Sauval[416] voulant expliquer le nom de cet hôtel, appelé par corruption
l'hôtel _Jaune_, dit qu'on tient, par tradition, qu'un commandeur de
Saint-Jean-de-Latran, curieux de porter ses pas jusqu'à la zone torride,
le fit bâtir et le donna à sa commanderie. Ses copistes n'ont pas manqué
de répéter ce conte, tombé aujourd'hui en discrédit, et qui n'a jamais
eu le moindre fondement. Jaillot, cherchant aussi cette origine, trouve
un acte portant la vente faite en 1182, aux frères de l'hôpital de
Jérusalem, d'une grange près de l'orme de Lorcines. Cette acquisition,
faite du consentement de l'abbé de Sainte-Geneviève[417], fut d'abord
sous la seigneurie de cette abbaye, et soumise à plusieurs redevances
envers elle jusqu'en 1445, qu'elle en céda le cens et la seigneurie aux
chevaliers.
[Note 416: Tome I, p. 271.]
[Note 417: Cartul. 5. Gen. fol. 107 et 203.]
L'hôtel dont nous venons de parler se nommoit, à la fin du siècle
dernier, l'hôtel du Fief, c'est-à-dire du fief de Saint-Jean-de-Latran.
Il avoit communiqué sa franchise à plusieurs maisons qui en dépendoient,
tant dans cette rue que dans quelques rues adjacentes[418].
[Note 418: Cet hôtel, qui existe encore en partie, est habité par des
particuliers.]
_Maison Saint-Louis_ (rue Saint-Hippolyte).
Tel est le nom que Germain Brice donne à un vaste édifice situé
vis-à-vis l'église Saint-Hippolyte, et dont il reste encore aujourd'hui
des parties assez considérables et assez curieuses pour que nous ayons
cru devoir en faire lever un dessein.
Ces débris sont composés de deux corps de logis qui communiquent l'un à
l'autre par une galerie, au-dessous de laquelle est placée la porte
d'entrée. La partie qu'on ne voit point dans la gravure se prolonge le
long de la rue Saint-Hippolyte, sous la forme d'un carré long. Elle se
compose d'une grande salle au rez-de-chaussée, et de plusieurs
appartements au premier étage.
La délicatesse des sculptures gothiques qui ornent le perron et les
portes du principal corps de logis, prouve qu'en effet la construction
en remonte jusqu'au commencement du treizième siècle, époque la plus
brillante de ce genre d'architecture. La tour carrée, le perron, le
bâtiment en retour, tout est gothique, à l'exception des combles et de
quelques parties supérieures. La forme carrée des croisées, laquelle se
rapproche beaucoup de celle qui est usitée dans l'architecture moderne,
est également une forme primitive; on peut conjecturer seulement que ces
croisées ont été dépouillées des ornements de sculpture qui les
environnoient. La même forme se retrouve dans celles de l'autre
construction.
La rivière coule à l'autre extrémité, le long des murs de cette maison;
et dans toute sa longueur le rivage est revêtu d'un quai dont la
construction paroît également fort ancienne. Au milieu de la cour est
une grande citerne depuis long-temps à sec, et dans laquelle on prétend
que l'eau de la Seine entroit jadis par un canal souterrain: les caves
encore existantes, et qui paroissent être du même temps que l'édifice,
sont immenses, et peuvent, dit-on, contenir trois mille pièces de vin.
Saint Louis a-t-il eu effectivement un palais dans cet endroit? le
témoignage de Germain Brice n'est pas appuyé d'autorités suffisantes
pour qu'on puisse rien affirmer à ce sujet. Les traditions qu'on en
conserve dans le quartier ne fournissent également que de bien foibles
lumières; l'édifice y est vulgairement connu sous le nom de maison de la
Reine-Blanche. Sur la porte principale au-dessus du perron, porte qui
est également gothique, et du même temps que le reste, on voit plusieurs
portraits dans des médaillons, et l'une de ces figures semble offrir les
traits de saint Louis; l'architecture a bien certainement le caractère
de celle qui régnoit dans le siècle de ce prince; voilà tout ce qu'il
nous est possible de dire sur ce monument[419].
