi nommée, au commencement du dix-septième siècle, _rue
Saint-Marcel_, _grande rue Saint-Marcel_ et _vieille rue
Saint-Marcel_[463].
[Note 460: Tome I, p. 151.]
[Note 461: Cartul. de Sainte-Genev., fol. 9, et Cens., fol. 12.]
[Note 462: Tout ce territoire étoit partie en vignes, partie en terres
labourées. Le vignoble situé entre les rues Moufetard et du Jardin du
Roi, le long de la rue Copeau, s'appeloit le _Breuil_, _Brolium_.]
[Note 463: On trouve dans les titres du seizième siècle qu'il y avoit
dans cette rue plusieurs maisons qui aboutissoient à celle de la
_Planchette_. Cette dernière rue n'existe plus, et il paroît difficile
de fixer sa véritable position.]
_Rue de la Muette._ Elle fait la continuation de la rue du Fer-à-Moulin,
et aboutit au carrefour de Clamart. Elle se confondoit autrefois avec
cette rue, et le plan de Gomboust est le premier qui la présente sous
cette dénomination _de la Muette_, dont on ignore l'étymologie[464]. On
la nomme aujourd'hui rue _Cendrier_.
[Note 464: Une tradition populaire, et rejetée par les bons critiques,
prétendoit qu'elle la devoit au cimetière qu'on y a placé, attendu que
les personnes mortes sont muettes. Il est certain qu'elle étoit ainsi
appelée avant l'existence du cimetière qui est appelé _Clamart_, parce
qu'il étoit situé vis-à-vis l'hôtel de ce nom. Cette rue a pris le nom
de celle de Fer-à-Moulin.]
_Rue du Mûrier._ Elle aboutit d'un côté à la rue Traversine, de l'autre
à celle de Saint-Victor. Sauval a avancé sur cette rue plusieurs
assertions très-inexactes: il est certain que son premier nom étoit _rue
Pavée_, _vicus Pavatus_, ce qui est prouvé par les cartulaires de
Sainte-Geneviève de 1243 et 1249; et ce nom se trouve dans tous les
terriers postérieurs, jusqu'au seizième siècle. Guillot l'appelle
_Pavée-goire_. l'abbé Lebeuf a pensé que ce mot _Goire_ étoit peut-être
le synonyme d'_Andouille_, parce qu'en effet cette rue a été nommée
ainsi (_Pavée-d'Andouilles_); mais il paroît que c'étoit seulement un
surnom que lui donnoit le bas peuple; car dans tous les actes elle est
nommée Pavée, sans addition. On voit dans Corrozet que de son temps elle
se nommoit déjà rue du Mûrier.
_Rue Saint-Nicolas._ Elle aboutit d'un côté, comme la précédente, à la
rue Traversine, de l'autre à celle de Saint-Victor. Son nom est dû à
l'église vis-à-vis de laquelle elle est située. Guillot l'appelle _rue
Saint-Nicolas-du-Chardonnay et du Chardonneret_. On ne lui donnoit point
de surnom au treizième siècle; et dans un cartulaire de Sainte-Geneviève
de 1250[465] elle est simplement nommée _vicus Sancti Nicholai propé
puteum_.
[Note 465: Fol. 29.]
_Rue du Noir._ Elle fait la continuation de la rue Gratieuse, et aboutit
à la rue d'Orléans. Nous avons déjà observé qu'au milieu du dix-septième
siècle on donnoit ce nom à la rue Gratieuse, et qu'il venoit d'une
enseigne de la Tête Noire. C'est par cette raison sans doute que
celle-ci est nommée dans un plan _rue du More_. On la trouve dans un
autre sous la dénomination de _ruelle du Petit-Champ_[466]. Dès 1646
elle étoit appelée _rue du Noir_[467].
[Note 466: On trouve sur le plan de Gomboust une rue parallèle à
celle-ci, sous le nom de _rue des Petits-Champs_. Il paroît que c'étoit
un chemin que le public s'étoit frayé sur les ruines des jardins de la
maison du Patriarche. Il n'a pas subsisté long-temps.]
[Note 467: Cette rue a pris le nom de la rue Gratieuse.]
_Rue Vieille-Notre-Dame._ Elle fait la continuation de la rue de la
Clef, et aboutit à celle du Pont-aux-Biches, entre les rues d'Orléans et
Censier. Les plans de Paris du siècle dernier la confondent tantôt avec
cette dernière rue, tantôt avec les rues du Pont-aux-Biches et de la
Clef. Quelques-uns la présentent sous des noms qu'elle n'a jamais
portés. Cependant il est certain qu'elle étoit connue sous sa
dénomination actuelle dès le commencement du dix-septième siècle.