[Note 419: _Voy._ pl. 146.]
HÔTELS EXISTANTS EN 1789.
_Hôtel de Nesmond_ (quai de la Tournelle).
Cet hôtel, situé au coin de la rue des Bernardins et près de la maison
des Miramiones, avoit été bâti sur trois quartiers de terre dépendants
des chanoines de Saint-Victor. Ce terrain appartint ensuite à plusieurs
propriétaires, parmi lesquels on compte les évêques de Paris et d'Arras,
le comte de Boulogne, etc.; ce dernier le possédoit en 1372, et l'on y
avoit déjà élevé une maison[420]. Cette propriété passa, dans le
seizième siècle, à l'évêque de Beauvais, au duc de Montpensier, à M.
Despesse, avocat du roi. En 1603 elle avoit pris le nom d'hôtel de Bar,
à cause des ducs de Lorraine et de Bar qui l'avoient possédée. Nous
passons sous silence plusieurs autres personnages à qui elle a
appartenu, et qui sont trop obscurs pour mériter d'être cités. Enfin en
1636 c'étoit un jeu de paume, qui fut acquis peu de temps après par M.
de Nesmond, et passa ensuite à ses héritiers[421].
[Note 420: Cens. de l'archev.]
[Note 421: Cet hôtel est maintenant habité par des particuliers.]
_Hôtel de Scipion_ (rue de la Barre).
Cet hôtel, bâti par Scipion Sardini, avoit été acquis, dans le siècle
dernier, par l'hôpital général. On y avoit établi la boulangerie et la
boucherie de ce grand établissement, et depuis cette époque il étoit
connu sous le nom de Sainte-Marthe[422].
[Note 422: Cet édifice a encore aujourd'hui la même destination.]
_Clos Saint-Victor._
Il étoit situé vis-à-vis de cette abbaye et dans l'espace qui se trouve
entre les rues Neuve-Saint-Étienne, des Fossés-Saint-Victor et des
Boulangers. On le nommoit anciennement clos des Arènes; et Jaillot
prétend que, du temps des Romains et de nos rois de la première race,
c'étoit là qu'étoient les arènes et l'amphithéâtre. En 1641 on y plaça
le cimetière de la Pitié; avant cette époque, ceux qui mouroient dans
cet hôpital étoient enterrés dans le cimetière Saint Médard.
_Cimetière de Clamart._
C'étoit dans le principe un grand jardin situé vis-à-vis l'hôtel de
Clamart. On en fit un cimetière, et il prit alors le nom de cet hôtel,
ainsi que la croix et le carrefour situés au bout de la rue de la
Muette[423].
[Note 423: On enterre encore aujourd'hui dans ce cimetière.]
_Rivière de Bièvre._
Cette petite rivière prend sa source à quatre lieues de Paris, aux
environs d'un bourg dont on lui a donné le nom, et vient se jeter dans
la Seine un peu au-dessus du jardin des Plantes, après avoir traversé
le faubourg Saint-Marceau.
Cette direction est celle qu'elle avoit dans les temps les plus anciens;
mais elle ne l'a pas toujours conservée. Saint-Bernard nous apprend
lui-même[424] qu'Odon, abbé de Sainte-Geneviève, sur la demande qu'il
lui en fit, permit que les religieux de Saint-Victor en détournassent le
cours, la fissent passer dans leur enclos, et même y fissent construire
un moulin[425]; sous la condition toutefois que cette construction ne
porteroit aucun préjudice au moulin de Coupels (Copeaux), et qu'ils
paieroient deux sous de cens à l'abbaye de Sainte-Geneviève. En vertu de
cette permission, ces religieux firent creuser, à cent quarante toises
du moulin de Couteaux, un canal qui traversoit leur enclos, et, se
prolongeant le long du terrain qu'occupe aujourd'hui la rue de Bièvre,
alloit aboutir aux Grands-Degrés. Ceci arriva entre 1148 et 1150.
[Note 424: _In not. ad Epist._ 410.]
[Note 425: Ce moulin subsistoit encore à la fin du siècle dernier, rue
du Jardin du Roi, vis-à-vis la rue Censier: en 1636 on le nommoit le
moulin _Bourgault_.]
La nouvelle enceinte que fit élever Philippe-Auguste ne changea rien à
ce canal; et l'on voit qu'à la fin du treizième siècle il traversoit
encore le terrain des Bons-Enfants et celui des Augustins. Mais les
fossés et arrière-fossés qu'on fut obligé de creuser sous la régence et
pendant le règne de Charles V, forcèrent enfin de lui donner une
direction nouvelle, laquelle fut tracée entre la rue d'Alez, aujourd'hui
détruite, et celle des Fossés-Saint-Bernard[426].
[Note 426: Les démolitions et l'excavation des terres que causa cette
opération ayant apporté un notable préjudice aux religieux de
Saint-Victor, Charles VI, pour les indemniser, leur accorda, en 1411, le
privilége exclusif de la pêche dans les fossés qu'on avoit creusés sur
leur territoire.]
On ignore à quelle occasion et pour quel motif Louis XII voulut faire
reprendre à la Bièvre son ancien cours; mais on lit dans les registres
de la ville[427] que le 19 janvier 1511 il donna ordre au prévôt des
marchands et aux échevins de la faire repasser dans son premier canal.
Cet ordre n'eut point alors son exécution, et les choses restèrent comme
elles étoient jusque dans le dix-septième siècle: car le plan de
Gomboust nous montre encore, en 1652, la Bièvre traversant l'enclos de
Saint-Victor. Cependant un arrêt du conseil donné en 1672 en ordonna la
suppression; et ce canal, qui avoit neuf pieds de large, fut enfin
comblé en 1674.
[Note 427: Fol. 63.]
La Bièvre, à son entrée à Paris, prend indistinctement ce nom et celui
de rivière des _Gobelins_, parce qu'elle passe dans l'enclos de cette
manufacture.
FONTAINES.
_Fontaine d'Alexandre ou de la Brosse._
Cette fontaine, qui a reçu son nom d'une tour dont nous ne tarderons
point à parler[428], est placée à l'angle que forment les anciens murs
de clôture de l'abbaye Saint-Victor avec la rue de Seine, et donne de
l'eau de l'aqueduc d'Arcueil. Sa composition présente une urne soutenue
par des dauphins et posée sur un piédestal, au milieu duquel est un
masque de bronze. Deux sirènes, depuis long-temps mutilées, accompagnent
cette urne que surmontoient, avant la révolution, les armes de la ville.
Celles du roi étoient placées dans le fronton brisé qui lui sert de
couronnement.
[Note 428: _Voy._ p. 655.]
On lisoit sur l'attique les deux vers suivants, composés par Santeuil,
et dans lesquels il faisoit une allusion assez ingénieuse à la
bibliothèque de l'abbaye Saint-Victor.
_Quæ sacros doctrinæ aperit domus intima fontes,
Civibus exterior dividit urbis aquas._
_Fontaine de la rue des Fossés-Saint-Bernard._
Cette fontaine, placée à l'entrée de la rue dont elle porte le nom,
fournit également de l'eau d'Arcueil.
_Fontaine des Carmes de la place Maubert._
Cette fontaine, construite d'abord près du couvent de ces religieux, fut
détruite en 1674, et rebâtie ensuite au milieu de la place Maubert. Les
deux vers latins qui lui servoient d'inscription étoient aussi de
Santeuil.
_Qui tot venales populo locus exhibet escus
Hic præbet faciles, ne sitis urat, aquas._
BARRIÈRES.
L'extrémité orientale de ce quartier comprend cinq barrières, savoir:
La barrière de la Gare[429].