_Rue de l'Orangerie._ Elle traverse, ainsi que la précédente, de la rue
d'Orléans dans la rue Censier. Elle est également indiquée d'une manière
très-fautive sur le plus grand nombre des plans du siècle dernier.
_Rue d'Orléans._ Elle va de la rue Moufetard à celle du Jardin du Roi.
On voit, par les terriers de Sainte-Geneviève, qu'elle s'appeloit _rue
des Bouliers_ et _aux Bouliers_, et quelquefois _de Richebourg_, à cause
du territoire où elle étoit située. Un topographe, M. Robert, dit
qu'elle se nommoit en 1163 _rue du Bouloir_. Jaillot n'a pu trouver,
quelque recherche qu'il ait faite, aucun titre qui en fasse mention à
cette époque; il est même probable qu'elle n'existoit point encore, le
Richebourg couvert alors de terres labourables, de vergers et de
maisonnettes, n'ayant été bâti et orné de jardins que dans le siècle
suivant. Tous les chemins ou rues dont il étoit entrecoupé s'appeloient
du nom général du territoire, _en Richebourg_, _in divite Burgo_. Elle
tire le nom qu'elle porte aujourd'hui, ainsi que le dit Piganiol, de la
maison de plaisance qu'y possédoit Louis de France, duc d'Orléans et
frère de Charles VI.
_Rue du Paon._ Elle conduit de la rue Traversine à celle de
Saint-Victor. Avant le milieu du treizième siècle, elle étoit connue
sous le nom d'_Alexandre Langlois_, _vicus Alexandri Anglici_, et c'est
ainsi qu'elle est connue dans tous les actes, jusqu'au seizième. En 1540
elle est déjà appelée rue du Paon, et c'est d'une enseigne qu'elle avoit
pris ce nouveau nom, qu'elle porte encore aujourd'hui.
_Rue Perdue._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Grands-Degrés, de
l'autre à la place Maubert. Cette rue est ancienne: Guillot en fait
mention, ainsi que le rôle de 1313, et l'on ne trouve pas qu'elle ait
porté d'autre nom. La principale porte du collége de Chanac étoit
autrefois située dans cette rue.
_Rue Pierre-Assis._ Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, et de
l'autre au carrefour Saint-Hippolyte. Si l'étymologie de ce nom est
vraie, et qu'elle vienne d'une enseigne de la chaire de Saint-Pierre,
c'est bien mal à propos qu'on a écrit sur tous les anciens plans
_Quirassis_, _Quiracie_, _Qui-Rassis_, _Pierre-Agis_ et _Pierre-Argile_.
Jaillot pense que c'est la rue que les anciens titres appellent _Petite
rue Saint-Hippolyte_.
_Rue de Poissy._ Voyez rue Montigny.
_Rue de Pontoise._ Voyez rue de Sartines.
_Rue Poliveau_ ou _des Saussaies_. Elle aboutit d'un côté au carrefour
de Clamart, de l'autre au chemin qui règne le long de la Seine. L'ancien
nom du territoire sur lequel cette rue a été ouverte est, selon Jaillot,
le _locus Cinerum_, que l'abbé Lebeuf avoit confondu avec la rue de
Lourcine. On ignore d'où vient ce nom de _lieu des Cendres_; mais les
anciens titres prouvent qu'il existoit dès 1243. Dans le siècle suivant
cette rue est nommée de _la Cendrée_, et ensuite de _Pont-Livaut_,
dénomination que les modernes ont altérée en écrivant _Pouliveaux_,
_Pouliveau_, _Polivau_. Ce nom vient d'un petit pont pratiqué sur la
rivière de Bièvre. On voit ensuite dans un censier de Sainte-Geneviève
de 1646, qu'on la nommoit alors _rue des Carrières_ alias _de la
Cendrée_. Enfin on la trouve sous le nom _des Saussaies_ ou _Saussoies_.
Bien que les titres fassent mention d'un certain _Renaud des Saussaies_,
qui habitoit ce lieu au treizième siècle, Jaillot pense que cette rue
doit ce dernier nom aux saules dont étoit couvert le terrein qu'elle
traversoit[468]. Cette rue se prolonge maintenant jusqu'à la rivière.