La barrière de Fontainebleau.
La barrière de Gentilly[430].
La barrière d'Ivry.
La barrière de Croulebarbe[431].
[Note 429: Elle a été reculée jusqu'au nouveau mur que l'on vient
d'élever, et qui renferme une portion de terrain sur lequel s'étoit
formé, depuis quelques années, un village que l'on nommoit village
d'_Austerlitz_; il a été détruit et s'est reformé hors de la barrière
d'Ivry, sous le nom de _Nouveau Monde_.]
[Note 430: Aujourd'hui barrière de Lourcine.]
[Note 431: Cette barrière est fermée.]
RUES ET PLACES DU QUARTIER DE LA PLACE MAUBERT.
Rue ou _place du Champ d'Albiac_. Elle aboutit d'un côté à la rue du
Noir, de l'autre à celle de l'Épée-de-Bois. Son nom est dû au sieur
d'Albiac, conseiller à l'élection, lequel avoit acquis en cet endroit un
terrain assez considérable. Ce terrain occupoit la plus grande partie de
celui qui est compris aujourd'hui entre les rues du Battoir, d'Orléans,
Gratieuse et Coupeaux. Il est indiqué dans le troisième plan du
commissaire Delamare comme le second _clos du Chardonnet_[432]; et l'on
trouve qu'en 1554 la rue dont nous parlons étoit déjà habitée.
[Note 432: Trait. de la Pol., t. I, p. 79.]
_Rue du Champ de l'Allouette._ Elle aboutit d'un côté à la rue de
Lourcine, de l'autre à la rivière de Bièvre et au moulin de Croulebarbe.
Elle doit son nom à un champ très-vaste sur lequel elle fut ouverte. Il
paroît qu'on l'appela d'abord rue Saint-Louis.
_Rue des Filles-Angloises._ Elle traverse de la rue de Lourcine dans
celle de la Barrière. Son nom lui vient du monastère le long duquel elle
régnoit.
_Rue d'Arras._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Victor, de l'autre
à la rue Clopin. On l'appeloit anciennement _rue des Murs_, _vicus
Murorum_, parce qu'elle régnoit le long des murs de l'enceinte de
Philippe-Auguste. Au commencement du seizième siècle, elle changea ce
nom en celui de _Champ-Gaillard_, qui étoit celui d'un terrain[433]
auquel elle aboutissoit; enfin elle a pris sa dernière dénomination du
collége qu'elle avoisinoit.
[Note 433: On le lui avoit probablement donné à cause des débauches qui
s'y commettoient, et dont il est fait mention dans un arrêt du parlement
du 4 décembre 1555.]
_Rue du Banquier._ Elle conduit de la rue Moufetard à celle du
Gros-Caillou, vis-à-vis la tour ou moulin de la Barre. Au milieu du
dix-septième siècle, ce n'étoit qu'un chemin qui conduisoit à celui de
Villejuif; mais dès 1676 il portoit le nom de rue du Banquier. On ignore
du reste les causes qui le lui ont fait donner.
_Rue de la Barre._ Elle traverse de la rue du Fer-à-Moulin dans celle
des Francs-Bourgeois: son nom est dû à une barrière placée à l'endroit
où étoit autrefois une des portes du bourg et du cloître Saint-Marcel,
au bout de la rue des Francs-Bourgeois. Elle le portoit en 1540, et
Dheulland l'a marqué sur son plan. Depuis on l'a quelquefois appelée
_rue de Scipion_, à cause de l'hôtel que Scipion Sardini avoit fait
bâtir dans cette rue, et dont l'hôpital général a fait depuis
l'acquisition.
_Rue de la Barrière._ Elle aboutit d'un côté au Champ de l'Allouette, de
l'autre au chemin de Gentilly. Une barrière qu'on y avoit placée lui
avoit fait donner ce nom, qu'elle portoit dès 1536. On la nommoit
auparavant _rue Payen_, à cause d'une maison et d'un grand clos
appartenant à un particulier qui portoit ce nom. Ce clos existoit encore
vers la fin du siècle dernier[434].
[Note 434: La partie de cette rue qui donne sur le boulevart se nomme
_rue de la Glacière_, celle qui aboutit à la rue du Champ de
l'Allouette est désignée sous le nom de _rue du Petit-Champ_.]
_Rue du Battoir._ Elle commence à la rue Coupeaux, et finit à celle
d'Orléans.
Ce fut vers la fin du règne de François Ier que le clos du Chardonnet
commença à se couvrir de maisons, et qu'on perça les rues que nous y
voyons. L'abbé et les religieux de Sainte-Geneviève donnèrent d'abord
une grande partie de ce clos, à titre de fief, à MM. d'Albiac et René
d'Ablon: ce dernier fit ouvrir des rues en 1540, et construire
vingt-quatre maisons; puis il céda le reste, à cens, à divers
particuliers. Ce territoire reçut d'abord le nom de _la
Villeneuve-Saint-René_, et depuis on en fit un bourg, dans lequel le
fief d'Albiac se trouvoit enclavé. Ce terrain comprenoit tout l'espace
renfermé entre les rues du Jardin du roi, d'Orléans, Moufetard et
Coupeaux. Le chemin dont nous parlons, qui se nommoit, en 1588, _rue
Neuve-Saint-René_, reçut d'une enseigne, en 1603, le nom de _rue du
Battoir_.
_Rue des Bernardins._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Victor, de
l'autre au quai de la Tournelle. Sauval dit qu'en 1246 elle s'appeloit
rue Saint-Bernard, à cause du collége des religieux de Cîteaux, qui
étoient venus s'y établir. Cette année est effectivement celle de leur
établissement; mais Jaillot ne trouve point d'actes qui prouvent que
ce nom ait été donné à la rue, laquelle ne fut ouverte que dans le
courant de cette année. Guillot et le rôle de 1313 ne font point
mention de la rue des Bernardins; ils n'indiquent que celle de
Saint-Nicolas-du-Chardonnet, dont elle étoit alors la continuation.
Enfin on la trouve indiquée sous ces deux noms dans le compte des
confiscations de 1427.
_Rue des Fossés-Saint-Bernard._ Elle aboutit d'un côté à la rue
Saint-Victor, et de l'autre au quai de la Tournelle. On lui a donné ce
nom parce qu'elle fut bâtie sur les fossés creusés, pendant la régence
de Charles V, le long des murs de l'enceinte de Philippe-Auguste. Elle
fut couverte de maisons, du côté de Saint-Victor, sous le règne de Louis
XIII, et de l'autre, en vertu de lettres-patentes données en 1660, et
enregistrées en 1672[435].
[Note 435: Hist. de Par., t. III, p. 218.]
_Rue du Pont-aux-Biches._ Elle aboutit d'un côté à la rue Censier, et de
l'autre aux extrémités des rues de la Muette et du Fer-à-Moulin. Ce nom
est dû au petit pont sous lequel passe la rivière de Bièvre. En 1603
elle ne faisoit qu'une seule rue avec la vieille rue Notre-Dame.
_Rue de Bièvre._ Elle communique de la place Maubert au quai de la
Tournelle. Nous avons déjà dit quelle fut ainsi nommée parce que la
rivière de Bièvre passoit anciennement en cet endroit, et alloit se
rendre dans la Seine un peu au-dessous de celui qu'on appeloit _les
Grands-Degrés: vicus de Breva_ en 1243 et _de Bievra_ en 1259[436].
[Note 436: Cart. de Sorbonne.]
_Rue Bordet._ Elle commencé à la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève,
près de la fontaine, et aboutit à la rue Moufetard, au coin de celle de
la Contrescarpe. Suivant les cartulaires de l'abbaye Sainte-Geneviève,
on l'appeloit, en 1259, _strata publica de Bordelis_. Dans les siècles
suivants on la trouve sous les noms de _Bordelle_, _Bourdel_, _de la
Bourdelle_, _Bourdelle_ et _Bourdet_. Ces noms, défigurés par les
copistes, viennent de la famille de Bordelles, fort connue alors, et qui
donna aussi son nom à la porte à laquelle cette rue conduisoit. Guillot
l'appelle _rue de la Porte-Saint-Marcel_.
_Rue des Boulangers._ Elle descend de la rue des Fossés-Saint-Victor
dans la rue du faubourg du même nom, vis-à-vis l'abbaye. Elle
étoit connue, dans le seizième siècle, sous le nom de _rue
Neuve-Saint-Victor_. On l'a appelée depuis rue des Boulangers, sans
doute parce que la plus grande partie de ceux du faubourg Saint-Victor
s'y étoit établie.
_Rue du Gros-Caillou._ Elle fait la continuation de la rue du
Marché-aux-Chevaux, et aboutit à celle du Banquier. Elle est indiquée
sans nom sur les plans du dix-septième siècle et du commencement du
dix-huitième. Le premier où elle soit présentée sous le nom qu'elle
porte est de 1737; on ne la connoissoit auparavant que sous celui de
_Chemin de Gentilly_.
_Rue Censier._ Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, de l'autre à
celle du Jardin du Roi. Les géographes et les nomenclateurs la coupent
en deux parties à l'endroit où les rues Vieille-Notre-Dame et du
Pont-aux-Biches viennent s'y réunir. Depuis la rue Moufetard jusqu'à
cette jonction, les uns la nomment _vieille rue Saint-Jacques_, d'autres
_rue Centier ou Saint-Jean_; et depuis la rue du Pont-aux-Biches elle
est appelée _rue Notre-Dame_, ou bien l'on n'en fait qu'une seule rue
sous le nom de _vieille rue Saint-Jacques_ ou _Censier_. Sauval dit
qu'autrefois elle se nommoit _rue des Treilles_, «et auparavant _rue
Sans-Clef_, parce que c'étoit un cul-de-sac; et depuis _du Centier_, ou
_du Censier_, ou _Censière_, à l'occasion d'un receveur des cens et
rentes qui y a demeuré fort long-temps[437].» Jaillot pense avec plus de
vraisemblance que la véritable étymologie de ce nom vient de ce que,
dans son origine, ce n'étoit qu'un cul-de-sac, qu'on appeloit alors
_rue Sans-Clef_, et par corruption _rue Sancée_, _Censée_ et _Censier_.
Il cite en effet plusieurs titres dans lesquels elle est nommée _rue du
cul-de-sac autrement dite Sancier_ ou _Sans-Clef_, _rue des Treilles_,
_rue Sancier-Cul-de-Sac_[438].
[Note 437: Tome II, p. 121.]
[Note 438: À l'entrée de cette rue, du côté de la rue Moufetard, il y a
une espèce de ruelle qui conduit à la rivière de Bièvre. Il y en avoit
une autre vis-à-vis l'hôpital des Cent-Filles, qu'on nommoit, en 1588,
_ruelle Jubin_ ou _rue Saint-Antoine_, et qu'on a abandonnée à cet
hôpital.]
_Rue de la Clef._ Elle aboutit d'un côté à la rue Coupeaux, et de
l'autre à celle d'Orléans. Sauval dit «qu'elle est appelée tantôt rue de
la Corne, tantôt rue Neuve-Saint-Médard, et qu'on l'a même souvent
confondue avec la rue Gratieuse et la rue Tripelet.» Jaillot convient
qu'elle se nommoit, en 1587, rue Saint-Médard, qu'on la trouve même dans
un terrier de Sainte-Geneviève sous celui de _rue Courtoise_ (ou
Gratieuse), mais il nie qu'elle ait jamais été nommée _de la Corne_ ou
_Neuve-Saint-Médard_. Du reste elle portoit, dès 1588, le nom qu'elle a
conservé jusqu'à ce jour; et ce nom, elle le devoit à une enseigne.
_Rue Clopin._ Elle traverse de la rue Bordet dans celle des
Fossés-Saint-Victor, et doit son nom à un logis appelé _la grande maison
Clopin_, qu'on y bâtit en 1258[439]. Elle est ainsi désignée dans
plusieurs actes du treizième siècle, et elle le portoit encore dans les
deux siècles suivants; mais dès le commencement du seizième on la trouve
indiquée sous celui _du Champ-Gaillard_ et _du Chemin-Gaillard_. On
appeloit ainsi le chemin qui régnoit en cet endroit le long des murs, et
la place où la rue Clopin aboutissoit.
[Note 439: Sauval, t. I, p. 126.]
Lorsqu'au dix-septième siècle on abattit les murs, et que l'on combla
les fossés pour y construire des maisons, cette rue fut prolongée
jusqu'à celle des Fossés-Saint-Victor, et nommée alors _rue des
Angloises_, parce qu'elle aboutissoit vis-à-vis du couvent de ces
religieuses: depuis elle a repris son premier nom dans toute son
étendue.
_Rue Contrescarpe._ Elle aboutit d'un côté aux rues Bordet et Moufetard,
de l'autre au coin de la rue Neuve-Sainte-Geneviève, et doit son nom à
sa situation sur les fossés de l'Estrapade. Avant que ces fossés creusés
entre les portes Saint-Victor et Saint-Jacques fussent comblés et
couverts de maisons, ce terrain-ci étoit extrêmement élevé, et formoit
un chemin difficile et pénible. M. de Fourci, prévôt des marchands,
ayant conçu le projet de lui donner une pente plus douce, obtint, en
1685, un arrêt du conseil, confirmé par lettres-patentes enregistrées en
1686, lequel permettoit de démolir la porte Saint-Marcel, et de
reprendre à quinze pieds sous oeuvre les maisons de la rue Contrescarpe,
en indemnisant les propriétaires: ce qui fut exécuté[440].
[Note 440: Hist. de Par., t. 4, p. 273.]
_Rue Copeau_ ou _Coupeaux_. Jaillot pense que ce dernier nom est le
véritable. Cette rue conduit de la rue Moufetard au carrefour de la
Pitié. Son nom est ancien: il vient d'un hôtel sur l'emplacement duquel
il y avoit une butte et un moulin à vent; à quelque distance de là étoit
un autre moulin situé sur la rivière de Bièvre, et ce dernier se
nommoit, au douzième siècle, _moulin de Cupels_; on en donna le nom au
chemin par lequel on y alloit. Dans les anciens titres on le trouve sous
celui de la _chauciée Coupeaulx_, et dans le procès-verbal de 1636 il
est nommé _la grand'rue de Coippeaulx_.
_Rue des Trois-Couronnes._ Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, de
l'autre au carrefour Saint-Hippolyte. Son nom, dont l'origine n'est
point connue, vient sans doute de quelque enseigne.
_Rue Creuse._ Elle traverse de la rue des Francs-Bourgeois à celle du
Banquier. C'étoit un simple chemin sans nom, et qui n'a pris celui qu'il
porte que depuis environ quarante ans[441].
_Rue Croulebarbe._ Elle commence à la rue Moufetard, près les Gobelins,
et aboutissoit autrefois à un moulin dont elle avoit pris sa
dénomination. Il est question dans plusieurs anciens titres[442] du
moulin de _Crollebarbe_, et du lieu dit _les Plantes_ ou _Croulebarbe_.
Le moulin est aussi nommé quelquefois _moulin de Notre-Dame_[443].
[Note 441: Elle se nomme, depuis la révolution, _rue des Cornes_; sa
continuation, qui se prolonge maintenant jusqu'au boulevard, est nommée
_rue d'Ivry_.]
[Note 442: Part. A, pages 715 et 782, et D, p. 323.]
[Note 443: Ce moulin existe encore, et sert à faire mouvoir des
mécaniques.]